‹ Nouveaux éléments de médecine opératoire, accompagnés d'un atlas ... représentant les principaux procédés opératoires et un grand nombre d'instruments de chirurgieChapitre 138 sur 209 · ET LES MALADIES DE L'ONGLE · texte numérisé non relu

ET LES MALADIES DE L'ONGLE

§ ler. Verrues.

On donne le nom de verrues à de petites tumeurs, tantôt étroites et saillantes, tantôt aplaties et assez larges, qui se remarquent à la surface du derme, et principalement sur le dos de la main. Ce sont des végétations indolentes des couches épidermiques et de la couche sanguine de la peau. Une foule de moyens o«t été proposés pour en débarrasser les malades, mais il n'en est aucun qui réussisse généralement, et le mieux, quand les verrues sont très nombreuses, est de n'y rien faire du tout. Nulle infirmité n'a fait naître plus de remèdes secrets ou bizarres : je connais un grand dignitaire de l'Etat qui croit fermement posséder un de ces secrets. îl m'a raconté avec le plus grand sang-froid qu'au moyen d'un fil de soie rouge, dont chaque nœud doit entourer et toucher la base de la verrue avant d'être fermé, fil qu'il dépose et laisse ensuite putréfier au fond d'une masse de fumier, on guérit constamment les v errues ! Sans tenir compte de ces rêves insignifiants, le chirurgien peut au moins tenter quelques remèdes réellement efficaces lorsque les verrues sont en petit nombre, et que les malades tiennent à en être débarrassés.

Si la tumeur est saillante et comme pédiculéc, on peut l'étrangler avec un fil, la faire tomber par la ligature.

Alors il serait encore mieux de la saisir avec une pince et de l'exciser d'un coup de ciseaux, en ayant soin de toucher la petite plaie immédiatement a[)rès avec le nitrate d'argent.

Si la verrue n'a point de pédicule ni de collet, on la traite d'une autre façon : la suceravec les lèvres pour la retrancher ensuite d'un coup de dent, comme on le faisait du temps de Galien ; la brûler avec les cautères à dents , ou l'enlever lame par lame avec un grattoir, sont de mauvais moyens, que l'extirpation et la cautérisation franche doivent toujours remplacer.

L'extirpation, qui consiste' à enlever d'un coup de bistouri ou de ciseaux portés à plat toute la tumeur, et dont on rend l'effet plus sur en touchant ensuite la surface saignante avec la pierre infernale, ne garantit point encore complètement de la récidive. Emporter avec la verrue une plaque elliptique de la peau serait infiniment plus sur. Chez les personnes qui redoutent l'action de l'instrument tranchant, on aurait recours à la cautérisation. Le bout d'une plume ou un cylindre de verre servent à transporter sur la tumeur une gouttelette d'acide nitrique, qu'on a soin de ne pas laisser étaler sur les tissus voisins. Celte cautérisation, qu'on renouvelle plusieurs jours de suite, agit mieux et réussit plus constamment que la cautérisation avec le nitrate d'argent. Du reste, c'est la. simple excision, aidée de la cautérisation avec la pierre infernale, qui est le plus employée.

§11. Cors aux pieds.

Les opérations auxquelles on soumet les cors aux pieds, également très variées, sont presque toutes exploitées par les charlatans ou les pédicures. La gène qui résulte de cette maladie est cependant assez grande, et quelquefois la cause d'accidents assez sérieux pour que les chirurgiens s'en occupent. Production en forme de ciou, dont la pointe déprime les chairs, les cors sont composés de malièic épidcrmique, et non de mucus concret, comme quelques personnes paraissent le croire. Les enlever couche par couche avec un bis-

CORS AUX PIEUS. 449

touri soiilafjG momentanément, mais ne i^uùvil point radicalement. Il n'y a, si on veut se servir de rinstrumeni, que l'oxlirpalion qui [)uisse en triompher. Le procrdo. dont je me sers avec le j)liis d'avantages est trùs simple. Avec la pointe d'un bistouri dioit j'isole une partie de la circonférence du cor , puis j'en saisis le bord détaché avec une pince à dissection; continuant ensuite de le délaciicr, j'ai soin de tenir sans cesse la pointe du bistouri sur la limite des tissus vivants. En allant à petits coups et lentement, je parviens ainsi sans peine, et dans l'espace d'une à deux minutes, sans causer la moindre douleur, sans donner issue à une goutte de sang, à enlever les cors les plus épais. C'est pour cette opération que les pédicures ont imaginé les instruments appelés quadrilles, furets, navettes, et qu'ils se servent de loupes ou de bouteilles remplies d'eau pour concentrer la lumière sur la région qu'on dissèque.

