‹ Nouveaux éléments de médecine opératoire, accompagnés d'un atlas ... représentant les principaux procédés opératoires et un grand nombre d'instruments de chirurgieChapitre 69 sur 209 · BANDAGES · texte numérisé non relu

BANDAGES

La définition du mot bandage serait assez difficile à donner aujourd'hui. On se sert presque indifférement en effet des mots bandage et appareil pour désigner la même chose. Cependant il semble qu'on devrait plutôt entendre par appa-

reil l'ensemble des pièces dont on peut avoir besoin pour un pansement , tandis que le mot bandage s'appliquerait aux pièces contentives seulement ou bien à la totalité des objets du pansement après leur fixation définitive.

Quoi qu'il en soit, les bandages sont destinés à fixer, à retenir en place les diverses parties d'un pansement ou d'une région malade. Du reste, les bandages ont été divisés presqu'à l'infini par les chirurgiens , selon le but qu'on se propose en les employant, ou la forme , la figure qu'ils présentent. Il en est qui , remplissant une indication générale , s'appliquent partout et méritent le titre de bandages généraux. Les autres, ayant plutôt été imaginés pour certaines parties ou pour certaines régions, prendront le nom de bandages spéciaux. ^

ARTICLE I<^^ — Bandages généraux.

On trouve dans les ouvrages qui traitent de cette matière , des bandages unissants, préservatifs, divisifs, expulsifs, compressifs, rétentifs , suspensifs, contentifs; mais il est évident qu'une foule de bandages remplissent à la fois la plupart, de ces indications. Il n'en est aucun, par exemple, quijne.^oit préservatif et autre chose à la fois.

Le bandage unissant, qui a pour but de rapprocher les parties divisées ; le divisif, qui tend à les écarter ; le rétentif, qui s'oppose à leur issue ; Vexpulsif, qu'on emploie pour les chasser , exercent tous en même temps un certain degré de compression , et rentrent par conséquent plus ou moins dans le bandage cotnpressif.

Le suspensif, qui est destiné à soutenir mollement les parties naturellement pendantes , est en outre préservatif et contentif. Ce dernier , qui a pour but de fixer les autres pièces du pansement , se trouve également compris dans fous les autres. Il diffère du bandage compressif cependant en ce qu'il n'a d'autre usage que d'empêcher le déplacement des parties. Tous ces bandages i)euventêtre exécutés à l'aide de bandes ; c'est même de là qu'en est réellement venu le nom. Quelques uns d'entre eux peuvent être faits avec de simples pièces de linge ou des compresses , de même qu'il en est

BANDAGE CONTENTIF. 169

quelques autres dans lesquels on fait entrer des rubans, des lacs ou des cordes. Certains bandages, tels que ceux qu'on emploie pour contenir les hernies , par exemple , renferment encore d'autres objets , tels que des ressorts en acier , des plaques de cuir , de gomme élastique ou de caoutchouc , etc. Du reste, les anciens avaient tellement multiplié le nombre des bandages, qu'on a fini par s'y perdre, et que de nos jours on semble être tombé dans l'extrême opposé. S'il est vrai qu'il soit inutile de conserver cinquante espèces de bandages pour la tête seulement , comme du temps de Galien , il est sûr néanmoins que l'élève qui sait faire convenablement les bandages utiles , panse mieux et plus vite , est plus utile aux blessés que celui qui agit sans règle et sans principes.

Il ne faut point sacrifier l'utile à l'agréable dans l'application d'un appareil ; mais, s'il est possible de donner au bandage quelque élégance, tout en le rendant meilleur , pourquoi ne le ferait-on pas? Si le chirurgien tient à manier les objets dont il se sert avec plus d'adresse que les gens du monde, pourquoi ne chercherait-il pas à se distinguer aussi du vulgaire dans la pratique des pansements ?

§ I. Bandage contentif.

Plus employé qu'aucun autre, le bandage contentif s'applique partout. Autour des blessures , il s'entend d'une compression très modérée, qui n'a d'autre but que de fixer en place , en les rendant immobiles , les compresses , la charpie , etc. Ce bandage représente tantôt une spirale autour du membre (74), tantôt des losanges ou une double

(Fig. 74.)

spirale croisée (75) comme le faisaient souvent les anciens , tantôt un véritable bandacre roulé.

