PANSEMENTS PAR LES IRRIGATIONS
adhésion immédiate des lèvres de la plaie. C'est , en somme, un genre de pansement utile à conserver , mais qui ne mérite pas tous les éloges qu'on lui a prodigués depuis Schmucker, et qu'il a reçu tout récemment parmi nous. .i.»:^
ARTICLE VI. — Pansements par les irbigations, '^^ Pour rendre l'effet des imbibitions froides plus égal et encore plus efficace, on a imaginé les irrigations. Le pansement alors se compose de quelques linges simplement étalés sur la région malade , et de légers courants d'eau , tombant sans discontinuer soit sur les linges , soit entre les linges et la blessure. On a pour cela un vase, un réservoir quelconque, tels qu'une bassine, un seau, un petit tonneau, qu'on suspend soit au lit , soit sur quelque meuble ou quelque appui du voisinage, au-dessus du plan qui supporte le corps. Un robinet aboutissant à un nombre variable de tubes , soit en gomme élastique , soit en fer-blanc, est fixé près du fond de ce premier vase ; le tube ou les tubes se prolongent jusqu'au niveau de la partie blessée, de manière à laisser tomber sur elle, par goutte ou par filet mince, Veau contenue dans le réservoir (137). Si la région malade est très circon-
(Fig. 137.)
scrite«un seul tube suffit. Dans le cas contraire, on les multiplie plus ou moins, mais de manière à ne pas laisser entre eux plus de trois à quatre pouces , à ce que le liquide puisse tomber sans cesse sur les principaux points enflammés.
Pour obtenir de ce pansement tous les avantages possibles, il faut que l'irrigation soit réellement continue, c'est-à-dire qu'elle ne soit point suspendue et reprise par saccade ; qu'elle se fasse tantôt par goutte, tantôt par jet , selon le degré de froid que l'on tient à produire; que la température du liquide soit tantôt au-dessous , tantôt au-dessus de la température atmosphérique, suivant qu'il s'agit d'éteindre ou simplement de modérer l'inflammation. C'est, en Ci>nséquence, un appareil qui a besoin d'être surveillé avec soin, dont il ne faut point laisser le réservoir se vider en entier, et qui nécessite de la part du malade une assez grande docilité.
Les irrigations continues , mises en vogue chez nous par Josse d'Amiens (1), souvent employéesdepuissousla direction de MM. Bérard (2) , Breschet (3), Cloquet, et autres, à Paris [k), ont aussi été mises en usage plusieurs fois par moi. Josse les regarde comme le remède souverain des fractures et des luxations compliquées, dt l'érysipèle simple, de l'érysipèle phlegmoneux, du phlegmon, des plaies contuses, et généralement de toutes les blessures qui peuvent se compliquer d'inflammation grave. M, Bérard jeune et M. Bérard aîné en ont étendu l'usage à plusieurs maladies des articulations , et notamment à certaines variétés de tumeurs blanches. Je n'ai, quant à moi, qu'une confiance médiocre dans l'efficacité de ce genre de pansement. J'ai vu dès le principe, et je l'ai dit souvent dans mes leçons, que pour être réellement héroïques , les irrigations continues exigeaient des soins et une attention qu'il est presque impossible d'obtenir dans les grands hôpitaux; que, sans cela , elles exposaient à des alternatives d'actions et de réactions , de chaud et de froid , ca-
(1) Mélanges de cliir. pratique, etc., 1835.
(2) yirch, gén. de méd., 2' série, t. VII , p. 5 et 317.
(3) Roberty, Thèse, n» 323. Paris, 1836.
(3) Gaz. méd. de Parts, 1832 , p. 676 i Bullel. de ihérap., 1834 ; Journ. des conn. mid, çt çhir., U I et II; ThUç de Paru, 1835-1836.
