BRIDES DU VENTRE
tion des brides de l'aine , M. Nichet (i) combla aussitôt la plaie à l'aide d'un lambeau emprunté au voisinage par la méthode française, et guérit son malade dans un cas de cette espèce.
Il est bon d'avertir néanmoins qu'en essayant de séparer le pénis du scrotum , il importerait de ménager soigneusement l'urètre et les corps caverneux d'une part , le dartos et les autres enveloppes du testicule d'autre part. S'il s'agissait d'isoler le scrotum lui-même , il y aurait moins de danger à incliner le bistouri du côté de la cuisse que dans le sens opposé. Pour obtenir un isolement complet de la cuisse ellemême quand elle adhère aux parois de l'abdomen , il faudrait ne jamais perdre de vue le voisinage de l'artère fémorale, de la veine correspondante, de la saphène interne. La fusion intime des parties dans celte région ne pourrait par conséquent être détruite qu'à l'aide d'opérations délicates , et quelquefois même fort dangereuses.
L'appareil le plus convenable pour empêcher une nouvelle agglutination pendant la cicatrisation des plaies consisterait en une longue plaque de carton , étendue depuis la région lombaire jusqu'auprès du jarret , fixée par un bandage de corps au-dessus de la hanche , et par un bandage circulaire au-dessus du genou ; de manière que la bande , préalablement imbibée de dextrine, vînt faire quelques tours sur le tronc pour redescendre , par un ou plusieurs croisés , sur la face externe de la fesse et de la cuisse , puis au-dessus du genou. S'il s'agissait du pénis , on aurait soin de le tenir relevé à l'aide de quelques bandelettes sur le devant de l'abdomen. Des bandelettes passées en sautoir, très près de la racine des cuisses , serviraient à maintenir et à soulever le scrotum si c'était lui qu'on eût décollé.
Quant au renversement des jambes sur les cuisses , de la cuisse sur l'abdomen, de la totalité du membre abdominal, soit en arrière , soit en avant, soit en dehors , comme je l'ai vu sur plusieurs nouveaux-nés , il est presque toujours le résultat d'un autre ordre de lésions : c'est aux maladies des articulations ou des tendons qu'il faut généralement le rattacher.
(1) Arch.ijcH. de iniid., 3"-" sér., t. T'", p. lli.
S VIII. Tronc.
Nulle part les cicatrices , les brides anormales ne produisent aussi souvent des difformités qu'à la tête. C'est à elles qui! faut rapporter presque toutes les variétés de Tectropion , la plupart des déviations ou des coarctations , soit du nez, soit des lèvres , soit des oreilles; mais comme il faudra y rev( nir en traitant de l'anaplastie et autres opérations qui se pratiquent sur ces différentes parties, je n'en dirai rien pour le moment.
A. Brides du cou. Les brûlures du cou déterminent tantôt un abaissement de la mâchoire inférieure vers le sternum comme chez le malade dont parle Rideau (1), tantôt une inclinaison de la tête du côté de l'une ou de l'autre épaule. Ces déviations , qui peuvent êlre portées très loin et dont la pratique offre de fréquents exemples , sont généralement d'une guérison très difiicile. Une malalade dont parle M. Lelong (2) était ainsi bridé, de l'extrémité temporale des paupières aux doigts de la main gauche. Quelques journaux de médecine (3) ont publié, il y a une dizaine d'années, un exemple de succès d'opérations pratiquées pour ce genre de difformité; mais le malade, qui était alors un enfant, et qu'une infinité de personnes ont pu voir comme moi à l'hôpital de la Pitié, n'a jamais été guéri. Il faudrait alors diviser transversalement toutes les brides cutanées ou sous-cutanées par des incisions multiples. Puis, pour empêcher toute rétraction nouvelle, tenir le menton relevé par une sorte de courroie ou de lac solide fixé à un bonnet de cuir, attaché lui-même supérieurement et en arrière à une tige inRexible qui serait retenue dans la région lombaire au moyen d'une ceinture 4). La tige, ayant une charnière et une sorte de ressort à la partie supérieure , permettrait d'ailleurs de porter et de maintenir la lêlc, soil en arrière , soit à droite, soit à gauche, un peu audelù de sa direction naturelle , jusqu'à ce que la cicatrisation des plaies de l'opération eût acquis toute sa dureté et sa con-
(i) Leçous , riicse ti" 179. Paris , ISiy , p. 2G.
