‹ Nouveaux éléments de médecine légaleChapitre 8 sur 189 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Les hermaphrodites intéressent la médecine légale non pas seulement au point de vue de l'aptitude à la procréation, mais encore à plusieurs autres points de vue, et méritent donc une étude particulière.

L'hermaphrodisme complet, c'est-à-dire le développement d'un iniifidu selon les deux sexes, ne se rencontre pas Chez Thomme. Hais on peut trouver des états se rapprochant plus ou moins de l*bermaphrodisine complet par le développement plus ou moins parfait non seulement des conduits de l'appareil génital, mais encore des glandes propres aux deux sexes. On se rendra facilement compte de ces faits en se rappelant que les rudiments de Tappareil génital sont bisexuels ju^^qu'à la sixième semaine de la vie embryonnaire, que ce n'est qu'après la sixième semaine que le développement du sexe se fait dans un sens ou dans l'autre, et que pendant ce temps les organes rudimentaires du sexe opposé s'atrophient. Il peut se faire exceptionnellement que les deux rudiments de l'appareil sexuel continuent à se développer, quoique à un degré moindre i'uD que l'autre, et nous aurons ainsi cette conformation eztraor-

dinaire des parties génitales qu'on appelle hermaphrodisme ou hermaphrodisie.

Selon que le développement bisexuel a atteint les glandes génitales et les voies génitales, ou ces dernières seulement, on distingue l'hermaphrodisme vrai et le pseudohermaphrodisme.

Dans rhermaphrodisme vrai on dislingue encore trois formes : l'hermaphrodisme vrai bilatéral, quand des deux côtés on trouve un testicule et un ovaire, l'hermaphrodisme vrai unilatéral, quand on ne trouve d'un côté qu'un testicule ou un ovaire seulement, et que de l'aulre il y a les deux glandes génitales, enQn l'hermaphrodisme vrai latéral quand d'un côté il y a un testicule et de l'autre un ovaire.

Cette dernière forme a été observée fréquemment. M. Mayer, de Zurich (1), a récemment bien décrit et examiné au microscope un cas semblable. Cet individu, un enfant, avait l'appareil génital externe d'un hermaphrodite, un vagin s'ouvrant dans Turètre et un utérus avec deux trompes. A droite un ovaire avec le parovaire, à gauche un testicule avec Torgane de Rbsenmûller. Les cas d'hermaphrodisme vrai unilatéral sont plus rares, et l'hermaphrodisme vrai bilaléml est exceptionnel. On a même souvent révoqué en doute l'existence de cette dernière forme. Cependant Heppner (2) a publié récemment un cas très intéressant où il a trouvé des parties génitales externes hermaphrodites, un vagin^ un utérus avec des trompes et au-dessous de celles-ci des ovaires à forme ovale et des testicules arrondis, dont la nature fut confirmée par l'examen microscopique.

L'existence des deux glandes génitales d'un côté nous est expliquée par les importantes recherches de Waldeyer qui a montré que dans Télat embryonnaire, noq seulement les parties génitales externes, mais encore les glandes génitales avaient le caractère bisexuel.

La forme la plus fréquente d'hermaphrodisme, c'est le pseudohermaphrodisme , consistant en ce que les parties génitales externes seules présentent des particularités appartenante l'autre seie, ou bien en ce que, avec ou sans cette anomalie des parties génitales externes, les voies génitales de l'autre sexe sont arrivées à un développement plus ou moins complet. Les glandes génitales (Keimdiûsen) sont-elles celles de l'homme, nous aurons lepseudo-het'ma' phrodùme masculin, sont-elles celles d'une femme, le psewlohermaphrodisme féminin; de chacune de ces formes on peut trouver trois variétés: le pseudo-hermaphrodisme interne, complet (interne et externe) et externe.

(1) Mayer, Virch, Arch,, XI.

(2) Hoppncr, DuàoU-Retjmoid*s Archiv.y 1870, p. CTO.

