‹ Nouveaux éléments de médecine opératoire, accompagnés d'un atlas ... représentant les principaux procédés opératoires et un grand nombre d'instruments de chirurgie (volume 3)Chapitre 25 sur 98 · TUMEURS DE LA VULVE · texte numérisé non relu

TUMEURS DE LA VULVE

D. Le mont de Vénus est sujet , comme toutes les autres régions du corps , chez la femme , au développement de tumeurs diverses. M. Faneau (1) y a rencontré une masse fibreuse du volume do la tête , qu'il a extirpée avec succès. J'y ai rencontré deux (^i)is une énorme masse variqueuse qui remontait jusqu'à l'ombilic; je n'ai pas besoin de rappeler que des abcès, des trombus, des tumeurs sanguines s'y montrent aussi très fréquemment. La médecine opératoire n'a d'ailleurs rien de particulier qui puisse être utilement noté en traitant de ces tumeurs.

E. La vulve, qui est naturellement s'ilonnée par de nombreux vaisseaux, dont les lèvres , chez les vieilles femmes surtout , se îtransforment quelquefois en larges tumeurs variqueuses ou érectiles, est en outre sujette à toutes les variétés de tumeurs fongueuses sanguines dès la plus tendre enfance. J'ai \u chez une jeune fille âgée de trois ans le tiers moyen de la grande lèvre gauche occupé par une tumeur érectile artérielle exactement limitée et qu'il eût été possible d'extirper sans dangers. Une tumeur érectile qui avait envahi la grande lèvre gauche d'une femme âgée de vingt-neuf ans, fut extirpée avec succès par M. Portai (*2). On conçoit > au surplus, que ce qui a été dit des tumeurs érectiles en général doit s'appliquer de tous points aux tumeurs érectiles de la vulve en particulier.

§ IL Tumeurs du clitoris.

Sorte de pénis rudimentaire , le clitoris est susceptible de toutes sortes de dégénérescences. Les anciens, qui en pt-atiquaient souvent l'amputation, n'avaient guère pour but alors que de modérer la trop grande lubricité des femmes. Peut-être que, envisagée sous ce point de vue, l'excision 4u clitoris a été trop formellement rejetée depuis plus d'un siècle. Toujours est-il qu'une jeune fille conduite au marasme par la masturbation a été radicalement guérie de

(1) Précis méd. d'Inche-el-Loire, elc, 1821.

(2) Clin, dur., fiW., p. 145.

ses habitudes vicieuses lorsque M. R.obert (1) eut pris le parti de lui amputer le clitoris. L'opération serait alors si simple, si complètement exempte de dangers, qu'il faudrait , je crois , s'y décider sans répugnance.

Du reste le clitoris a fréquemment été amputé pour des tumeurs volumineuses. Welschius ';2) dit que iiolinetti en a extirpé un du poids de neuf livres. Rougemont (3) emprunte à Kremer l'exemple d'un clitoris du volume de trois doigts, transformé en chou-fieur, et qui fut amputé avec succès. Chez une femme qui était réglée par l'urètre, le clitoris transformé en tumeur énorme fut également amputé avec succès par M. E. Goste (4). M. Syme (5), qui dit avoir eu l'occasion d'exciser une tumeur du clitoris chez une fille âgée de huit ans, s'est en outre trouvé dans la nécessité d'extirper un large kyste développé dans le même organe chez une femme adulte. Mais le fait le plus curieux de cette espèce est celui qu'a décrit et figuré M. Schœnfeld[6). La tumeur, qui comprenait aussi les nymphes, et qui offrait un aspect granulé, pesait trois onces. L'extirpation, qui en fut d'ailleurs facile, occasionna une hémorrhagie qu'on arrêta par la cautérisation, et la malade ne tarda pas à se rétablir. Un cas à peu près semblable avait déjà été relaté par M. Mac-Farlan (7).

Ce que j'ai dit des procédés relatifs à l'amputation de la verge pourrait être répété à l'occasion des tumeurs du clitoris. Toutefois, l'opération, quelle qu'en soit la variété, est encore plus facile et moins dangereuse ici qu'à la verge. Comme il n'y a aucune artère volumineuse dans le pédicule de l'organe, comme il n'y a point là d'urètre à ménager, je ne vois aucune raison qui puisse porter à se servir de la ligature plutôt que de l'instrument tranchant. Avec le bis-

(1) Communiqué par l'auteur, 1839.

(2) Bonnet, t. III, p. .309; t. IV, p. 309.

(3) Bibl. chir. du Nord, t. I, p. 132.

(4) Journal des conn. méd., t. III, p. 205; et Journ. des conn. méd.-chir., t. III, p. 276.

