‹ Nouveaux éléments de médecine opératoire, accompagnés d'un atlas ... représentant les principaux procédés opératoires et un grand nombre d'instruments de chirurgieChapitre 37 sur 209 · AIR DANS LES VEINES · texte numérisé non relu

AIR DANS LES VEINES

dajïnci dit que c'était la voinc ju(»ulaire externe qui fut blessée clu'z le malade do Boauchêne. Ce {)raiicien m'a dit aussi que, dans le fait de Dupnytren , la tumeur occupait la région postérieure et latérale droite du cou; il n'est pas passible, en conséquence, que la veine jugulaire interne ou la sous-cla\ ière aient été atteintes. Dans le fait de M. Roux et celui de Delpech, il s'agissait d'une désarticulation de l'épaule, et des veines étrangères à l'axillaire avaient seules été blessées lorsqur^ les accidents survinrent. M. Saucerotte dit que chez le malade de M. Castara , c'était , comme chez celui de M, Warren, une veine sous-scapulaire qui avait été ouverte , et cela dans l'étendue de moins d'une ligne. L'observation de M. Ulrich est donc la seule qui rappelle la région où, d'après nos expériences sur les animaux, l'introduction de l'air dans les veines soit possible et dangereuse.

Si maintenant nous reprenons la question de plus haut, nous sommes , en quelque sorte , forcé d'admettre la conclusion suivante : ou les expériences auxqiielles on s'est livré jusqu'ici sur les animaux vivants sont incomplètes et trompeuses , ou bien les observations d'introduction d'air dans les veines de l'homme ne sont pas concluantes. En y regardant avec la plus grande impartiahté, je vois effectivement, 1" d'après l'expérimentation directe, qu'il faut une grande quantité d'air pour tuer un chien ; que ce gaz ne s'introduit spontanément dans le cœur que par des ouvertures assez larges de la veine jugulaire , de la sous-clavière ou de l'axillaire ; que les cavités droites du coeur sont toujours distendues alors par une matière rouge, écumeuse, évidemnient consliiuce par le mélange intime du sang avec l'air; 2^^ d'un autre côté, les faits recueillis sur l'homme montrent que plusieursd'entre eux portent sur les veines du sein ou de l'épaule, sur la jugulaire externe, ou sur les veines de la face. Dans les autres , l'ouverture de la veine était petite ; jl n'a pu y entrer qu'une faible quantité d'air; enfin l'qutopsie no découvre dans aucun ce que l'expérience directe no»is a permis de constater.

Je n'ai point à réfuter ici le langage de ceux qui , par inadvertance sans doute, se sont toujours tenus, soit dans le

cours de nos expériences, soit dans le débat académique qui en fut la suite, en dehors des points en litige , qui ont toujours raisonné , comme si moi et plusieurs autres avions jamais nié la possibilité et les dangers de l'entrée de l'air dans les veines. Sans rechercher les motifs qui ont pu porter quelques uns de nos confrères à retomber sans cesse dans ce cercle vicieux, il me suffira de renvoyer à l'exposé des discussions de l'Académie pour montrer la fausseté d'un semblable raisonnement (1).

Le dirai-je cependant ? toutes les observations recueillies dans l'espèce humaine ont quelque chose d'étrange , de toutà-fait insolite. S'il est vrai que des malades peuvent mourir de syncope , d'hémorrhagie , de frayeur , d'épuisement pendant la pratique de certaines opérations graves , il l'est aussi qu'alors la vie s'éteint avec un autre ordre de symptômes que ceux qui ont été relatés. Si on ôte du catalogue que je viens de rappeler les observations de Klein , de MM. Duportail , Logde , Cooper , Dubourg et Maugeis , qui sont lout-à fait insignifiantes, ou qui s'expliquent très bien sans l'intervention de l'air dans les veines, il est difficile de ne pas revenir à cette idée pour les autres. En supposant que dans les cas relatés par MM. Rigaud, Clemot, lîegin , Malgaigne , et dans le mien, le jet d'une petite artère contre quelques lamelles organiques, ou l'introduction de l'air dans quelques culs-de-sac sinueux , aient pu en imposer sous le point de vue de l'espèce de sifflement, de glouglou ou de bouillonnement , signalés par les auteurs , il est à peu près impossible do ne pas admettre quelque chose de plus dans les faits de MM. Piedagnel , Dupuytren , Castara , Delpech , Ulrich , Barlow , Warren et Goulard.

Dans cet état d'incertitude ne peut-on pas se demander si , au moment de l'opération chez l'homme, les veines canalisées par la nature même de la tumeur , ou par les tractions exercées sur elle , ne les auraient point mises momentanément dans l'état où se trouvent naturellement celles du sommet de la poitrine chez les animaux vivants ? A l'aide de cette inter-

(1) Bulletin de l'Académie royale de médecine. Paris, 1837 et 1838, toro. I et H.

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