‹ Nouveaux éléments de médecine opératoire, accompagnés d'un atlas ... représentant les principaux procédés opératoires et un grand nombre d'instruments de chirurgieChapitre 29 sur 209 · SOINS QUE NÉCESSITENT LES OPÉRATIONS · texte numérisé non relu

SOINS QUE NÉCESSITENT LES OPÉRATIONS

ARTICLE I". — Indications.

Le premier objet qui appelle la sollicitude du chirurgien avant de pratiquer une opération, est d'en saisir les indications. C'est à cette occasion que les connaissances médicales les plus étendues et les plus précises deviennent surtout indispensables. Après avoir établi que laguérison est plus difficile ou même impossible de toute autre manière, il faut encore qu'il en reconnaisse l'utilité ; qu'il acquière la conviction que le malade court moins de dangers en s'y soumettant qu'en restant sous le coup de l'affection qui la nécessite. Ce n'est donc pas seulement, comme l'établit Dupuytren (1), 1" quand elles sont le seul moyen indiqué; 2» quand on a vainement essayé tous les autres moyens ; 30 quand elles forment une dernière ressource ; h-° quand on est sûr de pouvoir les terminer; 5" quand il doit en résulter une guérison complète et durable , qu'il est permis de pratiquer les opérations; mais bien, quand, comparées aux autres ressources de la thérapeutique , et aux inconvénients de la maladie , elles offrent et plus d'avantages et moins de dangers. 1° On opère, et avec raison , une foule de tumeurs qu'il serait possible à la rigueur de guérir à l'aide des caustiques ou de certaines pommades ; 2» il est inutile d'essayer tous les autres remèdes avant d'opérer les fistules lacrymales , l'hydrocèle , les cancers , etc.; 3» dans le phimosis , la cataracte, le bec de lièvre , les abcès , l'opération doit être la première plutôt que la dernière ressource; 4° on va à la reclierche d'un étranglement herniaire, d'un :orps étranger, d'une artère blessée, sans être sûrs de réussir, de compléter l'opération; 5" la ponction de l'abdomen , de la vessie , du thorax , l'ar-

(1) Sabatier, Méd. ofér. Paris, t824, t. I«r, pag. 13, 14, 15 et 16.

racliement des polypes du nez , sont pratiqués chaque jour, bien qu'il n'en résulte en général qu'un soulagement d'une durée variable.

Un diagnostic éclairé par les notions les plus positives d'anatomie pathologique , un pronostic fondé sur ce que le jugement le plus sain peut apprendre de la marche ou de l'issue probable des dérangements de l'organisme, et une appréciation aussi exacte que possible de la puissance ou de la valeur des agents thérapeutiques ordinaires, permettent en conséquence seuls au chirurgien des résoudre ce premier problème, dont une des faces ne me semble pas avoir été d'ailleurs envisagée sous son véritable point de vue.

Je veux parler de ce qui est relatif au choix à faire entre l'opération proprement dite et les autres médications qu'on pourrait lui substituer. Ainsi , de ce que la tumeur lacrymale considérée jusqu'ici comme de nature à ne pas sortir du domaine de la médecine opératoire , cède quelquefois au régime , à la méthode antiphlogistique , de ce que certaines tumeurs du sein se dissipent sous l'influence de la compression , on aurait tout-à-fait tort, selon moi , d'en conclure, comme on l'a fait dans ces derniers temps , que l'essai de ce traitement doit toujours précéder et être tenté dans le but do rendre inutile le secours de l'instrument tranchant. En effet, il ne s'agit pas de savoir si le cancer, si une tumeur quelconque est susceptible de disparaître sous l'action de tel ou tel médicament, comme parl'interm.ède d'une opération sanglante ; mais bien de voir lequel des deux offre , en dernière analyse, le plus d'avantages à l'économie. J'accorde que l'application de sangsues fréquemment répétée, de cataplasmes émollients, que l'abstinence guérissent un certain nombre de tumeurs, et même de fistules lacrymales ; en infèrera-ton que ce traitement , dont le succès n'est rien moins que constant, et qui doit durer plusieurs mois, mériterait d'être substitué au placement d'un tube métallique dans le canal nasal, s'il était vrai que ce placement, qui se fait en une seconde, dissipât en doux jours une maladie de dix ans et réussît dans la très grande majorité des cas? Que les sangsues et la diète puissent triompher de quelques masses d'apparence