Le cor, ainsi déraciné , n'en repullulera pas moins dans'la plupart des cas , si le frottement des orteils continue comme auparavant. On ne l'empêchera quelquefois de repousser qu'en cautérisant la fossette qu'il occupait, ou bien en la remplissant d'emplAtre diachylon. C'est, après tout, une petite opération que les malades peuvent s'habituer à pratiquer eux-mêmes, et qu'il suffit de renouveler tous les mois pour remédier aux souffrances déterminées par les cors.

En prenant la précaution de ramollir les cors, soit au moyen d'emplâtres, soit parleur immersion plus ou moins prolongée dans l'eau chaude, on en rend l'isolement plus facile, et l'on parvient quelquefois à les détacher en les frottant ou en les tirant simplement avec les doigts. C'est de cette façon que certains emplâtres ou certaines pommades ont acquis une sorte de réputation dans la pratique des pédicures et parmi les gens du monde.

La cautérisation est fréquemment employée aussi pour arriver au même but. On l'exécute, soit en portant sur le centre du cor l'extrémité enllammée d'une tige de bois , soit une goutte de soufre fondu, soit une bandelette de toile d'araignée qu'on enflamme sur place, soit de l'acide sulfurique, soit de l'acide nitrique. J'ai même vu un homme qui eut la 1. 29

singulière idée de traverser un cor qu'il portait sur le dos de l'articulation phalangienne du doigt annulaire avec une épingle rougie au feu. Le cor se mortifia en effet , mais en entraînant une escarre qui ouvrit l'ariiculation , et qui finit par nécessiter l'amputation du doigt.

Le traitement des cors par les caustiques est tout à la fois moins sur et plus dangereux, surtout au voisinage des articulations, que leur extirpation bien faite.

§ ÎIL Durillons.

Au lieu de se présenter sous forme de clou, les tumeurs épidermiques se montrent parfois sous l'aspect d'écaillés plus ou moins épaisses à la surface des parties. Ces plaques, qui se remarquent le plus souvent à la face externe ou dorsale du petit orteil, sur la face correspondante de la tète et de l'extrémité postérieure du cinquième os du métatarse, en dedans de l'articulation métatarso-phalangienne du gros orteil, etc., prennent le nom vulgaire d'ognon quand elles sont larges et comme écailleuses, et ne conservent celui de durillon que quand elles sont peu étendues ou en forme de masse homogène.

Résultant delà pression inégale et du frottement des chaussures, les durillons, comme les cors, ne peuvent être prévenus ou guéris radicalement que par la destruction de leurs causes déterminantes. Du reste, on les guérit momentanément par l'excision. C'est pour eux seulement que le bistouri doit être porté en dédolant, et que l'enlèvement do l'épiderme couche par couche mérite d'être préféré. Leur destruction par la lime, la pierre ponce ou la peau de chagrin n'est jamais aussi complète ni aussi prompte que par l'instrument tranchant. Il importe, au surplus, de savoir qu'à l'instar des cors ils reposent assez souvent sur une sorte de bourse muqueuse qu'il faudrait se garder d'ouvrir s'ils existaient sur le dos de quelque articulation. J'ajouterai que sous le talon, où il existe une bourse muqueuse de cette espèce, les corset les durillons s'enflamment assez souvent au point de faire naître de la suppuration, et que pour les guérir là il convient de les exciser en totalité. J'en ai vu quelques uns à la plante

MALADIES DE L OiNGLE. 4^

(lu pied, sous les articulations métalarso-plialangiennes, qui avaient subi une telle transfoimaiion qu'il fallut enlever en même temps toute l'épaisseur de la peau qui les supportait.