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pables d'aggraver singulièrement les blessures ; qu'en mouillant outre mesure le lit ou les vêtements du malade, elles devenaient cause déterminante de rhumatisme ou d'affection de poitrine sérieuse. J'ai vu aussi qu'elles déterminaient facilement la morlilication des parties lorsque la plaie est accompagnée de grands décollements , ou qu'elle occupe quelque partie des doigts de la main ou des extrémités en général. J'ai vu enfin que, tout en prévenant ou diminuant la rougeur de la peau, le gonflement des tissus plus profonds, elles masquaient souvent l'inflammation plutôt qu'elles ne la prévenaient ou l'éteignaient; qu'elles n'empêchaient point alors les fusées purulentes, et qu'il en résultait en dernière analyse une suppuration fluide de mauvais aspect, un état général plus grave et une disposition des plaies moins favorable à la cicatrisaiion que par les autres sortes de pansements. Au total , les irrigations continues ne m'ont paru bonnes que dans les inflammations de la peau ou souscutanées , avant l'établissement de la suppuration j après cette première période , elles entraînent plus d'inconvénient qu'elles n'off'rent d'avantages. Les simples imbibitions peuvent en conséquence leur être substituées sans danger là oii la maladie ne semble pas permettre l'emploi des onctions mercurielles à haute dose , du bandage compressif ou des grands vésicatoires volants. Je crois pouvoir prédire, d'après ce que j'ai observé, que les irrigations continues ne resteront dans la pratique qu'à titre de pansements exceptionnels et pour un petit nombre de cas particuliers.
Du reste , c'est un genre de traitement dont les éléments datent déjà de loin. J'ai vu dans plusieurs traités de médecine populaire , j'ai appris des gens du monde dans mon jeune âge, et j'ai vu sur moi-même que les courants d'eau naturelle constituaient un traitement pour certaines inflammations , et surtout pour les ulcères des jambes. C'est ainsi que , pour une affection de ce genre , je suis allé pendant près de six semaines recevoir sur la jambe , de deux à quatre heures par jour, à l'âge de quinze ans , l'eau qui faisait tourner la roue d'un moulin , et que les paysans de mon village allaient placer leurs membres en travers sous le cours rapide de certains ruisseaux de fontaine.
' ARTICLE VII. — Pansements par l'air ciiadd. Un jeune médecin fort ingénieux et doué de connais» sances physiques étendues, M. J. Guyot, a proposé depuis quelques années un mode de pansement tout-à-fait opposé au précédent. M. Jules Guyot veut en effet que les plaies ou les solutions de continuité en général restent à sec et sous une température de 25 à 40 degrés. Pour cela il renferme la plaie ou la partie malade dans une sorte de boîte qu'on ferme hermétiquement et dont on tient l'air échauffé au degré convenable à l'aide d'un tube et d'une lampe. Il faut, pour remplir les intentions de M. Guyot, que la température de l'espèce d'étuve où la plaie se trouve renfermée soit à peu prés toujours la même, et généralement un peu plus élevée que la température naturelle du corps. Quelques essais de ce pansement ont été faits dans mon service à l'hôpital de la Charité ; mais ils n'ont été ni assez multipliés ni assez variés pour me permettre d'en apprécier exactement la valeur. Je crains seulement, d'après le peu que j'ai vu , que l'efficacité d'un pareil traitement ne soit pas en proportion de la gêne qu'il occasionne , des attentions qu'il exige et des dépenses qu'il entraînerait.
i ARTICLE VIII. — Pansements avec les liniments.
Le pansement avec les liniments est tellement simple qu'on l'abandonne presque toujours aux malades eux-mêmes ou aux personnes chargées de les soigner. On entend sous ce nom un topique liquide , qui a l'huile pour véhicule, et certaines substances médicamenteuses actives pour élément efficace. C'est ainsi qu'on fait des liniments avec l'huile d'olive, l'huile d'amande douce, etc. , auxquels on ajoute tantôt du camphre , tantôt de l'ammoniaque , tantôt quelques préparations d'opium, tantôt du phosphore , tantôt du savon, de l'èther, de l'extrait de belladone ou de jusquiame , etc. , etc. Certains composés dans lesquels il n'entre pas d'huile ont aussi pris le nom de liniment. C'est ainsi que le mélange d'onguent d'Aithéa, de camphre et de laudanum de Sydenham , que la dissolution d'une certaine quantité de camphre ou d'ammoniaque dans un jaune d'œuf, sont prescrites à titre de liniment, bien que l'huile en soit exclue. - - j,
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Leslininients s'appliquent en onctions ou en frictions, deux ou trois fois le jour. On en imbibe un morceau de flanelle ou d'étoffe de laine qui sert à frotter doucement la partie , et qu'il est souvent utile de laisser sur elle d'un pansement à l'autre. Quelquefois aussi on en enduit simplement la région malade avec les doigts, par exemple quand il s'agit d'un liniment qui ne renferme pas d'huile. On place ensuite par dessus soit un linge souple, soit un morceau de flanelle, soit un papier brouillard.
