SAIGNÉES OU ÉMISSIONS SANGUINES
La saignée s'entend de toute opération qui consiste â tirer du sang du corps de l'homme , dans le but de le soulager ou de le guérir. Cette opération se divise en plusieurs ordres, selon qu'on la pratique sur les troncs veineux, sur les artères ou sur le système capillaire. Elle porte le nom de saignée proprement dite, lorsque l'extraction du sang se fait par l'ouverture d'un seul vaisseau. Dans ce cas encore, on lui donne le .litre de saignée générale. Si on la pratique à l'aide do sangsues , de scarifications , ou de l'ouverture de plusieurs petites veines , elle prend plus particulièrement le nom de saignée locale. La saignée générale est connue sous le titre de phlébotomie , ou simplement de saignée, quand on la pratique sur les veines; si on ouvre une artère, on la désigne par le nom d'artériotomie.
ARTICLE P''. — Phlébotomie, ou saignée pkopkemint dite.
L'emploi de la saignée remonte si loin dans l'iiistoire des peuples, qu'on ne sait réellemeni rien de précis sur son origine. Les nègres de Guinée, les Indous , les Chinois, les Scythes, les habitants de l'Océanie, s'en servaient avant que la médecine fût coordonnée sous forme de science ; tdul prouve donc que l'histoire de l'hipiiopolame, dont parle Polydore Virgile, doit être considérée comme une simple fable. On comprend d'ailleurs que la perte du sang , causée par quelques blessures , aura du donner à l'homme dès l'origine du monde la pensée de lui tirer du sang artificiellement lors de certaines indispositions. Quoi qu'il en soit, la phlébotomie est une opération qu'on peut pratiquer, et que les médecins grecs et romains pratiquaient, en effet, sur la plupart des veines superficielles du corps. A en croire Oribase, Anlylus avait déjà posé des règles pour la saignée du front, de l'angle des yeux, de la région mastoïdienne , de la langue, de la main , du pli du bras , des malléoles , et du jarret. Ajoutons qu'aujourd'hui la saignée des veines dorsales de la verge , du sci otum , du cou , des membres , de certaines tumeurs , mérite aussi une mention spéciale.
§ I". Saignée du bras.
Les médecins qui avaient imaginé que la saignée peut tUa simplement cvacuative ou déplélive, quand on l'applique i-idifféremment à telle ou toile veine ; dérivative , au contraire, quand on la pratique entre l'organe malade et le cœur; révulsive lorsqu'elle a lieu le plus loin possible de la région à dégorger, attribuaient une grande importance aux veines sur lesquelles l'opération devait être pratiquée ; alors on avait à choisir entre la saignée du bras, la saignée du cou et la saignée du pied. Mais, maintenant que ces distinctions scolastiques ont pûrdu toute leur valeur, la saignée du bras est presque la seule qu'on mette en usage. En supposant qu'on soit allé trop loin sous ce point de vue, que la phlébotomie des autres régions soit tombée dans un injuste oubli, toujours est-il que les raisons théoriques qui avaient dirigé la pratique des
PHLIÉBOTOMIE OU SAIGNÉE. 291
anciens médcc'ns sont é\idenin!cnt trop futiles pour avoir besoin d'être discutées aujourd'hui.
A. Veines du pli du bras [Vti). Au bras , on pratique la (Fig. 144.) saignée suc toutes les veines d'un certain volume qui peuvent faire relief sous la peau. Ainsi la veino céphaliquc du pouce, la veine salvatelle ou les veines dorsales de la main, les différentes veines du corps de l'avantbras , la veine céphalique dans la rainure deltoïdienne , lorsqu'il paraît trop difficile d'atteindre celle du pli du bras, peuvent s'y prêter. Dans cette dernière région les veines sont distribuées de manière à se présenter le plus ordinairement au nombre de cinq :
I. En dehors, etsur la saillie musculaire externe, on trouve la céphalique, qui reçoit en passant de la face antérieure du long upinateur sur le côté du biceps , la médiane céphalique et la radiale antérieure. Cette veine, longée par le nerf cutané externe ou musculo-cutané , dont elle se trouve séparée au bras par l'aponévrose jusqu'auprès de l'épicondyle, est placée entre le fascia superfîcialis et l'aponévrose proprement dite ; plus bas elle est d'ailleurs côtoyée ou entourée par un nombre fort variable de nerfs. S'il est vrai , comme on le lui fait dire , qu'un chirurgien de nos jours n'ait jamais vu de nerfs au voisinage de la veine céphalique , c'est qu'il ne l'aura disséquée que sur un ou deux .jadavres qui, par anomalie sans doute , s'en trouvaient dépourvus.
II. La basilique , située sur la masse musculaire interne , passe au devant de l'épitrochiée pour gagner la rainure bicipitale. Le nerf cutané , renfermé dans la même gaine, est presque toujours placé sur son côté interne, au-dessus de la saillie musculaire.