TENDONS DU PIED. 5C
au vingtième jour, et ils sont à peu près complèlement guéris clans le courant du second mois.
30 Pied bot antérieur ou talus.
Le pied bot par renversement du pied sur le devant de la jambe est rare. Je l'ai rencontré deux fois sur des fœtus monstrueux. Je n'en ai observe jusqu'ici aucun exemple sur les individus vivants. M. Duval dit en avoir vu deux cas (1) ; Delpech (2), M. J. Lafond (3), M. Stœss (4) en rapportent chacun une observation, et M. Scoutelten (5), paraît aussi en avoir observé plusieurs. Bien que l'un des malades indiqués par M. Duval ait été guéri à l'aide de tampons et de simples tractions , il n'en est pas moins probable que, sur des individus plus avancés en âge , la section des tendons serait le meilleur et peut-être le seul remède du talus. Ici l'infirmité se rattacherait évidemment à la rétraction du jambier antérieur seul , si ce n'est du jambier antérieur et du péronier antérieur ou des extenseurs des orteils.
Je n'ai point appris que les tendons de l'extenseur commun et du péronier antérieur aient été divisés à dessein jusqu'à présent pour remédier à aucune déviation du pied. Ce serait au surplus une opération facile et peu dangereuse. On pourrait la pratiquer au-dessus ou au-dessous du ligament annulaire antérieur du tarse. Elle vaudrait mieux au-dessus , attendu qu'au-dessous, les tendons étant déjà plus ou moins écartés , ne seraient plus aussi faciles à diviser du même trait. L'artère tibiale antérieure ou le commencement de la pédieuse inspireraient seules quelques craintes; mais les tendons en sont alors d'autant plus éloignés que la rétraction est plus considérable.
La jambe étant appuyée par sa face postérieure contre un soutien quelconque, et maintenue dans cette position par des aides , permettrait au chirurgien de se placer du côté du pied
(1) rivain, Thèse citée, page 7.
(2) Orlhomorphie, etc.
(3) Difformités du corps humain. Paris^ 1829, in-40; p, 300,
(4) Dissert, sur le pied-bot , p. 3.
(5) Cure radicale du pied bot, p. 27, 28, pi. V.
de la môme manic^reque pour la section du tendon d'Achille. Armé de son bistouri étroit, l'opérateur piquerait la peau sur le côté interne ou sur le côté externe de la bride, selon qu'il se servirait de la main droite ou de la main gauche , qu'il agirait sur l'une ou l'autre jambe. Conduit entre le tendon elles téguments jusque sur le côté opposé, l'instrument manœuvrerait du reste absolument comme il a été dit en parlant de la ténotomie du tendon d'Achille. C'est généralement à un demi pouce au-dessus ou au-dessous du cou-de-pied que l'opération devrait être faite , s'il n'était question que des tendons extenseurs des orteils. Pour le péronier antérieur , on serait peut-être forcé de l'aller chercher un peu plus bas. On ne doit point oublier après tout que c'est le relief tendineux luimême qui indique plus particulièrement le point où il est le plus avantageux de porter l'instrument. En supposant que le tendon du jambier antérieur eût été divisé de son côté, il ne resterait plus qu'à redresser le pied , puis à le forcer , au moyen de brodequins ou de machines appropriées, à s'étendre au degré convenable , à perdre sa tendance à la flexion anormale. Il est présumable au surplus que ce genre de pied bot serait un des plus difficiles à guérir radicalement, et l'un des moins favorables à la section des tendons.
4° Varus.
Soit qu'il existe seul , soit qu'il complique le pied équin , le varus , qui est quelquefois porté au point de forcer les malades à marcher presque uniquement sur le bord externe du pied, exige assez souvent qu'on divise, outre le tendon d'Achille , le tendon du jambier antérieur , le tendon du jambier postérieur, et même ceux des muscles longs extenseurs ou longs fléchisseurs des orteils.
A. Section du jambier antérieur. ^
On devine , par ce que j'en ai dit dans les paragraphes précédents , que la section du jambier antérieur peut être utile dans deux variétés du pied bot , c'est-à-dire dans le talus et le varus. Celle opération , que conseille formellement
SECTION nu JAMBIER po.<;Ti';Rir.(R. 509
M. Hold (1), que M. V. Duval paraît avoir pratiquée (2), qui, au dire de M. Bouvier (8), l'aurait été aussi par M. Dieffenbach et par M. Strohmcyer , pourrait être tcnlce de primeabord s'il paraissait que, dans le renversement du pied en avant ou en dedans, le tendon du jambier antérieur fût plus fortement rétracté qu'aucun autre. Jusqu'à présent, toutefois, on n'y a eu recours qu'après avoir constaté l'insuffisance de la section du tendon d'Achille.
Manuel opératoire. S'insérant à la partie postérieure et interne du premier os cunéiforme, ce tendon fait naturellement un relief considérable au-devant de la malléole interne. 11 conviendrait de placer la jambe comme pour la section des tendons extenseurs des orteils, en ayant soin d'incliner un peu le pied dans le sens de son bord externe. Si la ponction était faite au-dessous et en avant du sommet de la malléole, derrière le tendon , le bistouri longerait la face interne de la peau d'arrière en avant et de bas en haut, avant d'être tourné par son tranchant du côté du cou-de-pied, et d'opérer la section de l'organe rétracté. Mais cette manière de faire, qui ne pourrait être adoptée que dans le but d'éviter avec toute la certitude possible , et le tendon extenseur du gros orteil, et l'artère pédieuse, serait manifestement plus embarrassante , plus difficile que celle qui consiste à faire la ponction en dehors et en avant pour pénétrer ensuite du cou-de-pied vers le tendon. Par ce dernier procédé il sera toujours possible d'enfoncer le bistouri assez en dedans pour être sur de ne blesser ni l'artère pédieuse , ni le tendon du long extenseur des orteils.
B. Jambier ■postérieur.
La section du tendon du jambier postérieur, également conseillée par M. Held, semble encore n'avoir été pratiquée que sur le cadavre. On n'en conçoit au surplus les avantages qu'à titre d'accessoire de la section du tendon d'Achille, dans le pied équin compliqué devarus; car il est difficile qu'à lui seul le jambier postérieur entretienne
(1) Thèse ciléc, p. G4.
(2) rivain, Tlicse citée, p. 22.
(3) 3'/ém, de l'AcacLroy. dcméiU, t. VII, pag. 'il* et siiiv.
570 OPKRATIONS COMPLEXES.
l'existence d'un pied bot quelconque. Si la ténotomie du jambier antérieur et des extenseurs des orteils est possible audessous comme au-dessus du cou-de-pied , il n'en est plus de même pour le tendon du jambier postérieur. Comme collé contre le bord postérieur de la malléole interne , presque immédiatement en contact avec une grosse artère, la tibiale postérieure , ce tendon ne serait point attaqué sans danger avant son entrée dans la gouttière interne du calcanéum. C'est donc uniquement près de son attache à l'extrémité postéro-interne du scaplioïde qu'il faudrait l'aller chercher. Pour cela on placerait la jnmbesursa face externe. \]n bistouri serait enfoncé par ponction à quelques lignes au devant de Ja malléole interne , un peu au-dessous ou en arrière du tendon du jambier antérieur. Dirigé ensuite presque directement en bas , l'instrument devrait être tourné sur le tendon à un demi-pouce environ au-dessous et en avant du sommet de la malléole. En ayant soin de ne pas en abaisser trop la pointe et de ne l'incliner que le moins possible vers la plante du pied, on éviterait avec certitude l'artère plantaire interne, la seule qui puisse inquiéter dans cette région.