La formation de rhennaphrodisme des parties génitales externes s'explique par ce fait, que dans les premiers temps de la vie embryonnaire le rudiment de ces parties se comporte toujours de la môme façon, et ce n'est que plus tard que son développement diffère dans un sexe ou l'autre. Entre la cinquième et la sixième semaine on voit, au-dessus du sinus urogénital, apparaître un petit tubercule pourra à sa partie inférieure d*an sillon et, des deux cdtés du sinus, une élevure de la peau en forme de bourrelet. Le fœtus devient-il masculin, le petit tubercule, forme le pénis, le sillon se ferme pour constituer Turètre, et les bourrelets latéraux se soudent pour donner naissance au scrotum, dont le raphé montre plus tard la séparation des deux moitiés ayant existé primitivement. Le fœtus devientil féminin, le clitoris naît du tubercule et le sillon ne se ferme que par son extrémité centrale pour former l'urètre. Le sinus urogénital resté ouvert constitue l'entrée du vagin, et les bourrelets latéraux deviennent les grandes lèvres.

Il ressort de ce mode de déyeloppement que l'hermaphrodisme chez l'homme peut provenir de ce que le pénis reste atrophié, que l'urètre ne se ferme p:is complètement (bypospadias), que les moitiés du scrotum ne se soudent qu'imparfaitement, mais laissent entre elles une anfractuosilé plus ou moins grande, recouverte d'une membrane d'apparence muqueuse, reste du sillon urogénital primitif pouvant simuler l'entrée du vagin. Ces arrêts de développement sont-ils accompagnés, comme cela arrive souvent, de cryptorchidie, la ressemblance de ces parties génitales externes ayec celles d'une femme devient encore plus frappante. Par contre les parties génitales externes de la femme peuvent acquérir une certaine ressemblance avec celles de l'homme, quand le clitoris prend un d(jveloppement extraordinaire, que les grandes lèvres se soudent l'une à l'autre et qu'il en résulte une atrésie plus ou moins prononcée de l'entrée du vagin. Il est rare toutefois que le clitoris présente une augmentation de volume, telle qu'on puisse le prendre pour un pénis. Cependant nous avons trouvé sur le cadavre d'une vieille femme, malgré la conformation normale des organes génitaux, un clitoris long de 4 à 5 centimètres, avec un gland complètement développé, mais imperforé, et un prépuce bien formé.

Parmi ces espèces d'hermaphrodisme des parties génitales externes, il faut citer encore l'atrophie simple du pénis et Thypospadias (1) et, chez la femme, l'atrésie simple de l'entrée du vagin.

Le pseudo-hermaphrodisme interne se produit, quand les canaux de Mûller continuent à se développer chez l'homme et les canaux de Wolff chez la femme. Ici encore les premiers cas sont les plus fréquents et consistent en ce que chez un individu, présentant une prédominance du sexe masculin, il se trouve p.ussi un vagin et un utérus plus ou moins développés; du reste nous trouvons ce dernier organe à l'état rudimentaire chez tout homme dans la vésicule prostatique (utriculus masculinus,)

Dans les cas d'hermaphrodisme le médecin légiste pourra être appelé à désigner le sexe de l'individu dont il s'agit. Le sexe déterminant rétat civil de l'individu, il se rattache à cette question un grand nombre d'intérêts et de droits, concernant, non pas seule-

(1) Voy. Cbesnet, Vices de conformation des organes génitaux ^ hypospodias, erreur sur le sexe (Ann, d'hyg.^ 2* série, tome XIV, p. SOC).

ment l'individu lui-même, mais encore des tierces personnes. L'importance de celle expertise peut donc souvent être considérable. Malheureusement ces questions sont des plus difficiles que le médecin légiste ail à résoudre. Cela s'applique surtout aux enfants, car les parties génitales externes seules peuvent servir à les distinguer, et le peu de netteté de leur conformation forme le caractère commun de tous les cas de ce qu'on appelle rhermaphrodisme.

11 faudra avant tout rechercher l'existence des testicules dans les replis de la peau des deux côtés de ce qui fut primitivement le sinus urogénital ; mais comme ces anomalies de conformation sont accompagnées souvent de cryptorchidie, le diagnostic devient beaucoup plus difQcile. D'un autre côté les ovaires peuvent aussi descendre par le canal inguinal, et des glandes lymphatiques, des sacs herniaires et peut-être le ligament rond quand il se termine par un bout renflé, peuvent donner lieu à des erreurs.

