‹ Nouveaux éléments de médecine opératoire, accompagnés d'un atlas ... représentant les principaux procédés opératoires et un grand nombre d'instruments de chirurgie (volume 2)Chapitre 6 sur 108 · ÉTRANGLEMENT INTERNE · texte numérisé non relu

ÉTRANGLEMENT INTERNE

vu deux fois ; enfin sous les mille variétés de brides ou de cordons que les maladies ou de certains accidents peuvent Caire naître dans l'intérieur du ventre.

L'étranglement produit par ces nombreuses causes ne difrérant, après tout, de l'étranglement herniaire qu'en ce qu'il a son siège à l'intérieur des cavités splanchniques, peut donc facilement induire en erreur chez les sujets qui ont en même temps une descente visible à l'extérieur. On le distinguera néanmoins , dans la majorité des cas , en remarquant le point de départ des douleurs et leur marche, en comparant l'état de la tumeur à l'état du ventre, et réciproque* ment. Lorsqu'il existe seul , on ne s'y trompe guère, mais il s'agit alors d'en spécifier l'espèce , et de voir si l'art peut y porter remède.

Si l'affection est survenue tout-à-coup à l'occasion d'un effort ou d'une violence quelconque ; si le malade a cru sentir une déchirure , accompagnée de craquement et d'une douleur qui, d'un point déterminé, se propage dans le reste du ventre ; si , depuis ce moment , des vomissements de matières alimentaires, muqueuses, puis stercorales, ont continué de se faire en même temps que les évacuations alvines sont devenues impossibles et que les signes ordinaires d'une violente péritonite manquent , il sera bien difficile de ne pas admettre l'existence d'un étranglement interne.

A. Remèdes internes. Trois sortes de moyens ont été proposés pour remédier aux accidents de ce genre. Les anciens, qui aimaient à supposer les invaginations, le tortillement du tube alimentaire, avaient une grande confiance dans le vif-argent, les balles de plomb , les purgatifs , etc.- Os espéraient, à l'aide de substances aussi lourdes , aussi actives, agir mécaniquement sur les entrailles, les forcer à se dégager au moyen de mouvements précipités. MM. Balloci, Bellini , Ribell, ont encore invoqué de nos jours des exemples en faveur du mercure coulant. Dans le volvulus récent et simple , de telles ressources pourraient être suivies parfois de succès ; ayant avalé une assez grande quantité de mercure cru, par le conseil de M. Vogel (1), un malade ren-

(1) Archives gén. de méd.t 1. 1, p. 450.

122 ©PÉtÀTIOIfS^SPÉCULIS.

dit 22 pouces d'intestin grêle, dont la nature fat constatée par M. de Rapp. 43 observations de cette espèce ont été rassemblées par M. W. Thomson (1); mais H n'est personne qai ne soit effrayé de leur emploi , dans le cas d'étranglement interne proprement dit. Pour mon compte, je n'oserais point en foire l'essai.

B. Les Baignées locale$ et générales , les cataplasmes , les opiacés , propres i modérer l'inflammation , à calmer les douleurs, n'ont aucune espèce d'influence sur l'état de constriction dans lequel l'intestin se trouve. Leur seul avantage est de favoriser les efforts de l'organisme et le travail au moyen duquel il a été, dans certains cas, assez heureux pour rétablir la continuité de l'intestin sans en détruire la perméabilité.

La portion intestinale invaginée peut en effet , après un temps plus ou moins long et des accidents plu9 ou moins graves , se séparer par la rupture de son collet ou de sa racine, soit que la gangrène s'en empare, soit par les progrès d'une simple ulcération éliminatoire. Alors la masse mortifiée devenue libre, finit par être expulsée au dehors. On a vu sortir de cette manière la totalité du cœcum , une grande portion de l'S iliaque du colon, ainsi que le mémoire de Hévin en renferme des exemples nombreux. MM. Rigal et Bounial (1) ont vu jusqu'à trente pouces d'intestin grêle être expulsés par ce mécanisme. Des observations à peu près pareilles ont été rapportées par MM. Mallet, Baillie, Lobstein, Lacoste, Boucher, Gaultier de Claubry, etc.