ARTICLE IX. — Pansements par les EMBRocATiONg.j
Les embrocations ne diffèrent des liniments que par de faibles nuances. Ce sont des pansements à l'aide de différentes sortes d'huiles chargées de certains principes médicamenteux qu'on étale sur la peau, et qu'on y retient au moyen de linge ou de pièces d'étoffe. C'est ainsi que le pansement avec une pièce de flanelle imbibée d'huile de camomille camphrée ou de toute autre , et déposée sur l'abdomen , porte le nom d'embrocation. Il en est de même des onctions huileuses qu'on fait ou sur la face, ou sur les seins, ou sur toute autre région du corps et qu'on a besoin de renouveler souvent. Du reste les embrocations, qui ne sont guère que des liniments en grand, pourraient à la rigueur s'entendre aussi de certaines applications alcooliques ou éthérées à la surface du corps.
ARTICLE a, — FoMnNTATioNs.
Quand on cherche à réchauffer une partie', ou bien à maintenir autour d'elle une température douce , égale , au moyen de corps chargés do calorique , on pratique une fomentation. Le fer à repasser, la brique préalablement chauffée et enveloppée de linges, puis déposée près des membres, servent à faire des fomentations. 11 en est de mémo dos boules d'eau chaude , des flanelles, des serviettes et de toute autre pièce de linge que l'on chauffe, et que l'on applique ensuite soit sur le tronc, soit sur les membres. C'est donc encore un genre de pansement dont on charge les gardes* malades ou les personnes souffrantes elles-mêmes. Toutefois, il y a aussi des fomentations humides qui consistent en des pièces de linge ou d'étoffe imbibées de liquide simple ou
médicamenteux , à l'aide desquels on a quelquefois pour but de remplacer les cataplasmes. Ces liquides, qui sont tantôt de l'eau pure , tantôt des décoctions ou des infusions émollientes , toniques, astringentes, résolutives, irritantes, narcotiques, ou de toute autre nature, sont employés tièdes ou même un peu chauds, et servent à faire un pansement qui ne diffère pas assez des imbibiiions pour mériter d'en être plus longuement distingué ici.
ARTICLE XI. — Lotions.
Les lotions forment à elles seules certains pansements, ou bien elles constituent une des parties de plusieurs sortes de pansements. C'est une manière d'employer les liquides à l'extérieur. Ainsi on lotionne , c'est-à-dire qu'on lave plusieurs fois le jour le devant des yeux malades avec les collyres laudanisés, belladones, saturnés, etc. On lotionne de la même façon la plupart des plaies, des solutions de continuité en général , ou même des surfaces enflammées , soit avec de l'eau tiède, soit avec de l'eau de saturne, soit avec quelque liquide médicamenteux, chaque fois qu'on jes découvre et avant de les panser de nouveau. Il importe, en faisant les lotions, de ne pas enlever trop exactement les matières plastiques qui tendent à se concréter sur le fond ou vers la circonférence des plaies, et de n'y insister que pour nettoyer les surfaces des matières irritantes qui pourraient y être attachées.
ARTICLE XII. — Gargarismes.
Les liquides, soit simples , soit médicamenteux , à l'aide desquels on se lave ou lotionne le ^pharynx ou même la bouche, se prescrivent sous le nom de gargarisme. Un gargarisme se compose ordinairement de 4 à 6 onces de liquide, et le malade doit s'en servir de quatre à six ou huit lois par jour, afin d'user dans les vingt-quatre heures la quantité de liquide dont je viens de parler. Le malade s'en remplit d'abord la bouche; renversant ensuite la tête en arrière, il force le liquide à gagner le pharynx pendant qu'il chassie a\ec lenteur et par saccade l'air qu'une longue inspiration avait accumulée dans les poumons. Cette expiration , empêchant le liquide de
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descendre, lui imprime de légères secousses et détermine un certain bruit qui indique un lavage particulier des parties. Le gargarisme se combine souvent avec ce qu'on pourrait appeler reniflement ou lavage des narines. Les liquides employés , soit en lotion, soit en gargarisme , peuvent être renifles , portés ainsi à travers les fosses nasales jusqu'au pharynx et rejetés par la bouche ; de même qu'introduits par la bouche dans le pharynx , ils peuvent être refoulés et rejetés au dehors à travers les narines.