(2) Jbid, p. 27.
(3) L\-'beillemédic(ilc, t. III, p. l'o't.
(■i) jMellct, Manuel pi'aitijne d oHhopédie , p. 98.
DH'LOGENÈSKS. 495
sistance définitive La difficulté, dans ce cas , lient à la nécessite où se trouvent les malades d'abaisser fréquemment la mâchoire, au défaut de [puissances qui tendrnl à relever cet 08 par sa partie moyenne, au poids qui entraîne naturellement la téie en avant. Si donc il n'était pas possible de ménajjer la peau du menton , on aurait peu de chance de réussite , à moins de combler aussitôt toutes les plaies par l'anaplastie , avec des lambeaux de peau empruntés aux régions voisines.
Les brides, les atlhérences du côté du cou sont infiniment moins rebelles à la chirurgie que celles dont il vient d'être question. Il suffit, en effet, après les avoir divisées sur plusieurs points et assez profondément, de maintenir la tête relevée , puis inclinée dans le sens opposé au moyen du bandage divisif du cou pour en empêcher le rétablissement. Ce bandage, qu'on pourrait rendre immobile et très solide en le doublant de carton et en l'imbibant de dextrine, aurait l'avantage de fatiguer infiniment moins que la machine de TJ. Mellet.
I>. Fusion des parties. Sous ce titre, je ne puis placer aucuiît fait , aucune opération relative à des cicatrices, à des brides anormales, qui aient été l'objet de la moindre tentative chirurgicale. Cependant il existe un genre de difformité qui mérite de nous occuper un instant à cette occasion ; je veux parler des diployenèscs. Ces associations monstrueuses , qui sont toutes congénitales et qui, selon moi, résultent presque constamment d'un contact anormal et prolongé des deux fœtus pendant la vie intra-utérine, doivent être rangées en deux grandes classes sous le point de vue de la médecine opératoire. Si la fusion des deux êtres est intime par quelque organe important, il serait dangereux et quelquefois criminel de chercher à la détruire. Lorsqu'il existe deux têtes pour un seul tronc , par exemple , qu'il y a deux bras ou un seul pour chaque tête, que les deux êtres possèdent en outre chacun une poitrine distincte , ou qu'ils en ont une pour tous deux, comme on l'a vu dans Ritta-Christina, le chirurgien serait coupable de vouloir y toucher. Dans les animaux, la tête c'est l'individu; et chez l'homme , il serait aussi barbare d'enlever l'une des têtes d'un monstre bicéphale dans le but de conser-: ver l'autre, que d'assassiner un nouveau-né quelconque; ^
/i.96 OPÉRATIONS COMPLEXES.
S'il existait, au contraire, quatre membres inférieurs, ou une fusion donnée de la moitié inférieure du corps avec une seule poitrine et une seule tête , on ne blesserait en aucune façon la morale en cherchant à détruire les parties surnuméraires; mais alors l'opération serait par elle-même trop dangereuse pour qu'il fût permis de la tenter.
