OREILLE INTERNE
toute la face externe de l’apopUyse masloïde a nu. Après avoir rujpné l’os, on y applique, soit le perforatif, soit une petite couronne de trépan, soit un foret, soit un troisquarts. On a soin d’incliner un peu l’instrument en avant et en haut à mesure qu’il pénètre. Dès qu’il est arrivé aux cellules auditives, on le retire pour afçrandir, s’il le faut et sans hésiter, l’ouverture. Des injections sont ensuite j)Oussées par là avec ménagement. Des tentes, des bourdonnets de charpie ou une sonde de plomb, doivent être placés chaque jour dans la perforation jusqu’à ce que la caisse tympanique soit revenue à son état naturel. Le ciseau, la gouge et le maillet, mis en usage par J.-L. Petit, Choparl et Desault, devraient être préférés si l’os était largement nécrosé, et s’il fallait en séparer de volumineux fragments. Si rien n’indique d’avance où l’instrument doit être appliqué, c’est à six ou huit lignes au-dessus du sommet de l’apophyse qu’on le porte. Les plus larges cellules correspondent à ce point. L’artère auriculaire qui se trouve au-devant et l’artère sous-mastoïdienne qui est en bas, peuvent facilement être évitées.
Cathétérisme de la trompe d’Eustache.
L’idée de pénétrer dans la cavilé du tymjian par le ])harynx est déjà fort ancienne. Archigène, Yalsalva, Munnicks, Busson, l’avaient sans doute présente à l’es ■ ])rit, lorsqu’ils conseillaient d’insjnrer des vapeurs d’eau, de tabac ou autres, et de se fermer le nez ainsi que la bouche avec force pour les obliger à se porter vers l’urr'illc })endant l’expiration. En i724> (xuyot , maître de poste à Versailles, et Cleland , en 174^ > imaginèrent chacun un instrument pour injecter les tromjies , i'un par la bouche, l’autre par le nez. La sonde un peu courbe il’A. Petit rendit encore l’opération plus L cile. Douglas et Wathen se prononcèrent en faveur du
l6() 01>ÉKAX10NS QUI SE PKATlQtJEINT SUU LA TETE.
procédé de Cleland. Heuermann et Ten Haaf adoptant celui de Guyot, introduisent par la bouche une sonde de femme dans la trompe, au-dessus du voile du palais, et vissent ensuite une petite seringue à l’autre extrémité de celte algalie. Encore recommandée par Falkenberg, Sims, Chopart et De^ault, Callisen, qui les fait tantôt par le nez, tantôt par la bouche, et qui en décrit très bien le mécanisme, Buchanan, MM. Itard, Boyer, Richerand, etc. Proscrites, comme inapplicables à l’homme vivant, par B. Bell, et comme dangereuses par Trempel, ces injections viennent d’être remises en vogue et fortement préconisées par M. Deleau, qui paraît en avoir effectivement obtenu de très beaux résultats. Comme moyen mécanique , elles permettent de désobstruer les trompes ; comme médicament, elles agissent arec efficacité sur les inflammations, les engorgements de tout genre, les matières épaissies, les collections de liquides de la caisse et du conduit guttural du tympan. On conçoit donc de quelle importance elles doivent être dans la surdité, qui dépend de l’une de ces causes.
Nul doute qu’on ne puisse , et même très facilement, pénétrer dans la trompe, en portant une sonde courbe , par la bouche , au-dessus , en arrière et sur Pun des côtés du voile palatin , comme le faisait Heuermann; mais l’opération étant encore plus facile, et sur-tout plus sure , par les /fosses nasales , c’est à cette voie qu’on s’en lient généralement aujourd’hui. L’instrument de Saissy , la sonde en S italique de M. Itard, ou bien une algalie, qui ne diffère d’une sonde de femme qu’en ce que, ouverte à ses deux extrémités, elle n’offre point d’yeux sur les côtés, puis une petite seringue pour pousser les liquides , sont tout ce qu’il importe de se procurer en pareil cas. Une sonde de gomme élastique , armée de son mandrin , et convenablement courbée ; un stylet boutonné , en cas
OREILLE INXERJVE.