(6) Edinb. surcj. and med., vol. CXXXYII, p. 387.

(6) Encijclogr. des se. méd., 18-37, p. 188.

(7) Archiv. gén. de méd., 2' série, t. II, p. 281.

TUMEURS DE LA VULVE. 3i5

touri, la tumeur peut être enlevée en une seconde. S'il survenait une hcmorrhapjio, la ligature, la compression, les caustiques en iriompheraicnt bientôt.

Les caustiques ne seraient admissibles, dans le cas de tumeurs du clitoris, que pour les dégénérescences aplaties, diffuses, dépourvues de pédicule, ou chez les malades qui se refusent obstinément à toute autre médication. La ligature, à son tour, ne conviendrait que chez les sujets pusillanimes , dans le cas de tumeurs à pédicule mince , ou lorsqu'on a lieu de craindre l'existence de vaisseaux nombreux, volumineux, dans la racine même du clitoris.

§ IIL Tumeurs des petites lèvres.

L'excision des nymphes, qui était si fréquemment pratiquée autrefois, ne l'est presque jamais aujourd'hui. N'acquérant de grandes dimensions dans nos climats que par exception , ces replis n'excitent l'attention des femmes que s'ils deviennent réellement malades. Que le prétendu tablier des Hottentotes ne soit, comme le soutient M. Larrey (1), qu'une dégénérescence éléphantiasique des petites lèvres, on bien qu'il appartienne à un autre ordre d'hypertrophie, de dégénérescence, toujours est-il que la femme d'un fellah observée par notre célèbre chirurgien militaire au Caire avait sur les petites lèvres une tum.eur éléphantiasique tout-à-fait analogue à celle qu'on observe au scrotum. L'une des petites lèvres ou les deux petites lèvres avaient acquis un volume considérable , en même temps que le clitoris s'était si fortement développé chez les femmes dont parlent Kramer et M. Mac-Farlan.

M, Prïeger(2), qui a vu les nymphes acquérir un volume énorme , en pratiqua la ligature des deux côtés. L'une des tumeurs se détacha le huitième jour et l'autre le dixième. Il survint une inflammation accompagnée de délire que l'on combattit par la méthode antiphlogistique, et qui n'empêcha point la malade de guérir radicalement.

(1) Clin, chir., t. III, p. 87.

(2) Jowinaldes conn. méd.-chir., t. I, p. 90.

3i46 OPÉRATIONS SPÉCIALES.

Si les petites lèvres étaient simplement hypertrophiées, il y aurait à lès exciser soit avec le bistouri, soit avec de bons ciseaux courbes. Un nombre suffisant de fils préalablement passés à travers leur racine permettrait de réunir immédiatement après l'excision les deux bords de la plaie par la suture, et de guérir ainsi les femmes opérées dans l'espace d'une semaine. Le même procédé serait encore applicable , quelque étendue et de quelque nature que fut la tumeur, si elle comprenait toute la longueur du repli, sans en avoir trop étalé la racine. Autrement il conviendrait d'en trancher le pédicule lorsqu'il est bien isolé, ou de le disséquer soigneusement dans les autres cas, et cela d'après les règles établies à l'article des tumeurs fibreuses en général ou de Véléphantiasis du scrotum.

§ IV. Èléphantiasis de la vulve.

Les tumeurs fibro-cutanées ou éléphanliasiques de la vulve paraissent assez communes. A l'exemple qu'en cite M. Larrey , on peut joindre aujourd'hui celui de M. Gilbert que rapporte M. Allard. Ici la tumeur, qui égalait le volume d'un œuf d'autruche, occupait la grande lèvre droite. Un autre cas en a été relaté par M. Talrich (1). Dans ce cas la tumeur avait quatorze pouces de long , et un pied et demi de circonférence. On en pratiqua l'extirpation avec un plein succès. M. Clôt (2) en a extirpé une autre du volume d'une tète de nouveau-né , avec le même résultat ; mais une femme qui en avait une d'une dimension semblable , mourut peu de temps ^près l'opération pratiquée par M. Green (3).

L'exemple le plus remarquable de cette sorte de production appartient à M. Rapatel (4). Exiirpée avec succès par ce chirurgien , la tumeur pesait dix-sept livres. M. Monod , auquel je servais d'aide , en a enlevé une du volume d'une tête d'adulte chea une femme âgée de vingt ans, qui ne s'en était jamais plaint , et qui en est bien guérie. J'ai

(1) Delpech, Clin, chir., 1. 1.

(2) Journ. hebd., 1835, t. II, p. 298.

(3) The med. journ. ofsc, 1835. — Gaz. viéd.) 1836, p. 570. (i) Journ. des conn. méd.; t. IIÏ, p. 230.

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