TENDON D ACHILLE
coupé par un éclat de rocher. Ouand on pinçait lo toiidon luimôme, le malade ne s'en apercevait pas; mais il se plaignait vivement dès qu'on touchait à la fjaîne de ce cordon fibreux. La suture ne fut point pratiquée, et la plaie se trouva comblée au bout do six semaines. Lo blessé, fort indocile à ce qu'il paraît, rompit de nouveau son tendon; on pratiqua des incisions pour évacuer le sanfj épanché, et la réunion eut lieu encore plus promplement que la première fois. On se mit dès Jors en garde contre la récidive , en fixant le talon du côté du genou à l'aide d'une courroie (1). Le second de ces faits est rapporté par Juvel (2). Un officier de grenadiers à cheval eut le tendon d'Achille coupé par une cuvette de faïence qui se brisa sous son pied. Au bout de six semaines, la réunion parut complète. Un effort irrélléchi pour dégager le talon de dessous les bâtons d'une chaise reproduisit la maladie. Un écartement de plus d'un pouce fut constaté entre les bouts du tendon. Traité de nouveau sans la suture, le blessé guérit comme la première fois, mais en conservant une sorte de ganglion de la grosseur d'une petite noix sur le lieu même de la rupture du tendon. Dans la troisième observation, rapportée par Hérice (3) , il est également question d'un tendon d'Achille cou[)é qui se cicatrise à l'aide des seuls bandages , qui se rompt, et qui se réunit de nou', eau par l'effet des mêmes moyens.
S'il est bien vrai que ces trois faits se rapportent réellement à trois malades différents, ils prouvent sans réplique que la section du tendon d'Achille est loin de réclamer constamment la suture. Lieutaud d'Arles (4) rapporte aussi l'exemple d'un malade qui eut le tendon d'Achille divisé par un soc de charrue , et chez lequel la guérison fut obtenue au moyen de simples bandes. La même chose eut lieu chez l'homme dont parle Beson (5), et dont le tendon d'Achille avait été tranché par une scie.
(1) Gaz. salutaire, 4 déc. ITGH. n» 49.
(2) Journal de médec, mars 17G0, ou Bibliol. de Planque, t. X, in-4», p. 867.
(3) Méd. éclairée par la sciencplnj^ , t. II.
(4) Bil'linl. de Planque, I. X, 'm-h.°, p. 870. (o) Desault, Joum. de cliir., t. II, p. 50.
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On voit en outre par les observations qu'invoque Desault, et par une infinité d'autres fails , qu'à la suite de ses divisions le tendon d'Achille peut généralement reprendre ses fonctions sans l'intermède de la suture. Au dire de Dupouy (1) , Pibrac aurait vu plusieurs fois la rupture du tendon d'Achille guérir parle simple repos, (iauthier (2), qui rejette les bandages, donne deux observations à l'appui de la doctrine de Dupouy. Rodbard (3) , convaincu que la réunion se fait alors par le dépôt d'une matière nouvelle , ne craignit pas de marcher dès le lendemain. Un autre malade , traité de la même façon, guérit aussi bien que lui.
Une des preuves les plus concluantes en faveur de celte assertion est le fait communiqué à Garengeot (4) par Poncelct : il y avait fracture du calcanéum ; on crut devoir ouvrir un dépôt de sang qui s'y était ajouté ; le chirurgien coupa le tendon d'Achille au-dessus, et en enleva l'extrémité inférieure avec le fragment mobile du calcanéum ; le malade guérit sans difformité. La suture n'en mérite pas moins d'être encore conservée dans quelques cas de solution de continuité de ce tendon. Coste (5) l'avait déjà pratiquée plusieurs fois avec succès. Un exemple du même genre est rapporté par Cowper (6)» Dans l'article de Desault (7) , il est également question d'une réunion du tendon d'Achille obtenue par la suture. On en trouve un autre exemple dans le compte-rendu del'Hôtel-Dieu de Lyon pour 1822.
Résumé. Au demeurant, les fonctions du tendon d'Achille sont tropimportantes pour qu'il soit prudent,quand il est divisé et facile à saisir au fond d'une plaie, de s'en rapporter à la position ou aux bandages seuls. Nul doute que s'il s'agissait d'une plaie contuse , de tissus broyés , d'une large surface en suppuration , on ne dût se contenter des bandages , et
(1) Desault, Jomncit de chinirrjie, l. II, p. OU.
(2) lùid, p. GO, 01.
(3) Ibid , p. (j2.