Klebs (!) regarde l'existence des petites lèvres comme très importante pour le diagnostic du sexe, parce qu'on ne peut pas trouver des nymphes normales dans l'arrêt de développement simple du pénis ou du périnée, et il rappelle qu'on a trouvé des traces de petites lèvres dans le cas de Mayer, cité plus haut, et sur Catherine Hohmann, qui s'est montrée comme hermaphrodite dans la plupart des universités. Nouscn avons trouvé également, dans an cas que nous avons décrit (2) et qui concernait un individu évidemment du sexe féminin, quoiqu'il eût plutôt l'habilus etia conformation des par lies génitales externes de l'homme, et qu'il eût servi en dernier lieu comme cocher.

A un a^e plus avancé, surtout à l'époque de la puberté, le diagnostic vrai pourra souvent se tirer de certaines particularités relatives au sexe, de ce que l'on appelle l'habilus extérieur du corps, des caractères du larynx et de la voix, de l'existence de certains penchants spéciaux, de certaines excitations sexuelles, et surtout de la formation du sperme ou de la menstruation.

La valeur des premiers signes n'est pas absolue et donne très souvent lieu à des erreurs, cela est vrai surtout pour ce que l'on appelle l'habitus extérieur du corps. Le type du corps peut présenter les variétés les plus diverses, même chez les individus dont le sexe est normalement développé, et il n'est pas rare de rencontrer

(1) KIcb», Handb. der pathol. Anal., 1, 1876, p. 732 et 744.

(2) Uoffuann, WUner medic. Juhrb., III, 1877.

des femmes osseuses, bien musclées, pourvues même de barbe, et des hommes sans trace de barbe et d*un extérieur féminin. On sait que les castrats ont plutôt Un extérieur féminin et restent sans barbe, et il est permis de supposer que le corps peut présenter les mêmes particularités, dans les cas d'absence ou d'atrophie congénitales des testicules. Réciproquement nous voyons des hermaphrodites du sexe féminin, comme dans notre cas et un autre semblable de de Crecchio (1), avoir l'extérieur d'un homme et porter une barbe bien fournie.

Casper a voulu utiliser, pour la détermination du sexe, la disposition des poils du pubis, qui formeraient un cercle de poils nettement circonscrit quand c'est une femme, et se prolongeraient au contraire plus ou moins du pubis vers le nombril quand c'est un homme. Mais B. Schuitzc (2) a trouvé de nombreuses exceptions à cette règle : ainsi sur 100 femmes il a vu 5 fois les poils se continuer vers le nombril, et a observé souvent sur 120 soldats la disposition des poils en cercle, comme chez la femme. Dans le cas de de Crecchio et dans le nôtre l'implantation des poils se continuait jusqu'au nombril. Nous avons en outre vu deux femmes, dont l'une très brune, présenter une ligne de poils du pubis au nombril, sur Tune d'elles les poils se continuaient même jusque entre les seins. Dans un cas de Ruggieri l'abondance extrême des poils sur tout le ventre a été même une cause d'uae demande en séparation.

L'état du bassin lui-même ne donne pas un point de repère certain pour la détermination du sexe. Dans le cas de de Crecchio et le nôtre, se rapportant à des individus positivement féminins, le bassin présentait les caractères de celui d'un homme, ainsi que le bassin d'un hermaphrodite féminin que nous avons eu plusieurs fois roccasion d'examiner pendant sa vie (3). Ces faits paraissent venir à l'appui de l'hypothèse de Schrôder (4), d'après leqi>el le bassin ne prendrait les caractères féminins que par le développement des

(1) Crecchio, Sopra uncatodi apparenxe virilicTuna donna (U Morgagni, 1865); Apparences viriles chez une femme (Ann, (f hygiène pubL et de méd, lég. 1866, • 2« série, tome XXV, p. 178).

(3) Casper Liman, II, 1 19.

(3) Voyex le cas de Marie-Madeleine Lefort, étudié par Béclard, Deuxième Buliettm de la Faculté de méJ. de Pans, n^ô, Journal de méd., mars 1815 et Dict. des sciences méd. en 60 toI. Paris 1817, tome XXI, p. 90. — L'autopsie a été pratiquée le 12 mars 1861 (Churchill, Traité pratique des maladies des femmes, 2« édiUon. Paris, 1874).

