‹ Nouveaux éléments de médecine opératoire, accompagnés d'un atlas ... représentant les principaux procédés opératoires et un grand nombre d'instruments de chirurgieChapitre 141 sur 209 · II. Destruction des fongosités seules · texte numérisé non relu

II. Destruction des fongosités seules

22° Cherchant à guérir l'onglade sans attaquer l'onglo, beaucoup de chirurgiens ont pensé y parvenir en agissant sur les parties molles seulement. A cette méthode se rapporte un procédé d'Albucasis (2), qui, comme Fabrice l'a fait plus tard, conseille de soulever le bord de l'ongle avec un stylet, d'exciser et de cautériser ensuite les chairs; celui d'Ambroise Paré (3), qui se bornait à couper entièrement et d'un trait la chair recourbée sur l'ongle, et qui dit avoir souvent réussi en agissant de cette façon : le procédé de M. Brachet et de M.Gantret diffère peu de celui de Paré.

23° Comme Paré, M. Brachet s'en tient à l'excision deschairs. Tenant son bistouri comme une plume à écrire, il en plonge la pointe entre l'ongle et le bourrelet des parties molles, qu'il traverse de haut en bas, et qu'il sépare d'abord en arrière; saisissant ensuite le lambeau ainsi taillé avec des pinces, il en termine la section en avant d'un second coup de bistouri. C'est un procédé que M. Gantret (4) dit avoir employé plusieurs fois avec succès, et que M. Lisfranc a cru perfectionner (5) en proposant de détacher le lambeau d'abord par sa partie antérieure, au lieu de commencer par la racine de l'ongle, comme M. Brachet.

Le procédé de l'excision des chairs par l'instrument tranchant étant tout aussi douloureux que les procédés qui consistent à exciser à la fois et le bord de l'ongle et les fongosi-

(1) Donzel, T//ès, Strasbourg , 183C,p.41.

(2) Liber II, cap. 89-91.

(") OEuvres complètes , in-foL, p. 465.

(■i) Don/el , T/ièses. Strasbourg, 1830, (5) Malgaigne , Mnn. de viéd. opér,,'i' édil., p. 9S.

tés qui le recouvrent, ne mérite réellement pas d'être préféré à ces derniers. Aussi a-l-on cherché à lui substituer la destruction des parties au moyen des caustiques.

2i» M. Levrat de Lyon, qui paraît avoir insisté le premier sur les avantages de cette substitution, applique de la potasse caustique sur les fongosités seulement, à travers la fenêtre d'un morceau de diapalme ou de diachylon. Quand l'escarre vient à se détacher, il glisse entre les chairs et l'ongle une plaque d'épongé préparée, qui permet à la cicatrice de s'effectuer convenablement. C'est une modification que M. Brachct a lui-même adoptée, et que M. Séné (1) croit avoir simplifiée en remplaçant l'emplâtre et le caustique de M. Levrat par quelques brins de charpie imbibée de potasse qu'on glisse au fond de la rainure qui sépare les chairs du bord de l'ongle incarné.

25° Un autre chirurgien, dont le nom n'est indiqué que par ses initiales (2), a pensé qu'il serait avantageux de se servir dans le même but du caustique de Vienne au lieu de potasse. Enfin M.I\Ioreau (3) en est venu à l'alun calciné introduit sous le bord de l'ongle malade, à la place des véritables caustiques.

Appréciation. Il saute aux yeux que les procédés de MM. Levrat, Séné et A. T. diffèrent à peine de celui de M. Wanderbach, attendu que la cautérisation des chairs se complique presque toujours de celle du bord de l'ongle correspondant, et réciproquement. Encore plus infidèles, ils ne doivent donc être conservés que pour les cas simples ou pour les malades qui redoutent à l'excès toute espèce d'opération.

IIL Redressement et rétrécissement de l'ongle.

26» Voyant que la cautérisation ne réussissait qu'incomplètement, effrayés d'ailleurs par les douleurs de l'extirpation, plusieurs praticiens ont pensé qu'en rétrécissant ou redressant

(1) Journal général de méd., 2* série, t. XXXII. — Bullclinde thérapeutique , t. Il , p. 378.

(2) Bulletin de thérapeutique , t. IV, p. 303,

(3) Gaz. méd. de Parts, 183C, p. S30.

MALADIES DE l'ONGLE. 461

l'onf,le on parviendrait à dissiper la maladie. Un procédé de cette espèce était d('jà en faveur dans le dix-septième siècle. Dionis, qui le décrit (1), dit que ce procédé consiste à racler l'ongle tous les mois sur le milieu avec un morceau de verre, et à l'amincir jusqu'à ce qu'il cède à la pression.

27" M. Biessi (-2] a cru en fiiirc un procédé nouveau en joignant la cautérisation avec le nitrate d'argent à l'amincissement dont parle Dionis.

28" J'ai moi-même essayé une fois avec succès , deux fois sans résultat avantageux, un procédé imaginé par M. Moreau de Tours , et qui consiste à promener la queue d'une cuillère d'argent chaufFéeàGO ou 70 degrés sur le dos de l'ongle, pendant qu'on en soulève le bord incarné avec une petite plaque de corne. Voulant forcer l'ongle à se retirer des chairs, M. Guillemot (3) a pensé qu'il suffirait d'en couper l'angle opposé depuis le milieu du bord libre jusqu'au tiers de la longueur du bord adhérent. Puis est venu M. Faye (4), qui, après avoir excisé un V de la partie moyenne et antérieure de l'ongle, passe à travers les deux côtés de l'échancrure un fil ciré qu'il serre à l'aide d'un petit garot, comme s'il s'agissait d'une réunion de bec de lièvre.

