‹ Nouveaux éléments de médecine opératoire, accompagnés d'un atlas ... représentant les principaux procédés opératoires et un grand nombre d'instruments de chirurgieChapitre 139 sur 209 · MALADIES DE L'ONGLE · texte numérisé non relu

MALADIES DE L'ONGLE

qui entourent cet ongle; 3° de rétrécir ou de soulever la plaque qui blesse les chairs.

t-, . I. Destruction dç l'ongle.

Les chirurgiens qui ont conseillé de détruire l'ongle pour guérir Vonyxis se divisent en trois classes : les uns, en effet, se bornent à en exciser la portion qui semble s'enfoncer dans les tissus, tandis que d'autres prescrivent d'en détruire par la cautérisation la partie que recouvrent les téguments en arrière, et que plusieurs veulent qu'on l'arrache avec violence, soit par l'une de ses moitiés, soit en totalité.

a. Destruction de la partie incarnée de l'ongle.

1" Paul d'Egine (1) ou Dalechamps (2) conseillent déjà d© couper le bord de l'ongle qui blesse après l'avoir soulevé avec un stylet.

2» Fabrice d'Aquapendente (3) veut qu'on tienne le bord de l'ongle soulevé avec un peu de charpie , puis qu'on le coupe jusqu'à sa racine, afin d'en enlever avec des pinces la portion détachée, et qu'on recommence ainsi chaque jour jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien de caché dans les chairs.

3" Dionis se servait d'une sorte de canif, coupait l'ongle en long et en enlevait la portion à détruire avec des pinces; quelquefois même il se servait de ciseaux pour la couper d'avant en arrière, et appliquait sur la plaie de la charpie imbibée d'eau de chaux ou un emplâtre de minium (4),

4» Un procédé qui ressemble beaucoup à celui de Fabrice a été donné comme nouveau par M. Sommé (5). Il consiste à enlever la portion incarnée de l'ongle , puis à saupoudrer d'alun les fongosités et la rainure du voisinage.

5« M. Blaquière a modifié le procédé de Dionis en ce sens qu'avant de fendre l'ongle il l'amincit en le raclant avec un

(1) Lib. VI, cap. 85.

(2) Chirurgie française , édit. dc Rouen, p. 538. (•3) Opéra chiriirg. Francfort, 1620, p. 402.

(4) Opérations, édit. de Lafuyc, (. II, p. -TSJ.

(5) Arcltiv. ginérqh^ de- viMcc, t. î, p. 485.

♦s* OPÉRATIONS COMPLEXES.

canif OU un morceau de verre; en ce que, après l'avoir fendu jusqu'à la racine, il on arrache le tiers malade à l'aide d'une pince en le roulant sur lui-même; en ce qu'il panse la plaie avec delà charpie imbibée d'alcool, de mynhe et d'aloès; en ce qu'il a soin de glisser quelques brins de charpie sous le nouvel ongle à mesure qu'il repousse (1).

6» M. Bégin [2), qui, comme M. Blaquière, amincit l'ongle avant de l'exciser, ne se sert point ensuite de charpie pour le soulever ni de teinture alcoolique pour raffermir les chairs.

b. Arrachement de l'ongle.

D'autres procédés plus rapides, mais qui appartiennent à la même classe, consistent à enlever brusquement la portion d'ongle incarnée.

7° M. Baudcns, par exemple, enlève d'arrière en avant et d'un seul coup, avec le talnn tranchant d'un fort bistouri, et le bord altéré des chairs, et toute la portion d'ongle qu'elles surinontent. Parmi les procédés d'arrachement on distingue celui de M. Larrey, celui de Boyer, celui de Dupuytren et celui de M. Néret.

Le procédé de Boycr ne diffère de l'arrachement proprement dit qu'en ce que, pour prévenir la récidive, ce chirurgien établissait, après l'opération, un point de compression sur la matrice de l'ongle au moyen d'une boulette de charpie et de quelques circulaires de bande.

8° Procédé de M. Larrey. Après avoir enlevé la moitié d'ongle inclinée vers les chairs malades, M. Larrey se sert du fer rouge pour détruire les fongosités du voisinage et 4oute la surface de la plaie.

9° Procédé de Pclletan (3) ou de Dupuytren. Dupuytreu se comportait de deux manières différentes pour l'arrachement lie l'ongle : si la maladie était simple, n'occupait qu'un des cfttés de l'orteil, il s'en tenait à l'arrachement simple, et s'y prenait de la manière suivante : l'orteil malade convenable-

(1) Joitrn. du Dicl. des scicnc. méd., t. XVIII, p. 20». (f) Jardon, Tlil-n., n« 101. Taris, «836. (3) Jardon, Thfs.,w 101. Paris, 1830.

