LITS
Il importe que le lit d'un blessé soit assez ferme pour ne pas se laisser aisément déprimer; en sorte qu'on en garnit le fond d'une épaisse paillasse, à moins qu'on ne puisse se procurer certains matelas élastiques qui ont été introduits depuis quelques années dans le commerce. Au-dessus de ce sommier mécanique ou de la paillasse , on place un ou deux matelas ordinaires, et non un lit de plume. S'il était nécessaire d'avoir encore plus de solidité , d'éviter toute saillie et toute espèce d'enfoncement sur le plan qui doit supporter la partie blessée , on pourrait , ainsi que cela se pratique encore quelquefois pour les fractures des membres inférieurs , glisser une planche de bois entre le matelas et la paillasse. Mais il est rare que cette dernière précaution soit indispensable, et le chirurgien ne doit point perdre de vue qu'une trop grande dureté du lit fatigue et gêne le repos des malades.
Si le chirurgien avait constamment à sa disposition un nombre suffisant d'aides ou d'hommes capables de le bien comprendre , le lit dont il vient d'être question pourrait suffire à toutes les indications. Mais comme le contraire se rencontre assez souvent, comme il est essentiel de pouvoir changer avec le moins de dérangement et de secousses possibles certains malades , on a Imaginé des lits mécaniques spéciaux, qu'on pourrait appeler lits chirurgicaux. Parmi ces lits, il en est deux qui se distinguent aujourd'hui de tous les autres : celui de Daujon et celui de M. NicoUe.
Le ht Daujon est une sorte de fond sanglé , supporté par quatre cordes qui le suspendent à autant de poulies , et qu'on peut soulever soit en totalité , soit du côté de la tête, soit du côté des pieds, soit par l'un de ses angles ou par l'autre, soit par le côté droit ou par le côté gauche seulement. Offrant en outre une pièce, une espèce de coussin mobile vers le siège , il permet au malade d'aller à la garderobe sans le moindre déplacement. Sa simplicité et les avantages réels qu'il procure aux malades , en ont singulièrement généralisé l'emploi depuis vingt-cinq ans.
Il n'en est pas moins vrai que le lit nouvellement imaginé
par M. Nicolle est encore manifestement plus avantageux. Avec celui-ci, en effet, on peut avoir successivement , d'une manière momentanée ou permanente , tous les agréments d'une chaise, d'un fauteuil, d'un plan plus ou moins incliné dans telle direction qu'on veut; on en élève et ou en abaisse le chevet ou le pied, sans être obligé d'incliner le reste du corps ; avec ce lit , on déplace telle partie ou telle autre sans difficultés , et rien n'est plus commode pour les malades qui souffrent, et qu'on tient à ne pas remuer.
Beaucoup d'autres lits mécaniques ont été inventés ; mais ceux de Daujon et de M. Nicolle paraissent réunir jusqu'ici ce qu'il y a de mieux en ce genre.
ARTICLE VIII. — Cerceadx.
Lorsque le pansement est terminé , il est parfois utile de soustraire la partie blessée à la pression des draps ou des couvertures. En pareil cas , on se sert d'instruments connus sous le nom de cerceaux, et qui ont pour but d'écarter de l'appareil tous les objets environnants. Dans les campagnes, ou quand il faut fabriquer soi-même sur-le-champ, ou obtenir vite un cerceau, on emploie généralement un cercle de tonneau coupé sur l'un de ses points; ce cercle permet d'en écarter les deux extrémités pour les fixer entre les bords du lit et les côtés de la paillasse ou du matelas; tandis que le cerceau ordinaire (71) repose simplement surlelit. On a ainsi
(Fig. 71.)
un grand ou un petit arc (72) qui soutient très bien les couvertures dont on veut entourer le malade, et qui laisse
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comme dans un vide la partie blessée an-dessous. S'il ne suffisait pas d'un arc ainsi disposé, rien ne serait facile comme d'en placer un second ou même un troisième à quelque dis~ tance au-dessus.
Le cerceau préparé comme en 71 et 72 n'est en réalité que le précédent régularisé. On le fait avec des tiges de métal ou quelques plaques de boissellerie unies à l'aide de traverses un peu plus solides , de manière à représenter deux ou trois arcs fixés ensemble et qui doivent reposer par leur base sur le matelas de chaque côté du membre lésé ; d'autres cerceaux représentent plutôt une espèce de carré (73) , de
même qu'on en fabrique de la figure d'une sorte de boîte ou de cage. L'important est qu'ils soient de hauteur , de largeur et de longueur suffisantes pour bien isoler et bien protéger là partie malade. Gri conçoit ri resté que les cerceaux doivent être dépourvus de toute espèce de traverse à leur base , afin qu'on puisse les enlever ou les déplacer sans être obligé d'ébranler le reste de l'appareil.