Dans ces quatre procédés, le chirurgien tend à redresser l'ongle en agissant sur sa partie moyenne, et en quelque sorte sans s'occuper de ses bords. Aucun d'eux ne m'a paru très efficace; mais s'il fallait en préférer un, ce serait à celui de M. Moreau ou à celui de M. Faye que je conseillerais de s'arrêter.

29° Dans une autre série on trouve les procédés qui, comme celui de J. Fabrice, consistent à glisser quelques corps souples sous le bord de l'ongle. MM. Hervey et d'autres (5) se servent de brins de charpie exactement comme Fabrice d'Aquapendente. J'en dirai autant de M. Tavernier (6), qui construit

(1) Cours (Topérat., cdit. de Lafaje, t. II, p. 281.

(2) Gazette méd. de Paris, 1834, p. 773-774,

(3) Journal deméd. tnilit.. 1814, 1. 1, p. 264.

(4) Thèse, n» 164. Paris, 1822.

(5) ^rchiv. gén. de viéd., t. XXI, p. 142.

(6) Bullet. de thér., t. II, p. 1»7.

aussi avec de la charpie une mèche de plus en plus grosse, qu'il glisse de plus en plus profondément sous le bord incarné de l'ongle; de M. Moulinié (1), qui préfère introduire de la même façon des petites boulettes de la même substance ; d'un anonyme (2), lequel introduit entre les chairs et l'ongle du coton cardé en place de charpie; enfin de M. Bonnet (3), qui substitue à tout cela des plaques d'épongés préparées. En se comportant de la sorte on déprime les chairs et on soulève le bord de l'ongle en même temps. C'est bien assurément une des méthodes les plus douces que l'on puisse imaginer; il est malheureux qu'elle échoue le plus souvent, et qu'elle soit presque toujours Insuffisante lorsque les fongosilés se prolongent très loin du côté de la racine de l'ongle. Aussi a-t-on continué et continue-t-on encore à chercher dans les puissances plus actives le moyen de dégager l'ongle incarné des chairs qui l'enveloppent.

30" IJesault ('(j.qui avait bien senti la difficulté, imagina de glisser sous le bord de l'ongle rentié une lamelle de iFer-blanc, longue d'un pouce et demi, et large de trois à quatre lignes, qu'il renversait ensuite de la face dorsale à la face plantaire de lorteil sur les chairs tuméfiées, et qu'il fixait dans cette position par quelques tours de bande. Gest ce procédé que Boyer et M. Richerand ont modifié en substituant une lame de plomb au ruban do fer-blanc employé par Uesault ; mais, outre qu'elles se déplacent avec facilité, qu'elles tendent à couper les chairs, et qu'elles atteignent rarement le but qu'on se propose, ces plaques ont encore l'inconvénient de causer parfois des douleurs fort vives.

Voulant remédier à tant d'imperfections, MM. Dudan , Vésigné , Grabowsky et Labarraque ont construit des espèces d'agrafes ou de crochets qui agissent sur les bords de l'ongle sans porter nécessairement contre les chairs.

SI» L'instrument de M. Vésigné, modifié, perfectionné par

(1) Ballet, méd. de Bordeaux, 1833, p. 19U.

(2) Bullet. de théi:, t. IX, p. 158.

(3) Bulletin de thér., t. VI , p. 331). (i) OEuvr. chir., 1. 11 . p. 62y.

MALADIES DE L'ONULë. 4G3

M. Grabowski (1) , se compose de deux plaques qui s'unissent par une charnière sur le milieu de l'ongle, et se terminent par un crochet de chaque côte. Après en avoir dirigé les crochets sous les bords de l'ongle , on les relève en redressant peu à pou l'agrafe au moyen d'une vis; celte agrafe, d'ailleurs sujette à se déranger , agit à la fois sur les deux côtés de l'ongle, même quand il n'y en a qu'un de malade , et fait une saillie gênante sur le dos de l'orteil ; elle est en outre assez compliquée pour nécessiter l'intervention d'un mécanicien.

32° L'appareil de M. Labarraque (2) estinfinimentplus simple. J'en ai souvent fait usage avec succès. La plaque de ferblanc, semblable à celle de Desault, qui le compose, est terminée en crochet étroit à l'une de ses extrémités, offrant à trois lignes en dehors et sur ses bords une petite échancrure , elle permet de fixer là, par quelques tours de fil, le bout d'une étroite et longue bandelette de diachylon. Pour l'appliquer , on engage le crochet , et on le fait glisser aussi profondément que possible entre l'ongle et les chairs; tirant ensuite la bandelette de diachylon dans le sens opposé, on lui fait faire le tour de l'orteil. En passant sur la portion libre de la plaque de fer-blanc, les circulaires de cette bandelette la font basculer de haut en bas , comme un levier du premier genre ; on relève ainsi avec toute la force désirable le bord de l'ongle. Deux plaques semblables seraient nécessaires si l'ongle était incarné par les deux côtés. En ayant soin de renouveler le pansement tous les trois ou quatre jours, et de déprimer en même temps les fongosités avec de petits rouleaux de charpie , on obtient généralement au moyen de cet appareil une guérison complète dans l'espace de quinze jours à un mois.

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