MALADIES DE l/ONGLE. 4^5

ment fixé avec le pouce et l'indicateur de la nuiin f^auche pendant qu'un aide appuie d'une main sur le dos du pied, permet au chirurî;ien de .^lisser brus(|uement d'avant en arrière l'une des lames de ciseaux étroits , pointus et bien tranchants , entre ron{{le et le dos de la plialan^je qui le supporte. L'instrument doit pénétrer ainsi jusqu'à deux lignes au moins au-delà de la portion visible de l'ongle, qu'oa divise alors d'un trait en rapprochant les branches des ciseaux. Une forte pince à disséquer sert aussitôt à embrasser l'une des moitiés de l'ongle divisé, qu'on renverse, qu'on entraîne ou qu'on décolle avec rapidité de sa partie médiane vers le bord libre et d'avant en arrière, afin d'en faire immédiatement autant à l'autre moitié. L'opération se compose ainsi de trois temps : le premier pour la division, les deux autres pour l'enlèvement successif des deux portions de l'ongle. Du reste , la totalité de l'opération est assez brusque pour ne pas durer plus d'une demi-minute.

Si la maladie était ancienne ou d'une ténacité très grande, Dupuytren faisait précéder l'opération dont je viens de parler d'une incision en demi-lune, à convexité postérieure, incision qui avait pour but de découvrir la racine de l'ongle d'arrière en avant et d'en détruire complètement la matrice.

10° Procédé de M. Néret. Au lieu de ciseaux, M. Néret propose d'employer la spatule ordinaire. Yoici comment il procède (1) : Après avoir placé l'orteil comme pour l'arrachement en général, M. Néret, tenant sa spatule à pleine main par le manche, en glisse la plaque, dont la partie concave regarde en bas, sous le bord libre de l'ongle, et la pousse dès lors brusquement d'avant en arrière jusqu'au-delà de la racine à détacher. Faisant ensuite tourner l'instrument sur son axe, il renverse l'ongle d'un de ses bords, puis de l'autre vers sa partie moyenne, au point de le faire sauter en quelque sorte d'un seul coup. Si, après l'avoir détaché par son milieu, puis d'un côté, la spatule ne le sépare pas complètement, M. Néret le saisit avec une bonne pince et l'enlève comme dans le procédé ordinaire.

11'' Appréciation. Ces procédés forment donc deux séries

(1) Archiv. gén. de méd., 3' série , t. II , p. 202.

qu'il importe de ne pas confondre : l'une qui se propose la destruction de la partie d'ongle incarnée seule, l'autre qui a pour but d'enlever aussi une partie ou la totalité de sa racine. Que dans la première hypothèse on suive le procédé de Paul d'Egine, celui de J. Fabrice, de Dionis, de Sommé, de M. Blaquière ou de M. liégin, peu importe; ce sont là des nuances trop légères d'une pratique commune pour mériter chacun un titre particulier. Leur inconvénient est de ne mettre que rarement à l'abri de la récidive, de permettre à la portion d'ongle qu'on a détruite de repousser bientôt après et d'irriter de nouveau les chairs.

Quant à l'arrachement du tiers ou de la moitié de l'ongle qui blesse, soit qu'on l'opère comme le faisait Amb. Paré et comme le propose M. Bonafond (1), en enlevant avec le bistouri l'ongle et les chairs d'arrière en avant, soit qu'à l'instar de Di(mis, de Boyer, Dupuytren, Delpech, M. Larrey, on le fende d'abord d'avant en arrière pour Teiilevcr ensuite avec une pince, cela ne peut pas faire non plus une différence fondamentale; je ne puis voir là que des variétés presque insignifiantes d'un môme procédé; seulement l'opération est plus prompte par la simple excision que par l'arrachement proprement dit. Cette méthode opératoire, un peu plus douloureuse peut-être que la précédente , est à la fois plus expéditive et plus constamment suivie d'une guérisou radicale. Détruisant en même temps et la portion d'ongle incarnée el sa racine, elle expose infiniment moins à la réapparition du mal.

Mais on ne remédie ainsi qu'à l'un des côtés de l'ongle incarné. Le procédé de Dupuytren ou celui de M. Néret a du moins l'avantage de détruire en une seule fois la totalité de l'ongle et do mettre mieux les parties à même de s'affaisser et de reprendre leur état normal.

La fente de l'ongle devant être la même dans les deux cas, fait qu'au total la douleur n'est pas sensiblement plus forte pour l'enlèvement complet que pour l'enlèvement partiel. D'après cela je préfère généralement l'avulsion totale à l'avulsion d'une des deux moitiés de l'ongle. Du reste, je ne

(1) Kpidiiinr. , t. I , p. 135.

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