‹ Nouveaux éléments de médecine opératoire, accompagnés d'un atlas ... représentant les principaux procédés opératoires et un grand nombre d'instruments de chirurgieChapitre 44 sur 209 · ABCÈS · texte numérisé non relu

ABCÈS

n'est pas en général très vive. L'haleine, souvent félidc , exhale quelquefois une véritable odeur de pus. Tout travail de cicatrisation se suspend ï<ussiiùt dans la plaie, dont les bords se décollent et pâlissent , de même que le reste de sa surface. De liée ou crémeuse qu elle était , la suppuration devient toutà-coup grise, grumeleuse ou semblable à de la sérosité dénaturée. Il n'est pas rare de la voir se supprimer en entier et sur-le-champ. Les parties molles se détuméfient avec la même rapidité, et prennent sur-le-champ un aspect cadavéreux des plus significatifs. Les muscles, les os, etc., se détachent les uns des autres , comme si le tissu cellulaire qui les unit dars l'état normal avait été détruit. Plus tard il s'en écoule un sang de plus en plus fluide , qui finit, quand la maladie dure longtemps, par ressembler à de la lavure de chair, et faire naître des hémorrhagies que rien ne peut arrêter. Enfin le sujet meurt épuisé , du douzième au trentième ou quarantième jour. 15. Anatomie pathologique. A l'ouverture des cada\res, on trouve des lésions de diverses sortes , quoique susceptibles d'être toutes rapportées à une même cause. Ce sont le plus souvent des foyers multiples de suppuration dans le tissu propre des viscères , ou bien des collections plus ou moins abondantes de sérosité grise, crémeuse, purulente plutôt que mêlée de flocons , dans les cavités séreuses. Chez quelques sujets, les grandes articulations, telles que l'épaule , la hanche , le genou , sont également remplies d'un pus qui se retrouve assez fréquemment aussi, soit à l'état de dépôt, soit infiltré, partout où il existe du tissu cellulaire lâche en certaine quantité , partout où il s'était manifesté la moindre douleur pendant la vie. Les artères sont presque vides , et le sang qu'elles peuvent contenir reste , en général , d'une grande fluidité. Celui des veines , plus abondant , est encore plus évidemment altéré. Les grumeaux qu'il présente çà et là sont mélangés de noir, de jaune , de blanc , de verdâtre , et ont une contexture granulée , qu'on fait surtout ressortir en les coupant, ou bien en les écrasant sous le doigt. Ils renferment quelquefois des globales de pus , reconnaissables à l'œil nu. Il n'est même pas rare de rencontrer de véritables foyers purulents dans l'épaisseur des caillots un peu volumineux.

Toutes les parties du système veineux m'en ont offert de cette espèce ; les veines iliaques , les veines utérines , la veine cave inférieure , au-dessous du foie et à son entrée dans Foreillette principalement , la veine cave supérieure , les diverses cavités du cœur, etc. Plusieurs de ces concrétions sont encore molles , et ne datent évidemment que de quelques jours. D'autres ont une telle consistance , sont tellement sèches ou friables, qu'il est impossible de leur refuser une certaine ancienneté. Aucune n'a, dans la majorité des cas, de rapport pathologique avec l'état du vaisseau, dans la région qui leur correspond à l'intérieur des cavités splanchniques. C'est tout le contraire du coté delà plaie, où rien n'est plus commun que de voir les veines enflammées, en pleine suppuration, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur, et cela dans une étendue extrêmement variable , mais de telle sorte cependant que les deux veines c;ues restent à peu près toujours intactes.

