MARCHE DE LA VACCINE
s'il ne règne de variole nulle part, on peut attendre le milieu DU la fin de la première année.
ARTICLE II. — Marchk de la vaccine.
ILes plaies de la vaccine ne sont ordinairement le siège
d'aucun travail, et restent à l'état de simple piqûre (a) ou de
(Fig. 172.) papule de prurigo, jusqu'à la
fin du troisième jour. Ce laps de
temps est connu sous le nom de
période d'incubation.
Au moment même de l'opération , les piqûres s'entourent d'une aréole large de quelques lignes et d'une couleur légèrement rosée, puis d'un peu de tuméfaction, qui se dissipent au bout d'un quart d'heure ou d'une demi-heure.
Au quatrième jour la petite plaie semble reposer sur une base dure , et son sommet prend d'une manière évidente l'aspect^ d'une piqûre d'insecte.
Le cinquième jour le tout représente une petite tumeur ou une papule conique, dont le sommet commence à se déprimer.
Une démangeaison quelquefois assez vive accompagne ce premier travail.
Le sixième jour, la base de la papule s'élargit et son sommet se déprime. Mais ce n'est qu'au septième qu'on voit se former autour un léger bourrelet ayant lui-même, à sa circonférence, une étroite aréole inflammatoire.
Le septième jour (b) le bouton de vaccine , plus déprimé encore , d'une couleur fauve, est entouré d'un bourrelet argenté , évidemment distendu par un liquide.
fti
580 OPÉRATIONS lÎLÉMENTAlRES.
Ce bourrelet (c) augmente sensiblement le huitième jour et s'entoure d'une ceinture rosée, d'une tuméfaction qui , le neuvième jour, s'étendent d'une piqûre à l'autre lorsqu'on ne les a pas séparées par un intervalle de plus d'un pouce.
C'est le neuvième jour (rf) que la pustule est le plus développée , et que son sommet commence à revêtir la forme d'une petite croûte noirâtre.
Au dixième jour le bourrelet du vaccin, plus aplati, moins brillant, manifestement plus large , repose sur une tuméfaction très prononcée. Alors toute la face externe du bras est gonflée comme s'il s'agissait de furoncles rapprochés. On y trouve de la chaleur, et les malades se plaignent d'une vive démangeaison. Alors aussi l'enfant devient quelquefois maussade , difficile à gouverner ; il éprouve du malaise, un léger mouvement fébrile, des frissonnements accompagnés de pâleur delà face, d'engorgements aux ganglions axillaires.
Le onzième jour (e) , le bouton est dur, aplati , dépourvu de liquide ; il prend une couleur gris de perle ou jaune sale, et se couvre d'une escarre noirâtre.)
La période d'inflammation se termine ainsi. Arrive la période de dessiccation. Le douzième jour (/") on remarque une croûte qui gagne l'épiderme, un reste de hquide trouble, une aréole plus pâle , plus dure et moins étendue que la veille.
Le lendemain et jours suivants, l'engorgement qui entoure chaque bouton s'affaisse de plus en plus , et le liquide de la pustule devient puriforme.
A partir du quinzième jour la croûte vaccinale, passant de la couleur fauve au rouge sombre, parvient au brun plus ou moins foncé et proémine de plus en plus à la surface de la peau. Cette croûte, quelquefois soulevée par du pus, accompagnée de la desquamation de l'épiderme voisin , tombe du vingt-cinquième au trentième jour en laissant une cicatrice pointillée , facile à reconnaître , et qui ne disparaît jamais.
ARTICLE in. — Anomalies de la vaccine.
Lavaecine ne marche pas toujours avec autant de régularité que je viens de l'indiquer ; on cite des exemples où la
CONSERVATION ET TRANSMISSION DU VACCIN. HSt pêriodo inflammatoire s'est établie au bout de vin{ît-quatre ou de quarante-huit heures, tandis que, dans d'autres cas, elle ne se serait manifestée qu'au bout d'un mois, et par suite d'une seconde vaccination. Il paraît aussi que cette période peut durer jusqu'à trois semaines ou un mois , au lieu de se renfermer entre le troisième et le douzième jour. L'histoire fait en outre mention de sujets tellement: réfractaircs à la vaccine qu'il a fallu huit et dix opérations successives pour obtenir l'apparition des boutons. On ajoute même que, dans certains cas , la vaccine n'a produit que quelques symptômes généraux tout en mettant à l'abri de la variole.