(ij 7\ailé d'opcmlious, t. III , p. 267, 2-^ édit,
(11) (lareiigcol, t. IH, p. 26(j.
((!) Philos, «mus., ICJU, n» 2^2, uU Bib. de Planque, t. \, ill-i", p. SC4.
(7) Jouni. de cliii-, t. 11 , p. oi.
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faire abstraction de la suture; mais, pour peu que la plaie soit rrcenie et encore dôpoiirvue (rinnanimatioii , qu'elle se rapproche des plaies par insirumorit tranchant, et qu'il paraisse possible de remettre hs bouts du tendon en contact,^ la suture mérite d'être préférée.
Pour pratiquer la suture, il importe d'avoir ici des ai- {Tuilles bien tranchantes et assez fortes à cause de l'extrême fermeté du tendon. Du reste, il vaut mieux se servir de fils simples que de fils doubles. Quelle que soit la ténuité des points de suture , on n'a guère à craindre la section des parties embrassées par eux . Trois, quatre , six points peuvent être utiles en pareil cas. Comme pour les doigts et les autres tendons en général, il est prudent de garder une extrémité de ces fils à l'extérieur, et d'en attendre la chute. On noiioie, on réunit ensuite convenablement la plaie avant de mettre le membre dans la position qu'il devra conserver jusqu'à la fin du traitement. Cette position, la même que si on faisait abstraction de la suture , a pour but de relâcher les muscles du mollet. Les machines imaginées à ce sujet , soit par J.-L. Petit (1), soit par Monro (2) , me paraissent complètement inutiles. Les observations de Rodbard, de Dupouy, etc., rappelées plus haut, démontrent même qu'elles seraient nuisibles.
Si l'immobilité du genou et la flexion de la jambe étaient indispensables , rien ne remplirait mieux le but qu'une longue attelle de carton , moulée sur le devant de la cuisse , du genou , de la jambe et du pied , et enveloppée dans un bandage roulé qui emprisonnerait le membre sans le comprimer dans la position où on trouverait convenable de le maintenir pendant toute la durée du traitement. Mais, quand on se sert de la suture , cette position est absolument superflue , et quand on ne s'en sert pas, il importe trop peu d'avoir quelques lignes de plus ou de moins entre les deux bouts du tendon pour qu'un chirurgien prudent fatigue à ce point les malades. Le bandage roulé ordinaire , étendu de la racine des orteils jusqu'au-dessous du genou, et fortifié, en avant ,
(1) Accid. des scierie, année 1722, ou Bibliol. de Planque , t. X, p. Soi.
(2) Journ. de DesiiuU, t. II, p. t>2.
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par une large attelle de carton mouillée , suffit en pareil cas. Une bande fixée en lornie de courroie sous la plante du pied, puis vers le jarret , relève le talon jusqu'à ceque le bandage, imbibé de dextrine, soit entièrement desséché. Une fenêtre réservée exprès permet de panser séparément la blessure , et le tout noccasionne que très peu de gêne.
S'il s'agissait d'une fracture du calcanéum, ce bandage ne comporterait d'autres modifications que la présence d'une compresse graduée , i.nalogue à celle dont j'ai parlé à l'occasion de l'olécrâne , et qui devrait être fixée au-dessus du talon.
La rupture ordinaire du tendon d'Achille se trouverait également bien du même appareil. Il suffirait alors de ne laisser aucune fenêtre , de ne placer aucun compresse graduée entre les tours de bande pour avoir un bandage parfait; une longue attelle de carton pourrait être appliquée, en outre, sur la face postérieure de la jambe et de la face plantaire du pied.
Au lieu de laisser le pied immobile dans cette position pendant deux mois, comme beaucoup d'écrivains le recommandent, il convient que la division du tendon d'Achille soit compliquée ou non de plaies aux téguments , de renoncer aux appareils inamovibles, aux machines extensives , vers la fin de la seconde semaine, afin d'imprimer dès lors et par degrés insensibles des mouvements de plus en plus étendus aux parties. Il y a long-temps que pour mon compte je ne fais pas subir d'autre traitement aux malades affectés de ruptures du tendon d'Achille.
§ V. Tendons de la région fémoro-tibiale.
La solution de continuité des prolongements fibreux destinés à mouvoir la jambe, doit être examinée au jarret et au genou.
A. Tendons du jarret. La saillie qu'ils font en arrière dans certaines positions de la jambe, prouve assez que le biceps en dehors, le couturier, le grêle interne et le demi-tendineux en dedans , peuvent être atteints et divisés dans certaines blessures de la région poplitée. Je n'ai trouvé aucun exem-J