I. Ahcès. Les petits abcès dont j'ai parlé en commençant ont été observés dans tous les organes. Un sujet que j'ai pu examiner à Tours , en 1818, en présentait par douzaines dans le cerveau et le tissu du cœur. Un jeune homme qui mourut à la clinique de la Faculté, en 1825, des suites d'une amputation d'orteil, en avait jusque dans la rate et dans le rein. Le poumon et le foie n'en sont pas moins le siège de prédilection ; c'est là qu'ils ont été remarqués de tout temps , qu'il en existe avant qu'on n'en voie de traces nulle part ailleurs. Leurs caractères sont assez tranchés pour qu'il soit difficile de les confondre avec les résultats d'une inflammation ordinaire. D'abord il ne s'en développe presque jamais pour un seul ,'^et le plus souvent il en existe un grand nombre dans la même partie. La superficie des organes semble leur être plus favorable que les couches profondes. Rarement ils acquièrent de grandes dimensions. Sous ce point de vue, ils varient depuis le volume d'une tête d'épingle jusqu'à celui d'une grosse noix ou d'un petit œuf. La pression permet de les apprécier comme autant de tubercules, à travers le parenchyme pulmonaire , dont la périphérie est comme bosselée par les moins profonds ; souvent ils semblent avoir une ecchymose 5)0ur noyau. Dans le foie, leur circonférence est enlou-

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rée d'une'couche organique noirâtre ou livide ,' qui s'éiend parfois jusqu'à plusieurs lignes au-delà ; ils en occupent plus facilement le centre, et sont gùnéralement plus vastes que dans les autres parenchymes. La matière qui les forme est aussi plus inégale; très lluide , verdàtre, floconneuse ou d'un blanc de lait au milieu; elle est assez souvent grumeleuse ou même tout-à-fait concrète, surtout en approchant de leur contour. Le poumon permet encore mieux d'en suivre les phases. Sur quelques points on ne distingue que de petites taches en forme de pctéchies. Plus loin, le centre de ces taches renferme déjà une gouttelette de pus; ailleurs, l'ecchymose n'existe point , et les grumeaux purulents se remarquent seuls ; arrivent ensuite les noyaux , soit concrets , comme des tubercules caséeux de ganglions lymphatiques , soit liquides à divers degrés , comme dans le foie. La substance de quelques uns semble s'être confondue avec les tissus ambiants et les avoir pénétrés, imbibés; d'autres sont comme enkystés : alors les parois de leur sac sont yilleuses, et d'un rouge lilas ou hortensia. A quelques lignes plus loin, l'organe retrouve tous ses attributs de l'état normal ; ils sont presque toujours séparés par des intervalles complètement sains. Pour beaucoup d'entre eux il semble, après en avoir ôlé la matière et nettoyé le kyste , que l'organe n'ait jamais été malade , qu'on se soit borné à creuser mécaniquement des cavernes par écartement dans son tissu.

IL Les épanchements dans les cavités séreuses sont également très remarquables ; c'est la plèvre qui en est on quelque sorte le rendez-vous commun, bien qu'ils puissent aussi se faire dans le péricarde, le péritoine, l'arachnoïde, les cavités synoviales, etc. En quelques jours ils deviennent d'une abondance extrême ; à peine altérée , la membrane reste enduite d'une couche plus ou moins épaisse de véritable pus après avoir été vidée, et le reste du liquide , d'une teinte cendrée ou terreuse , est fort loin de ressembler aux flocons et à la sérosité lactescente qu'on trouve à la suite des pleurésies franches.

Dans les articulations on est étonné de l'état des tissus ; les cartilages , les capsules , les ligaments , les enveloppes cel-

luleuses, rien en un mot ne présente la moindre trace de phlegmasie , et le pus en étant enlevé, le simple lavage a plus d'une fois suffi pour faire douter que la jointure eût été malade. Il y a plus , c'est que les croûtes cartilagineuses peuvent être en partie détruites, érodées, les toiles synoviales et les ligaments percés, sans que les parties contigucs aient rien perdu de leur souplesse ou de leur couleur naturelle : il en est de même des dépôts sous-cutanés ou autres des membres. Dans d'autres cas cependant ces dégâts sont entourés d'ecchymoses et de traces plus ou moins évidentes d'inflammation.

Si quelques malades meurent avec tous ces genres de collections à la fois, et pour ainsi dire imbibés de pus à la manière d'une éponge, il en est un plus grand nombre qui n'en présentent qu'une partie. Tantôt il n'y a de foyers tubcriformes que dans le poumon ou le foie, et point d'épanchement; tantôt la collection des plèvres existe seule ; d'autres fois on n'en rencontre que dans les membres, soit à l'intérieur, soit au dehors des articulations; chez plusieurs on n'en trouve nulle part, et alors il faut aller chercher la cause de la mort au milieu du sang altéré plus ou moins profondément dans ses propres vaisseaux. J'ai fréquemment observé ce dernier fait en 1835, 183G, 1837, sur le cadavre de malades qui avaient offert au plus haut degré tous les symptômes de l'infection, ou, comme le veut M. Teissier, de la fièvre purulente.

