OPÉRATIONS PAR LA BRIDE
l'incision des brides suffisait pour dissiper la rétraction des doigts et de la main. La main est ensuite fixée ])ar son dos sur une palette convenablement matelassée. Quelques tours d'une bande étroite ou d'une bandelette de diacliylon, dirigés entre les incisions ou au-devant des incisions, viennent prendre un point d'appui sur cette palette pour tenir le doigt au degré d'extension nécessaire. Les plaies sont d'ailleurs pansées par les moyens ordinaires.
Selon M. Goyrand (l), il faut , la main étant fixée comme précédemment, que le chirurgien , armé d'un bistouri droit tenu comme une plume , incise la peau dans le sens même do la bride, et dans l'étendue d'un pouce ou deux. Cela fait, il coupe le cordon fibreux d'espace en espace sur tous les points qui paraissent tendus ; en excise même quelques portions , si elles paraissent trop mobiles ou comme flottantes au fond de la plaie. On réunit ensuite par première intention, puis on fixe les doigts dans l'extension complète.
En supposant qu'il fût possible de glisser un instrument étroit entre la peau et le cordon anormal, on devrait faire la ponction des téguments sur l'un des côtés de la bride préalablement tendue. Pour la relâcher et introduire plus aisément le bistouri au-dessous de la peau, il conviendrait d'augmenter un peu la flexion des doigts jusqu'à ce qu'il fût arrivé sur l'autre côlé du tissu transformé. Ayantretourné le dos de l'instrument en avant , on étendrait de nouveau les doigts pour que la bride vînt en quelque sorte se diviser d'elle-même d'arrière en avant. Après avoir renouvelé ce genre de section par un nombre suffisant de ponctions et d'espace en espace , il faudrait également maintenir les doigts dans l'extension. Seulement , au lieu de bandages agglutinatifs ou du pansement ordinaire , il conviendrait de placer quelques compresses résolutives , et d'éiablir une compression modérée sur le devant des petites piqûres.
Quant à l'extirpation , j'ai déjà dit qu'en la pratiquant pour la première fois au commencement de 1833 , je m'y étais pris comme M. Goyrand l'a fait un peu plus tard , et que , ne pouvant pas produire de résultats plus avantageux
(1) Gnz. méd. de Paris, If,."].-,, p. 48.'').
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(.}uo la simple sociion , elle ne me paraissait pas mériter d'être {jénéraiisée. Je ne conseillerais en conséquence d'y avoir recours que si des nodosités , des espèces de tumeurs existaient en même temps que la bride au-dessous de la peau.
L'opération ôlant faite et les plaies cicatrisées , on se tromperait d'ailleurs , quel que soit le procédé mis en usage , si l'on regardait le malade comme à l'abri de toute récidive, si oa ne lui recommandait aucune précaution. Des extensions complètes souvent répétées , la suppression des travaux qui avaient amené l'induration , le massage des parties , des onctions huileuses , des bains mucilagineux, sont encore nécessaires, si l'on tient à ce que la cure soit radicale, comme ils auraient pu suffire dans les premiers mois de la maladie si la personne avait voulu en essayer l'emploi.
§ II. Avant-hras.
Lorsque l'avant-bras se trouve collé sur le devant du bras par suite de cicatrices vicieuses , on y remédie à l'aide de l'incision ou de l'excision des tissus nouveaux. Toutefois ou ne doit entreprendre cette opération qu'autant que la maladie ne date pas de l'enfance, ou qu'il a été possible de s'assurer que l'articulation du coude conserve ou est capable de reprendre une grande partie de sa mobilité. Autrement , en effet , détruire les adhérences cutanées n'aurait aucun but.
Lorsque les adhérences se sont établies dans le bas-ûge, les surfaces articulaires se modifient de telle sorte , qu'elles ne permettraient plus dans l'âge adulte à l'avant-bras de s'étendre , de se fléchir, si ce n'est par une sorte de glissement. Si le malade se trouve, au contraire, dans les conditions favorables, il faut tenter l'opération le plus tôt possible.
Ici la méthode de Delpech , c'est-à-dire l'excision du tissu inodulaire et la réunion immédiate de la plaie , ne peut que larement convenir. On n'y aurait recours, à l'instar deBenedetli, que s'il s'agissait de simples brides étroites. Dans ce cas , on devrait en outre se garder d'extirper le pli cutané dans toute sa largeur; car, par l'extension du membre, il j)ourrait en résulter une plaie énorme. On inciserait donc les légumentfi le long des bords de la bride depuis Time de .ses
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extréinilés jusqu'à l'autre, au lieu de suivre l'ancle de flexion du pli du bras. L'excision serait ainsi bornée au cordon qui constilue le bord libre de la cicatrice vicieuse ou do la bride anorn)ale.