Après la réduction des luxations , c'est un bandage contentifque l'on applique : presque tousles bandages herniaires sont dans le même cas ; on peut en dire autant de certains pessaires perlés dans le vagin , et de quelques pelotes qu'on tient dans l'anus. Beaucoup d'appareils à fracture sont également des bandages contentifs. Il n'y a guère, à proprement parler, en chirurgie, que le bandage contentif et le bandage compressif.

§ II. Bandage compressif.

On donne Vépithète de compressif au bandage toutes les fois qu'outre son action contentive, il doit réagir sur quelques points de la région malade au point de la déprimer, d'en rapprocher quelques unes des lames. Ce bandage comprend le bandage compressif simple , le bandage expulsif , le bandage rétentif , le bandage unissant et le bandage divisif. A son aide on exerce une compression tantôt circonscrite, tantôt diffuse , souvent partielle , quelquefois générale sur la circonférence d'un membre.

Lorsque la compression ne s'exerce que sur un cercle de la partie , elle prend le nom d'étranglement ou de ligature. Du reste, la compression en général a pour but de refouler les liquides àl'intérieur, et d'en modérer l'afflux dans la partie, d'aplatir, de réprimer les végétations , les tumeurs, de mettre en contact des parties qui tendent à rester séparées , de chasser les produits pathologiques des clapiers, des points déclives où ils tendent à s'accumuler, d'en retenir d'autres dans les cavernes où l'on vient les rassembler, d'arrêter

BANDAGE KOULlî. 17Î

OU de suspendre la circulation dans certains troncs vasculaires, de mortifier la peau en produisant une escarre sur quelque point. Mais le bandage comprcssif peut, comme le bandage contcntif , revêtir une infinité de formes diverses. Ainsi , c'est sous forme de bandage circulaire , de bandage roulé , de bandage croisé ou de bandage récurrent, de bandage en T, de bandage en croix , de suspensoir, de froiî.dc ou de bandages spéciaux qu'on l'emploie.

§ III. Bandage circulaire.

' Si , avec une bande plus ou moins large, on fait autour d'une partie quelconque plusieurs circulaires (76) qu'on y laisse à la manière d'un collier, (Fig. 76.)

comme cela se fait quelquefois au poignet et au bras , au bas de la jambe et au-dessous du genou, à la partie inférieure de la cuisse et au cou , soit pour le pansement de quelques plaies, soit pour le pansement des vésicatoires ou des cautères, le bandage prend le titre de bandage circulaire; c'est encore par lui que l'on commence une infinité d'autres bandages ; mais il perd aussitôt alors son nom primitif.

Seul, le bandage circulaire convient à toutes les régions en forme de gorge, c'est-à-dire à toutes les parties du corps qui augmentent de volume au-dessus et au-dessous de la région qu'on a besoin de panser. Comme bandage comprcssif, il ne convient presque nulle part, attendu que son action se transforme promptement en une sorte d'étranglement ; alors , du moins , il faudrait lui associer le bandage roulé,

§ IV. Bandage roulé.

Le plus commun de tous les bandages, le bandage roulé, est en quelque sorte aux pansements ce qu'est le bistouri à

la médecine opératoire ; aussi le décrirai-je avec plus de détails qu'aucun des autres.

On entend par bandage roulé une série de tours de bande qui se recouvrent de la moitié ou des deux tiers, et qui , par leur ensemble , constituent une sorte de bas ou de guêtre.

Ce bandage remplit toute sorte d'indications; souvent il n'est que contentif , d'autres fois il est unissant ; il peut être également divisif , expulsif , rétentif; mais l'indication qu'il remplit le mieux est la compression.

Pour bien appliquer le bandage roulé, il faut s'être exercé souvent à manier convenablement les bandes.

