CAUTÈRES
rive quelquefois que les malades ou le chirurfîien désirent le transformer en cautère. Kn pareil cas , il convient de couvrir toute la région du vésicatoire d'un linge enduit de cérat et muni d'un petit trou dans son milieu j après avoir mis ce linge en place, on en remplit l'ouverture d'un pois qui doit porter à nu sur la surface en suppuration , puis on applique sur ce pois une compresse en plusieurs doubles, et le bandage approprié ; ainsi pressé , le pois se creuse graduellement un trou dans la peau, et finit par exciter là une suppuration plus ou moins abondante, pendant que le linge enduit de cérat, renouvelé chaque matin, dessèche rapidement le reste de la surface suppurante.
Ce genre de cautère est essentiellement mauvais. La peau n'étant point divisée, n'étant que déprimée, tend continuellement k se relever, et fait que, sans une pression assez forte, soigneusement surveillée, le fonticule disparaîtrait du soir au lendemain. On ne doit en conséquence le préférer que chez les sujets extrêmement pusillanimes ou dépourvus de raison.
Chez les personnes craintives, qui redoutent à l'extrême toute espèce de douleur, on établit quelquefois un petit vésicatoire, soit avec l'ammoniaque, soit avec l'eau bouillante, soit avec les cantharides, afin de se comporter, au bout de quelques jours ou presque immédiatement, comme je viens de le dire. Mais on peut adresser à cette manière de procéder les mêmes reproches qu'à la précédente.
Cautère avec les caustiques. Le caustique le plus généralement usité pour l'établissement des cautères, est la potasse à l'alcool. On commence par fixer sur la peau un morceau de sparadrap ou de diachylon , du diamètre de douze à quinze lignes, et percé dans son milieu d'un trou d'une à deux lignes de largeur. C'est ce trou qui doit correspondre exactement au point de la peau qu'on veut ulcérer ; on y place aussitôt gros comme une forte tête d'épingle, ou comme un grain de chènavis , de potasse bien sèche ; un second emplâtre de diachylon une fois plus large que le premier est appliqué par dessus ; on couvre le tout d'une compresse en deux ou trois doubles , puis on applique un bandage con- I. 33
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tentif convenable. Quelque temps après, la potasse se liquéfie en se combinant avec les tissus ; une douleur assez vive est bientôt ressentie par le malade, mais ne dure guère que de quatre à huit heures. Au bout de six heures , le caustique a généralement produit son effet; ce qui en reste est d'ailleurs dénaturé et presque complètement neutralisé. On pourrait donc sans dange.' ne dél'aire l'appareil qu'au bout de vingt-quatre heures. Craignant que la potasse, devenue liquide, fuse à une plus grande distance qu'il ne convient, on est cependant dans l'habiiude d'en débarrasser la peau au bout de six à huit heures. Du reste , cette liquéfaction du caustique étant inévitable , hit qu'on doit compter sur elle, et n'appliquer sur la peau qu'un fragment de potasse moitié ou doux fois moins large que l'escarre qu'il importe de produire. Ainsi, pour un cautère de quatre ou six lignes , on emploiera un morceau de potasse large d'une à deux lignes.
Employé de cette façon, le caustique produit une escarre qui comprend toute l'épaisseur delà peau, et qui met de dix à vingt jours à se détacher. Lorsque l'intlammaiion éliminatoire l'a expulsée , on pose un pois dans l'ulcère , et le fonticule est établi. Si l'on veut aller plus vite, on peut dès les premiers jours fendre crucialcment le point escarrifié, enlever les quatre angles de la division, et placer immédiatement le pois. Si, comme il arrive quelquefois, l'escarre se desséchait de plus en plus et semblait permettre au tissu de se cicatriser au-dessous , il faudrait la panser avec quelque pommade irrilante , le basilicum, la pommade épispastique, par exemple. Dans le cas contraire, c'est-à-dire lorsqu'elle s'entoure d'une irritation sanguine, il convient de recourir aux émoliients en général, aux cataplasmes de farine de lin en particulier. Si tout marche régulièrement , et qu'on ne veuille ni hâter ni retarder la séparation do l'escarre, on se borne à la cou\rir chaque matin d'un linge enduit de cérat.