C. Ètiologie. Toutes les solutions de continuité qui suppurent peuvent donner lieu aux altérations dont il s'agit; le trépan, une simple incision sur le crâne, la section des varices, une saij;née ordinaire, aussi bien que la taille, l'amputation du col de la matrice, que l'excision de tumeurs hémorroïdalcs, que l'amputation des membres. Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on s'en aperçoit, après tout; Paré (1) en fait déjà mention, et Pi{;rai (2) dit qu'une certaine année , presque tous les malades qui mouraient de plaies de tête avaient des abcès au foie. Morgagni (3) les décrit avec quelques détails ; Qucsnay, Col de

(1) OEuvrcfi. Lyon, lOW. p. 209, in-folio.

{i) Epitim., etc., •'•dit. 1015, p. 308.

(3) De scd. cl caus. mvrb. tpist. if, bi'\

ETIOLOGIE. 9i

Villats*(l), îcs hieniionnent formellement; J.-L. Petit (5) en donne une idée fort exacte, et pU^sicurs chirur{]iens modernes les avaient si^rnalcs dans leurs leçons ou dans leurs ccriti-, mais, avant que je les eusse décrites, elles n'avaient pas assez fixé l'attention pour faire soupçonner l'importance qu'on leur accorde actuellement. En se bornant à dire que le pus était tombé de la plaie dans l'organe où il se trouvait déposé, les anciens rentraient dans leurs idées d'humorisme habituelles et ne prouvaient rien. Prétendre, comme l'ont fait d'abord Koyer, Dupuytren , que tant de désordres résultent de simples inflammations idiopathiques , causées ellei-mêmes par le retentissement sympathique de la partie blessée au sein des viscères, ou bien à l'existence antérieure de tubercules ou de lésions orf^janiques inappréciées jusque là, n'était pas de nature non plus à exciter un bien vif intérêt.

Frappé de leur fréquence et de leur gravité dès le principe de mes études médicales, j'en^fis de bonne heure l'objet spécial de recherches suivies. Croyant, d'après un premier fait observé à l'hôpital de Tours, en 1818, en avoir saisi la véritable étiologie, confirmé dans mon opinion par ce que je rencontrai de semblable ensuite , soit à Tours, soit à Paris, je crus pouvoir en dire ma pensée dans mes leçons publiques en 1821 et 1822, puis dans ma thèse de réception en 1823. Je soutins donc que les dépôts purulents qui surviennent si souvent dans les viscères à la suite des opérations, des plaies ou des suppurations de toutes sortes , devaient être rattachés, non à autant de phlegmasies idiopathiques séparées , mais bien à une altération du sang, à l'entrée du pus dans le torrent circulatoire et à son transport au milieu des or^' ganes , soit qu'il vînt de la plaie , soit qu'il fût sécrété par les veines environnantes. Il fallait quelque hardiesse pour avancer de pareilles idées , alors que ^ malgré les observations de llodriguez (3) , Erdmann (4) , Ribes (5) , le solidisme régnait

(1) Cours de chir. Paris, IT-iG, t. III, p. 36 à 41.

(2) Maladies chirur., t. I, p. G à 11.

