‹ Nouveaux éléments de médecine légaleChapitre 98 sur 189 · I. — Phénomènes de Fempolsonnement · texte numérisé non relu

I. — Phénomènes de Fempolsonnement

Les symptômes qui se montrent après l'empoisonneme Tacide prussique ressemblent beaucoup à ceux que nous observés dans Tasphyxie, surviennent et marchent d'une aussi foudroyante que celle que nous observons après Tarrl respiration. En général, l'individu s'affaisse quelques instant avoir avalé le poison, est atteint de dyspnée, perd connais présenle do violentes convulsions cloniques et meurt au fa quelques minutes. Nous avons presque toujours observé di expériences sur les animaux ce qu'on appelle les mouf( respiratoires ultimes, la persistance du choc du cœur pi quelque temps, des mouvements de déglutition et souvent < missements immédiatement après la chute, surtout dans T sonnemenl par le cyanure de potassium. Cependant tous h poisonnements par l'acide prussique ou le cyanure de poli n*ont pas toujours une marche aussi foudroyante et on a o plus souvent des cas dans lesquels il s'est passé non seul plusieurs secondes, mais même quelques heures avant que si trèrent les premiers symptômes de l'empoisonnement, de soi les individus étaient encore en état d'accomplir différents C'est ainsi que dans un cas communiqué par Casper une 1 qui avait bu de l'huile d'amandes contenant de l'acide que (mais probablement déjà décomposé en grande parti encore en état d'enfermer le flacon dans un secrétaire. Di antre (1), un prisonnier qui s'était empoisonné la nuit pré son exécution, put encore cacher le flacon contenant de prussique dans sa botte et dans un troisième, un homme i corps duquel on trouva l'énorme quantité de 7,24 gramo cyanure de potassium, peut encore après avoir avalé le po rendre dans la chambre à coucher de sa femme et lui fa adieux (2). Dans un cas communiqué par Taylor, un individi pris ce qu'on appelle de Tessence d'amandes amères (1 partie •

(1) Fricdreichs RiûlUr, 1870, p. 454.

(2) Nowak, Des combinaisons toxiques du cyanogène au point de vue i et médico-légat {Wtener, Med,, Presse.^ 1877, n» 27).

d*amandes amères et 7 parties d*alcool) aurait encore été capable de se rendre dans la cour, de puiser de Teau et de monter deux étages, après quoi il s*est affaissé et mourut vingt minutes après.

On ne connaît pas encore la cause de cette grande toxicité de Tacide prussique. La ressemblance frappante entre les symptômes iTec lesquels survient la mort dans l'empoisonnement par Tacide prussique et ceux de la mort par aspbyxie, permet de supposer que Tadde prussique a une action d'abord excitante, puis immédiate- Mot paralysante sur la moelle allongée, ou que des traces de ce poison introduites dans le sang rendent difficile ou suspendent dans Forganisme les processus respiratoires. Cette dernière hypothèse trouve un appui dans ce fait, observé par Schoenbein, que de très petites quantités d'acide prussique ajoutées- au sang peuvent empêcher l'action catalytique de celui-ci sur le peroxyde d*hydro- [ lèoe, de sorte que ce dernier donne une coloration brune au sang dont les propriétés spectroscopiques disparaissent dans ce cas. O'après Hope-Seyler et Preyer Tacide prussique formerait comme Foxyde de carbone, une combinaison chimique avec l'hémoglokine du sang ; mais ce processus n'est pas encore prouvé et, même ifU rétait, il ne serait cependant pas vraisemblable, vu l'extrême F.f^idité avec laquelle déjà de petites quantités d'acide prussique L4éierminent la mort, que cette circonstance joue le rôle principal léua l'empoisonnement par l'acide prussique, parce qu'il ne se r^ |tsse pas un temps assez long pour que l'hémoglobine d'un grand ç^ Bombre de globules sanguins puisse faire une combinaison avec Fadde prussique. Du reste l'action foudroyante de l'acide prussique l^ie montre également sur les grenouilles qui, on le sait, peuvent 1^ apporter pendant longtemps la suppression des fonctions du sang.

'^ II. — • liéftloBS AB Atomiques.

pi. Quant aux lésions qu'on trouve à Cauiopm^ il y a lieu de dis- VlÎDgQer l'empoisonnement par l'acide prussique de l'empoison- !{ieffient par le cyanure de potassium.

'p. Dans le premier, à part l'odeur de l'acide prussique dans l'esto-

\MêC et quelquefois dans d'autres organes, odeur qui n'est pas

• toujours constante, et à parties signes de la mort par asphyxie,

, an ne trouve le plus souvent que des résultats négatifs ; la muqueuse

ée l'estomac ne présente aucune altération, sauf un peu d'injection

d quelquefois des ecchymoses qui peuvent être regardés comme

aoe manifestation de l'asphyxie, ce qui ne doit pas nous sur-

prendre, même si on pouvait attribuer à l'acide prossique une action irritante locale, à cause de la grande rapidité avec laquelle la mort survient en général.