A. Règles qui doivent présider à l'application des bandes en général.

La bande roulée à un globe , presque la seule dont on se serve aujourd'hui , doit être saisie d'une main par les deux extrémités de son axe. Son extrémité ou son chef libre , qu'on a quelquefois la mauvaise habitude d'attacher au reste du globe par plusieurs points d'aiguille dans les hôpitaux, doit être appliquée par sa face externe sur le point opposé à celui qu'occupe la blessure. Pendant que les doigts ou le pouce de la main gauche retiennent ce chef en place , la main droite tire modérément sur le globe pour le dérouler en parcourant la circonférence du membre.

Pour que le chef libre de la bande ne puisse ni glisser, ni se déranger, il est bon de le fixer par deux ou trois circulaires , ou , ce qui me paraît mieux , de le replier sur le premier tour, afin de l'envelopper par le second et de n'avoir plus à s'en occuper ensuite. En continuant de dérouler le globe de la bande , il faut avoir soin de ne l'écarter de la surface cutanée que le moins possible , et de ne jamais en dérouler à la fois plus qu'il n'en faut pour la moitié d'une circulaire.

On procède ainsi jusqu'à ce que le globe de la bande soit épuisé, jusqu'à ce que le chef central en soit devenu libre. Dès lors, on n'a plus qu'à fixer celui-ci; c'est ordinairement à l'aide d'épingles qu'on termine l'opération.

Dans ce cas, on peut s'y prendre de trois manières : 1» avec une seule épingle sur le milieu de la longueur de ce bord , on l'attache aux circulaires sous-jacenies; alors Tépingle doit constamment avoir la tôte tournée du côté libre du bord; autrement elle tendrait sans cesse à se déplacer, et sa pointe ne manquerait pas de redevenir libre d'un pansement à l'autre; 2*' si la bande a plus de deux travers de doigt de large, le bord de son extrémité libre , n'étant fixé que par le milieu, ne manque pas de se rebrousser vers les angles et de donner un aspect désagréable au bandage. Il vaut , en conséquence , mieux placer une épingle près de chaque extrémité de ce bord (77) , ou bien en renverser en (Fig-'î's.) dedans les deux extré-

f^ mités, afin de le trans-

\ ^ former en triangle ,

qu'on fixe par la pointe (78) , comme dans le premier cas. >

3o Quelques personnes préfèrent attacher deux cordons au bout de la bande dans le but de fixer celleci par une rosette à la manière des rubans. Lorsque la bande est étroite, comme celle qui est employée pour les doigts, ^'S- '^^•'' par exemple, il est facile, en

fendant son extrémité libre dans l'étendue de quatre à six pouces, de la transformer ainsi en deux cordons qui tiennent lieu de rubans, et qu'on a soin de retourner l'une au-dessous de l'autre (79) avant de les nouer.

4o Du reste, l'élève doit ne point oublier qu'en plaçant les épingles en travers (80), ou la tète du côlé du plein de la (Fig. 81.) (Fig. 80.) bande ( 81 ) , il

prouve qu'il n'a jamais étudie l'art des bandages.

En déroulant une bande , on fait l» des circulaires , lorsque les tours s'en superposent directement ; 2" des portions de spirale , lorsque , agissant sur une partie conique , on suit d'un bout à l'autre la surface du membre en faisant porter perpendiculairement sur elle tous les points de la face externe de la bande ; 3 ' Ces tours , qui portent aussi le nom à'ohliques , et à l'aide desquels on fait des bandages croisés , prennent le titre de àoloires lorsqu'ils se recouvrent l'un l'autre d'un tiers, des deux tiers ou de la moitié.

Pour faire comprendre la manière d'appliquer le bandage roulé , je supposerai qu'il s'agit du membre inférieur. Il faut se procurer une bande de longueur convenable, roulée à un globe , large de trois travers de doigt , sèche ou mouillée , selon l'indication , et commencer par en entourer le pied. Si le chirurgien est accompagné d'aides, l'un d'eux s'empare du talon avec une de ses mains, et de l'extrémité digitale du pied avec l'autre, pendant qu'un second aide, placé du côté du bassin du blessé , soutient le jarret ou la partie inférieure de la cuisse , de manière que la totahté de la jambe soit assez élevée pour permettre de passer librement autour d'elle les différents tours du bandage. Si on manquait d'aides, il faudrait que le talon du malade put être appuyé sur le genou du chirurgien , sur le bord d'une chaise ou de quelque autre pièce isolée. Ces précautions étant prises , on jette le chef libre de la bande sur l'une des malléoles , la malléole Tfixterne s'il s'agit du membre droit , la malléole interne s'il «"agit au contraire du membre gauche , en supposant toutefois que le chirurgien se serve plus volontiers de la main droite que de la main gauche. Arrêtée sur ce point par la main gauche , la bande est entraînée par sa face libre sur le dos , sur le bord interne , sur la plante du pied, et ramenée vers la racine du petit orteil. On fait dès lors une première , puis une secondecirculaire qui cache les deux tiers de la première, •puis unetroisième.puis une quatrième, en suivant les mêmes règles jusrprà ce qu'on ap[)rochc du cou-de-picd. Ici la bande «est reportée par le côté interne , et ramenée par le côté externe autour du bas de la jambe, au niveau ou un peu au-