^ IV. Maladies de l'ongle.

L'ongle ou les parties qui l'entourent sont sujets à un certain nombre de maladies dont presque tous les remèdes sont empruntés à la médecine opératoire.

A. Tuiirnioles.

La suppuration connue sous le nom de mal d'aventure ou de tourniole, et qui se présente sous l'aspect d'une phlyclène purulente sur le contour de l'ongle, amène presque toujours la chute de ce corps quand on la laisse marcher.

On prévient néanmoins cet accident de deux manières : 1° en ouvrant aussi tôt que possible la phlyctène, puis eh enlevant tout l'épidcrmc décollé, afin de panser, soit avec de la charpie enduite de cérat, soit avec de simples cataplasmes émollients, la surface dénudée. Pour que ce premier moyen réussisse, il faut que la maladie n'ait point encore pénétré entre l'ongle et le repli cutané qui en couvre les bords ou la racine; 2» alors on n'arrête les progrès du mal qu'au moyen de la cautérisation; encore faut-il que cette cautérisatiôii soit convenablement exécutée. Le plus commode en pareil cas est un crayon de niirate d'argent, aminci en forme de ciseau ou de coin. Si on a soin de îe faire pénétrer entre l'ongle et le bourrelet cutané jusqu'au fond de la rainure purulente, et de manière à ce que tous les points malades en soient positivement touchés, il est rare que les accidents continuent, et que les adhérences de la face profonde de l'ongle se détruisent. C'est une manière de faire qui m'a presque constamment réussi.

Les fongosités, les végétations que présente quelquefois le filet épidermique qui entoure l'ongle, et qui sont une conséquence assez commune de la tourniole , réclament le même traitement, et ne disparaissent bien non plus que par l'effet d'une cautérisation bien faite.

B. Ongle incarne.

La maladie connue sous le nom d'ongle incarné^ d'ongle rétréci, d'ongle rentré dans les chairs, d'onglade, d'omjxis, et que les anciens décrivent sous le nom de ptérigion, est sans contredit, parmi les maladies des orteils, celle qui a le plus occupé les chirurgiens. Pour bien comprendre ce que je dirai des opérations qu'elle a fait imaginer, il faut savoir que l'ongle est une plaque cornée, comme confondue par sa face concave avec la couche bourgeonnée du derme, et entourée ou recouverte sur les côtés, dans l'étendue de deux lignes vers sa racine, par un repli des téguments. La lunule, ou petite tache blanche qu'on voit en arrière, correspond à un point de la face concave qui adhère à peine au réseau muqueux sous-jacent. Le filet qui le contourne est un simple reph épidermique, et c'est presque toujours à ses dépens que sont formées les éraillures connues sous le nom d'envies.

La portion de tégument qui recouvre la racine de l'ongle, et qui en est, selon quelques chirurgiens, la matrice, ne lui adhère réellement que dans l'étendue d'une ligne ou d'une ligne et demie en avant; plus profondément, l'ongle se termine par une racine mince, libre et un peu inégale, en sorte que c'est plus particulièrement par sa face concave, et un peu par la face convexe de sa racine qu'il se nourrit ou se reproduit.

Pour ce qui concerne les phlyctènes purulentes, les fongosilés du repli tégumentaire de la racine de l'ongle , il suffit de lui appliquer ce que je viens de dire de la tourniole.

L'ongle du gros orteil paraît souvent comme enfoncé par un de ses bords ou même par ses deux bords dans l'épaisseur des chairs ; c'est contre cet état, fort iiicommode et d'ailleurs fort difficile à dissiper, qu'on a imaginé une infinité de moyens chirurgicaux. Les procédés sont mémo si nombreux sous ce rapport qu'il serait facile d'en énumérer près d'un cent, et qu'il faut absolument les rattacher à quelques groupes si l'on veut en examiner les principaux avec fruit.

Tous ces procédés ont pour but 1" de détruire une portion ou la totalité de l'ongle; 2*^ do faire disparaître les fongosités

Page 1