qu’on voulût frauchir les obstacles avec un corps solide, pourraient, à la rigueur, tenir lieu des autres cathéters. Le chirurgien, placé de côté, au-devant du malade, lui renverse la tête d’une main , saisit, de l’autre, la sondo enduite d’un corps gras , en présente le bec à l’orifice du nez et la fait glisser sur le plancher des fosses nasales par le méat inférieur, en ayant soin d’en tenir la convexité tournée du côté de la cloison, et légèrement inclinée en haut. Arrivé a la face supérieure du voile, il relève un peu l’extrémité de l’instrument, sans lui permettre d’abandonner la paroi externe de la narine , ce qui l’oblige à gagner insensiblement la partie supérieure du méat maxillaire *, continue de le pousser dans cette direction , et tombe immanquablement dans le pavillon de la trompe , qui, de là , se porte obliquement en dehors , en arrière et en haut. Aussitôt que la sonde est suffisamment enfoncée on adapte la seringue à son pavillon, comme lorsqu’on veut injecter une hydrocèle, et chacun comprend ensuite ce qui reste à faire. L’opération est renouvelée chaque jour une ou deux fois , et rien n’empêche, comme on voit, de faire pénétrer ainsi dans l’oreille moyenne tel liquide médicamenteux qu’on jugera nécessaire. Si l’injection était arrêtée dans la trompe , et que, d’aucune manière, elle ne put avancer, ce serait le cas d’ôter la seringue, et de glisser un stylet boutonné jusqu'à l’obstacle, pour le franchir ou le détruire. Bien entendu que la force, ici, ne doit être employée qu’avec de grandes précautions, et qu’avant d’y avoir recours, on se sera bien assuré qu’elle est indispensable , que des manœuvres mieux dirigées ne la rendraient pas inutile. M. Deleau, qui obtient les plus heureux résultats de ce genre de médication , trouvant que le bec de la sonde métallique ne peut manquer d’arc-bouter bientôt contre les parois delà trompe, dès qu’on veut la faire cheminer de quelques lignes, que son inflexibilité cause de la doiileui,
i08 OPÉRATIONS QUI SE PRATIQUENT SUR LA TETE.
et que les injections aqueuses ne pénètrent ainsi que très difficilement dans la cavité auriculaire, a imaginé de lui substituer une sonde flexible , et de recourir à des dou- ' elles d’air atmosphérique. Avec les procédés de ce chirurgien, l’opération est possible a tout âge. Il est même parvenu à sonder , en passant par la narine opposée à l’ol’eille malade; ce qui est extrêmement heureux, lorsqu’une altération , une déviation quelconque, empêche de pénétrer par la narine correspondante. J’ai vu chez lui deux jeunes garçons, âgés, l’un de quatre ans, l’autre de sept, se prêter de la meilleure grâce du monde aux manœuvres de sa méthode, et ne pas donner le moindre signe de douleur. A l’aide d’un mandrin en argent , long de quatre a six pouces, offrant une courbure assez forte près de son extrémité , portant un anneau dans l’autre sens , et dont le diamètre varie depuis une demi-ligne jusqu’à une ligne et demie, il conduit une sonde de gomme élastique jusqu’à la trompe. Le malade, assis sur une chaise, se tient lui-même la tête un peu renversée et appuyée soit contre le dossier du siège, soit contre un coussin ad hoc, supporté par une tige qui permet de Lélever ou de l’abaisser à volonté. L’opérateur s’arme de l’instrument, préalablement huilé; le présente, tenu de la main droite comme une plume, la concavité tournée en bas et eu dehors , à la narine; le fait pénétrer rapidement, en suivant le plancher de cette cavité; touche bientôt le voile palatin (ce qu’annonce un mouvement involontaire de déglution, et la profondeur de deux pouces ou de deux pouces et demi à laquelle on est arrivé); en relève aussitôt le bec en dehors et en haut, par un mouvement d’arc de cercle ou de rotation , pour entrer dans la trompe ; saisit en dessus, avec le pouce et l’indicateur de la main gauche, l’extrémité libre de la sonde, s il y est engagé; tâche de la faire avancer, pendant que le mandrin est retenu immobile par la main droite
OHEILI.E INTERIVE.