C. Gastrotomie. On devine, au reste, qu'une semblable terminaison n'est possible que dans les cas d'invagination , que, pour détruire un véritable étranglement, il n'est pas permisde compter sur les ressources de l'organisme. La gastrotomie se présente alors comme dernier refuge. Jusqu'ici, peu de personnes ont osé la pratiquer : l'expérience est, en quelque sorte , restée muette sur sa valeur. On ne peut tenir aucun compte , en effet, de l'histoire de cette baronne de Lanti dont parle Bonet, et qui, au dire d'un ecclésiastique, avait

(ï) JEncyclogr.dessc.méd., 1839; p. 2*1.

ÉTRANGLEMENT INTERNE. ISt

été guérie, par l'incision du bas-ventre, d'une passion Iliaque. Quoique le cas dans lequel Nuck conseilla de fendre F abdomen, pour arriver sur les intestins et les dénouer , soit un peu plus authentique, et que M. Fusch (1) ait fait connaître un succès complet de gastrotomie pour une invagination, on ne peut néanmoins s'autoriser qu'avec une extrême ré-* serve de ce peu d'observations. Voulant soulager une dame dont Ie'rectum était oblitéré par des squirrhosités, M. Pring (2) ouvrit l'S iliaque du colon, établit là un anus artificiel, et donna ainsi six mois de vie à la malade ; mais M. Monod (3), ayant pratiqué la gastrotomie chez une femme âgée de vingtcinq ans pour un iléus supposé, vit la mort survenir deux jours après , et qu'au lieu d'un iléus, il s'agissait tout simplement d'une coarctation au-dessus du cœcum.

S'il arrivait qu'on eût une certitude presque complète de V existence1, soit d'une invagination récente , soit d'un étranglement , et que le lieu de la maladie fût bien déterminé , il faudrait, je crois, se hasarder à pratiquer la gastrotomie déjà en usage du temps de Praxagore , qui l'aurait pratiquée, en réunissant aussitôt la plaie du ventre au moyen de la suture. Dupuytren , qui l'a tentée une fois , eût probablement réussi, dit-il, s'il lui eût été permis d'inciser, comme il le voulait, sur le côté du ventre où était la douleur, au lieu d'agir sur la ligne blanche,1 comme il le fit d'après l'avis des consultants. Un cas observée l'hôpital Saint- Antoine, et les faits que j'ai recueillis depuis à laCharité, prouvent aussi qu'il est parfois possible de dire assez exactement pendant la vie quel est le siège précis de l'étranglement. Le malade devrait être couché comme pour l'opération de la hernie ordinaire. L'incision, plutôt en demi-lune que droite, serait pratiquée très près de l'étranglement. Si on n'était pas sûr <ta siège de ce dernier, on la placerait en dehors des muscles droits. Les doigts chercheraient ensuite la partie malade. Dans le cas d'invagination , ils n'auraient qu'à tirer en sens opposé les deux bouts de l'intestin pour la détruire, et re-

(1) Archives gén. de mid., t. IX, p. 1 1S.

(2) Si Cooper» Dki. de chir., t|fenth édjL, p. 911.

(3) Gaz. mid., 1838, p. 667.

lâfc OPKBATIOWS SPÉCIALES.

mettre aussitôt le tout dans la cavité péritonéale. S'il Vagissait d'un étranglement , le doigt parviendrait sans doute à le rencontrer, à l'isoler, de manière qu'un bistouri pourrait diviser sans danger le ruban ou le cercle constricteur. Une malade que m'avait adressée M. Donné, et qui mourut à la Clinique, aurait pu être opérée ainsi.

