ART. VI. — LES AUTRES FORMES D* ASPHYXIE VIOLENTE
Nous parlerons ici de Tasphyxie par occlusion des orifices respiratoires, de celle par obstruclion des voies respiratoires par des corps étrangers, enfin de Taspbyxie par obstacle à la dilatation do thorax.
§ 1*'. — l'asphyxie par occlusion obs orifices respiratoues.
L'asphyxie par occlusion des orifices respir.itoires se présente surloul chez les petits enfants et a lieu par occlusion de la bouche et du nez avec la main ou un autre corps, particulièrement un corps mou. Dans le premier cas il peut rester delà compression des traces dont la disposition et la forme, répondant à celle des ongles et des doigts, peuvent permettre à elles seules de reconnaître li cause de Tasphyxie. Nous ferons remarquer que ces traces trouvées sur un nouveau-né peuvent provenir des tentatives qu'a faites U mère pour se délivrer, c'esl-tVdire de TefFort qu'elle a fait pour dégager la tôle et le corps de renfant, mais dans ce cas les traces ne sont pas symétriques et ne se trouvent pas exclusivement auloor des orifues respiratoires. Le médecin-légiste se gardera de rapporter h celte origine la dessiccation des lèvres qui se montre très souvent chez les enfants comme phénomènes cadavériques. L'asphyxie par occlusion des orifices respiratoires par des corps mous tels que drap, objets de literie, etc., peut avoir lieu dans une intention criunnelle ou survenir accidentellement, que les petits enfants soient recouverts par ces corps, ou qu'ils viennent à se coucher sur la figure. Comme ces procédés ne laissent souvent in-
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une trace extérieure, le médecin- légiste n'est pas en état de les Konnaitre par le résultat de l'autopsie, et il se contentera de délirer que la mort a eu lieu par asphyxie et qu'on ne peut en trouer l'explication dans aucune lésion interne ; il ne manquera pas le mettre à profit les circonstances particulières du cas.
g }. — L'ASFHTXIB PAn obstruction des VOIRS nESPIBATOIRES.
L'ispbyxie par obstruction des voies respiratoires par des corps Itnogers est le plus souvent le résultat d'un accident. Les suicides Keomplis de cette façon n'ont été observés qu'exceptionnellement. Roos avons déjà cité plus haut un cas analogue accompagné de trangulation. Handyside(l] rapporte un cas de suicide par obtuaiîon du pharynx avec du coton, et Wosidlo(2) un autre où l'on ïtoit servi de foin ; on trouve une série d'autres cas très intéresiDby entre autres un cas de suicide par introduction d'une clef iDs TcBsophage dans les Schmidis Jahrbûcher (3).
Le meurtre par obstruction des voies respiratoires est très rare et I s'observe guère que chez des enfants. Mascbka (4) rapporte un ks de meurtre par obturation de la bouche d'un nouveau-né avec de
terre et de la cendre. Nous-mèmo nous eûmes à faire un rapi>Tt sur le genre de mort d'un garçon de six ans, dans le pharynx uquel on avait trouvé deux morceaux de mie de pain, ce qui ratt éveillé l'idée que son beau-père les lui avait violemment in- "odoits dans la bouche, et l'avait ainsi tué. Gomme on ne put exlore la possibilité d'une rétention accidentelle de ces morceaux » pain dans le pharynx, l'affaire n'eut pas de suite, quoique les leonstances du cas eussent été très suspectes. Cette forme d'asphyxie peut avoir lieu par l'arrêt de grosses Mcfaées dans le pharynx, et s'observe particulièrement chez les ihDts, les ivrognes, les idiots, etc., rarement chez des personnes lues d'esprit. Il existe un grand nombre de ces cas, et nous avons leeasion d'en observer plusieurs chaque année. Ce sont surtout I gros morceaux de viande môlée de tendons que Ton trouve m le pharynx ou à l'orifice du larynx. Dans d'autres cas, ce sont li matières de vomissements, qui tombent ou sont aspirées dans Urynx. Cet accident s'observe surtout chez des nourrissons, qui
[I) Hmndyside, SchmidVs Jnhrb., 18*3, t. XXXVm, 232. [t) Wosidio, Viertefjnhrschr., f. ger, Med,, N. F., I, 263. [i) ISIS, Bd. 48, p. 83 et suiv.
M MAMhk», VieH€fjnkr$ch, f, ger, Med., XXI-338.
410 LES ATTENTATS CONTRE LA SANTfi ET LA VIE.
vomissent facilement, et qui, principalement si le Tomissemeol i • lieu pendant le sommeil, reçoivent facilement les substances tomies dans les voies respiratoires et s'asphyxient ainsi.