(4) SchrOder, Lehrb, der Geburtsh.^ 4* édit., p. 9.

44 L'APTITUDE k LA PROCREATION.

organes génitaux contenus dans le petit bassin. Schrôder rappelle à ce sujet que les femmes faibles de corps et d*esprit, dont les organes génitaux sont peu déyeloppés, ont également un rétrécissement général du bassin; et Uoberts a trouvé que chez les castrats féminins Hindous, Tare du pubis présentait une étroitesse tout à fait extraordinaire.

Léopold (1), au contraire, a pu constater sur un hermaphrodite, qu'il considère comme masculin, un bassin nettement féminin, malgré Tabsence totale de l'utérus.

On recommande encore, pour le diagnostic du sexe, de tenir compte des caractères du larynx et de la voix : on trouverait chei l'homme des dimensions plus grandes du larynx, une saillie plus prononcée de la pomme d'Adam et la voix plus rude que chez la femme. Mais l'expérience nous apprend que, môme dans les conditions ordinaires, ces caractères présentent les plus grandes variétés. 11 n'est pas rare de trouver la voix forte chez la femme et grêle chez l'homme. En outre la voix haute, ou l'absence de ce qu'on appelle la mue de la voix à la puberté, et le petit volume da larynx, comme chez les castrats, peuvent être la suite du manque de développement des glandes génitales, bien que celles-ci existent, et on sait que l'atrophie des testicules accompagne presque toujours l'hermaphrodisme. Chez notre hermaphrodite et celui de de Crecchio, la voix était masculine et ne devenait haute que dans les émotions, et le larynx faisait une proéminence assez forte.

L'existence ou l'absence des seins ne constitue pas non plus une preuve absolue ; ils manquaient aussi bien dans notre cas que dans celui de de Grecchio. Par contre dans le cas de Léopold, qui d'après lui concernait un individu masculin, il y avait des mamelles, ainsi que chez Catherine Hohmann, quoi qu'on ait constaté chez celle-ci une sécrétion de sperme. On a souvent observé chez les hommes un développement plus ou moins prononcé des seins, et on sait que le gonflement des glandes mammaires et la sécrétion lactée des nouveau-nés se rencontrent aussi fréquemment dans un sexe que dans l'autre.

De tout temps on a recommandé, pour déterminer le sexe d'un hermaphrodite, de tenir compte de ses penchants, de ses habitudes et de ses manifestations sexuelles. Mais il est prouvé que le plus grand nombre des habitudes que possède un individu, tant dans l'enfance que dans unâLge plusavancé, senties résultats de son éducation

(1) Léopold, Arch, f, Gynûk., 1875, VIII, 487.

et que le sexe entre pour peu en ligne de compte. On ne s'étonnera donc plus de voir des individus, que Ton reconnaît plus tard pour des hommes, s'occuper toute leur vie d'occupations féminines et montrer les goûts des femmes, quand on saura que depuis leur enfance on les a regardés comme appartenant au sexe féminin et qu'on lésa élevés comme tels (i).

Le développement du corps et le tempérament, qui tous deux ne dépendent pas du sexe seul, jouent sous ce rapport un rôle considérable, qui se fait déjà sentir dans, les jeux de l'enfance. Chez les hermaphrodites, c'est moins la prédominance du sexe masculin que le sentiment de la force, par suite du développement plus considérable du corps, qui pousse Tindividu élevé comme ûlle à se livrer à des occupations convenant plutôt à des garçons. Mais cela peut arriver aussi bien chez des hermaphrodites masculins que chez des individus qui sont manifestement du sexe féminin; il arrive également que la faiblesse corporelle est cause qu'un individu masculin ou un hermaphrodite masculin a été pris tout le temps pour une femme.

Pour ce qui est de Tinclination pour le sexe opposé et des excitations sexuelles, elles peuvent bien dans certains cas révéler le sexe propre d'un individu, mais elles peuvent également donner lieu aux plus grossières méprises.