D. Après h taxis. Un autre genre d'étranglement interne, celui quip ersiste après la réduction forcée dune hernie, mérite encore d'être signalé . M. Delmas cite un cas où les organes s'étaient ainsi arrêtés dans l'épaisseur même des muscles. Us peuvent aussi passer au-dessous d'une bride , à travers une déchirure , de la même manière que quand on veut les réduire après avoir ouvert le sac, et comme je l'ai mentionné plus haut. C'est une chose malheureusement trop commune que de voir ces réductions en masse sous l'influence du taxis , ne point empêcher les accidents .de continuer leur marche progressive. Il est peu d'auteurs qui n'en aient recueilli des exemples , et chaque jour encore , on en rencontre dans la pratique. Le premier soin à prendre est de faire ressortir la hernie. Si rien ne se présente à Vanneau , le chirurgien serait blâmable de temporiser trop longtemps, et de ne pas pratiquer aussitôt l'opération. Il sait qu'une tumeur herniaire existait; qu'après avoir fait naître des accidents ou être restée long-temps au dehors , elle a disparu sous l'influence d'efforts étrangers; l'ouverture qui lui a livré passage est libre, admet facilement l'extrémité du doigt, assez souvent même présente une sorte de dépression ou de cul-de-sac , semble être tirée vers l'intérieur par quelque bride ou quelque membrane adhérente; parfois aussi, le doigt, porté dans cette dépression, arrive jusqu'à sentir la tumeur intestinale incomplètement réduite. Dans cette supposition, on incise les parties molles comme dans la hernie étranglée ordinaire , et on arrive par degrés jusqu'à son intérieur. Si le sac peut être atteint , il est rare que l'opérateur ne parvienne pas jusqu'au siéfe du mal. Dupuytren , qui a fréquemment été appelé pour remédier à cette espèce d'étranglement , et qui en a observé à l'Métel-Dieu mi grand nombre

HBftNIR AVEC GANGBÈNB. 125

<f exemples , fait remarquer qu'après avoir vainement tenté de ramener les viscères à l'extérieur, il reste encore la ressource d'inciser largement l'anneau dans le sens où il n'y a point de vaisseaux , et l'arriver ainsi jusque dans le ventre.

$ VIL Hernies avec gangrène.

A. La tumeur est entière. Lorsque la gangrène d'une benne est reconnue de prime abord, la division des tissus n'exige pas les mêmes précautions que dans l'opération ordinaire. Les incisions en effet peuvent pénétrer sans inconvénient du premier trait jusque dans l'intestin. Si elle comprend toute la tumeur, et que la hernie soit volumineuse , on doit , après avoir fait plusieurs divisions profondes , en enlever toutes les portions mortifiées. On pourrait , néanmoins , se borner à l'incision de l'anse intestinale» et attendre r exfoliation des tissus. Des faits assez nombreux prouvent qu'alors l'organisme parvient facilement à produire une guérison complète. Courant un jour la poste en Allemagne , J.-L. Petit descendit, dit-il, dans un poêle , et fut aussitôt frappé par une odeur de gangrène. On lui fit voir dans la pièce voisine un homme en proie aux accidents d'une hernie avec mortification. Croyant cet homme perdu, il s'en tint à quelques incisions de la tumeur qui se vida sur-le-champ d'une abondante quantité de matières. A son retour, vingt-huit jours après, J.-L. Petit apprit, non sans surprise ,que son malade était complètement guéri, ti guéri sans fistule stercoralc. Se rendant «ne autre fois à la Ferté-sous-Jouarre, et s'étant égaré la nuit, il alla demander le chemin à une maison où il apercevait de la lumière. La femme lui dit que son mari était à l'agonie , et 1e pria d'entrer. C'était aussi une hernie étranglée que J.-L. Petit se contenta d'ouvrir et de nettoyer, en recommandant de ne pas la soumettre à d'autres soins , croyant bien d'ailleurs que ce malade ne survivrait pas. La guérison eut lieu cependant, et c'est l'individu lui-même qui vint Rapprendre au chirurgien quelque temps après.

B. La tumeur est ouverte. Toutefois, on ne peut disconvenir qu'il ne vaille mieux débarrasser la tumeur»

t26 OPÉRATIONS SPÉCIALES.

