CHAPITRE II. — OropLASTiE (anaplastie de l'oreille
L'art de raccoutrer l'oreille est aussi ancien que celui de replâtrer le nez. Galien , P. d'Égine , comme Gelse , parlent de l'un et de l'autre. Tout porte même à croire que les Branca et plusieurs autres chirurgiens d'Italie lui firent faire de nouveaux progrès dans le courant du quinzième et du seizième siècle. Dans l'exemple qu'il en rapporte , Tagliacozzi dit qu'après la cure la ressemblance entre les deux oreilles était si exacte, qu'on s'y serait aisément mépris. Il n'avait plus été question de l'otoplastie néanmoins , lorsque M. Dieffenbach a tenté de la réhabiliter en Allemagne. Nul doute que si le pavillon de l'oreille était entièrement enlevé, il ne fallût renoncer à sa rcconslruclion , et se décider, comme du temps de Paré, à le remplacer par un pavillon métallique ; mais quand il n'est détruit qu'en partie , et qu'il en reste au moins la moitié , on peut essayer de le ramener à ses dimensions naturelles. Le lobule surtout serait facile à reproduire. Tant que la perte de substance ne va pas au-delà de l'anthélix, lors m.énie qu'elle comprendrait la presque totalité de l'hélix , il ne faudrait pas encore désespérer du suc-
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ces. Sans acqui'rir jamais la fermeté du cartilage détruit, les tissus nouveaux qu'on met à la place deviennent assez consistants pour rendre la diffoiniilé du pavillon beaucoup moins choquante.
I.a méthode indienne et la méthode italienne sont d'ailleurs seules applicables à l'oreille. Aux cas d'otoplasiie par restitution dont j'ai parlé plus haut , il I^ut ajouter l'exemple de succès qu'en a rap[)orté ^L de Ilenzi (1), en ajoutant que, de mon côté, je l'ai essayée deux fois inutilement.
Manuel opératoire. Comme pour le nez , c'est la peau des environs qui doit fournir à ce raccommodage.
V'^ Temps. On commence par exciser, régulariser, rafraîchir le bord altéré de l'oreille. On incise ensuite en haut, en bas, ou bien à la pariie postérieure de la conque, les téguments qui recouvrent la tempe , l'apophyse mastoïde, ou l'ccliancrure sous-auriculairc du cou, un peu plus prés du conduit auditif que du niveau du bord avivé, et dans une direction parallèle à ce bord. Une autre incision plus ou moins longue, pratiquée à chaque extrémité de la première, permet de donner au lambeau la forme et l'étendue qu'on désire , étendue qui doit être au moins de moitié plus considérable que ne semblerait l'indiquer la perte de substance. En disséquant ce lambeau dans une direction excentrique , c'est-à-dire de la première plaie vers sou bord adhérent , il importe de renverser avec lui une couche assez épaisse du tissu cellulaire qui en double la face postérieure , et qui lui apporte la nutrition et la vie.
2*^ Temps. Le chirurgien adapte aussitôt le bord libre de l'opercule à la plaie saignante de l'oreille externe, en opère laréunion à l'aide d'aiguilles fines et courtes, d'un nombre suffisant de points de suture entortillée, délicatement placés. Pour terminer, il n'a plus qu'à passer, derrière l'espèce de pont qui résulte decetagencement, une bandeleUe delingecnduile de cérat, et dont le but est de prévenir le recollement de la peau disséquée. Après avoir enveloppé le tout de compresses imbibées d'eau de guimauve tiède , on reporte ou on abandonne le malade dans son lit. Au bout do trois, quatre ou cinq
(l) FiliCilre Setezio, etc., Ga:. mcd., 183i,p. 0-31.
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jours , si l'agglutination est bien, faite , on peut enlever les aiguilles , celles du moins qui coiTespondent aux points les plus solides. Dans le cas contraire , on voit s'il ne serait pas utile d'en remettre de nouvelles à la place de quelques unes des premières. Quand la cicatrice est solide , c'est-à-dire du quinzième au trentième jour, on sépare du crâne le lambeau tégumentaire qui , devenu libre, réclame de nouveaux soins. 3" Temps. Il convient d'abord de faire disparaître les inégalités de ce lambeau, d'en arrondir les angles, en un mot, dd régulariser son bord externe. Dans la crainte qu'il se mortifie, on le panse de nouveau, pendant quelques jours, avec des émollients; ensuite on le traite, ainsi que la plaie qu'il a laissée sur la tête , comme toute autre solution de continuité. En se rétractant , il s'épaissit, se durcit, prend la forme d'un bourrelet, rougit après avoir pâli, et reste assez long-temps plus coloré que les points environnants de l'oreille externe. C'est ainsi , du moins , que les choses se sont passées dans le cas rapporté par M. Dieffenbach.