BRIDES DE LA MAIN
mile pour lo moins aussi considériiblc, quoique d'une autre nature, que celui auquel j'avais voulu remédier. Il cî-I vrai qu'un bandnge roulé avec les bandelettes de diachylon et un appareil imbibé d'eau froide que j'avais mis en usa{îe pour prévenir tout excès d'inflammation ont peut-être concouru à ce triste résultat. Je n'oserais donc conseiller qu'avec réserve la destruction d'adhérences vicieuses aussi étendues, aussi complètes. Le manque de téguments sur tout le côté desdoij^ts est ici une cause d'insuccès contre laquelle je ne connais rien d'efficace. Il ne faudrait pas croire cependant que la fusion complète de ces appendices soit absolument et toujours irrémédiable, l'ne observation de Dessaix (i) prouve le contraire. Un nouveau-né avait les mains transfotmées en deux masses charnues, dont un seul ongle occupait transversalement toute l'extrémité. Sans trop s'occuper du nombre des os, Dessaix divisa chacune de ces masses en quatre parties au lieu de cinq, et parvint à en faire autant de doigts. L'enfant en vint à pouvoir écrire et travailler, bien que l'articulation métacarpo-phalangienne fût la seule qui existât, et que les os du métacarpe ne parussent pas trop en rapport avec chacun des doigts. L'auteur ajoute que l'opération fut prompte, ne causa point de réaction , et qu'il lui suffit d'un mois pour fermer toutes les plaies.
Ce fait , tout au plus vraisemblable , est , comme on voit, fort extraordinaire; mais Dessaix le rapporte avec des détails tellement circonstanciés, qu'il est difficile de le révoquer eu doute.
Pour peu, au contraire, que les doigts adhérents conservent de mobilité, qu'il y ait une apparence de membrane tégunientaire entre eux , qu'ils rappellent enfin l'idée du pied des animaux palmipèdes , on a lieu d'en espérer la guérison. Alors toutefois on se tromperait étrangement si on croyait la chose facile. La destruction de la bride en pareil cas n'est que la moindre partie de l'opération. On divise cette bride , ou bien d'arrière en avant, après l'avoir traversée par ponction vers sa racine , ou bien d'avant en arrière en tenant le
(I) Gaz. :s^ltttaife, année 1761, n" 22.
bistouri perpendiculairement , pendant qu'un aide écarte les doigts à isoler. On pourrait également se servir de ciseaux , si la cloison était d'une épaisseur médiocre. Celte section étant opérée, on verrait les deux côtés de la plaie se réunir de nouveau insensiblement de la racine vers la pulpe des doigts, si on n'y mettait aucun obstacle. Il est même à remarquer que des plaques de charpie , dc:> lames de plomb , des rubans d'cmpiàtre, des bandages de toute sorte, maintenus comme corps étrangers entre les deux doigts qu'on tient isolés, luttent souvent en vain contre cette tendance à une agglutination nouvelle.
Les chirurgiens sont si convaincus de cette difficulté, que plusieurs d'entre eux ont fin' par renoncer à l'opération ellemême, et que d'autres ont conseillé d'y adjoindre une variété de l'anaplastie. M. Krimer (1) , entre autres, a proposé de ramener un lambeau de téguments détaché du dos de la main entre la racine des deux doigts, pour le réunir aux téguments palmaires, et construire là, de toutes pièces, une véritable commissure. Pour moi , je ne pense pas que ce procédé, attribué à'Zeller par M. Chelius (2), procédé qui augmciiterait d'ailleurs considérablement la gravité, les douleurs de l'oiiéralinn, soit nécessaire. J'aime mieux m'y prendre ainsi qu'il suit : je commence par placer dans la partie la plus reculée de la cloison interdigitale trois ligatures d'attente, une au milieu et une de chaque côté. Ayant divisé, soit par ponct-on et d'arrière en avant, soit d'avant en arrière la cloison anormale jusqu'à deux ou trois lignes des points traversés par les fils, je m'empare successivement de chacun de ceux ci pour en l'aire trois points de suture simple. J'obtiens par là un contacta peu près immédiat des lèvres de la plaie dans toute l'étendue de la commissure. La réunion étant obtenue dans ce point, rend ensuite très facile la cicatrisation isolée de chacun des doigts. Du reste, je conseille d'éviter soigneusement toute compression et l'emploi des réfrigérants sur les plaies qui résultent de cette opération, du moins pendant la première semaine. Il fau-
(1) Journal de nrn'fe et Wallhcr, t. Mil, p. fi02. {2) Trad. de Pigué, t. II, p. 13.