CHAPITRE XII. — Anapi.astie du thorax
Il n'y a guère à la poitrine que les plaies avec giande déperdition de substance qui puissent réclamer le secours de l'anaplastie ; et parmi ces plaies , celles qui résultent de l'ablation du sein sont les seules jusqu'ici auxquelles on l'ait appliquée. Lorsque les adhérences de la peau ou l'étendue de la tumeur exigent une plaie dont il est impossible de remettre les bords immédiatement en contact , on peut effectivement se demander s'il n'y aurait pas avantage à en combler le vide par quelques uns des procédés de l'anaplastie. Des raisons de divers ordres peuvent être invoquées à l'appui de cette proposition. Si, après l'amputation du sein, les bords de la plaie restent à une grande distance l'un de l'autre, la cicatrice se fait long-temps attendre, et ne s'établit que par l'intermède d'un tissu nouveau , dont la rétraction est une cause incessante de récidive du mal. La suppuration qu'entraînent de pareilles solutions de continuité, les tiraillements qu'exercent de semblables cicatrices, fatiguent, tourmentent les malades , rendent difficile une guérison radicale. Si donc le chirurgien pouvait combler dès l'abord toute la plaie, les opérés y trouveraient avantage et sécurité. Aussi a-t-on essayé déjà plusieurs variétés de l'anaplastie à la suite des amputations de la mamelle.
Art. I'^ Vanoplastie dite de Chopart, ou en tiroir, a été tentée par moi. J'avais été forcé d'enlever les téguments avec une tumeur encéphaloïde, qui s'étendait de la clavicule droite jusqu'au-dessous du sein. La femme était maigre, et douée d'une peau très adhérente. 11 fut impossible de laisser moins de trois pouces entre les bords de la plaie ; prolongeant les côtés de cette plaie dans l'étendue de quatre pouces par en bas , je circonscrivis ainsi un lambeau quadrilatère que je disséquai dans la môme étendue, et que j'essayai ensuite de remonter pour en coudre le bord libre au bord supérieur de la déperdition de substance ; j'éprouvai en cela des difficultés réelles ; car, vu la densité du derme, le lambeau ne s'allongea que
C02 oi'i:rations complexes.
fort peu sous mes trActions. L'ayant réuni par un grand nombre de points de suture avec toute la circonférence de la plaie du sein, je parvins cependant à le fixer convenablement j mais l'opération fut longue, douloureuse, et le lambeau d'emprunt finit par se mortifier complètement après m'avoir donné pendant une semaine quelque espérance de le voir se souder aux parties voisines.
Art. 11. Anapl as tie indienne. — Un chirurgien de la Creuze, M. Martinet, parle de plusieurs femmes opérées par lui, et qui se seraient bien trouvées de l'anaplasiie à la méthode indienne. Taillant un large lambeau, soit en dehors et du côté de l'aisselle, soit en bas ou du côté du flanc, M. Martinet dit avoir isolé, puis contourné ou renversé ce lambeau comme on le fait pour ie lambeau du front dans la rhinoplastie des Indiens. Il ajoute qu'opérés de cette manière , des malades, qui avaient déjà vu leur affection se reproduire deux fois, ont été définitivement guéris, et que c'est un moyen qui peut mettre à l'abri de la récidive du cancer.
Pour moi, je crains que l'anaplastie, quelle qu'en soit l'espèce, n'ait guère moins d'inconvénients que d'avantages dans la région mammaire. Qu'on ferme immédiatement ou qu'on laisse se cicatriser par seconde intention la plaie qui résulte de l'amputation du sein, le chirurgien n'en est pour cela ni plus ni moins à l'abii de la reproduction du mal. Quand même on réussirait à fermer cette plaie par l'anaplastie, soit en tiroir, soit par lambeau renversé, la guérison n'en exigerait pas moins de quinze jours ou un mois pour se compléter. On ne comblera point une large déperdition de substance dans celte région sans produire au voisinage une plaie plus large encore. Les téguments ainsi disséqués sont d'ailleurs très disposés à se gangrener par suite de la manière dont les vaisseaux y pénètrent ou viennent s'y rendre. L'opération accessoire , quelquefois pire que l'opération principale, ne mérite donc guère d'être conservée ici sous la forme que je viens d'indiquer.
Art. III. Anaplastie de Franco. — Tout ce qu'il conviendrait de faire , si,pour obtenir une réunion complète, il ne fallait qu'un allongement léger, serait de décoller le ton-
ANAPLASTIF DES FISTLLKS. GOH
tour de la plaie dans une cortaine ^acndue à la manièio de l'ranco , ou bien de fendre les ti-f^unienis sur les côlés d'après la mclhode do Tliévcnin. On provoquerait ainsi un relâchement qui amènerait sans trop de peine un pouce ou deux d'allonfiement dans les lèvres de la plaie. Somme toute, l'anaplastie de la réf;iou mammaire ne me paraît pas destinée à jouer un giand rôle en chirurgie.