(3) Joiirn. cowpl. du Dicl. des se. méd., t. X, p. 150. (■'») Dezcimei)ls , Dict. de méd., 2= édit., 1. 1 , p. 100. ^5) Mém, de la soc. méd, d'cmul., t. V^lt, p. G(i.

en despote au sein de nos écoles, d'où les partisans de la doctrine dite physiologique pensaient avoir à jamais chassé l'humorisme; aussi furent-elles généralement mal accueillies. Toutefois, la conviction où j'étais elles faits qui venaient journellement à l'appui, ne me permirent pas d'y renoncer. Mon séjour à Ihospice de Perfectionnement me fournit de nombreuses occasions de soumettre mes premières idées à de nouvelles épreuves, de les rappeler souvent aux élèves, et de montrer combien elles pouvaient agrandir le champ de la pathologie générale. Les deux mémoires que je publiai en 1826 dans la Revue, sur ce sujet , et ce que j'en avais déjà dit dans le même journal en traitant de l'altération des fluides, ce que j'avançai en même temps, ou un peu plus tard, dans les ArchiNcs et dans la Clinique des hôpitaux; les discussions que fit naître au sein de l'Académie l'idée fondamentale de ces travaux, ébranlèrent enfin les esprits , et j'eus bientôt la satisfaction de voir que Maréchal (1) et M. Reynaud de Marseille (2) , dans leurs excellentes thèses, que Legallois (3), dans un mémoire particulier de la même époque , étaient arrivés aux mêmes conclusions que moi. Pendant que dans un travail beaucoup plus complet encore , Dance ['*] enlevait aux opposants jusqu'à leur dernier prétexte, des opinions élayées de faits du même genre étaient professées à Londres par MM. ilose (ô) et Arnolt(6;. M. lilandin(7), qui, dans sa thèse soutenue un an après la mienne , avait adopté l'hypothèse des inflammations pures et simples , qui donne le nom de masses tuberculeuses aux foyers en question; qui dit en parlant d'une de ses observations , C'est là le plus bel exemple de tubercules développés sous l'influence de l'inflammation; M. Tonnelé, M. Kochoux, se sont rangés depuis sous le même drapeau , quoique leurs vues théoriques ne soient

(1) Tlihe , n" Ai. Paris, 1828.

(2) Thcne, no m. Paris, 1828.

(3) Journal licùd., l. III, p. IGG et 321.

(4) y4rck. (jén. de miid., t. XVIII cl XIX.

(5) Méd. chir. tram., vol. XIV.

(6) idem, vol. XV.

(7) Thise, trSlC. Paris, 182 i.

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î»as parfaitement semblables. Enfin, le concours de pathologie externe qui eut lieu à la Faculté de médecine au printemps de 1831, nous ayant donné à traiter la question des suppurations métastaliques, suite de lésions traumatiques, est , en quelque sorte , venu nous forcer, MM. Bérard Blandin, Sanson et moi, de montrer où en étaient déjà les idées sur ce point , et prouver sans réplique qu'il n'existait plus alors de dissidence sur la valeur du principe dont j'étais parti et que je crois avoir posé le premier, savoir : que les suppurations et les abcès métastatiques causés par les grandes opérations , so7it le résultat d'une altéralioji du sang.

Un problème reste cependant encore à résoudre. Maréchal, Legallois, M. Rochoux, trouvent dans l'absorption du pus dont la plaie forme le foyer, une explication suffisante de tous les phénomènes observés. Dance, MM. Arnott, Blandin , Bérard, veulent au contraire qu'une inflammation des veines précède toujours l'infection générale, et que le pus qui rentre dans la circulation soit constamment le produit imm.édiat de la phlébite, que M. Blandin (1) place volontiers, comme M. Cruveilhier, dans les veinules , soit des parties molles , soit du canal médullaire ou du tissu spongieux des os divisés , lorsque les branches principales du système veineux n'en offrent pas de traces.

Au lieu d'admettre un transport sans décomposition, un véritable dépôt métastatique, ces derniers auteurs pensent aussi que le sang , profondément altéré par son mélange intime avec la sécrétion pathologique, laisse simplement échapper çà et là quelques unes de ses parcelles devenues plus irritantes que de coutume, et que, déposés dans les tissus, ces globules y remplissent le rôle d'épines , qui deviennent sur-le-champ la cause d'autant de foyers de suppuration. Une telle opinion ne différant de la mienne qu'en ce qu'elle donne comme constant ce qui , selon moi , n'arrive que dans certains cas, je comprends à peine comment on a cru pouvoir se servir des travaux et des opinions de Dance et de M. Blandin pour combattre ceux qui me sont propres. En effet , loin de nier, en pareil cas , la phlébite , je disais df^jà, (1) Dict. deméd, et chir.prat., t. II, art. Amputatio-v.