Fausse vaccine. Au lieu de vaccine complète, la seule qui soit préservative, on n'obtient quelquefois qu'une fausse vaccine. La fausse vaccine survient chez les individus qui ont eu la variole ou qui avaient déjà été vaccinés. Dans les autres cas , elle tient à ce qu'on s'est servi d'une lancette trop mousse , ou dont la pointe était oxidée; à ce que le vaccin était de mauvaise nature , trop ancien, ou décomposé; en un mot, à ce que le fluide était mauvais, ou bien à ce que l'opération a été mal faite. Alors il n'y a généralement point de période d'incubation, et la suppuration s'établit dans le bouton dès le troisième ou le quatrième jour. La période de desquamation est au contraire plus longue , et la cicatrice ne présente aucun pointillé qui permette de la distinguer de toute autre tache de la peau. Quelquefois aussi la croûte tombe dès le cinquième jour, pour se reproduire et se détacher de nouveau comme celle des ulcères en général.
ARTICLE IV. — Conservation et transmission du vaccik". '
Avant le sixième jour, iî serait à peu près impossible d'extraire d'un bouton de vaccine la moindre parcelle de liquide, et par conséquent de s'en servir pour vacciner un autre enfant. Le septième , le huitième , le neuvième , la fin du sixième , le commencement du dixième jour , permettent seuls d'en recueillir de très efficace. Plus tard, les croûtes pulvérisées ou humectées, le pus qui les soulève produirait plutôt une fausse vaccine que la vaccine véritable. Je dois même ajouter , d'après des expé-;
riences faites à Tours, de 1816 à 1820, sur un grand nombre de sujets , que la faculté préservatrice du vaccin est à son summum d'intensité de la fin du sixième au commencement du huitième jour. On extrait et on conserve ce liquide de plusieurs manières.
§ I". Vaccination de bras à bras. Si l'enfant à vaccinef est près de celui qui doit fournir le vaccin, on fait quelques piqûres sur le bourrelet périphérique de la pustule; on enlève avec la pointe de la lancette ou de l'aiguille une gouttelette du liquide pour le transporter aussitôt , comme il a été dit, sur le bras du nouvel enfant. Après avoir fait deux piqûres au moyen d'une première gouttelette , on revient en prendre une seconde, puis une troisième ; on pourrait même, pour plus de sûreté, charger de nouveau la lancette à chaque piqûre.
§ II. S'il fallait transporter le vaccin à quelque distance, on ouvrirait le bourrelet vaccinal comme précédemment; puis on chargerait du fluide la pointe de plusieurs lancettes qu'oit renfermerait aussitôt dans leur châsse dont on les tient légèrement écartées à l'aide d'un peu de papier. On arrive ainsi près de l'enfant à vacciner sans craindre que le vaccin se soit décomposé , pourvu qu'il soit appliqué avant la fin du premier ou du second jour.
§ III. Mais il est souvent utile de conserver le vaccin bien plus long-temps ou de le transmettre à de grandes distances ; beaucoup de moyens ont été imaginés à cet effet. L'un des plus anciens, celui qu'employait Jenner, se compose de deux petites plaques carrées en cristal {g), et dont l'une était creusée dans son milieu d'une légère cupule. C'est dans cette cupule qu'on dépose le vaccin , après quoi on applique les deux plaques l'une contre l'autre , pour en luter ensuite] les bords avec de la colle ou de la cire à cacheter. Ce procédé a l'inconvénient d'exiger beaucoup plus de vaccin qu'il n'est quelquefois possible d'en recueillir. Du reste, il est très commode et très bon. Beaucoup de personnes lui ont substitué l'emploi de sim[)lcs plaques de verre [h] qu'on applique par leur milieif sur le bouton de vaccin pour en absorber le liquide, et que l'on colle ensuite comme précédemment. En