Pour les cas où ce premier genre d'opération semble insuffisant, il est préférable de délruire les adhérences par des sections transversales et nuiliipies, ou par une dissection exacte des surfaces conglutinécs. Malvani (1) parle d'un malade qui avait ainsi l'avant-bras fléchi par suite d'un ulcèro au pli du coude. Il le traita parles incisions. Après l'extension, la plaie atteignit la largeur de la paume de la main , et il n'en résulta pas moins une guérison parfaite. Démarque (2) avait déjà été tenté de pratiquer la môme opération sur un individu dont l'avant-bras était collé sur le bras jusqu'au sommet de l'épaide par suite d'une brûlure; mais le malade, qui vivait do son infirmité, ne voulut entendre parler d'aucun traitement. J'ai dit plus haut qu'une opération pareille avait été pratiquée , en 1825, à l'hospice de perfectionnement, sur un homme adulte avec un pîein succès par M. Bougon. Dans les deux exemples du même genre, publiés par M. llourmann et M. Bérard jeune, le succès n'a pas été moins complet , quoique la difformité fût portée au plus haut degré. C'est donc maintenant un fait irrécusable que la possibiliié de guérir par de simples incisions les malades atteint] de cette espèce d'infirmité.
Le malade , étant assis ou couché , ayant le coude appuyé sur une table garnie ou sur le lit, est saisi par l'épaule et par la main, qu'un aide tend à écarter modérément. Le chirurgien procède alors à la section des brides en ayant soin de ménager moins le nombre que la profondeur des incisions. Si au lieu de brides il s'agissait d'une agglutination homogène de la peau , il faudrait conduire le bistouri de telle sorte que les deux surfaces pussent être plutôt décollées que véritablement tranchées, tantôt du côté du bras, tantôt du côté de l'avant bras. Il vaudrait mieux , en conséquence , faire la dissection
[1) Joum. gén. de méd., t. GVIII, p, 40.
(2) OEuvres de Jacques Démarque, 166?, p. ■iC7.
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<»n procédant des rainures externe et interne vers la lifine médiane , que d'aller de prime abord de haut en bas.
On conçoit que le succès d'une opération pareille dépend autant des soins consécutifs que de l'action même du bistouri. Il importo donc, si le bras peut être immédiatement redressé, de l'étendre sur une gouttière bien matelassée qui puisse aller du voisinage de l'épaule jusqu'à la racine des doigts, et de le fixer dans cette gouttière à l'aide de tours de bande convenablement distribués. Au moyen de quelques compresses , d'une longue attelle de carton et d'une bande imbibée de dextrine , on construirait sur-le-champ un appareil parfait , si l'opération n'avait pas produit une trop longue plaie sur le pli du bras. Il suffirait, en effet, de passer quelques tours de bande en sautoir sur le coude "pour avoir un bandage roulé du côté de la main et du côté de l'aisselle, tout en laissant la plaie du pli du bras à découvert. Cette plaie , qu'il est bon de panser avec le linge troué et la charpie, dont il importe de réprimer souvent les végétations avec le nitrate d'argent , ne doit être abandonnnée à la puissance rétractile du tissu inodulaire que long-temps après la gucrison. Toutefois il est utile , pour redonner graduellement de la souplesse à l'articulation, d'imprimer vers la fin du traitement quelques mouvements de flexion à l'avant-bras au moins une fois par semaine.
§ m. Brafi.
Démarque (1) raconte qu'un mendiant avait le bras complètement collé le long des côtes , et que , chez cet homme, les moyens d'union étaient si lâches, qu'ils suivaient tous le» mouvements du membre. Si une pareille adhérence se rencontrait , il faudrait se comporter comme pour le pli du bras , en supposant que l'articulation scapulo-humérale n'eût point perdu la faculté de reprendre ses mouvements. S'il s'agissait d'une simple bride, on la fendrait, ou de haut en bas, ou de bas en haut, pendant qu'uu aide la tiendrait aussi fortement tondue que possible en écartant le coude du tronc.
Chez une malade qui avait ainsi le bras et l'avant-bras
(1) O/ÎHiJTs etc., p. 'iCT.