lOO OPÉRATIONS EN GlîiNÉRAL.

en 182G (l) : « Les veines du membre malade sont pleines d'un i)us grisâtre très fluide, et enflammées d'espace en espace, mais seulement jusqu'à l'entrée de la grande saphcne dans la crurale. » Plus loin, j'ajoute : « La phlébite n'était pas assez étendue , en admettant môme qu'elle fût primitive, pour jouer un grand rôle ici comme injlammation. En nous reportant vers les fluides, au contraire, tout s'explique de la manière la plus claire, etc. -s En mai 1827, je soutenais (2) que : « dans cette effrayante affection (la phlébite ) , les auteurs n'ont fait attention qu'à l'une des causes du danger, la facilité avec laquelle l'inflammation se propage du point blessé vers les principaux troncs veineux; tandis que le pus, sécrété par les parois du vaisseau, et continuellement entraîné avec le sang qu'il altère et décompose , en constitue réellement toute la gravité. » Enfin, en parlant du même fait , alors que personne ne songeait à cette étiologic , à l'infection du sang par la phlébite (3) , je dis encore : » Ici la maladie était incontestablement une phlébite ; mais est-ce à l'inflammation de la veine qu'il faut rapporter tous les symptômes? Je ne le pense pas: le pus, continuellement entraîné vers le cœur, et distribué dans tous les organes avec le sang, a déterminé l'infection générale , etc. »

Quant à la formation des colleclions purulentes , voici la théorie que j'en donnais en 18^0 [h] : « 11 est possible d'expliquer de deux manières la naissance de ces foyers : 1" le sang , de plus en plus éloigné de sa composition naturelle , peut commencer par troubler l'organisme en général, et finir par déterminer une phlegmasie locale d'une espèce particulière; 2" l'inflammation , d'abord développée sous l'influence de causes ordinaires, obliger, en quelque sorte, le pus à venir s'épancher dans le point où l'organe est le plus irrité... 11 me paraît démontré que l'inflammation , quand il en survient, n'est alors que secondaire ; qu'elle est déterminée par une parcelle épanchée de matière étrangère,

(0 Jievuc mfd., t. IV. ■

(2j Clin, des hù\)il., l, I , n" h,

(3) Tome XIV, j). 50i.

(1j licv. vtCd., 1820, t. IV.

KTIOLOGIE, 101

qui forme ('fine ; que c'est au moins une phlegmasie loule parliculière , sut gêner is , etc. «

Ainsi, dans mon esprit, la question portait sur deux points • l" le mélange du pus avecle sang, comme cause des altcralionj viscérales observées; 2" l'origine de ce pus, soit dans le sang, soitdansles organes. Le premier chef, celui dont j'avais surtout à cœur de démontrer la réalité, parce qu'il peut avoir une immense portée en médecine , est généralement admis maintenant à titre de vérité incontestable. L' autre n'avait pas alors pour moi le même intérêt > il est vrai. Le but de mes efforts étant de prouver que le pus peut circuler avec le sang, et infecter l'organisme à la manière des poisons, il m'importait peu, pour le moment, de constater qu'il pénétrait dans les veines par absorption, ou qu'il était simplement formé à la surface enflammée de ces canaux , pourvu qu'on m'accordât son transport à une certaine distance du point de départ. Les citations précédentes font suffisamment voir cependant que je n'avais pas tout-à-fait négligé ces questions secondaires.

Les effets de la phlébite sur la composition du sang sont si évidents qu'il me paraissait presque superflu d'entrer dans aucun détail pour les faire ressortir. Il n'en était pas de même de l'absorption , que beaucoup de bons esprits se refusent encore à admettre, en sorte que c'est à partir de là qu'une dissidence réelle semble exister entre Dance et moi. D'après cet auteur , la phlébite est la cause première , à peu près unique , des foyers métastatiques , et les veines seules ont sécrété le pus qui altère le sang. J'ai dit au contraire dès le principe, comme je le crois encore à présent, que rinflanimation des veines, qu'on rencontre en effet assez souvent, soit comme cause , soit comme effet, n'est pas indispensable ; que le pus et autres matières morbifiques des surfaces traumaliques rentrent parfois dans le torrent circulatoire, soit par absorption lymphatique, soit par imbibition ou endosmose, soit par les orifices de veines restées béantes au fond d'une plaie d'amputation, par exemple, La preuve, selon moi, «.n'il en est souvent ainsi , c'est que j'ai trouvé nombre de lois du pus en abondance au milieu des viscères , quoiijue les veines qui plongeaient dans les lésions exlérieures fussent