ARTICLE Xin. — Collutoire».
Les collutoires sont des médicaments de consistance liquide ou sirupeuse, principalement destinés aux maladies de la bouche ou du pharynx , c'est-à-dire des médicaments qu'on porte à l'aide de pinceaux de charpie, de linge ou d'épongé , sur les différentes régions ulcérées ou enflammées de la membrane muqueuse bucco-pharyngienne.Du reste les gargarismes , les reniflements et les collutoires s'emploient presque toujours froids ; ce sont , en définitive, des lotions , des fomentations ou des lavages des cavités nasales, pharyngienne et buccale.
ARTICLE XIV. — Fumigations.
Le pansement par les fumigations offre un assez grand nombre de variétés , et quant à la nature des substances employées , et quant à la manière de les conduire sur les parties. Tantôt c'est de l'eau en vapeur, ou de la vapeur d'eau chargée de soufre ou de toute autre substance médicamenteuse, qui constitue la fumigation. Alors, cependant, la médication prend plus particulièrement le nom de bain de vapeur. Mais on a des fumigations aqueuses, sulfureuses , mercurielles , etc., etc.
On fait des fumigat ons dans le nez avec de l'eau, du lait, diverses décoctions de plantes. Pour cela il suffit d'envelopper le vase qui tient les matériaux en ébullition d'un large cornet de carton , et de se placer la pointe ou le sommet de ce cornet dans l'ouverture des narines en ayant soin de le porter alternativement d'une narine à l'autre. En plaçant le bec du cornet dans la bouche, vis-à-vis de l'un des yeux ou de quelque autre point déterminé de la face , au lieu de le
diriger vers le nez , on a une fumigation de la bouche ou du pharynx , de l'œil, du front ou de la pommette , etc. S'il est inutile de diriger la vapeur exactement sur un point de la face plutôt que sur un autre, on n'a pas besoin de cornet; le malade n'a qu'à se couvrir d'un drap ou d'un large linge quelconque , qui puisse le renfermer , lui et le liquide échauffé , comme dans une chambre. Il se penche la figure sur le vase d'où la vapeur s'exhale, et il reçoit ainsi la fumigation.
Si la fumigation doit se faire à l'aide de liquides, de décoctions, d'infusions, etc., on peut ou retirer le vase du feu pour en recevoir la vapeur pendant qu'il se refroidit, ou le maintenir à une température suffisamment élevée soit sur un réchaud , soit sur un fourneau. S'il y a lieu de craindre pour la respiration en couvrant la tête du malade comme je l'ai dit tout à l'heure , la fumigation peut se faire à l'air libre en en prolongeant un peu plus la durée. Certaines fumigations , celles qu'on fait avec le vinaigre , avec le camphre , avec le benjoin , avec le cinabre, avec les plantes sèches ou les poudres en général , comme la belladone , la jusquiasme, le tabac , etc. , se font en jetant quelques unes de ces matières sur un réchaud rempli de charbons ardents ou sur un métal fortement chauffé , une pelle à feu par exemple. Le cinabre , souvent employé jadis contre les affections vénériennes du scrotum ou de l'anus, était d'abord déposé sur quelques charbons , puis on en conduisait la fumée sur la partie malade au moyen de l'entonnoir en carton. Le vinaigre, jeté sur le feu ou sur une pelle chaude , s'échappe en vapeur qu'il est facile de diriger de la même façon.
On obtient des fumigations de feuilles sèches des plantes en les fumant à la manière du tabac. Aussi prescrit-on aujourd'hui des cigares de belladone , de jusquiame, de digitale, etc., dans plusieurs maladies de poitrine.
ARTICLE XV. — Imections.
Le mot injection est appliqué au lavage de certaines régions profondes. Il s'entend de tous les liquides qu'on est obligé de pousser avec une seringue à l'intérieur de quelques canaux ou vers le fond de certaines cavités. Au propre,