On peut constater du reste que le sentiment du sexe et les instincts sexuels ne dépendent pas exclusivement de l'existence et du développement complet des glandes génitales correspondantes. Nous trouvons la preuve de ce fait chez les enfants qui se livrent fréquemment à l'onanisme longtemps avant que leurs glandes génitales aient acquis toutes leurs facultés fonctionnelles, chez les jeunes animaux, qui font des tentatives de coït avant que leur appareil génital soit complètement développé, enfin chez les castrats, dont l'aptitude au coït et les instincts sexuels, se manifestant quelquefois d'une façon violente, fournissent à la littérature ancienne et moderne les faits les plus surprenants. Nous renvoyons à cet égard à l'ouvrage de Pélikan (2) cité plus haut: Étude médico-légale sur les Skoptzys en Russie, oîi l'on peut

(1) Voy. A. Tardiea, QuettUm médico-légale de Fidentité dans set rapports avec le$ vices de conformation des organes sexuels t contenant les souvenirs et impres^ sions d'un individu dont le sexe avait été méconnu. 2* édition. Paris 1S73, 1 Tol. in-8.

.7) PeUkan, Gerichtlich. medic. Untersuchungen ûber das SkopMenthum in Rutsland. Giestea, 1876.

46 LJlPTTTroe A LA PfliXBÊATlOif.

▼oir qrie les adeptes opérés da petit srem conaervent Faplîtade au coU et à rérectioa, et qae ces Skoptijs noa seafeoiciit font usage de cette faculté, mais se liTrent encoce aux excès de coït les plos effrénés.

Noos aTOQs donc toute raison d'admettre qoe les instincts sexnels existent même dans ces formes dliemiaphrodisaie o& les glandes génitales manquent on S43nt atrophiées et prixées de leors aptitudes fonctionnelles. Cest à cette dernière catég«3rîe qne paraissent appartenir la plupart des hermaphrodites ainâ qne le nôtre. Mais nous deTons supposer que, dans ces cas, la nature des instincts sexuels est anssi peu déterminée que les organes génitaux ou plutôt les glandes génitales, et que la direction des instincts sexuels dans un sens ou dans un antre dépend de circonstances fortuites.

Ainsi notre hermaphrodite aTait essayé le coït comme homme, et de Crecchio nous apprend que son individu, qui par ses organes génitaux internes était féminin, courait après les femmes, atait plusieurs fois cof té et aTait même eu deux fois une blennorrhagie ; et réciproquement nous totous des hermaphrodites, reconnus plus tard comme hommes, être mariés comme femmes et accomplir le coït comme telles.

Amnon (i), parlant de Ro^ina Gôttlich, hermaphrodite, dont on s*est beaucoup occupé en son temps, et qui était manifestement un homme arec un hypospadias et un scrotum fendu, dit : t Elle déclara effrontément qu'elle arait accompli le coït comme homme et comme femme, mais qu'elle préférait la dernière façon à la première, dont elle avait honte; et cela s'explique facilement. A cause du petit Tolume et de la difformité du pénis Tacte ne pouvait être qu'incomplet. Comme femme la chose lui était plus facile et plus agréable, parce que l'urètre dilaté entre les deux moitiés du scrotum faisait fonction de vagin. »

Dans le cas décrit par Torlual (2) (un androgyne marié comme femme par le droit canon), un individu qui était probablement un homme, mais marié comme femme , était jaloux de son mari, qui, ne parvenant pas à accomplir le coïl avec sa femme, voulait chercher ailleurs la satisfaction de ses désirs sexuels.

Marie Arsano (Caspcr-Limann), âgée de 8i ans, avait toujours vécu comme femme et ne fut reconnue comme homme qu'à l'autopsie.

(I) Amnon. DU angeb. chirurg, Krankheiten des Menschen. Berlin, I84Î, p. M. (7)Toriail, Viertei/ahrsch. f, gench. Medic, X, 18.

L*HERMAPHR0D1SME. 47

Les cas, relativement assez nombreux dans la littérature, d'hommes mariés pendant de longues années avec des individus hermaphrodites et heureux dans leur niénage, prouvent ce fait intéressant, pour la compréhension des manifestations des instincts sexuels, que non seulement la nature vraie de la femme, mais encore la supposition de cet état peuvent attirer et exciter l'homme.