à peine phlo^osées , et qu'il n'y eût aucune trace de phlébite sur les autres points de leur trajet ; c'est que , depuis qu'on a nié la possibilité de ce fait, j'en ai constaté de nouveau l'existence sur un grand nombre de sujets ; entre autres , chez une femme qui succomba aux suites d'une lésion traumatique profonde du pied à l'hôpital Saint-Antoine en 1829, et dont l'ouverture fut faite en présence de M. Dezeimeris, partisan déclaré des idées de Dance ; sur un blessé de juillet, mort au vingtième jour d'une amputation de cuisse, en 1830, à la Pitié , et dont je fis remarquer l'absence de toute phlébite à M. Bérard, qui avait également adopté l'hypothèse de la phlegmasie veineuse comme cause première des abcès métaslatiques, et, depuis lors, sur plus de vingt sujets différents.

Quant au mécanisme de ces abcès eux-mêmes , j'ai dit que le pus , traversant les tissus , peut s'y déposer en nature , ou bien irriter par sa présence divers points des viscères, et former ainsi autant de foyers phlegmasiques ou purulents. Dance repousse le premier de ces deux modes , et semble même en contester la possibilité. Malgré les raisons et les objections qu'il allègue , je ne puis me rendre à son opinion. S'il lui semble que le sang rendu plus fluide, altéré par le pus, commence toujours par produire une petite ecchymose, et bientôt après une véritable inflammation , avant de faire naître un abcès, mécanisme que j'ai indiqué moi-même pour la majorité des cas, il faut qu'il n'ait pas vu comme moi dans le cerveau, la rate, les reins, les poumons, le foie , de ces foyers qui ne sont pas plus gros qu'un grain de chènevis , et autour desquels l'examen le plus attentif, le plus minutieux, ne permet pas de reconnaître la moindre lésion des éléments organiques, ni de ces collections purulentes que j'ai si fréquemment rencontrées dans le tissu cellulaire ou dans certaines articulations , et qui , après avoir été vidées et lavées, ne laissent pas la plus légère trace de leur existence au milieu des tissus.

Si les veinules qui vimnont se rendre à chaque foyer purulent sont quelquefois enflammées , il s'en faut certainement «beaucoup *qu' elles le soientj toujours , et qu'on

iStiologik. 103

puisse admettre la phlébite capillaire , indiquée par M. Cruveilhier (1), comme constante en pareil cas. Au surplus, dès qu'on accorde le dépôt d'une molécule de matière morbide , il n'y a aucune raison de refuser la môme faculté à un plus grand nombre. Le pus mêlé au san{ï est une matière hétérogène , qui tend continuellement à s'en séparer, à se porter au dehors par une voie quelconque. Tant qu'il est renfermé dans les gros vaisseaux, et que la circulation n'a rien perdu de son acti\ité, il ne peut s'épancher nulle part; mais dans le système capillaire, où le mouvement des liquides n'est plus qu'une sorte d'oscillation, où s'opèrent les nutritions, les diverses sécrétions, mille combinaisons nouvelles, tant de compositions , de décompositions , ses éléments ne doiventils pas faire effort pour s'ag^^lomérer, se réunir et cesser de marcher avec les autres fluides! Cette agrégation toute chimique une fois commencée , ne va-t-elle pas constituer un centre d'attraction pour les molécules analogues? En faut-il davantage pour déterminer le noyau d'un abcès? Il n'y a rien là de plus difficile à comprendre que dans la formation de la bile , de l'urine , de la salive, du mucus. Ici , ce sont des sécrétions et des exhalations naturelles; là, au contraire, une sécrétion ou une exsudation pathologiques. Voilà toute la différence.

