ARTICULATION SUPPLÉMENTAIRE
Au premier coup d'œil cctlco[!éiaiion n'en sera pas moins rejelée, et parce qu'elle semble dan[îoreuse, et parce qu'on ne voit pas qu'elle puisse conduire au but que doit désirer le chirurgien. Les fausses articulations, suites do fractures non consolidées, ne sont-elles pas là, dira-t on, pour mettre les praticiens à même d'en apprécier la valeur, pour en justifier le rejet? Cependant, si on réfléchit que les fractures non consolidées sont accompagnées de fragments à extrémités inégales qui se croisent obliquement, tandis qu'ici l'os est divisé transversalement, on comprendra bientôt qu'il ne faut pas jugerl'un des cas par l'autre. Puis n'existo-t-il pas ues exemples d'articulations accidentelles qui ont fini par permettre le rétablissement d'une grande partie des fonctions du membre ? M, Larrey (1) cite un malade qui avait ainsi à la cuisse une fausse articulation , suite de fracture , et qui n'en marchait pas moins sans béquilles. M. Sanson m'a dit avoir rencontré un cas semblable, et j'ai vu de mon côté une femme qui marchait avec une simple canne, quoiqu'elle eût depuis quinze ans une fausse articulation vers le milieu du fémur. Un tailleur dont parle Salizmann (2;, et qui portait aisément le pied en arrière, en avant, ne boitait que par raccourcissement, quoiqu'il eût une pseudarthrose au milieu de la cuisse. Sue (8) en dit autant d'un malade dont il n'avait pu obtenir la consohdalion d'une fracture du fémur.
Quant aux dangers , ils seraient infiniment moindres que ceux de l'amputation ou de la résection des os. Au surplus, l'établissement d'une articulation artificielle dans le but de remédier à l'ankylose n'est plus un simple projet aujourd'hui ; deux exemples aumoins enontdéjàétérGci'.eillis sur l'homme.
Il n'y a toutefois qu'un certain nombre de parties des membres qui puissent la réclamer. Je ne pense pas, par exemple, qu'elle convienne au pied , ni aux orteils; je doute aussi qu'elle pût être d'une grande utilité à l'épaule ; mais il est quelques ankyloses des doigts et du coude , du genou et de la hanche, qui en seraient notablement améliorées.
(1) Caron, T/ièse n° 83. Paris, 1826.
(2) Reissessen, de ariicul. analoij., chap, 2, § 5. [;î) iSuv quelques maladies des os, 1803.
A. Membres thoraciqucs.
Si l'ariiculation phalangienne était ankylosée sans que les tendons voisins eussent perdu leur mobilité , rien n'empêcherait de découvrir l'os par sa face dorsale, de Je scier transversalement vers le milieu, de réunir ensuite la plaie par trois points de suture qui comprendraient et la peau et le tendon extenseur, de laisser à cette plaie le temps de se cicatriser, et de ne commencer les mouvements artificiels des deux fragments de la phalange qu'au bout de huit à dix jours.
Si les mouvements des doigts n'étaient point anéantis par l'ankylose du poignet, on pourrait également essayer d'établir une articulation nouvelle à quelques lignes au-dessus des apophyses stjloïdes de l'avant-bras. Une fente sur le radius et une autre sur le cubitus permettraient à la rigueur de passer la scie à chaîne autour d'eux et de les diviser.
Pour le coude, l'opération devrait être pratiquée de préférence immédiatement au-dessus de la jointure. On forait u'ie incision longue de deux à trois pouces sur le bord externe de l'humérus} puis, après avoir séparé par une dissection convenable le muscle brachial antérieur et le triceps , on passerait autour de l'os la scie à chaîne, qui, bien protégée et bien conduite, en opérerait facilement la section. Je ne sais si je m'abuse , mais il me semble que cette opération ne serait ni très difficile, ni très dangereuse, et qu'elle offre de véritables chances de succès.
B. Membre abdominal.
C'est au membre abdominal , et en quelque sorte pour lui exclusivement , que l'idée d'établir une articulation artificielle s'estprésenléed'abord.Unchirurgien d'Amérique, M. R. Barton (1) , en e.it le véritable inventeur ; c'est le 22 novembre 1826 qu'il l'a pratiquée pour la première fois. Sur son malade, le jeune Goyle, âgé de vingt un ans, M. Barlon incisa et détacha toutes les parties molles qui entourent le grand trochanter;
(0 IFiSlcrn Meih and phij^. jourmil. vol. I, p. 108.