à coups de 'ciseaux ou de bistouri , de toit ce qu'elle contient d'évidemment mortifié. Pour le reste, il n'y a pas de raison de se conduire autrement que si l'intestin seul était gangrené , et que si \â gangrène n'était reconnue qu'après l'ouverture du sac. Dans ce dernier cas , la gangrène peut n'occuper que la partie la plus saillante de l'anse étranglée , comme elle peut avoir son siège dans l'intérieur même de l'anneau et sur les points qui supportent immédiatement la constriction.

I. Ouvrir largement l'intestin. Plusieurs «méthodes ont été conseillées à l'occasion de cet accident. L'une des plus anciennes consiste à ouvrir largement l'intestin pour frayer une libre issue aux matières. En agissant ainsi, on a deux choses à craindre : 1° que la constriction ne persiste au point de rendre difficile le passage des substances qui parcourent le tube alimentaire; 2° d'établir presque nécessairement un anus contre nature. A ces craintes > quelques personnes ont opposé que la portion inférieure de l'intestin , ne recevant plus de matières, s'affaisse; que celle qui correspond à l'estomac , continuant seule de recevoir les détritus digestifs , doit être assez libre dans l'ouverture herniaire pour y remplir sans danger les fonctions d'anus anormal. D'un autre côté , l'expérience démontre que cette conduite a souvent été suivie d'une guérison radicale astex prompte. Les deux exemples cités tout à l'heure en sont une preuve, et J.-L, Petit en raconte d'autres qui ne sont pas moins remarquables. Étant allé en Flandre, ce chirurgien fut appelé, en passant à Douai, pour donner son avis sur une tuBtpur herniaire qu'il ne put réduire et qui était étranglée. Un charlatan, dont les parents du malade adoptèrent l'avis , soutint que cette tumeur était un abcès , et qu'il fallait l'ouvrir. J.-L. Petit annonça qu'il pouvait en résulter des accidents graves, qu'il s'ensuivrait pour le moins une fistule stercorale. À son retour, ou lui assura que le malade était parfaitement guéri. Il apprit de plus que cet iiomme ouvrait ainsi toutes les hernies étranglées, que dans les environs de Douai et de Cambrai, il en avait ainsi opéré un grand nombre. Un étudiant en médecine m'a soutenu que teu

HU1M1B AVEC «AUGIÈHE. ; lâT

père, chirurgien de province, avait été porté par expérience à aurore une méthode pareille , et que, dix ou douze fois déjà , il l'avait mise en usage avec succès , que la hernie étranglée fût ou non accompagnée de gangrène.

Quand on se rappelle que des anus contre nature, établie depuis long-tempe , ont fini par disparaître spontanément , quoique les deux bouts de l'intestin eussent été fixés , arrêtés dans l'anneau , et qu'une portion considérable en eût été enlevée, <Sw résultats ne tardent pas à perdre de leur merveilleux. Le ressort du mésentère, les mouvements naturels des organes contenue dans le ventre, doivent tendre sans interruption à ramener de leur côté celui qui s'était échappé dans la hernie. Peu à peu , les deux bouts de l'intestin gagnent la face postérieure de l'anneau et se rapprochent l'un de l'autre; leurs ouvertures finissent par se correspondre, et les matières passent du bout supérieur dans le bout inférieur, au lieu de s'échapper par la plaie , qui leur oppose d'ailleurs,, en se rétractant , une résistance de plus eu plus grande.

.. 11. Débrider Vanneau* Tous les auteurs , néanmoins , ne partagent pas cette manière de voir. Scarpa veut qu'après avoir ouvert l'intestin, si l'étranglement est considérable, on débride l'anneau. Sans cette précaution, les matières accumulées derrière éprouveraient s dit-il , trop de peine & s'échapper, feraient naître une inflammation dangereuse, en supposant même qu'elles n'entretinssent pas les symptômes de l'étranglement. Quel danger y aurait-il , après tout, à se conduire ainsi? Les adhérences qu'il admet sur les Hmttesde la gangrène le rassurent pleinement. Quand même on serait obligé d'iaeîser l'intestin de dedans en dehors , en même tempe que le collet du sac ou l'anneau fibreux qui l'entoure , on n'aurait, selon lui, aucune raison de craindre un épefcchement dans le péritoine. Dupuytren, qui s'est élevé contre celle doctrine, soutient , quand H y a gangrène jusque dans l'anneau, que les bords de l'ouverture herniaire sont ordi- - mortifiés , et qu'une fois l'intestin ouvert , l'étranne peut pas tarder à se dissiper de lui-même, à ►? pur conséquent, tome espèce de débridement inu-