Si nous ajoutons à ce que nous avons dit, que la perversion des instincts sexuels est souvent un symptôme psychopathologique, on comprendra que la nature masculine ou féminine des glandes génitales ne se manifeste pas toujours par un penchant sexuel spécial, surtout si ces glandes sont peu développées.

L'existence prouvée de sperme mettra certainement fin au doute sur la nature du sexe de l'individu. Chez Catherine Hohmann on put en trouver des traces, car Schuize (1) a constaté l'existence de spermatozoïdes dans le mucus adhérent à la sonde qui avait servi à l'exploration de l'urètre de cet hermaphrodite. Comme on s*était convaincu positivement que ces spermatozoïdes ne provenaient pas d'un coït récemment consommé, il était évident que Catherine Hohmann pouvait réclamer les droits d'un homme, et il était sans importance d'admettre ou d'exclure la coexistence d'un ou de deux ovaires ou des parties génitales externes de la femme.

11 va sans dire, que la recherche des spermatozoïdes sur l'homme vivant n'est possible, môme quand le testicule est normalement développé, que dans les cas où le canal déférent se relie naturellement au testicule, n'est pas oblitéré, et enfin s'ouvre à l'extérieur. En parcourant les cas d'hermaphrodisme connus jusqu'à présent, où l'on a pu faire l'examen anatomique, nous trouvons que dans la plupart de ces cas les glandes génitales masculines étaient atrophiées, le canal déférent absent, ou oblitéré ou terminé en cul-desac. Les ovaires étant également atrophiés chez les hermaphrodites féminins, comme dans le cas de de Crecchio et le nôtre, on peut admettre que l'hermaphrodisme est généralement accompagné d'atrophie des glandes génitales. Il en résulte que dans les cas les plus complets d'hermaphrodisme, malgré l'existence des testicules, il y a rarement formation et encore moins excrétion de sperme normal, c'est-à-dire contenant des spermatozoïdes.

L'existence d'hémorrhagies menstruelles ne prouve pas d'une façon aussi absolue, qu'on semblerait le croire, le sexe féminin de l'individu. Depuis qu'on sait que la menstruation n'est pas nécessaire-

vl) Schalie, KtVcA. Ârch., Band 43, p. 429.

ment liée à Texistence des ovaires, comme le prouvent plusieurs cas de persistance des règles malgré une ovarialomie double (1), il n'est plus permis de conclure d'une façon absolue de Texistence de la menstruation à celle des ovaires, et encore moins à Tabsence des testicules. Catherine Hohmann aurait été réglée régulièrement

dans son jeune âge, et ce fait aurait été constaté cliniquement (2). Dans le cas de Tortual, Thermaphrodite masculin aurait été réglée à partir de 19 ans, et dans un cas d'attentat à la pudeur sur des femmes dont nous parlerons plus loin, la sage-femme accusée et reconnue comme homme par les médecins raconte avoir eu des hémorrhagies périodiques par les parties génitales. Rosina Gôttlich également prétendait avoir été réglée, mais irrégulièrement, depuis l'âge de 20 ans, quoiqu'à Tautopsie faite en 1857, elle fut reconnue comme homme. Blackmann (3) raconte que l'individu qui faisait le sujet de son observation et avait l'extérieur d'un homme, perdait tous les mois du sang par le pénis, et était même mort pendant une de ces hémorrhagies; à l'autopsie on trouva un vagin rempli de sang menstruel et s'ouvrant dans la vessie, un utérus, des trompes et des ovaires et môme deux testicules avec des conduits excréteurs normaux. Malheureusement ce cas n'est pas tout à fait à l'abri du doute. D'un autre côté, l'observation de de Crecchio et la nôtre prouvent que, malgré l'existence d'organes génitaux internes féminins, les hémorrhagies menstruelles peuvent manquer complètement.

