ET DES ANUS CONTRE NATURE
Des fistules de nature diverse peuvent s'établir à l'abdomen et aux régions inguinales. Lorsque ces fistules ne sont entretenues que par le suintement du péritoine, la guérison en est généralement facile. Celles qui se rattachent à une blessure du foie disparaissent encore sans difficulté. Entretenues par une maladie du rein , une perforation de la vésicule biliaire , elles résistent ordinairement à tout. Celles de l'estomac céderaient probablement à quelques uns des procédés de l'anaplastie ; mais elles sont si rares que la pratique n'a point eu l'occasion de s'en occuper sérieusement jusqu'ici. Celles qui dépendent d'une perforation des intestins méritent donc seules d'être mentionnées. Quel que soit le point du ventre où existe alors la fistule , elle prend le nom d'anus contre nature. Toutefois ce dernier nom s'applique plus particulièrement aux fistules dont le fond reste divisé par une cloison ou une sorte d'éperon. Tant que cet éperon existe , la fistule intestinale exige des moyens étrangers à l'anaplastie , et que je rappellerai en traitant de l'anus accidentel.
Si les deux bouts de l'intestin communiquent au contraire assez librement l'un avec l'autre , et de manière que le canal digestif ne soit en quelque sorte divisé que par l'un de , ses côtés , ou par sa convexité , il y a lieu d'invoquer la puissance de l'anaplastie. Réduits à l'état de fistules stercorales, les anus conire nature, d'ailleurs difficiles à fermer par les autres moyens connus , ont déjà été traités par plusieurs variétés de l'anaplastie.
Art. I". Anaplastie par décollement. — Ayante traiter un cas de ce genre , M. Collier décolla les téguments sur le con-
GOi OPliiRATIONS COMPLEXES.
tour (le la fistule , en aviva ensuite les bords , et procéda immédiatement à leur réunion. Le malade guérit. Dupuytren (1), qui a tenté cette méthode, avoue cependant qu'elle ne lui a procuré aucun succès. Il est d'ailleurs évident qu'elle exposerait à une infiltration des humidités stercorales dans l'épaisseur des parois du ventre , et que la gangrène ou des érysipèles de mauvaise nature seraient alors difficiles à prévenir. Aussi le procédé de M. Collier n'a-t-il trouvé qu'un petit nombre de partisans.
Art. II. Procédé indien. — Tout récemment, en 1838 , M. Blandin (2) ayant taillé un lambeau tégumentaire dans la région inguinale, a pu contourner ce lambeau et venir l'attacher à la circonférence d'un large anus contre nature. L'agglutination des parties s'est faite, et l'opercule d'emprunt, quoique molle et flasque , a définitivement fermé toute issue aux matières. Il en est seulement résulté que l'intestin, tendant sans cesse à faire hernie , la repousse comme une soupape , et force le malade à porter un bandage. Le succès dont je viens de parler ne suffira point cependant pour généraliser ici l'anaplastie des Koomas. Cette méthode ne serait de rigueur au surplus que pour les fistules larges, et pour les cas où les parties permettent de tailler un lambeau suffisamment épais dans le voisinage.
Art. III. Procédés de l'auteur. — § I. Bouchon. Voulant transporter aux fistules stercorales la méthode que j'avais appliquée au larynx, j'essayai, en 1832 et 1833, de fermer au moyen d'un bouchon de téguments une fistule de ce genre chez un garçon âgé de quinze ans. L'anus, large d'un pouce, était complètement dépourvu d'éperon. Plusieurs opérations lui avaient déjà été vainement opposées. Il avait son siège dans Ja région iliaque droite. Je taillai , sur son coté externe , un lambeau triangulaire, long de trois pouces et large de douze lignes. Ce lambeau , renversé sur sa face cutanée, puis roulé en bouchon, fut introduit par sa face celluieuse dans la fistule préalablement avivée. Je le fixai là au moyen de plusieurs points de suture , et le maintins en place
(1) Dict. de méd. cl de chir. pral., t. III, p, 157.
(2) /iiill, rie l'acad. royale de méd., t. H.
ANAPLASTIE Ï>U SCRUTIN. 695
à l'aide d'un banda(;o, modérément compicssif. Des coliques violentes survinrent le troisième jour, et furent bientôt suivies d'une exsudation stercorale à la circonCérencc du lambeau qui ne tarda pas à se mortifier , à tomber en putrilage.
Les humidités acres , pénétrantes , qui passent sous la fistule, s'insinuent avec tant de facilité entre les parties, et rendent ensuite l'agjïlutination des tissus si diflicile , que pour roussir en pareil cas il faudrait trouver une réunion de circonstances qu'il n'est guère permis d'espérer.
,^ II. Anaplastie française. — Dans un autre cas, je m'y suis'pris différemment. Après avoir avivé la fistule pour la transformer en une sorte de fente, et la réunir par trois ou cjuatre points de suture simple, je fis, à un pouce de chaque côté, une incision qui en dépassait les deuxextrémités , et qui comprenait toute l'épaisseur des téguments, qui pénétrait jusqu'à l'aponévrose. J'obtins de cette façon un relâchement considérable, et le malade a fini par guérir complètement (1). Mais devant revenir sur ces méthodes diverses en traitant de l'anus contre nature , je n'ai pas besoin de m'y arrêter davantage en ce moment.