file. Il pense, en outre , que les adhérences indiquées par Scarpa sont loin d'être constantes sur toute la circonférence de l'intestin, et qu'elles n'opposeraient pas une digue suffisante à Tépanchement des matières , si l'incision du tube digestif était portée jusque derrière Vanneau.

Il est certainement inexact de dire que la gangrène ne se développe jamais sans être précédée d'adhérences entre les surfaces séreuses voisines. L'ouverture de cadavres d'individus morts à la suite de hernies étranglées , m'a démontré que Scarpa avait singulièrement exagéré l'importance de cet état morbide , et qu'il s'en était laissé imposer sur la fréquence , la (rapidité avec lesquelles il se développe; que ces adhérences enfin sont parfois restreintes à de si étroites limites , qu'il eût été difficile de ne pas les dépasser en débridant le cercle herniaire à travers l'intestin. D'un autre côté, il me semble que la mortification du collet dusse et des bords de l'anneau est beaucoup moins commune que MM. Corbin et Caillard le font dire à Dupuytren , et que s'il fallait compter sur elle pour faire cesser l'étranglement, on aurait fréquemment à s'en repentir. Elle n'a point lieu, par exemple , lorsque c'est la partie libre de la hernie qui est mortifiée. J'ajouterai que si on ne débride pas, l'intestin, enflammé derrière la partie détruite, devient ordinairement le siège d'un gonflement considérable qui envahit ses trois tuniques , sa tunique muqueuse principalement ; et que ce gonflement, arrêté en dehors par le cercle constricteur, se fait presque en entier du côté interne, de manière à produire quelquefois une oblitération à peu près complète de l'ouverture intestinale. C'est ce que j'ai vu chez une femme opérée d'une hernie avec gangrène à l'hospice de Perfectionnement, en 1824, et qui mourut le lendemain. C'est ce qui est égale* ment arrivé plusieurs fois dans d'autres hôpitaux de Paris. En résumé si ♦ après avoir ouvert l'intestin, les matières qu'il contient, soit dans la hernie, soit dans le ventre, s'échappent librement, si la construction de l'anneau est légère, on se dis* pensera de débrider. Si, au contraire, le doigt porté dans la portion étranglée y pénètre , la traverse difficilement , la prudence veut, je crois, qu'on agrandisse upe telle ouveeW*.

HB1K1E ISlfcANGLÉB. 129

L'instrument peut-il être aisément glissé entre les viscères et le sac , sans exposer à détruire les adhérences qui pourraient exister derrière, le débridement sera pratiqué comme dans l'opération ordinaire. S'il en est autrement, le bistouri devra être porté à l'intérieur même de l'intestin , pour inciser du centre à la circonférence , dans «non plusieurs sens, l'orifice que doivent traverser les matières. En réfléchissant à la disposition naturelle des parties , on verra , du reste, que les incisions exposent moins qu'on pourrait le penser ici, à produire un épanchement dans le péritoine. Cet épanchement ne serait effectivement à craindre que si l'incision était portée au-delà de l'orifice postérieur de l'anneau , par conséquent bien au-delà du lieu qu'occupe l'étranglement, k constriction , en pareille circonstance, étant à peu près constamment un peu plus rapprochée de l'aponévrose externe que du fascia propria ou du péritoine. Peut-être même est-ce là ce qui pourrait concilier les idées de Dupuytren avec la pratique de Scarpa.

