AIR DANS LES VEINES
prétation, on ne pourrait cependant faire rentrer dans le groupe des faits tj'ès probables que ceux de MM. Goulard, Piedagnel, Dupuylren, Castara, Delpech, Warren etMi.'^ault. Il me paraît évident que rien n'avait opéré cette transformation dans les observations de MM. Kigaud, Amussat, Toulmouche , Mott et Malgaigne.
Serait-il possible alors d' invoquer r«//ai7)ii5semenï préalable des malades? Tout indique, quoique nos expériences directes permettent encore quelques doutes sur ce point , qu'une grande perte de sang doit rendre l'entrée de l'air plus dangereuse. Mais en analysant les faits , nous voyons qu'à part ceux de M. Piedagnel , de M. Roux et de Klein , tous les malades étaient encore forts ; que la plupart jouissaientd'ailleurs d'une parfaite santé, et qu'ils n'avaient guère perdu que quelques onces de sang au moment où les accidents se sont montrés.
Si on ne veut point abandonner cette comparaison , il ne reste plus qu'une dernière ressource , c'est d'admettre que , soit sous le rapport physique, soit sous le point de vue physiologique ou pathologique, les conditions de l'entrée de l'air dans les veines offrent de notables différences dans l'espèce humaine et dans les animaux. On pourrait regarder ces différences comme possibles en songeant que l'air dans les veines tue plus rapidement le cheval que le chien; que, sous l'influence de ce gaz, la mort est plus rapide quand on tient l'animal dans telle attitude que dans telle autre; qu'avec de l'air poussé par la bouche on tue quelquefois avec la rapidité de la foudre , tandis qu'avec une seringue il faut un assez long laps de temps pour arriver au même but.
Je ne me dissimule pas toutefois qu'aucune de ces raisons n'est concluante , et que rien de tout cela n'est de nature à mettre , pour le moment , l'exactitude de ce qu'on a dit en faveur de l'introduction de l'air dans les veines de l'homme hors de toute contestation.
Pour en dire toute ma pensée , je regarde comme probable l'introduction de l'air dans les veines de l'homme chez les malades de Sinimonds, MM. Begin, Malgaigne , Mirault, Warner, Barlow , Delaporte , l'un de ceux de M. Clemot , le pre-
46 OPÉRATIONS EN OÉNlÎRAL.
mier qu'indique M. Roux, et le mien. Run ne prouve que raccidpiitall eu lieu dans les cas de MM. Toulmouche, Mott, les deuxième et troisième de M. Clemot, et ceux de MJVI. Rigaud, Uubourg, Alaugeis et Amussat. Cela me paraît extrêmement probable dans le cas de Delpech et dans celui de M. Ulrich , et je trouve le fait comme presque certain dans les observations de Dupuyiren, de AIM. Castara et (joulard.
Ainsi , sans nier la possibilité de ce phénomène, lorsque les veines forment des canaux béants jusque dans la poitrine, je crois que de nouvelles expériences sont indispensables pour résoudre déhniiivtment la question. Si le fait est exact sur l'homme , il faut en chercher une autre explication physique que celle qui a éié donnée par MM. Poiseuille et Rérard; car on a évidemment observé ailleurs qu'au cou et à l'aisselle des phénomènes pareils à ceux qui semblent dénoter l'inlroduciion de 1 air dans les veines. ^Traitement. — Dans les discussions scientiHques, il est un écued qu'on doit tout faire pour éviter, c'est de prendre trop \ite un parti , c'est de vouloir absolument conclure, malgré l'absence de preuves , soit pour , soit contre , c'est de ne s en tenir presqu'à aucun prix dans les questions douteuses , au désespérant je n'en sais rien , qui fait si souvent le fond de nos richesses ou de nos réponses. De ce que les faits invoqués jusqu'ici en faveur de l'introduction de lair dans les vemes sont incomplets, on aurait tort, par exemple , d'en conclure que l'accident en lui-même n'a jamais existé. Pour moi , je le réi)ètp, ce genre d'accident me parait s'être efléctivement rencontré plusieurs fois ; seulement, je sens que jusqu'à preuves plus concluantes ce ne peut être qu'une croyance personnelle, et qu'il n'y a rien aujourd hui dans la science qui puisse transformer cette croyance en conviction générale bien arrêtée.
Avec cette pensée , j'ai dû songer comme tant d'autres aux moyens de conjurer les dangers attribués à l'introduction de l'air dans les veines. L'esprit doit s'arrêter ici à deux ordres de secours, les uns préventifs , et les autres cwm^i/*.
