TENDONS DES DOIGTS. 50Y
Si le tendon n'a pas plus de deux lignes de lar{]e, un point de suture suffit , et je le passe à deux ou trois li{;nes de chaque bout de la division. Deux points seraient utiles pour chaque tendon de trois lignes de diamètre transversal. On n'en appliquerait trois ou un plus grand nombre que s'il s'agissait d'un des plus larges tendons du système musculaire. Il est bon que chaque anse du fil embrasse toute l'épaisseur des deux bouts du tendon. La suture simple est d'ailleurs préférable ici à la suture entortillée. Après avoir placé un nombre de fils suffisant, on coupe une des moitiés de chacun d'eux très près de son nœud , comme à la suite des ligatures d'artère ; chaque fil restant est ensuite ramené par le rayon le plus court sur la peau qu'on réunit dès lors aussi exactement que possible. Il suffit ensuite d' un pansement simple et de l'immobilité pour permettre à la nature d'agglutiner les parties.
Après la suture des tendons, les fils se détachent généralement avec beaucoup de lenteur, puisqu'ils ne peuvent tomber qu'après avoir divisé le tissu fibreux le plus dense de l'économie. Il importe cependant de n'exercer sur eux aucune traction , de les laisser se détacher en quelque sorte spontanément.
Dans un cas oîi il était impossible de remettre bout à bout les deux portions d'un même tendon , Missa (1) prit le parti d'en attacher le bout supérieur au bord du tendon voisin. Deux muscles se trouvèrent ainsi chargés de mouvoir le même doigt. M. Champion m'écrit qu'il s'est comporté de la même façon après la résection d'un quatrième métacarpien. Nous verrons en parlant de la suture des tendons des doigts dans quel cas il conviendrait d'imiter cette conduite.
Pour les suites, il faut du reste se comporter après la suture comme après les tentatives de réunion par les bandages ou la simple position.
APiTICF.E II. — Tendons en particulier.
§ I. Tendons des doigts.
Pour que les fonctions des doigts restent intactes, il faut que leurs tendons ne soient ni allongés, ni raccourcis,
(1) Gazelle salutaire, 1770, n»21.
ni plus ni moins adhérents que dans l'état naturel. Il n'y a donc point à hésiter; on doit tout faire pour en rétablir la continuité quand ils ont été accidentellement divisés. Autrefois les chirurgiens admettaient que la section incomplète des tendons expose à des accidents aussi graves que la section incomplète des nerfs. Wagert (1) raconte qu'en 1717 il y eut une grande discussion à l'effet de savoir si on compléterait ou ne compléterait pas la section des trois derniers tendons fléchisseurs des doigts qui avaient été coupés à moitié par un coup d'espadon. jMais depuis cette époque, Chabert (2) a rapporté l'exemple d'une section incomplète du tendon extenseur de l'index qui guérit comme chez le malade de Wagert, quoiqu'on n'eût point complété la division. M. Champion et une foule de chirurgiens modernes ont fait la même observation. J'ai vu pour mon compte plus de vingt fois les tendons incomplètement divisés reprendre peu à peu toutes leurs forces , et je n'ai jamais vu d'accidents qui tinssent à la persistance de quelques unes de leurs fibres. Pour peu qu'il en reste, on doit en conséquence le conserver religieusement; car, n'y en eût-il que quelques filaments, cela suffît pour tenir lieu de la suture et des bandages, pour que la lymphe plastique, ouïe tissu cellulaire modifié, vienne bientôt combler l'échancrure de la division. Si donc les tendons des doigts n'étaient affectés que de divisions incomplètes, on n'aurait recours ni à la suture , ni à des bandages fatigants; il suffirait de tenir le doigt dans l'immobilité pendant dix à quinze jours. En supposant que la division du tendon blessé soit complète, on se comporte différemment, selon qu'il s'agit des tendons extenseurs ou des tendons fléchisseurs.
A. Tendons extenseurs. Que la division ait lieu sur le dos du métacarpe ou sur les doigts , elle n'en comprend pas moins tantôt le tendon ou les tendons d'un doigt seulement , tantôt les tendons de plusieurs doigts en même temps. Ici plus qu'ailleurs il faut obtenir une réunion aussi exacte que possible.
ï. Position. A l'aide de la position seule, Mareschal guérit un soldat dont les tendons extenseurs des quatre doigts avaient
(1) Observ. de méd. cl de chir., p. 211.
(2) Observ. de chir. vrai., p. 215.