RHINOPLASTIE
.Vajoulcraî toutefois que la rhinoplastie devient une opération très compliquée entre les mains de ce chirur(;ien. Ajjrc'S avoir greffé son lambeau, il en taille, lanlAt sur un point, tantôt sur un autre, différentes portions qu'il excise ou qu'il transpose , selon que le nez nouveau a besoin d'être relové , abaissé, incliné, aplati, dans tel ou tel sens, qu'il paraît trop gros ou trop {jrôle. Chacun de ses malades est souvent obligé de subir ainsi jusqu'à cinq, six opérations avant d'être guéri.
. IV. Chez un malade opéré en 1825 à la Pitié, M, Lisfranc abaissa l'incision d'un des bords de son lambeau jusque dans la mutilation ; puis , au lieu de tordre ce lambeau sur son axe, à la manière des Koomas, il le renversa, le couda sur le côté, et put le fixer d'un bout à l'autre à l'un des côtés de la division à combler.
On a ainsi un pédicule qui forme une espèce de godet ouvert en bas , mais qui n'est séparé par aucun pont des surfaces saignantes. Il est vrai que le nez obtenu de celte façon resta très informe 5 mais comme le lambeau avait été mal réuni, et qu'au lieu delà suture le chirurgien s'en était tenu à de simples bandelettes , l'insuccès, en pareil cas, ne prouve rien contre le procédé.
V. Plus tard , M. Blandin s'y est pris d'une façon un peu différente ; ayant abaissé et fixé les parties à la manière des Indiens , il excisa la portion cutanée intermédiaire afin d'aplatir aussitôt le pédicule de son lambeau sur cette surface saignante , et de l'y maintenir au moyen de la compression.
VI. L'auteur. Il me semble que les auteurs .s'attacîien ainsi à l'ombre des difficultés, et c[u'au fond il importe peu de suivre plutôt un de ces procédés que l'autre. Si l'agglutination immédiate du pédicule a quelques avantages d'un côté, elle a aussi l'inconvénient de rendre l'opération plus difficile et plus longue , de nécessiter des tractions et une tension qui gênent manifestement le maintien de la circulation dans le lambeau.
Pour éviter l'abaissement du lobule du nez, contre lequel MM. Dieffcnbach et Blandin paraissent surtout avoir voulu
6)6 OPÉRATIONS COMPI.EXES.
lutter, j'aimerais mieux, l'agglutination principale étant opérée , couper très haut le pédicule, le redresser, le tailler en triangle à pointe supérieure, lui creuser une échancrure, et le fixer par quelques nouveaux points de suture sur la racine du nez dans une fente jusqu'au voisinage du front. Ce serait le moyen d'obtenir toute la régularité possible dans le nouvel organe, sans avoir à redouter les embarras, les difficultés que présentent les modifications dont je viens de parler.
S'il importe de ménager soigneusement dans le pédicule du lambeau toutes k^s artères un peu volumineuses qui peuvent y exister, ce n'est pas que l'absence de troncs artériels importants expose ici à tous les inconvénients signalés par M. Blandin , mais bien parce que, quoi qu'en dise M. Dieffenbach , plus la circulation est active dans le lambeau , plus il y a de chances d'y voir la vie se maintenir, d'en obtenir l'agglutination.
Si le lendemain ou les jours suivants le nouveau nez paraît gonflé ou livide, il peut être utile d'y pratiquer des mouchetures , ou même de le couvrir de quelques sangsues. Des lotions souvent répétées avec l'eau-de-vie camphrée , avec l'infusion de camomille, m'ont paru favoriser le succès de l'opération chez la malade que je confiai en 1833 à M. Dieffenbach.
Il m'a paru aussi que la suture simple , à points trè§ rapprochés, employée par ce chirurgien, était préférable à la suture entortillée et aux points de suture à larges intervalles, adoptés par les autres praticiens. On enlève d'ailleurs celte suture dès le lendemain pour les régions où l'agglutination paraît évidente , puis le deuxième, le troisième, le quatrième ou le cinquième jour pour le reste de la plaie.
Quant à la plaie du front, je ne partage point l'opinion du professeur de Berlin, qui veut qu'on en rapproche les bords autant que possible à l'aide de la suture, qui, pour favoriser ce rapprochement , va même jusqu'à pratiquer de longues incisions verticales du côté des tempes. En procédant ainsi , on favorise le développement d'érysipèles , de phlegmons diffus, de méningites, qiion n'est pas toujours maître d'aj-
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r(*'ter ensuite. Toujours est-il que de cinq ou six malades opérés à l'époque que j'ai indiquée dans les hôpitaux de Paris, il en est mort deux , et que d'autres ont éprouvé des accidents assez graves. Je me contenterais donc d'un rapprochement modéré à l'aide de bandelettes de diachylon , puis du pansement simple , bien convaincu qu'à lui seul le travail <^o cicatrisation ne manquerait pas de resserrer graduellement la plaie, et finalement de la réduire à très peu de chose.
Somme toute , la rhinoplastie indienne est une opération grave. Sur deux malades , M. Blandin a été sur le point d'en perdre un; un de ceux de M. Lisfranc est mort. M. Dieffenbich en a perdu deux surcinqousix àParis.SiM.Green (1), M. Doubowitsky (2), M. Warren , l'ont aussi pratiquée avec succès, M. Travers (3) a vu la moitié du lambeau se mortifier, et son malade rester plus difforme après qu'avant l'opération.
Une particularité assez singulière, c'est que le bout du nez de quelques malades opérés par la méthode indienne est resté couvert de cheveux , et qu'en le touchant on donne à certains d'entre eux l'idée d'une pression sur le front.
VII. Ailes, snus-cloison. Si au lieu du lobule le malade avait perdu une aile du nez, c'est à la joue voisine et non au front qu'on devrait emprunter le lambeau ; mais il est évident que la méthode française conviendrait mieux en pareil cas que la méthode indienne.
11 en serait autrement si la sous - cloison seu]eYem\t à manquer. Alors il faudrait imiter M. Liston (4), tailler une tranche verticale do tissus surle milieude la lèvre supérieure, etlareleverpour en fîxerle sommet au lobule du nez.Réunissant ensuite la plaie de la lèvre comme s'il s'agissait d'un becde-lièvre, on tiendrait naturellement le petit lambeau remonté vers la cloison des fosses nasales. On réussirait encore mieux néanmoins, s'il était possible de réunir en outre le bord supérieur de ce lambeau à ce qui reste de la cloison elle-même.
(1) The Lamei, 1829, vol. I, p. 24.
(2) Gaz.méd. de Paris, 1835, p. 748.
{.•]) Ballet, de Férussac , t. l, p. 352.
(4) Bulletin de Fcritssac, Practical siirgenj, elc, p, 233. Londres, 18.37.
648 OPÉAATIONS COMPLEXES.