Si on n'a pas débridé; si, au bout de quelques heures, les coliques continuent; si, en levant l'appareil, on reconnaît que les matières ont de la peine à sortir, il est possible au surplus d'introduire dans le bout supérieur de l'intestin une sonde de femme, une canule d'argent, ou mieux encore un large tube de gomme élastique, et de remédier ainsi sur-lechamp à cette difficulté; mais si, malgré cela, l'engorgement des tissus , l'étroitesse de l'anneau s'opposent au rétablissement des fonctions, il faut débrider comme, on aurait pu le faire au moment de l'opération. Depuis l'impression de ce passage en 1832 , beaucoup de praticiens ayant abusé du taxis prolongé, j'ai souvent eu l'occasion de traiter ainsi des hernies avec gangrène, et c'est une pratique que j'ai définitivement adoptée.

§ VIII. Hernies avec perforation de l'intestin.

Jusqu'ici nous avons supposé que les parties seraient lais*

sées en place ; mais un grand nombre de praticiens pensent

qu'il fout, pour s'assurer des limiter de la gangrène, faire

sortir de l'anneau, attirer au dehors une certaine portion de

îv. 9

130 OPÉRATIONS SPéCULBS.

l'intestin qui n'y était pas contenue ; veulent qu'on excise ensuite en taillant dans le vif tout ce qui est mortifié ; qu'on réduise les parties saines» de manière à ne laisser dans la plaie que l'ouverture ou les ouvertures qui viennent d'être pratiquées , ou bien qu'on tente sur-le-champ de réunir par le moyen de la suture les deux bouts de l'anse intestinale : de là plusieurs opérations applicables aux perforations suites de gangrène comme à celles qui résultent d'ulcères, de plaie, etc.

A. Procédé de LiUrt. Après la gangrène, Littre imagina de lier le bout inférieur de l'intestin, afin d'en obtenir l'oblitération, d'en arrêter le bout supérieur dans l'anneau, d'établir ainsi un anus contre nature que le malade doit porter le reste de ses jours. Louis, qui n'est pas éloigné d'adopter le conseil de Littre , y trouve pourtant une difficulté, celle de distinguer la portion supérieure de la portion inférieure dm tube alimentaire, et conseille, pour obvier à cette difficulté, de donner au malade un peu de sirop de chicorée qui , évacué au bout de quelques heures, indique par sa couleur verte dans quel sens est l'estomac, dans quel sens est le rectum. Un pareil moyen est ingénieux, mais il est rare qu'on soit obligé d'y avoir recours. Après la division de rkOesba , son bout inférieur manque rarement de se resserrer, de se réduire bientôt au volume d'une grosse corde; tandis que l'autre conserve à peu près ses dimensions primitives, ne cesse point d'ailleurs de livrer issue aux matières. Le procédé de Littre ayant pour but d'établir une infirmité dégoûtante, a dû être rejeté, et ne mérite plus aujourd'hui la moindre attention.

B. Lapeyrtmie en a proposé un plus simple, plus rationnel. Le chirurgien passe derrière la division un double fil à travers un repli du mésentère, et, après avoir repoussé les deux bouts de l'intestin jusque dans l'anneau» s,e sert de ce fil pour les empêcher de rentrer complètement, en les fixant à l'extérieur sur l'appareil d'une manière quelconque. On obtient par là un anus contre nature, il est vrai, mais un anus contre nature qui peut, à la rigueur, guérir spontanément ou par les secours de l'art. Scarpa, qui blAeie

INTESTIN PElCd DANS LA HERNIE ÉTRANGLÉE. 131

le procédé de Lapeyronie, veut qu'âne fois les parties gangrenées détruite*, on abandonne les deux bouts de l'organe dans la plaie. Les adhérences qu'ils ont contractées pendant que la mortification s'est opérée, suffisent toujours, dit-il, pour les empêcher de rentrer trop rapidement, pour mettre à l'abri de tout épanchement dans le péritoine. A l'entendre, le fil mésentérique serait nuisible sous plus d'un rapport : d'abord , en mettant obstacle à la rétraction graduelle des parties, à la formation de Y entonnoir membra~ neux; secondement, parce que ce fil, qui ne tarde pas à couper le mésentère, peut diviser en même temps quelques vaisseaux dont on aurait à craindre l'hémorrhagie; en dernief* lieu , parce que, appuyant contre la face profonde des intestins, il est capable d'en déterminer l'ulcération, la perforation, de la même manière qu'une ligature d'attente coupe l'artère au-dessous de laquelle on l'avait placée.

