ARTICLE II
Ciseaux.
(Fig. 8.
Après les pinces, l'instrument le plus indispensable dans Tart des pansements porte le nom de ciseaux. Je n'ai point à parler en ce moment des ciseaux spéciaux destinés à l'opération du bec de lièvre , à la staphyloraphie , à l'excision des tonsilles et de certains polypes , à diverses opérations qui se pratiquent sur les yeux , par exemple. Ceux qui servent aux pansements sont de trois espèces principales: les ciseaux droits (8) les ciseaux courbes sur le plat (9) et les ciseaux courbes sur los bords (10).
Autrefois l'anneau de toutes ces (Fig. lo.) formes de ciseaux était fixé par son centre comme ceux de la pince à panûemeiit sur l'extrémité de la tige ; aujourd'hui les bons fabricants ne les construisent plus ainsi, et c'est en dehors du manche qu'on les trouve placés. Ces instruments, qui, à l'instar des pinces, peuvent être en acier, en argent, ou même en or, doivent être bien tranchants, et ne pas se mâcher. Comme les pièces qu'on place entre leurs lames tendent à fuir sous la pression, le coutelier Méricaut en a imaginé dont un des tranchants (11) offre une infinité de petites dentelures semblables à celles des faucilles , et qui ont pour but d'empêcher ce glissement. C'est une modification dont j'ai essayé l'usage , mais qui ne me paraît que d'une faible valeur. Elle n'empêche pas absolument les tissus de fuir, et la coupe de l'instrument I. 8
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en est rendue un peu moins nette. Le glissement que l'ou-vrier Méricaut veut prévenir est d'ailleurs plus souvent avantageux que nuisible.
Les ciseaux droits ont pour usage de tailler les différentes pièces de linge , de charpie ou d'emplâtre , dont on peut avoir besoin. C'est à eux qu'on a recours aussi pour la section des tissus qui ne doivent pas être divisés avec le bistouri.
On emploie les ciseaux courbes sur le plat pour atteindre les parties exubérantes qu'on veut exciser à la surface de la peau ou au fond de quelque excavation. Ils peuvent encore être utiles pour trouer certaines compresses , et donner une forme particulière à quelques plaies.
Quant aux ciseaux courbes sur le bord , ils ne sontpresque plus employés maintenant. Jadis on s'en servait fréquemment en conduisant leur branche convexe sur la sonde cannelée, ou dans les cavernes , dont on voulait agrandir l'ouverture extérieure ; mais on leur a substitué partout , et avec avantage , les ciseaux droits ou le bistouri.
La manière de tenir les ciseaux n'a pas besoin d'être indiquée; le seul instinct naturel et l'exemple de toutes les femmes suffisent pour la faire deviner. Il en sera d'ailleurs brièvement question à l'article des incisions.
ARTICLE m. — Rasoir.
Presque tous les pansements réclament l'usage du rasoir. Chez l'homme surtout, il est peu de régions du corps où la peau ne soit couverte de poils. Soit qu'il s'agisse d'une solution de continuité , soit que , pour une raison quelconque , on ait besoin d'appliquer un corps gras , un onguent , un emplâtre , etc., sur les téguments , ces poils ou s'aggloméreraient en faisceaux irritants , ou se colleraient aux pièces de l'appareil, de manière à rendre chaque pansement plus ou moins douloureux. On sent d'après cela qu'il est toujours convenable de raser les régions destinées à recevoir les pièces du pansement ou qui doivent subir quelques opérations. Si les habitudes d'autrefois , qui forçaient pour ainsi dire l'élève en médecine à étudier l'art de manier le rasoir chez un perru-
PORTE-CRAYOV. 1Î5
quier,' tendaient travilir la profession du chirurf;ien , celles d'aujourd'hui , qui n'a.strei{Tneut l'étudiant à aucun exercice de co genre , n'ont-elles pas l'inconvénient de le rendre moins adroit?
ARTICLE lY. — Spatules.
La spatule est une lame métallique (12) légèrement courbée en sens opposé et sur le plat à ses deux extrémités. Celle que nous employons généralement en France se termine d'un côté par un bec en forme d'clévatoire dont on se sert comme d'un levier du premier gonre pour déplacer quelques corps durs ou-tcomme d'un grattoir. La partie opposée représente^ une plaque en feuille de sauge, à bords un peu-^ mousses, et taillée en d'os d'âne du côté de sa concavité.
Les usages de la spatule sont de tendre et d'égaliser partout oii on les place les topiques de consistance molle. On l'emploie encore pour décoller les emplâtres ou autres objets qui peuvent adhérer à la peau , pour débarrasser celle-ci des croûtes , des matières graisseuses et de toutes les saletés dont il est bon de la dégarnir.
Feuille de myrte et spatule anglaise. Autrefois la plaque de la spatule ressemblait plutôt à une feuille de myrte dont quelques chirurgiens lui avaient donné le nom ; mais sous cette forme elle rendait évidemment moins de services que la spatule moderne, et même que la spatule anglaise (13). A
Spatule camielée. Afin d'en augmenter encore l'utilité, M. Vidal (de Cassis) a imaginé de creuser la spatule d'une cannelure sur sa concavité (14). Avec cette forme , elle devient un excellent conducteur dans le cas de débridement des hernies étranglées.
ARTICLE V. — Porte-crayon.
Les circonstances qui réclament l'emploi du nitrate d'argent en chirurgie sont
Ii6 ART DES PANSEMENTS.
si nombreuses que cette substance est presque aussi nécessaire dans la trousse de l'élève que la spatule et les pinces. Etant préparé en petits cylindres , fragile, susceptible de tacher le linge ou la peau , le nitrate d'argent avait besoin d'être caché dans un instrument protecteur. Cet instrument, sorte d'étui en ébène , en ivoire, en argent ou en or, renferme une espèco de tube fendu qu'on ouvre ou qu'on ferme à l'aide d'un petit anneau coulant , et dans lequel doit être fixé le cylindre caustique (15), Certains porte-crayons sont d'ailleurs beaucoup plus compliqués ; mais alors ils ont pour but de se transformer à volonté en crayon à écrire ou en porte-plume, et ils présentent vers leur tête une seconde cavité où l'on tient en réserve quelques fragments de nitrate d'argent. C'est vers le milieu de la trousse que cet étui fermé trouve généralement sa place. On ne doit jamais l'y placer après avoir mouillé le nitrate sans l'avoir soigneusement desséché ; autrement le sel caustique qu'il renferme se décomposant pourrait altérer les pièces voisines. On s'en sert, après l'avoir débarrassé de son étui , en saisissant le porte-crayon comme une plume à écrire. On en touche d'ailleurs les parties à réprimer ou à exciter , en suivant des règles qui ne pourront être convenablement indiquées qu'une à une dans les articles spéciaux.
ARTICLE YI. ~ Stylets.
^ le»". Stylets ordinaires.
Le stylet est une tige en métal destinée à explorer le fond des blessures , ou les trajets un peu profonds qu'on trouve au-dessous dos solutions de continuité de la peau. Presque tous les stylets sont boutonnés , c'est-à-dire que l'une de leurs extrémités se termine par une petite tête arrondie; quelques uns cependant sont purement cylindriques (16) et se terminent par une extrémité simplement émoussée. 11 convient qu'ils soient assez souples pour prendre sans peine les différentes courbures que l'on peut avoir besoin de leur donner ; aussi les stylets en fer valent-ils infiniment