Une fois bien établi, le eau ère peut être entretenu à l'aide de pois ordinaires, de pois d'iris , de pois en cire, ou des différentes sortes de poirf médicamenteux.
L'industrie a bien pu soutenir (jue tel genre de pois offre
CAL'TKUE.'^. ."153
des avantages manifestes sur tous les autres; mais la pratique démontre qu'il est à peu près indifférent d'en employer de telle ou telle espèce. Si le cautère doit avoir plus de quatre ou six li{jncs de diamètre , ainsi que cela se voit dans les cautères employés comme topiques, il est souvent utile d'y placer à la fois deux , trois et quatre pois.
Le cautère dérivatif est très bien entretenu , au contraire , par la présence d'un seul de ces pois. Les pois à cautère , percés et fixés par un fil, ont l'avantage d'être plus faciles ;\ retenir dans l'ulcère, de pouvoir toujours en être extraits sans embarras. Ceci est d'autant plus utile, que les pois végétaux augm.entant de volume sous l'influence de l'humidiic des parties, s'emprisonnent quelquefois dans l'ulcère, et que les pois en cire ou L's différentes sortes de pois m.édicamenteuxse laissent en partie recouvrir dans l'intervalle des pansements par le resserrement de la petite cavité purulente.
Le pansement du cautère est d'ailleurs très simple ; après avoir nettoyé, abstergé l'ulcère, on y fixe le pois, en ayant soin d'en relever le fil et de le coller en dehors au moyen d'une petite plaque de diachylon. On met ensuite par-dessus, soit une feuille de lierre , de choux ou de poirée, préalablement ramollie par la chaleur et dont on a écrasé les côtes, soit une plaque de sparadrap de diachylon , soit un morceau de taffetas gommé ; le linge enduit de cérat ne favoriserait pas assez la suppuration , et les emplâtres d'onguent de la Mère ont l'inconvénient de trop salir la peau. Une compresse en plusieurs doubles est placée sur le tout , et le reste du pansement est en tout semblable à celui du vésicatoirc. Le cautère de la fossette sous-occipitale, caché par un emplâtre, puis par les cheveux , peut être fixé tout simplement à l'aide du bord supérieur de la cravate; mais il vaut mieux le maintenir à l'aide d'une plaque ou d'un bout de bande qu'on fixe par ses deux extrémités sur le dcvantdu crâne, ou dont on ramène les deux chefs vers la nuque, puis autour du cou. Au ])ras, le bandage du cautère est exactement semblable à celui du vésicatoire. A la cuisse ou à la jambe, on ne se sert que d'un simple bandage circulaire : ajoutons que le cautère ne doit être également pansé qu'une fois en vingt-quatre heu-
res, à moins d'une suppuration trop abondante ou d'indications spéciales.
. ,^' II. Se ton (167).
(Fig. 167.)
En chirurgie, le mot selon signifie trois choses : 1° uncbande de linge qu'on passe au travers de certaines cavités dont on veut entretenir la suppuration, ou maintenir ouvertes les principales ouvertures ; 2" un exutoire constitué par une sorte de fistule sous-cutanée qu'on entretient artificiellement par la présence d'une mèche de linge ou de coton; 3" ropéralion qui consiste à établir cet exutoire.
Comme cxutuirc, le selon a quelque analogie avec le cautère. Au lieu de déterminer un suintement purulent à la surface de la peau, il porte son action sur le tissu cellulaire souscutané. Aussi est-il plus puissant, plus efficace, que le vésicatoire proprement dit , et même que le simple cautère dans les affections |)rofondes.
Le selon peut être appliqué sur toutes les régions du corps :