Moyens préventifs. Une première difiiculté rendra longtemps douteuse 1 efficacité des essais qu'il serait possible
He (Viîre pnur [îK-vi-nir l'eriliéP de ^ill^ d^lns Ids Veines de l'horrime pendant les opérdlions. Cette difficulté lient à ce que personne ne peut dire d'aVance si le pliétiomène aura ou n'aura pas lieu , en supposant qu'on ouvre telle ou telle veine. J'ai , pour mon compte, pratiqué plus de cinquante fois rextirpation de tumeurs sous-maxillaires , parolidiennes, axillaires , sus-claviculaires ou sus-siernales, qui m'ont mis dans la nécessité d'approcher très près des grosses veines de ces régions , et assez souvent même de les ouvrir. Il est pourtant vrai de dire que le cas dont j'ai donné un extrait , et celui d'un jeune garçon , sont les seiils qui fti'aient eflxayé Utl instant sous le point de vue de l'introduction de l'air dans les veines. J'ajouterai que servant d'aide à M. Roux , j'ai vu ce chirurgien ouvrir largement le haut de la Veine sous-clavière dans un cas, la partie supérieure de l'axillaire dans un autre, et la portion inférieure de la jugulaire interne dans un troisième, sans qu'il en soit résulté rien qui puisse être rapporté à l'introduction de l'air. Quand on songe au nombre de désarticulations du bras qui ont été pratiquées , à la fréquence des opérations exécutées dans l'aisselle pOtif des tumeurs, soit Cancéreuses , soit lymphatiques , aux cas nombreux de ligatures d'artère effectuées au-dessus de la clavicule etdans les régions carotidiennes, sans qu'il en soit rien résulté de comparable à ce que l'air produit en pénétrant dans le cœur , on est bien forcé d'admettre que l'accident dont il s'agit ne survient au moins que difficilement. Comment acquérir la certitude donc que s'il ne s'est point manifesté dans une opération donnée, c'est aux précautions employées qu'il convient de s'en prendre plutôt qu'à la résistance naturelle des orgartes?
On voit assez par là que , pour résoudre la question des moyens préventifs, il faudra, comme pour tout le reste au surplus, de nombreuses expériences. Examinons cependant ceux qui paraissent avoir fixé l'attention jusqu'ici.
La compression du thorax , pendant toute la dtirée! de l'opération, ne me paraît convenir ni théoriquement, ni d'après les expériences déjà tentées. ?i la compression était assez forte dans l'espèce humaine pour empêcher toute élé-
vation des côtes, le malade en éprouverait manifestement une gône considi'rablc , j'oserais même dire insupportable. D'ailleurs la poitrine ne s'en afjrandirait pas moins dans son diamètre vertical par l'abaissement du diaphragme. Ensuite il n'est pas démontré encore que la dilatation du cœur n'ait aucune part dans l'aspiration de l'air.
Raisonnant comme si l'inspiration pouvait seule attirer l'air dans le cœur , M. Poiseuille a cru qu'il suffirait pour prévenir cet accident d'engager le malade à éviter soigneusement toutes les grandes inspirations. Mais l'expérience a dès longtemps démontré aux chirurgiens que, pendant les opérations graves, la poitrine des malades se tient en général contractée d'une manière spasmodique; que la respiration se ralentit, se fait par petits mouvements, et qu'on est plutôt obligé d'exciter les individus à faire de grandes inspirations qu'à les leur défendre, si l'on tient à ce que la circulation veineuse no soit pas trop fortement entravée.
Compression des veines entre le cœur et la plaie. Lorsque l'idée de l'introduciion de l'air dans le cœur de l'homme s'est offerte aux praticiens, le premier remède qui a dû se présenter est évidemment la compresion dont je viens d'indiquer le titre, tant ce moyen paraît naturel et sûr. Aussi M. Larrey dit-il déjà en parlant de la saignée du cou qu'il importe de comprimer la veine au-dessous do la piqûre jusqu'à la fin du pansement , si l'on \eut [)révenir l'entrée de l'air jusque dans le cœur. Dupuytren ne manque pas non plus de signaler le même moyen en faisant raconter le fait qui le concerne. On trouve une recommandation semblable dans le mémoire de M. Barlow. M. Putegnat le donne également dans sa thèse. Je vois à la page 266 du Traité des tutneurs, de M. Warren, que « le chirurgien qui opère au voisinage des veines jugulaires, sous-clavières , axillaires, iliaques, ou môme de la saphène quand elle est dilatée, doit réserver pour la fin la séparation du pédicule des tumeurs de ce côté , afin de pouvoir mieux comprimer les veines avant de les ouvrir. Cet auteur ajoute que , si la chose est possible, on devra comprimer les >eines entre les incisions et le cœur. J'ai cru moi-même devoir insister sur ce conseil , et le suivre