Il résulte donc de ces détails, que Dance, M. Blandin, Lf gallois, etc., n'ont guère fait que reproduire, en le confiimint, sous des formes diverses, ce que j'ai dit de l'infection purulente et de la phlébite en 1823, 182i, 1826, 1827. Que l'on compare ce que ces observateurs ont écrit en 1828, 1829 et depuis , avec les descriptions que j'avais données moi-même long-temps avant eux de ce genre de lésions , et l'on se convaincra sans peine que leurs travaux ne font guère que corroborer les miens. Peut-être même serai-je en droit d'ajouter aujourd'hui que les observations microscopiques de M. Donné sur ce point, que les recherches d'un autre genre auxquelles se sont livrés MM. Beauperlhuis, Adet de Roseville, Mandl , etc. , viennent tout-à-fait à l'appui de mon opinion; que les expériences de M. Bonnet et de

(1) Ami. pathologique du co)-ps humain, xp'ivr., in-fol., fig. col.

M. Denis sont dans le même cas; que, tout en niant le passage du pus de la veine enflammée dans le torrent circulatoire , M. Tessier n'en admet pas moins l'infection purulente, et que, seul, je puis m'en tenir sur ce sujet, sans rejeter les travaux de personne , à ce que je soutenais en 1823 et 1826.

Pronostic. Quoi qu'il en soit et de quelque manière qu'on l'explique , toujours est-il que les collections métastatiques , produites par les opérations graves, reconnaissent pour cause Jepassage ou la formation d'une certaine quantité de pus dans la circulation générale , et que le pronostic en est extrêmement fî'icheux. Le nom de tuberculeux que je leur avais donné d'abord n'était relatif qu'à leur forme, et je m'étonne qu'on m'ait attribué la pensée de les comparer aux tubercules pulmonaires sous aucun autre rapport. La marche sourde et souvent rapide de ces lésions permet rarement d'en saisir le début , et fait qu'au moment où leur existence n'est plus douteuse , elles sont en général au-dessus des ressources de l'art. Dès que le chirurgien voit de violents frissons avec altération des traits du visage, une fièvre continue, qu'il y ait ou non des douleurs dans certaines parties du corps , qu'il survienne ou ne survienne pas de diarrhée chez un malade récemment opéré , ou qui porte un foyer quelconque de suppuration avec lésion traumatique , il doit s'attendre aux accidents les plus graves , et craindre que la mort n'en soit le terme inévitable. Toutefois , si de pareils phénomènes jie se renouvelaient que pendant deux ou trois jours , et qu'au bout de ce temps une sueur générale ou quelques autres évacuations critiques vinssent éteindre la fièvre et calmer les dérangements organiques signalés tout ù l'heure , on aurait droit de ne pas perdre tout espoir. J'ai vu plusieurs sujets résister à de véritables tremblements de cette espèce , ainsi qu'aux autres signes d'infection purulente. Les exemples en sont rares , à la vérité , mais il en existe, et le praticien ne doit pas les oublier.

Le /mi^6'/ne«f de l'infeciion purulente n'a rien encore de bien fixe dans ses bases. Les évacuations sanguines, soit pai' la ])hlébot()mie , soit ])ark'S sangsues ou les ventouses , ne conviennent évidemment que dans le principe , et chez les

KTIOLOGIE. JO."*

individus robustes ou plétlioriques , ;\ moins qu'il n'y ait quelques douleurs, quelque indamniation locale bien déterminées. Je les ai mises ou vu mettre en usa{;e et porter aussi loin que possible chez un bon nombre d'opérés, sans jamais avoir pu en constater do véritables avantaf^es. Les malades qui ont été pris d'hémorrhagic, soitparlaplaic,soit par les surfaces muqueuses, ii'ont pas été plus heureux. Les purgatifs donnés de bonne lieure^ m'ont paru réussir quelquefois. Les grands vésicatoires , soit aux jambes , soit aux cuisses , soit sur les points douloureux de la poitrine ou du ventre , méritent aussi de n'être pas dédaignés. Le sulOite de quinine , quand il y a quelques intermissions , et que l'estomac ne semble pas trop irritable , n'est pas non plus sans quelque utilité. Le tartre stibié à haute dose , vanté d'abord par Laënnec , n'a point empêché les malades que j'ai soumis à son emploi de succomber. Il en a été de môme de î'oxide blanc^ d'antimoine à la dose d'un ou deux gros par jour. Quant aux préparations thébaïques, au camphre, à l'éther, à l'acétate d'ammoniaque , et autres substances diffusibîes ou excitantes, elles m'ont semblé précipiter la marche des symptômes , et hâter la terminaison fatale dans plusieurs cas.

