DIAGNOSTIC DES CALCULS VÉSICAUX
la taille ici, et cette dernière devrait môme être préférée. M. Bouchacourt pencherait, dans ces cas, pour la taille recto-vésicale. Dans d'autres circonstances, le calcul est comme pincé entre deux replis de la poche urinaire , de même qu'il peut être fixé dans un cul-de-sac particulier, soit que la membrane muqueuse fasse tout simplement hernie par une éraillure des fibres charnues, comme il arrive si souvent dans ce qu'on appelle vessies à colonnes, soit qu'un véritable kyste se soit formé autour de la pierre, comme F. de Hilden (1) et Meckel prétendent l'avoir observé, comme M. Gensoul m'a dit en posséder un exemple. La vessie naturelle communiquait par un orifice de six lignes avec une seconde poche de la capacité d'un demi-litre qui contenait un calcul, chez un homme mort d'ischurie, en 1833 , à l'hôpital de la Pitié. J'ai vu deux autres cas presqu'en tout semblables depuis. Il y avait sept calculs dans l'un des trois lobes d'une vessie que m'a montrée M. Sanson.
G.On comprend que si le corps étranger ne se présente toutà-fait libre par aucun point de sa surface , le cathétérisme n'en indiquera point la présence , et que , dans les autres cas , c'est en variant la position du malade , la distension de la vessie, les mouvements de la sonde, qu'on peut espérer de le reconnaître. Quand la difficulté vient du petit volume de la pierre, ou de ce que ses frottements sont trop légers pour être exactement perçus, Laënnec a pensé que l'auscultation pourrait être de quelque secours. On applique alors, soit l'oreille , soit le stéthoscope sur les différents points de l'hypogastre , avec les précautions d'usage, pendant que, d'un autre côté , l'instrument manœuvre dans l'intérieur de la vessie. En agissant ainsi, aucun son n'échappera, le moindre choc de la sonde sur la pierre pourra être apprécié par l'oreille. Afin de rendre cette ressource encore plus délicate, M. Ashmead, se rappelant que Vair est meilleur conducteur du son que les liquides, a imaginé d'en remplir le réservoir de l'urine. Vissant une plaque de stéthoscope sur le pavillon de la sonde ordinaire, M. Moreau de Saint- Ludgère (2) trouve,
(1) Bonet, Corps de méd., p. 444.
(*) Thtse n* 347. Paris, 1887.
et j'ai trouvé avec lui , qu'on entend mieux que de toute autre façon les bruits du calcul. Mais il importe de ne pas se faire illusion sur la valeur de pareils perfectionnements. Toutes les fois que l'algalie touche franchement un calcul, le praticien le sent aussi bien avec la main qu'au moyen de l'auscultation. Je ne conseille point d'affirmer, fondé sur le témoignage de celte dernière ressource, qu'il existe une pierre dans la vessie, si le cathétérisme simple n'en a pas d'ailleurs convaincu. En résumé, ce n'est pas sentir ou entendre le calcul, qui est difficile, mais bien de le toucher, de le frapper à nu.
D. Si, dans nombre de cas, le cathéter ne rencontre point de pierre, quoiqu'il en existe une ou plusieurs, il en est d'autres qui portent à commettre l'erreur opposée. Des exostotes derrière le pubis , telles qu'en ont observé Houstet , Garengeot, M. J. Cloquet , M. Belmas , et surtout Brodi qui en a rencontré une du poids de vingt onces , et d'autres tumeurs osseuses, venant de l'ischion comme en cite M. Damourette, du sacrum ou des os coxaux comme celle qu'a fait figurer M. Haber , un kyste osseux dans l'épaisseur des parois vésicales comme l'ouvrage de Boyer en offre un exemple, ont pu tromper à ce sujet. Il en est de même de la saillie sacro- vertébrale. Néanmoins, les causes d'erreur les plus fréquentes se trouvent dans la contexture même de la vessie. J'ai fréquemment éprouvé qu'en faisant glisser le bec de la sonde , de la ligne médiane vers les côtés , on produit un mouvement de saccade , d'où résulte la sensation (Tune résistance , d'inégalités bien propres à tromper ceux qui ne seraient pas prévenus de cette particularité. Cela tient à ce que l'intérieur de la vessie est souvent rugueux, bosselé, à ce que les fibres de sa membrane musculeuse sont réunies en faisceaux plus ou moins distincts. Cela peut dépendre aussi de la présence de masses fibrineuses, squirrheuses (1) ou de toute autre nature, soit libres, soit adhérentes, développées i sa face interne. Pour peu qu'il y ait de doute, l'opérateur ne se dispensera pas d'introduire un ou deux doigts de la main gauche dans le rectum, afin de soulever le bas-fond de la
(1) F. de Hilden, dani Bonet, p. 445.