précautioàs diverses. 13

squirrheuse ou cancéreuse, je ne le nie pas; mais si ces tumeurs sont restées mobiles et favorablement placées , qui oserait soutenir que le bistouri ne les détruirait pas avec plus de certitude encore, avec plus de rapidité surtout, et mémo en portant une atteinte moins profonde à l'organisme , en causant enfin une somme totale de souffrances véritablement moindre ? Or, ce que je dis de la fistule lacrymale et di! cancer s'applique à une foule d'autres maladies, et forme le fond d'une remarque que le chirurgien ne doit jamais perdre de vue. S il est cruel de soumettre à l'action du fer ceux qu'on peut traiter d'une manière plus douce , il serait encore moins conforme aux intérêts de l'humanité de compromettre la santé future du sujet , sous le vain prétexte de le soustraire à quelques douleurs. La plus légère piqûre est une porte ouverte à la mort, il est vrai ; mais cet axiome qui s'applique à la piqûre des sangsues , à la saignée, aux ventouses, aux vésicatoires , aux cautères , aux sétons , aux moxas , comme aux grandes opérations, n'empêche et ne doit empêcher de recourir, ni aux émissions sanguines , ni aux révulsifs, ni aux exutoires , et il n'y a pas de médication interne un peu active dont on ne puisse dire la même chose.

ATlTïCLE II. — Précautions diverses.

§ !«''. Précautions hygiéniques.

Le choix do la saison n'est certainement point une chose indifférente pour la pratique des opérations. Si, tout étant égal d'ailleurs, le printemps et l'automne conviennent mieux que l'hiver et le cœur de l'été, ce n'est pas seulement à cause de leur température plus douce , mais bien aussi parce que l'organisme est alors dans de meilleures conditions pour résister aux réactions morbifiques générales. Aussi est-il permis de ne pratiquer la taille, l'ablation de larges tumeurs, et toutes les opérations qui ébranlent fortement les fonctions, que dans les saisons tempérées.

Le tout est de ne pas accorder trop d'importance à celte précaution ; de savoir qu'il n'y a pas d'époque capable de rendre impossible la réussite d'une opération qucUe qu'elle soit, et que la question du temps ne peut être qu'une affaire

de mieux o\ide moins 6ien. A l'hôpital, où j'opère la cataracte, la pierre de la vessie , la fistule lacrymale , les tumeurs du sein , etc. , l'hiver aussi bien que l'été , je n'ai pas vu que les succès ou les insuccès dépendissent d'une saison plutôt que de l'autre.

Nul doute que l'apparition d'une épidémie no soit une raison puissante de temporisation , et qu'il ne faille en même temps avoir égard aux constitutions morbifîques du moment. On ne peut néanmoins appliquer cette précaution qu'aux opérations dont l'unjcnce peut être contestée. Une hernie étranglée, une blessure d'artère, une plaie des intestins, le croup, des corps étrangers dans l'œsophage, ne la comporteraient point.

Pelletan et Dupuytren étaient dans l'habitude de garder quelque temps les malades à l'hôpital avant de les opérer, afin , disaient-ils , de les acclimater. MM. Viricel et Champion ne se comportent ainsi que s'il ne leur a pas été possible d'opérer d'abord. Ici les règles me paraissent difficiles à poser. On ne peut disconvenir que l'atmosphère, le régime, l'exercice, l'entourage, vont constituer une vie toute nouvelle chez la plupart des gens qui entrent pour la première fois à l'hôpital , et que', pour les personnes de la campagne surtout , cette brusque transition soit une cause redoutable de maladie.

Un homme affecté d'anus contre nature arrive d'une province éloignée et veut être opéré immédiatement ; je résiste. Le troisième jour, il est pris d'un érysipèle gangreneux etmeurt en cinq jours. L'opération de la fistule lacrymale que me demandait un ouvrier maçon venant de la campagne fut reculée do quelques jours; une péritonite survint cl le tua en quarante-huit heures. Un autre paysan voulait que je lui extii passe sur-le-champ un œil cancéreux afin de retourner vile à ses travaux. 11 devint la proie d'un érysipèle qui le fil périr en peu de jours. Le jour était arrêté pour l'enlèvement d'un polype de l'utérus chez une paysanne d'ailleurs bien portunie ; tous les symptômes d'une violente périionlte se montrèrent le matin même , et la mort eut lieu le troisième jour. L'opération n'aurait point empô

Page 1