Il n'est pas rare de voir mourir de la même façon des ivrogoo ou d'autres personnes ayant perdu connaissance et chet lesquels l'état d'impuissance où ils se trouvent et la suppression des moa* vements léflexes facilitent Pintroduction de ces matières dans les voies respiratoires. Nous ferons cependant remarquer que dans tous les cas où l'on trouve du contenu de l'estomac dans les voies respiraloires, il ne faut pas toujours faire provenir la mort de l'iotroduclion de ces matières dans le larynx, parce que d'une part . les vomissements et l'introduction des substances vomies peuTenl très bien avoir eu lieu pendant l'agonie d'une mort due à une antre cause, d*autre part le contenu de l'estomac a pu arriver dais le pharynx et de là dans les voies respiratoires par les mouvements imprimés au cadavre, ou par suite de sa position, ou par la pression des gaz de putréfaction qui se développent dans le ventre.
Il peut encore y avoir obstruction des voies respiratoires par d'autres corps tels que haricots, pièces de monnaie, etc. Ces cas concernent le plus souvent des enfants et n'ont qu'un intérêt trfes médiocre au point de vue médico-légal. Nous avons fait l'autopsia d'une femme qui fut trouvée morte le matin dans son lit. L'autopsie j permit de reconnaître une mort par asphyxie et comme cause de celle-ci une fausse dent qui se trouvait dans le larynx et était fortement fixée dans la fente des cordes vocales.
Coin me cause fréquente de mort subite des nourrissons, nous citerons encore l'obstruction des voies respiratoires par du mactis bronchique. Nous avons très souvent fait l'autopsie d^enfants, qui étaient morts subitement dans des convulsions (Fraisen) sans stcht présenté d'autre symptôme morbide qu'une toux, et chez lesquels nous trouvâmes à l'autopsie, eu dehors des signes d'asphyxie, particulièrement de nombreuses ecchymoses aux poumons et an cœur, une accumulation de sécrétions bronchiques dans les bronches et les autres signes de bronchite. La grande prédisposition dei nourrissons aux affections catarrhales et l'état d'impuissance (faiblesse musculaire) des enfants expliquent la fréquence de ces cas.
§ 3. — l'aspHYXIK par obstacle IIÉCAMQCE A U DlUTATlON DD TIOBAX.
On observe l'asphyxie par obstacle mécanique à la dilatation do thorax dans les éboulements et les cas de compression da thorax
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par d'autres causes. Dans les éboulemenls la mort survient en général par des blessures mécaniques, surtout des ruptures d*orpnes internes, mais elle peut encore avoir lieu par l'asphyxie seule, parce que la masse qui charge le corps (thorax et abdomen) rend les mouvemenls respiratoires impossibles. Dans le cas contraire, c'esl-à-dire si les mouvemenls respiratoires ont lieu librement ou seulement incomplètement, l'individu pris dans Téboulement peut supporter d'autant plus longtemps cette situation que la masse qui recouvre son corps est plus poreuse, parce qu'il peut arriver ainsi une plus ou moins grande quantité d'air aux organes de la lespiratiou. A. Bérenguier a pu retrouver vivant, desanimaux enfouis dans la cendre, de la farine, etc., depuis quinze heures. G'e^t ainsi qu'on s'explique aussi comment des adultes pris dans un éboule- WfUïi ou des enfants enterrés ont pu ôtre retrouvés vivants après im nombre d'heures souvent considérable. Bohn rapporte que deux nouveau-nés, enterrés immédiatement après leur naissance, oot pn être déterrés vivants après plusieurs heures. Maschka (I) raconte un fait analogue et Bardinet (2) un autre. Dans ce dernier cas une mère avait enterré àC^So sous terre et enveloppé dans un dnp son enfant qu'elle avait cru mort. Il fut déterré huit heures (!) après, ramené à la vie et vécut encore quatre jours.
La substance dont le corps est recouvert est-elle formée de parties très mobiles, celles-ci peuvent être aspirées surtout par les Qioorements de respiration qui ont lieu même dans l'état de perte de coimaissance;; cependant Bérenguier, dans ses expériences, a kien pu retrouver les substances pulvérulentes dans le pharynx •I h partie supérieure de l'œsophage, maisjam.iis dans la glotte Oq dans l'estomac. Comme ces substances peuvent très facilement ilnlroduire dans la cavité buccale d'un cadavre, on ne conclura à aspiration vraie que dans le cas où nous les trouvons dans les parties profondes des voies respiratoires.
L'asphyxie par compression du thorax peut avoir lieu par la dans une foule ou chez des enfants par la pression du corps 4a la mère ou d'une autre personne couchant dans le même lit. \ Ce dernier genre de mort est difûcile à constater par le résultat de
(I) Mischka, Dat Leben der Neugeborenen ohne Athmen {Prager Viertelj'ahrfdknfl fur die prakt, Heiikmde, 1854, t. III| p. I, et Gaz. htbd. de méd., t. I,
^, itfdinei. De la me sans respiration chez les enfants noutfeau-nés {Bull, de f Xmé. de tméd., t nov. 1864, 1. XXX, p. 77), et A. Devergie, Rapport sur le mé- 'de M. Bmrdmet [Bull, de tAcad. de méd., l^ tout 18GS, t. XXX, p. l(M).
l'autopsie seule, et le genre de mort doit être recherché dans ce résultat rapproché des circonstances particulières des cas.