CHAPITRE XV. — Uréiuoplastie
Les grandes déperditions de substance de l'urètre entraînent ordinairement la formation de fistules urinaires incurables. Divers praticiens ont cependant tenté contre elles et contre quelques autres fistules rebelles différents genres d'anaplastio.
Art. I. Urétroplastie incUenrie. — Tailler un lambeau de téguments sur la racine de la cuisse , le transporter,* et le fixer ensuite au moyen de la suture sur la fistule urétrale convenablement rafraîchie , est une méthode que M. Earle paraît avoir essayée le premier avec succès (1). M. A. Couper (2) n'a pas été moins heureux une fois sur deux; mais Delpech , opérant de la même manière , échoua complètement à deux reprises différentes sur le même malade (3). Essayée depuis par quelques autres praticiens , cette espèce d'anaplastie est également restée sans succès. Les raisons que j'ai données contre l'anaplastie indienne en parlant des fistules stercorales , se retrouvent dans toute leur force quand il s'agit des fistules urétrales. Pour réussir, en effet , il faudrait alors deux choses : 1° que pendant quatre ou cinq jours aucun suintement urineux ne vînt imbiber le contour de la fistule ; 2 ' que le lambeau d'emprunt fût plus vasculaire , plus épais , moins disposé à se mortifier enfin qu'il ne l'est nécessairement dans ces régions.
Art. il Uréiropïastie en tiroir. — Voulant éviter ce double inconvénient , M. AUiot (4) a imaginé d'aviver largement la fistule d'un côté de l'urètre dans le sens de ses couches tégumentaires , de disséquer et d'entraîner dans ce sens , par une sorte de glissement , les mêmes couches du côté opposé , de manière que le bord convexe du lambeau soit obligé de croiser, de dépasser de plusieurs
(1) Archir. gén. de méd., t. I. p. l{l2.
(2) Snrgicnl essais, vol. H, p. 221. Journal hebd., t. V, p. lOS. (.3) Laiiceile franc., t. IV, p. 26i, 278, 285, 288, 20.'i.
(■i) Gaz. viéd. de Paris, 18:54, p. 348.
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lignes l'orifice de l'urètre pour rejoindre les léguments avivés. La fistule appuie dès lors sur des tissus parfaitement sains, et se trouve réduite à l'état d'une simple ulcération béante dans l'urètre. Le malade de M. Alliot s'est complètement rétabli , et je ne doute pas qu'en transportant ainsi les téguments d'un côté à l'autre delà fistule, on ne parvienne à créer un genre d'urétroplasiie fort efficace.
Art. IIÎ. Urélroplastie par incisions latérales. — Voulant éviter toute dissection , tout décollement périphérique , M. Dieffenbach crut que, pour guérir les fistules urétrales , il suQirait d'en aviver les bords , de les réunir par la suture , puis do pratiquer une incision profonde et longue de chaque côté.
Art. IV- Urétroplastie par décollement. — Au lieu d'aller chercher un lambeau du côté du scrotum , ou sur les parties latérales du pénis , comme l'ont fait les chirurgiens anglais ; de l'emprunter à l'aine ou bien à la face interne de la cuisse, comme l'a préféré le professeur de Montpellier, il serait probablement mieux de procéder par dissection et rapprochement. Dans cette hypothèse , la fistule étant disposée comme pour une suture ordinaire, on en disséquerait successivement les deux côtés de dedans en dehors , de manière à former deux lambeaux auxquels on conserverait toute l'épaisseur possible. Le bord de ces lambeaux étant ensuite avivé , soit avec le bistouri , soit avec de bons ciseaux , permet d'opérer enfin la coaptation et la suture, soit simple , soit entortillée. Une compression méthodique , exercée sur leurs parties latérales , les maintiendrait exactement appliqués contre les tissus sous-jacents , et serait chargée de prévenir l'infiltration urinaire. Mais l'expérience n'ayant point encore prononcé en faveur de ce genre d'opération , je ne pense pas devoir en traiter plus longuement.
J'en dirai autant du procédé dont j'ai déjà parlé à l'occasion de la bronchopiastie , attendu que, ne l'ayant point encore mis à l'épreuve dans le cas de fistules urinaires , je ne puis regarder son succès que comme très probable.
Art. V. Appréciation. — On ne peut nier que toutes ces variétés de l'anaplastie soient quelquefois utiles ici , que
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chacune d'elles puisse avoir ses indications ; mais on n'en aurait pas moins tort do leur accorder à toutes une {grande confiance, d'y avoir recours avant de s'être assuré de l'inefficacité des autres moyeiis tliérapoutiques. On comprend en outre que les détails du manuel opératoire seraient superllus , et que ce sont des opérations que le chirurj'iien doit en quelque sorte ima^pner pour chaque cas particulier. L'important est de savoir que les points do. suture ne peuvent pas être trop multipliés ; qu'on ne doit, si la chose est possible, ne laisser aucun vide, aucun décollement au voisinage de la fistule; que les téguments ou les lambeaux ne doivent être détachés qu'autant qu'il est absolument nécessaire : qu'il faut laisser une sonde de gomme élastique à demeure dans l'urètre , ou bien sonder le malade chaque fois que la vessie a besoin d'être vidée , afin que l'urine soit dans l'impossibilité de toucher les parois du canal en sortant. ( Voir Opérations qui se pratiquent sur Vurètre. )