En résumé , lorsque les troubles indiqués ci-dessus se manifestent, on doit s'empresser d'attirer les fluides vers la plaie. On l'enveloppe d'abord, matin et soir, d'un épais et large cataplasme de farine de lin posé à nu sur la peau. On applique en même temps un ou plusieurs vésicatoires aux jambes. On donne une légère infusion de tilleul ou de sureau, à boire tiède, comme tisane. Une saignée de huit à dix onces peut être pratiquée , si le pouls a de la force , et que le sujet ne soit point encore affaibli. En supposant que la plaie soit tout-à-fait blafarde , et que les tissus n'offrent plus leur première consistance, il faut , à chaque pansement, la lolionner avec une décoction chargée de quinquina , et la recouvrir de plumasseaux enduits de styrax ou de baume d'Arcaeus mélangé avec le cérat. Ua largo vésicatoire sur le moignon, des scarifications ou des sangsues , s'il se gonflait, s'enflammait , si des traces extérieures de phlébite se manifestaient dès le principe, seraient encore indiqués. La compression à l'aide d'un bandage roulé, de la racine du membre

lOG OPfÎRATIONS EN GÉNÉRAL.

vers la solution de continuité , est également un moyen à tenter tant que l'affection n'a point infecté l'organisme , et qu'elle reste locale. Après ces premiers secours, on peut donner l'eau de Sedlilz purgative ou l'eau de Pullna à l'intérieur, pourvu que la langue conserve de la souplesse et ne soit pas rouge. L'émétique à dose rasorienne ne doit être essayé que plus tard, lorsqu'il survient de la stupeur, du météorisme ou un état fuligineux de la bouche. Le quinquina, soit en décoction, soit en substance, ne convient que dans le cas d'adynamie prononcée. On l'associe à la gomme et à l'eau de riz, quand le dévoiement existe , ou que les voies digestivcs semblent mal disposées à le supporter. Le sulfate de quinine à la dose de cinq à huit grains en une fois, à l'issue de chaque accès, conviendrait mieux s'il y avait intermittence et sueur. Les boissons doivent d'ailleurs varier selon les symptômes dominants et le goût des malades. Des limonades végétales, minérales, les décoctions acidulés de tamarin, etc., seront préférées , si la soif est grande. Des infusions légèrement amères ou aromatiques conviennent dans le cas contraire. Les décoctions de riz, d'orge, de gruau , de ratanhia , la décoction blanche, le diascordium, la gomme kino , le cachou , l'extrait de ratanhia ne sont pas à rejeter non plus , lorsque de nombreuses garderobes existent , qu'une diarrhée abondante épuise le sujet. Au surplus, l'ensemble de ce traitement étant exactement le même que celui de la phlébite et des résorptions purulentes, en général, ne peut être exposé ici que très incomplètement. C'est dans les traités de pathologie qu'il faut en aller chercher les détails. Je n'ai dii en donner que le sommaire , que ce qui était indispensable pour exciter la sollicitude du praticien, et le prémunir contre les dangers d'une fausse sécurité en présence d'une thérapeutique dont l'efficacité est encore si peu certaine.

Pour les détails relatifs aux altérations du sang en général, je ne puis, eu égard à mes propres recherches, que renvoyer aux thèses que j'ai soutenues en!l823 et iS^l^, aux mémoires que j"ai fait insérer dans les Archives de médecine , en 1824, 1826 et 1827, et dans la Revue médicale en 1825, 1826, 1827 , 1829 , ainsi que dans la (Unique des hôpitaux pour l'année 1827.

PETITE CHIRUBGIE JOÏ

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