Dans Tempoisonnement par le cyanure de potassium, les lésions sont tout autres : dans les cas typiques nous trouvons la muqueuse de Testomac, particulièrement dans le grand cul-de-sie et au sommet des plis, colorée en rouge sanguin, tomenteose el ramollie à tel point que les sillons entre les plis peuvent paraftrt transparents. La muqueuse est couverte en même temps d'un ma* eus abondant, visqueux, d*un rouge clair ou rouge foncé et, s'ilf a un autre contenu, celui-ci est teinté de sang et visqueux. Le c<mtenu de Testomac est fortement alcalin, donne au toucher la sensation de l'eau de savon et dégage une odeur plus ou moins frappante d'acide prussique que Ton peut remarquer également dam d'autres organes, par exemple, le cerveau et les poumons. La rongeur surprenante et l'état tomenteux de la muqueuse se produisent sous Taction réunie [de trois facteurs, c'est-à-dire l'injectioi ecebymotique de la muqueuse de l'estomac, le gonflement delà muqueuse par le cyanure de potassium et l'imbibition des coucbei supérieures par la matière colorante du sang dissoute par le cja* nure de potassium. De ces trois facteurs, le premier seul agit pendant la vie et est dû à la forte réaction alcaline presque aussi intense que celle de la potasse caustique, et aux propriétés irritantes el même corrodantes du cyanure de potassium qui, même dans les quelques instants qui précèdent la mort, peut déterminer une rongeur et des ecchymoses. Les deux autres facteurs n'agissent qu'après la mort, parce que la production des lésions auxquelles ib donnent lieu, c'est-à-dire du gonflement et de l'imbibition sangninolenle de la muqueuse de l'estomac, analogues à ceux que produit la forte action alcaline des lessives de potasse et de soude, exige un temps assez long. On peut prouver ce fait expérimentalement: si on examine immédiatement après la mort des animaux qu'on a empoisonnés par le cyanure de potassium, on ne trouve aucune trace du gonflement et de l'imbibition sanguine de la muqueuse stomacale, tandis qu'on les observe si l'autopsie est faite quelqusi heures après la mort ; on peut aussi produire ces mêmes léstoni en mettant dans des estomacs hyperémiés de cadavres du cyannif de potassium qu*on laisse agir pendant quelques heures.

On comprend, par ce que nous venons de dire, que rimbitritlon sanguine et l'état tomenteux de la muqueuse de l'estomac seront d'autant moins développés qu'on aura pris moins de poison, et nom

afODS plusieurs fois fait l'autopsie dans des cas où, à cause de la

petite dose de poison, ces lésions étaient à peine marquées. Gela

irrÏTe surtout dans l'empoisonnement criminel parce que dans ce

cas on emploie des doses beaucoup moins considérables que celles

qQ*OD prend dans les cas de suicide. On comprend en outre que le

gonflement et Timbibition sanguine qui sont dus à la potasse seule,

Moqueront dans les cas où le véhicule, dans lequel le poison a

M donné, ou le contenu de l'estomac se combine avec la potasse

fl'ilrendinoffensiTe. Cela arrive, par exemple, quand on donne de

^ inndes quantités de poison dans du vin dont l'acide, d'un côté, met

i hdde prussique en liberté, d'un autre côté se combine avec la po-

^bne. En effet, sur 3 enfants qui avaient été empoisonnés par leur

tknàiec le cyanure de potassium, nous n'avons trouvé que des

diéntions insigniflantes dans l'estomac, ce qui s'expliquait par ce

Ait que le poison avait été administré aux enrants dans du vin aigre.

On peot trouver un gonflement et une imbibition sanguine analo-

à celle de la muqueuse de l'estomac et quelquefois du duodé-

dansle pharynx, l'œsophage, le larynx, la trachée et même dans

Wê poumons, surtout si par les vomissements, ou peut-être après la

Mirt, des matières contenant du cyanure de potassium ont pénétré

Ihis ces organes ouy ont été aspirées, et y ont déterminé consécu-

fbement un gonflement et une imbibition sanguine. Nous ferons

peore remarquer que dans les cas où l'on a pris une solution de

lyuiure de potassium déjà en voie de décomposition ammoniacale,

muDe nous avons eu l'occasion de l'observer deux fois, on peut

kiMfer des érosions très nettes sur la muqueuse des organes de dé-

tfrtilion et de l'estomac. Le sang dans les empoisonnements par

gKide prussique et le cyanure de potassium présente les mêmes

Ipnctères que le sang de l'asphyxie ordinaire, c'est-à-dire est li-

ijlide et foncé. Nous avons cependant trouvé, dansdeux casd'empoi-

iment par le cyanure de potassium une coloration rouge clair

sang surprenante, de sorte que le résultat de l'autopsie présen-

ime grande analogie avec celui que l'on peut observer après l'em-

lement par l'oxyde de carbone. D'autres auteurs ont observé

cas semblables ; du reste, si on traite le sang par l'acide prussi-

oa une solution de cyanure de potassium, il prend une colora-

d'un rouge clair remarquable. La cause de ce phénomène n'est

encore connue, et il n'est pas encore prouvé qu'elle soit due à

combinaison de l'acide prussique avec l'hémoglobine (héma-

^h^ ni, comme l'admettent Hope-Seyler et G&lbgens (1), que la

(I) JM. ckm. Vnitn, 1S66 à 1871, p. 140, 3SS, l^h, etc.

coloration rouge clair du sang soit due à ce que, sousTinfluence de raction de Tacide prussique sur le saog, rhémoglobine abandcmoe beaucoup plus difficilement son oxygène que dans Télat normil. L'examen spectroscopique de ce sang ne diffère pas de celui da sang normal. Par contre, le contenu sanguin de restomac présente souvent le spectre de l'hématine, c'est-à-dire une raie sombre mal limitée ou seulement une ombre dans le vert, qui, après l'addilioB de sulfbydrate d'ammoniaque, fait place dans le vert jaune i deux raies d'absorption, dont l'une, celle qui est près du rouge, parah très sombre et très netle : c'est là le spectre de l'bématine rédoils. Ce speclro du sang de l'estomac n'est nullement caractérisliqm de l'empoisonnement par le cyanure de potassium, mais se rencontre beaucoup plus souvent dans d'autres empoisonnements par dei acides ou des alcalis et dans d'autres genres de mort après lesqoeb on trouve un contenu sanguin dans l'estomac ; car le sang « transforme déjà en totalité ou en parlie en hématine sous l'influence du suc gastrique.

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