Toutefois, les craintes de Searpa n'ayant pas été partagées par teus les chirurgiens, il en est qui ont imité Lapeyronie , et qui prétendent n'avoir point eu à s'en plaindre. M. Hervez 4e Chégoia (1) , entre autres, a rapporté un exemple de succès à V appui de ce procédé en 1829. Il serait facile, au surplus, de ne laisser le fil qu'un ou deux jours, si sa présence était réellement à redouter. On n'aurait qu'à en tenir les deux moitiés écartées en les fixant séparément au dehors, et, au bout d'un temps donné, rien ne serait plus aisé que de l'enlever en le tirant par une de ses extrémités.

G. Suture. En suivant la conduite qui vient d'être tracée, en a pour résultat immédiat une fistule stercorale ou un anus contre nature. La suture a été proposée, dans le but de prévenir oette infirmité, de rétablir sur-le-champ la conti- Mité du tube divisé. C'est une indication que de nombreux auteurs ont tenté de remplir par des moyens divers, que U. Stetnmetz (2) dit avoir mis en usage deux fois avec «accès, qui, oubliée plusieurs fois déjà, a de nouveau vi* veroeat fixé l'attention dans ces derniers tempe*

(0 Revue méd.; 18Î9, t. III, p. 517.

(*) BuUêtind* Fèrustac, t. XVII, p. 395.

132 OPÉRATIONS SPÉCULES.

I. Suture sur un corps étranger. On attribue an quatre maîtres, hommes qui s'étaient rénnis pour soulager en commun les malades pauvres de Paris, la première idée de rapprocher les deux bouts de l'intestin et de les coudre.

a. Quatre maîtres. Ces chirurgiens commençaient, <fit-oo, par se procurer une trachée d'animal. Introduisant une extrémité de ce tube dans le bout supérieur du conduit interrompu» ils portaient l'autre dans le bout inférieur, et rapprochaient ensuite les deux cercles saignants, afin de les fixer, les maintenir en contact à l'aide de quelques points de suture. G. de Salicet, qui vivait avant Guy de ChauÛac, ne parle pas de la trachée d'animal ; mais il connaissait le procédé des quatre maîtres , et {le blâme formellement. «...Ne eecoute pas ycy, dit-il , ceulx qui disent que d'avant que recouldre les boyaulx, que l'on y doit mettre une cande de scunbmc, ou d'aultre chose dedans le boyau , et que sur telle canule se doit couldre le boyau qui a esté blessé, car... etc...» Et plus loin : <r II vauldrait mieulx... une partie d'un boyau de quelque beste.... mais ne cecy, ne aultre chose.... a Au reste, est-il bien sûr que les anciens aient eu là-dessus l'idée qu'on s'en fait aujourd'hui? Guillaume n'en fait mention que pour les divisions incomplètes du cercle intestinal» et avertit expressément que les autres sont nécessairement mortelles.

b. Rien ne prouve non plus que]Guy en eût une idée différente. «... Et si elles ont besoin de cousture (les parties contenues dans le ventre ), et qu'elle leur profite comme au fond de l'estomac et aux gros boyaulx , soient cousues de la cousture du pelletier. Quelques-uns , comme Rogier, Garnier et Théodore, mettent dans le boyau un e canule de sureau, pour garder que la fiente ne pourrisse la cousture. Les autres, ainsi que Guillaume a récité, y mettent une portion de boyau de quelque beste , ou une portion de trachée-artère, comme disent les quatre maistres. * Telles sont ses propres paroles.

c. Watson a proposé depuis une canule de colle de poisson. Quelques uns parlent, avec Scarpa , d'un cylindre de suif. Sabatier, Ritch, Desault Ghopart indiquent un morceau de

Page 1