TENDONS I)U GENOU
pie de solution de coniinuiié propre au tendon du biceps dans les auteurs. Il n'en est pas de môme des tendons qui forment le bord interne du jarret. Deux faits au moins prouvent que, traitée parla simple position ou par la suture , la division de ceux-ci n'entraîne pas une abolition irrémédiable des mouvements du genou.
Un membre de l'ancienne Académie de chirurgie, Boucher (1), relate l'histoire d'une plaie d'arme à feu qui comprenait deux ordres de fléchisseurs de la jambe, et qui, malgré la déperdition de substance éprouvée par le condyle du fémur, n'en permit pas moins le rétablissement dos mouvements de flexion du genou.
Paré (2) relate le fait suivant, parmi les choses étranges. Etienne Tessier, dit-il, maître barbier-chirurgien , m'a récité avoir pansé Charles Vérignel d'une plaie qu'il avait au jarret droit, avec incision totale de deux des tendons qui fléchissent la jambe. Il recousit ces deux tendons bout à bout , et traita si bien son malade que la [jlaic se consolida pai faitement.
On conçoit que dans une région semblable la suture ne pourrait être tentée que s'il paraissait facile de trouver et de rapprocher l'une de l'autre les deux extrémités du tendon divisé. Cette suture serait d'autant plus nécessaire d'ailleurs que les tendons du jarret se rétractent en général très loin du côté de la cuisse. Si pourtant il ne paraissait pas prudent ou possible de l'appliquer, on n'aurait pas trop lieu de s'en tourmenter, attendu que, finissant par se souder aux muscles qui restent fixés sur le tibia , les tendons divisés se serviraient en définitive de ces derniers pour transmettre leur action au-dessous du genou. La meilleure position du membre , en pareil cas, est celle qui tient la jambe dans la flexion, et la cuisse dans l'extension.
B. Tendon du genou. Les muscles extenseurs delà jambe arrivant au genou se résument tous en un seul tendon. Interrompu par la rotule , ce tendon, qui fait plus particulièrement suite au muscle droit antérieur de la cuisse, se fixe,
(1) Mém. de l'acad. royale de chir., in-8», édit. 1819 , I. II , p. 205.
(2) OEuvres complètes, 9« édit., 1G33, in-fol., p. 773.
comme on sait, sur la tubérosiié du tibia, après avoir pris )0 nom de ligament inférieur de la rotule. 1 On comprend d'après cela qu'il puisse être divisé dans trois régions dilïérenles, c'est-à-dire au-dessus et au-dessous du genou , puis au niveau de l'ariiculaiion. Ces trois genres de solui on de continuité sont d'ailleurs représentés par les fractures transversales de la rolulc, par les ruptures du ligament sous -rolulien , et par les solutions de continuité du tendon du muscle droit antérieur.
Pris dans son ensemble ou dans l'une de ses régions , le tendon extenseur de la jambe n'a jamais été divisé sans inspirer les plus vives inquiétudes aux chirurgiens. Les nombicux appareils imaginés pour remédier aux fractures do la rotule en font foi. Comme les bandages ont moins de prise sur le ligament rotulien et le tendon du droit antérieur que sur les fragments de la rotule propremciit dile , les auteurs ont été plus effrayés encore de la solution pure et simple des tendons du genou que des fractures mêmes de la rotulç. Voyant que les muscles de la cuisse perdaient toute insertion sur le tibia, on a cru que la jambe, nepouvant plus s'èiendre, serait alors inévitablement entraînée en arrière par les tendons fléchisseurs.
