AMPUTATION DE LA VERGE
reste que Sabatier avait, aussi bien que J.-L. Petit, rejeté à tort comme impossibles ces différentes espèces de restaurations appliquées au membre viril. ( Voir t. I", Anaplastie.)
^ Yll. Amputation de la verge.
A. La mobilité, l'extensibilité extrême des enveloppes du pénis, font que les tumeurs du prépuce, par exemple, repoussent peu à peu le {jland et les corps caverneux en arrière, au point de paraître occuper le corps même du membre quand il n'y a, en réalité, que ses annexes de prises ; de là, sans aucun doute, l'erreur de quelques anciens qui s'étaient imaginé que la verge est de nature à se reproduire, qu'on l'a vue renaître après avoir été amputée. On peut effectivement enlever une étendue considérable de parties, et n'en pas moins tomber au-devant du méat urinaire. Les tissus qui avaient été refoulés par la tumeur ou le gonflement s'allongent alors au point d'en imposer facilement à des yeux prévenus. Le cancer n'est pas la seule maladie qui puisse produire cette illusion ; toutes les autres dégénérescences ont la même propriété. Il n'est pas jusqu'aux inflammations aiguës qui n'y arrivent parfois. En 1824, il vint à l'hôpital de Perfectionnement un homme robuste, âgé d'environ quarante ans, dont le pénis, énormément gonflé, se gangrena en vingtquatre heures jusqu'à deux pouces de sa racine. Des précautions furent prises pour ménager ce qui pouvait rester du gland ou des corps caverneux au centre de ce putrilage, mais on les trouva entiers derrière le sphacèle, offrant pour toute lésion de légères excoriations eu avant.
B. L'amputation de la verge peut être partielle ou totale; partielle chaque fois que le cancer n'en occupe pas toute l'épaisseur, totale dans le cas contraire. Ceux de ses cancers qui commencent par la peau, soit au prépuce, soit ailleurs, n'arrivent, en général, qu'au bout d'un temps très long jusqu'à son enveloppe fibreuse ou son tissu spongieux ; il faut, par conséquent, en commencer l'extirpation comme si on devait respecter l'organe principal, mais de manière cependant à pouvoir le sacrifier lorsqu'il se trouve véritablement altéré. Le précepte de n'enlever que les tissus dégénérés, pré-.
cepte sur lequel ont insisté tant d'auteurs anciens , sur lequel Callisen revient si souvent lorsqu'il parle des opérations à pratiquer sur les organes génitaux, a été trop souvent oublié. L'idée émise aussi par M. Earle (1) de n'enlever que les couches cutanées ou superficielles quand le cancer du pénis ne semble pas avoir envahi le tissu caverneux, mérite d'être adoptée. On s'y conformerait donc rigoureusement surtout si, comme dans un cas relaté par M. Gendrin, il s'agissait d'une tumeur hématique bien circonscrite, d'une tumeur sébacée , d'une tumeur lipomateuse , d'une tumeur cutanée ou sous-cutanée quelconque , comme il m'est arrivé d'en rencontrer plusieurs.
G. Outre les particularités relatives aux enveloppes du membre viril, l'amputaiion de cet organe exige qu'on ne perde point de vue la disposition de ses éléments propres. L'étui fibreux qui en forme la coque, et le tissu spongieux dont les mailles communiquent toutes les unes avec les autres, font qu'il s'allonge ou se raccourcit immédiatement après l'opération, suivant que la tumeur l'avait préalablement refoulé en arrière ou tiraillé en avant. Les artères caverneuses, renfermées dans son intérieur, une de chaque côté, étant peu adhérentes, proéminent à la surface de la plaie si le moignon se rétracte beaucoup ; elles paraîtront, au contraire, s'enfoncer dans ses aréoles, s'il subit un allongement. L'urètre, appliqué contre sa face inférieure, et d'ailleurs en contact immédiat avec la peau, offre encore ceci de remarquable que sa paroi libre s'adosse très facilement à celle qui est adhérente ; de façon qu'il se cache presque toujours à la circonférence de la plaie aussitôt après l'amputation.
La cloi on osseuse , observée entre les corps caverneux par M. M'Glellan (2), n'aurait point été extirpée sans compromettre la vie du sujet ou les fonctions du pénis. Je me suis refusé à toute opération chez un malade qui offrait cette singulière difformité, et chez un autre dont le pubis envoyait
(1) PI. Portai, Clin, chir., t. I, p. 57, 1836.
(2) The Lancel, vol. I, p. 714, 1828. — Archiv. gén. deméd., t. XYIÎ, p. 272, — Journal des progrès, t. IX, p. 243.