Par ce qui précède, on peut voir que la détermination du sexe reste souvent aussi difûcile après la puberté que dans l'eufance, et les cas connus d'hermaphrodites adultes, qui se sont fait examiner dans les facultés de médecine par les hommes les plus éminents de la science, montrent d'une façon éclatante cette difficulté, car la plupart de ces individus ont été pris pendant leur vie, tantôt pour hommes, tantôt pour femmes. Il en a été ainsi récemment du casde Catherine Hohmann. On n'avait en vue qu'un seul sexe, tandis qu'il est prouvé, par les recherches si importantes de Waldeyer et les observations de Meyer et de Heppner, qu'on peut réellement trouver chez l'homme un hermaphrodisme vrai, ce qui complique encore le diagnostic dans ces cas.

Le code prussien contient relativement aux hermaphrodites les articles suivants (4) :

(1) Beizel, Wierter med, Wochensch , , 1873, n»» 27 et 28.

(2) Scliultze, loc, cU,

(3) Heppner, hc, cit., p. 700.

(4; Aiig. Landrecht, tit. I, tbl. I.

S 19. — Si an enfant natt hermaphrodite, les parents décident à quel sexe ils Teulentqoe l'enfant appartienne.

Ibid, § 20. — A l'âge de dix-huit ans révolas, l'hermaphrodite a le droit de choisir son sexe.

Ibid. %tl, — D'après ce choix, ses droits sont fixes à l'avenir.

Ibid. 9 22. — Si les droits d'an tiers dépendent do sexe da préteodo hermaphrodite, celai-ià peat réclamer l'examen d'un expert.

Ibid, § 33. —Le résultat de l'examen de l'expert décide aussi bien contre le choix de l'hermaphrodite que contre le choix des parents.

II n'y a pas beaucoup à redire aux premiers articles, mais le dernier suppose que les experts sont toujours capables de reconnaître le sexe d'un hermaphrodite. Ce que nous venons de dire montre assez combien cette supposition est erronée. Le droit romain (1) dit :

Cl Quaeritur hermaphroditum cui comparamus 7 et magis puto ejus sexus lestimandum, qui in eo prsevalet. »

Nous avons vu à quelles erreurs expose l'observation de cette loi ; néanmoins, tant que l'individu vit, il n'y aura guère d'autre moyen que de suivre ce précepte.

Cependant, dans les cas où des droits importants d'une autre personne dépendent du sexe d'un hermaphodite, la loi peut ordonner, qu'après la mort la disposition des organes génitaux internes soit constatée par une autopsie médico-légale. Car l'autopsie seule permet de reconnaître le sexe vrai d'un tel individu, surtout quand il s'agit, au point de vue juridique, desavoir s'il y a des testicules, fussent-ils atrophiés.

L'hermaphrodisme a encore pour la justice un intérêt particulier, c'est celui de savoir jusqu'à quel point ces individus peuvent être capables d'attentats à la pudeur. Il faut admettre a priori celte possibilité, car nous savons que de telles personnes, non seulement ne sont pas dépourvues de désirs sexuels, mais encore les satisfont quelquefois largement.

Nous trouvons dans la littérature médicale un cas, dans lequel un hermaphrodite fut accusé d'attentats à la pudeur, et condamné pour ces faits; c'est le cas, publié par Marlini(2), d'une sage femme mariée qui avait attenté à la pudeur des accouchées et d'autres femmes jusqu'à ce qu'elle fut reconnue comme homme.

Il est certain qu'un tel délit ne peut être qualifié par la justice t'attentai à la pudeur que lorsque le sexe masculin de cet hermaphrodite a été confirmé par un examen médical. Dans le cas pré<;é-

(t) Vierteljahresch, /. gerich, MediCy XIX, p. 303.

HomiAiiN. ^

dent la justice ne semble pas avoir regardé la chose comme démontrée, car elle qualifie ce délit de coU contre nature. Il n*est donc pas prouvé que cet individu ait été un homme, comme le prétendaient les médecins légistes.

Si Joseph Marzo (c'est ainsi que s'appelait l'hermaphrodite décrit par de Crecchio) ou notre cocher avait commis un tel attentat, on aurait certainement eu plus de raison de les considérer comme hommes, et cependant on se serait trompé dans ce cas.