En somme , toutes les fois que les deux corps seront unis de manière à ce que la fusion s'étende jusqu'au squelette , soit par la région dorsale , soit par la région stcrnale , soit par les côtés et le bassin , il n'y aura point lieu à s'en occuper. Dans tous les autres cas , on peut agiter la question de savoir s'il est prudent de séparer les deux individus l'un de l'autre ; on peut supposer ici plusieurs cas :
1° Les fœtus naissent unis par le crâne, soit vertex contre vertex, soit par le front , soit par l'occiput , soit par les côtés ; alors on doit renoncer à toute division , si la fusion est large ou s'étend jusqu'aux os. Si elle était peu étendue, ou de manière à ne porter que sur les téguments, on ne devrait pas hésiter, je crois, à la détruire par l'instrument tranchant; si on la respecte, les deux êtres succomberont presque inévitablement, sans compter que , s'ils vivent , leur existence ne sera qu'une charge pour la société et un malheur pour eux-mêmes. Par l'opération, on a, au contraire, des chances nombreuses de leur rendre la liberté.
2» Les fœtus sont unis par le plan antérieur ou par le plan postérieur. L'union dorsale et l'union sternale ne seront déclarées incurables que si elles dépassent l'épaisseur des téguments , ou comprennent une grande étendue de surface. A l'abdomen, on reculerait aussi devant l'opération , s'il paraissait exister la moindre communication entre les viscères, entre le péritoine des deux individus. Autrement, c'est-à-dire si la cavité thoracique ou abdominale est positivement indépendante sur chacun des deux êtres ; si , comme on l'a vu chez les deux jeunes Siamois , les parties ne sont réunies que par une large bride ou plaque cutanée , on peut les séparer. L'opération alors devrait être effectuée comme je l'ai dit en parlant des adhérences du bras avec la poitrine , des doigts entre eux, et de la partie sui)érieure des deux cuisses. Ceci
D1PL0GENÉ8ES. 497
n'est poinf d'ailleurs un simple projet. Sue raconte (J) que Falio avait ainsi opéré et guéri à liàle , en 1752 , deux fœtus unis par l'épigastre. Ce genre d'opéialion a rarement été mis en pratique jusqu'ici parce que 1" la plupart des fœtus ainsi conformés meurent bientôt après la naissance , quand ils ne succombent pas avant la fin de l'accouchement; 2° ceux qui continuent de vivre contractent une telle habitude de leur position, qu'ils ne sentent nullement le besoin de la changer j 3" s'ils atteignent l'âge de raison , ils se refusent à peu près constamment à toute tentative qui aurait pour but de les isoler; 4" beaucoup de parents font de ces êtres monstrueux un sujet de curiosité publique et d'industrie. Aussi devrait-on , à cause de ces motifs et pour que l'opération fût moins dangereuse , agir aussitôt que possible , et en général dans les premiers mois de la naissance.
3° Un fœius ou une portion de fœtus est comme implanté sur un enfant d'ailleurs bien conformé. Lorsqu'il ne s'agit que d'un doigt , d'une jambe , d'un bras , d'une portion de membre enfin , personne n'en repousse l'ablation d'une manière absolue. Mais si un second fœtus semble implanté par la tête , soit dans la poitrine , soit dans le ventre, le cas est plus grave, et les praticiens ne sont plus d'accord. En supposant que le bassin, une partie du ventre et les membres inférieurs fussent appendus au sternum ou à l'ombilic d'un individu vivant, comme il en a été publié une observation il y a quelques années (2) , on pourrait en tenter l'extirpation , si un examen attentif avait donné la preuve que l'autre partie du fœtus surnuméraire ne proémine pas à l'intérieur des cavités splanchniques , et si l'opération ne devait pas amener une trop large plaie. Il est d'ailleurs évident que toutes ces désunions, toutes ces ablations, ne peuvent être soumises à aucune règle spéciale, et que c'est au chirurgien à choisir pour chaque cas le mode d'opération qui convient le mieux.
(t) Histoire des accouchemens , t. II, p. 251.
(2) Isidore Geoffroy Sainl-Hilaire, Histoire des anomalies de l'organisation dans l'homme et les animaux. Paris, 1832—1836, 3 vol. in-S», fig.