PRECAUTIONS DIVERSES
ché ces malades de succomber ; et qui ne voit que sî , cédant à leurs instances, je l'eusse pratiquée, elle eût assumé la responsabilité de tous les accidents I
Ce que je dis de l'hôpital , je pourrais le dire des maisons particulières, quand il s'agit de malades étrangers à la ville et qui s'y rendent dans le but unique do se faire opérer.
Il est certain , d'un autre côté , qu'en les opérant de suite on débarrasse les malades d'une cause d'ennuis , de tourments , de souffrance morale qui a bien aussi ses dangers. Ace sujet donc, rien d'absolu encore. Pour les opérations légères , ou d'une gravité médiocre , de la cataracte , de la fistule lacrymale , du bec-de-lièvre , la staphyloraphie, l'excision des tonsiUes par exemple , et celles qui ont pour but de remédier à de vives douleurs, à quelques maladies graves, la temporisation me paraît inutile. Pour les grandes amputations , les extirpations de tumeurs un peu volumineuses , la taille, les opérations d'anévrisme , si la vie n'est pas actuellement compromise, il est au contraire [prudent , je crois, d'attendre quelques jours et de ne pas se presser.
L'âge est une condition dont il faut aussi tenir compte. Chez les enfants, on peut ne pas se presser d'opérer la tumeur lacrymale , les petites tumeurs érectiles, l'hydrocèle, d'enlever les tonsilles hypertrophiées , etc. , parce que le développement du sujet fait souvent disparaître ces maladies. On recule souvent aussi devant l'opération de l'hydrocèle , de la cataracte , de la pupille artificielle , et une infinité d'autres chez les vieillards , par la raison qu'elles offrent alors moins de chance de succès , et qu'au déclin de la vie, même dans la meilleure supposition possible , elles perdent une grande partie de leurs avantages. Je serai d'ailleurs forcé de revenir sur plusieurs de ces questions à l'occasion des opérations en particulier.
En choisissant le matin plutôt que le soir , l'opérateur à l'avantage de trouver son malade moins fatigué, et de pou- -voir veiller plus facilement à ses besoins immédiatement après l'opération. Du reste , il n'y a encore là rien d'indispensable ; et le motif le plus plausible à invoquer, c'est qu'en général l'avant-midi est le plus commode pour tout le
monde. Quant aux opérations d'urgence , on les pratique dès qu'on en peut saisir le moment, sans tenir com[)te de la saison , ni de l'heure du jour; d'où les auteurs ont été conduits à établir un temps d'élection et un temps de nécessité.
^ § IL Précautions morales.
Les précautions morales, quand il s'aj^it d'opérations, varient et doivent nécessairement varier selon les individus. La premièreestd'inspircruneconfiancesans bornes àla personne affectée; et chacun sait que la confiance s'acquiert de mille manières différentes. La seconde est de convaincre le malade que l'opération est ce qu'on peut opposer de mieux aux progrès de ses souffrances , et de le désabuser s'il s'en exagère les dangers. En résumé, il faut tout faire, sans sortir néanmoins des bornes de la vérité, pour que la personne à opérer désire , réclame elle-même l'opération , et en voie arriver l'instant, sinon avec plaisir, du moins avec résignation, A ce sujet, on a deux sortes de gens à rassurer. Les uns, d'une pusillanimité extrême, s'effraient tellement à l'idée du moindre coup de bistouri , qu'on est forcé de les tromper sur la durée et l'acuité des douleurs qu'ils vont éprouver, ainsi que sur les dangers auxquels on va les exposer. Les autres , qui ne se rencontrent guère que dans les établissements publics , s'imaginant qu'on va les opérer bon gré mal gré , et même sans les en prévenir, ne parlent au chirurgien que d'un air inquiet, et restent dans des transes continuelles jusqu'à ce qu'on ait pu détruire chez eux cette erreur. A ce sujet , on s'est demandé s'il était bon de prévenir les malades du jour et de l'heure do l'opération. Là encore on peut répondre oui et non. Kèglo générale, les opérations ù jour el à heure fixes, qu'on adoptait autrefois dans les établissements publics, et que Pouîeau compare à des espèces d'aulo-cla-fé, sont mauvaises. Aussi, ai-jc eu soin d'éteindre complètement cette habitude à la Charité, où il en restait encore quelques traces quand j'ai pris le service do cet hôpital. iMais cela ne veut nullement dire qu'il faille cacher à tous les malades ce qu'on veut leur faire jusqu'au dernier moment. S'il en est quelques uns qu'on doive pré-