Le devoir du médecin-légiste, dans ces cas, est de déclarer que le sexe de l'individu ne peut pas être déterminé avec la certitude nécessaire, et je ne doute pas que, devant un tel rapport, les juges ne s'empressent de placer ces actes dans la catégorie des délits, pour lesquels la loi exige un sexe déterminé du coupable, eu égard à l'objet de son délit. -»

Les hermaphrodites peuvent encore être l'objet d'une expertise médico-légale, quand il s'agit de constater leur aptitude à la fécondation. L'expérience nous a appris que la plupart de ces individus sont baptisés et élevés comme filles et mariés comme telles : on aura donc le plus souvent à rechercher leur aptitude au coït comme femmes. Cependant les cas où la séparation et le divorce sont demandés pour de telles anomalies sont relativement rares.

Le plus souvent la vie conjugale n'est pas troublée par ces circonstances, soit que les maris s'accommodent d'un tel état de choses, soit que la fente génitale suffise telle quelle à l'accomplisscment du coït ou après avoir été élargie par des chocs répétés. Dans certains cas môme , comme dans celui de Léopold, le mnri ne se doutait môme pas de cette anomalie des parties génitales de sa femme.

L'examen fait-il reconnaître le sexe masculin d'un tel hermaphrodite, le mariage sera nécessairement nul. Dans le cas contraire, le rapport no spécifiera rien, et on se guidera d'après les mêmes principes (|uo pour la détermination de l'impuissance au coït chez la fonnno par d'autres causes.

NouH ra|>pelons pour la détermination de l'aptitude au coït d'un hormaphrodite, (|ue l'atrophie ou le raccourcissement du pénis avec hypoNpadias n'est pas un obstacle absolu à la copulation, ni à l'aptituilo à la fiW'ondation, dans les cas où il y aurait au moins un seul tohtirulo ainsi que ses conduits excréteurs normalement dé?eloppéii.

Mais romme chez la plupart des hermaphrodites les glandes génitttloH, particulièrement les testicules, sont atrophiées et que les

conduits excréteurs manquent, sont oblitérés ou s'ouvrent en un endroit éloigné du périnée, surtout aux coins de l'utérus, quand celui-ci exbte en môme temps, l'aptitude à la fécondation des hermaphrodites ne peut être admise qu'exceptionnellement.

Il n'y a pas à craindre chez l'homme un hermaphrodisme complet avec des organes génitaux capables de fonctionner dans les deux sens, quoiqu'on puisse à la rigueur comprendre cette anomalie par l'histoire de son développement. On ne peut donc s'empêcher de trouver ridicule la proposition de Teichmeyer qui veut qu'on permette à de tels hermaphrodites de se marier , mais qu'on leur fosse prêter serment de ne se servir de leurs organes génitaux que dans tin seul sens.

II serait très intéressant de pouvoir suivre l'état psychique des hermaphrodites. On sait que la castration faite dans l'enfance a une influence fâcheuse sur le développement intellectuel ; l'atrophie des glandes génitales survenant déjà chez le fœtus doit avoir une action plus prononcée encore sur l'intelligence. Chez les eunuques de rorient et les autres castrats, les troubles de leur état psychique se manifestent par un manque d'énergie intellectuelle et de force productive, mais surtout par l'absence de sens moral (1), et il est probable que les mêmes troubles de Tintelligence se rencontrent chez les hermaphrodites. En tout cas il faudra tenir compte de ces faits, quand un tel individu se rend coupable d'un délit.

Dans notre cas, pas plus que dans celui de de Crecchio, il n'y avait de troubles de l'intelligence. Nous n'en trouvons pas non plus dans aucun des différents cas qui nous sont connus. Mais le plus souvent il y a une diminution plus ou moins considérable de l'énergie intellectuelle, et un genre de vie plutôt passif. Toutefois il ne faut pas oublier, pour comprendre l'attitude et le caractère sauvage de ces individus, qu'ils ont conscience du caractère et de la signification de leurs difformités, qu'ils cherchent à les cacher soigneusement, et que cette circonstance suffit pour exercer une influence déprimante sur leur énergie et pour donner la raison du caractère farouche et renfermé de certains hermaphrodites.

(1) Vide Maadtley, Vartrag ûber med. Psychologie in Deutsche Klxnik^ 1873, Q«« 2 eta et Pelikân, Doi Skopzenthum inRussland, p. 104 et tuiTantes,

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