dessus des malléoles, de manière à ce que les tours du pied représentent des 8 de chiffre en y joignant ceux de la jambe.

Ici, des difficultés que l'habitude seule apprendà vaincre se présentent. Les malléoles et le talon forment trois saillies que séparent des anfractuosités inégales. Si le bandage roulé doit être purement contcntif , on peut passer outre sans inconvénients réels; mais pour peu qu'il exerce de compression, ces régions doivent en être également enveloppées ; le meilleur moyen alors est d'employer une bande collée. De cette façon, on déroule toujours la bande perpendiculairement aux surfaces , et les renversés , qu'on est obligé de l'aire pour en changer la direction n'ayant plus de tendance à glisser, permettent de ne laisser aucun vide, de recouvrir sans peine tous les points de la région.

En supposant qu'on ne voulût pas recourir aux linges imbibés de colle , il faudrait fixer la bande à mesure qu'on la déroule , aux tours qu'elle tend à recouvrir , et cela en se servant d'épingles à chaque circulaire dont on veut changer la direction.

Du reste , il existe là un écueil dont les jeunes chirurgiens doivent être prévenus; c'est que le cou-de-pied représente , depuis le métatarse jusqu'à la racine des malléoles , une sorte de gorge qui reçoit nécessairement un grand nombre de doloires , et qui , représentant le point de départ d'une foule de rayons compressifs , semble accumuler sur elle une dose plus considérable de compression qu'aucune autre partie des environs. Aussi est-ce là que les malades ressentent principalementde la douleur; que des phlyctènes, des escarres, la gangrène s'établissent, si le bandage n'a pas été convenablement appliqué. 11 faut donc s'y prendre de manière à comprimer le moins possible sur cet endroit , et s'attacher à ne pas y concentrer les différents tours de bande qui doivent envelopper le talon. C'est un point de pratique sur lequel je ne saurais trop insister, tant il m'est arrivé souvent de le voir négligé parles élèves, même les plus instruits.

Renversés. Avant d'arriver jusqu'au cou-de-pied, et surtout pour continuer le bandage du côté de la jambe , on est

i'^B ART DES PANSEMEJîTS.

obligé de faire des renverses (82). Dans l'art des bandages

;Fig. 82.)

on donne le nom de renversés à un pli qui fait que le bord supérieur de la bande devient inférieur, et que sa face externe devient interne. Pour être le moins nuisibles possible , ces renversés doivent être brusques, afin que le bord oblique qui en résulte n'ait pas beaucoup plus de longueur que la bande n'est large ; autrement il représenterait une espèce de corde qui blesserait les parties en rendant la compression inégale. Pour faire ces renversés, soit de haut en bas, soit de bas en haut, suivant le lieu où on les applique, le chirurgien fixe le dernier point déroulé de la bande à la surface du membre, pendant que de l'autre main, qui n'a étalé le globe de cotte bande que dans une très petite étendue, la tourne subitement sur elle-même , sans la tirer, comme pour en croiser les deux bords. Cela fait , il continue à la dérouler jusqu'à ce qu'elle soit revenue au même point, en suivant les règles indiquées plus haut, et de manière à renouveler la même manœuvre un certain nombre de fois si la forme du membre l'exige.

Ces renversés sont indispensables partout où les parties se rapprochent de la forme d'un cône. En effet , que ce soit au

Page 1