Fracture de la rotule. L'observation attentive des faits montre heureusen.enlqu'àce sujeiles pi aiiciens ont été trompés par de fausses inductions. Les exemples nombreux de fractures de la rotule, restées avec un écanement étendu des fragments, sans que les fonctions du genou eussent perdu de leur puissance et de leur agilité, auraient cependant dii éveiller 1 aileation sur ce point. J ai vu pour mon compte des l^its on ne peut plus concluants de cette espèce. Un ancien officier do maiiae, qui avait un écartementde cinq travers de doigts entre lesdeux fragments de la rotule , n'en exécutait pas moins avec cette jambe toutes les fondions, tous les mouvements dont l'autre était susceptible. J'ai rencontré depuis au moins une douzaine de personnes qui avaientainsidesix lignes a un pouce, à deux pouces même d'écartement, par suite d'anciennes fractures, et qui n'en épriiuvtieul at.c lUo gêne. Aussi, depuis 1832, ai-je ^'aii grâce aux Oiaiudes atleciéb de celte iRQlUiQ de tout ap-
ROTULE ET TRNDONS DU GENOU. S3l
pareil gênant; pour éviter la roideur consécutive de Varliculaiion , jclour permets (1(> se lever, de marcher au bout de vùifjt h ironio j )ms, et niém!,' plus tôt si récartemeiil est peu considérable. \ln me comportant de cette manière, j'ai vu les fractures de la rotule guérir plus complètement , avec infiniment moins de gène, que par l'eiiiploi long -temps continué des appareils les plus ingénieux. Cette année même 1838t, j'ai observé deux fois ce fait sur le même individu à l'hôpital de la Charité. Un garçon tonnelier, fort et robuste , se brise la rotule ; les deux fragments de l'os , écartés de plus de deux pouces, sont ramenés à quelques h'gnes l'un de l'autre, et maintenus dans cette position par le bandage unissant des plaies en travers , uni au bandage roulé rendu inamovible par la solution de dextrine. Il fut impossible d'empccher ce malade ni de se lever et marcher dès le dixième jour, ni de sortir de l'hôpital au bout d'un mois. Gêné par son bandage , il trouva moyen de s'en défaire avant le quarantième jour, et vint de Passy à pied me montrer à la consultation publique qu'il était parfaitement guéri, qu'il ne boitait plus. Une bride épaisse et ferme , longue d'un pouce, unissait l'un à l'autre les deux fragments de la rotule divisée. Un mois plus tard ce garçon tomba de nouveau sur le genou , et se brisa une seconde fois la rotule , ou , pour parler plus exactement , la substance intermédiaire qui en avait rétabli la continuité. Celte fois , nous trouvâmes un écartement de quatre travers de doigt. Le même bandage fut appliqué , et le jeune homme sortit de l'hôpital au bout de trois semaines. 11 défît lui-même son appareil quinze jours plus tard, et vint de nouveau à pied de Passy me montrer son genou à la consultation. Il marchait alors sans boiter, ne sentait aucune faiblesse dans le genou, si ce n'est lorsqu'il voulait courir ou donner \\n coup de pied. Les deux fragments de la rotule restaient cependant écartés de plus de vingt lignes , et le malade n'en était encore qu'à la sixième semaine de sa seconde blessure. Je l'ai revu deux mois après , et il ne songeait plus à sa fracture.
Ce que je dis de la rotule s'applique de tous points aux ligaments supérieur et inférieur de cet os. On voit effective-
nient que l'extension de la jambe a fini par se rétablir chez les malades affectés de rupture du tendon rotulien , ou du muscle droit antérieur de la cuisse. Il s'ost présenté en ISf-S à l'hôpital de la Charité deux hommes affectés de rupture de ce dernier tendon ; bien qu'il n'ait pas été possible d'en obtenir la réunion par contact immédiat , la guérison n'a pas moins eu lieu chez les deux malades sans que les fonctions delà jambe en fussent sensiblement troublées. Il est même à remarquer que le malade qui avait été traité le plus longtemps et par les appareils les plus ingénieux , conservait beaucoup plus de roideur dans le genou que celui qui se mit à marcher dès le quinzième jour de l'accident.
Ce qui fait que la solution de continuité des tendons extenseurs de la jambe entraîne moins d'infirmités qu'on ne s'y attendrait dabord , c'est que le tissu nouveau qui en réunit les deux bouts finit lui-même par se transformer définitivement en une substance qui remplace à peu près complètement le tendon primitif. Tout ce qui en résulte alors, c'est que le cordon se trouve un peu plus long qu'il ne l'était de prime abord ; mais comme la rétraction des muscles compense bientôt cet excès de longueur, les mouvements du membre n'en éprouvent en réalité qu'un très léger déraiigement.
II est du reste bien entendu qu'au genou , plus encore (\\'.o partout ailleurs, la rupture des tendons avec plaie des tL.;;uments serait infiniment plus grave que celle qui s'établit audessous de la peau. Dans ce dernier cas en effet , un band;tge roulé et dextriné , avec interposition d'une plaque de carton depuis l'ischion jusqu'auprès du tah)n, entremêlé de lanières unissantes des plaies en travers , suffit à peu près toujours. Rendu immobile, maintenu à un degré suffisant d'extension par ce bandage, le membre permet la progression dès la seconde semaine de l'accident , et le malade peut sans danger se dégager de tout appareil dès le trentième ou le quarantième jour.
En supposant ((u'il y eût ouverture de la peau, en même temps que division du tendon, il faudrait appliquer le même bandage si on était appelé avant le développement des acci-