marche ainsi jusqu’à l’obstacle, qu’il franchit , comme on franchirait une coarctation de l’urèthre, et retire la tige conductrice, dès qu’il croit être entré assez avant ; visse un pavillon en argent à l’ouverture externe de la canule, qu’il retient en place avec un fil métallique, contourné en forme de pinces , et qui embrasse en même temps l’aile du nez correspondante ; adapte à ce pavillon le bec d’une seringue, d’une bouteille ou d’un soufflet de caoutchouc; s’en sert pour pousser de l’air au-delà de l’obstacle, en ne dépassant point un degré de pression que l’habitude seule apprend à mesurer; voit, par le bruit qu’on entend en appliquant l’oreille sur celle du malade, si la caisse est saine ou malade, vide ou remplie, si le gaz qu’on y pousse peut ou ne peut pas en ressortir entre la sonde et les parois de la trompe ; substitue à la seringue le tuyau d’un réservoir , muni d’un manomètre , et dans lequel une pompe est chargée de comprimer l’air; lâche le robinet de cet appareil ; établit ainsi un double courant atmosphérique dans l’oreille , l’un qui entre par la sonde , l’autre qui sort entre elle et le conduit guttural; augmente ou diminue la force de cette douche, et la cesse au bout d’une ou de plusieurs minutes.
Remarques. Pour pénétrer par l’autre narine, l’instrument est un peu plus courbé, et son bec légèrement l enversé du côté de la convexité. Tenu de la même main, la concavité tournée en bas et en dedans , on le fait cheminer le long du bord inférieur de la cloison. Une fois au voile du palais, on élève la main ,’ en la portant en dehors, pour en incliner l’extrémité derrière le vomer, et joindre la trompe; le reste se fait comme précédemment. Dans un cas, comme dans l’autre, si la sonde ne se place pa,g bien , le malade l’indique lui-même , quand il a déjà subi l’opération une fois. vSa direction, et la manière dont elle se maintient, l’annoncent d’ailleurs suffisamment au chirurgien. Pour s’en assurer posilivcmeni.
l'^O OPÉllATIONS QUI SE PIIATIQUEWT SUU LA TETE.
au surplus, il possède un moyen facile. Le mandrin étant retiré, il n’a qu’à pousser de l’air ou un liquide par la canule. L’injection' tombera dans le pharynx, si la position est fausse, et ne pénétrera point, ou entrera dans la caisse, dans le cas contraire. M. Deleau pense qu’en faisant cheminer la sonde brusquement, quoique avec douceur, on cause sensiblement moins de gêne et de fatigue que par ia méthode vulgaire. L’expérience lui a démontré qu’il y a moins d’inconvénients à recommencer une ou plusieurs fois à en tourner rapidement le bec près de la trompe, qu’à tâtonner lentement pour l’y engager. Sa canule flexible offre un avantage extrême. Poussée par les doigts de la main gauche , pendant que le mandrin est arrêté au-dehors , elle entre et s’accommode on ne peut mieux à la direction , aux flexuosités du conduit à traverser. A la pression qu^'elle éprouve en avançant, on sent à quelle distance est le rétrécissement, quel en est le degré, la densité même. Si le premier instrument paraît trop gros , on le remplace par un plus petit, et réciproquement. La courbure de la sonde inflexible ne permet rien de tout cela. Avec celle-ci, l’injection est projetée plus ou moins obliquement contre l’une des parois du conduit. L’autre la dirige, au contraire, dans l’axe de la trompe. Si, après avoir franchi l’obstacle , l’air produit dans la caisse un bruit de pluie sur la membrane du tympan , un bruit sec , on en conclut que l’oreille moyenne n’est pas altérée ; s’il semble plutôt agiter un liquide, s’il est muqueux ^ on est autorisé à croire qu’il existe du pus , du sang, de la sérosité ou tout au moins un engorgement de la membrane interne de l’oreille moyenne. Dans les deux cas, si la trompe est évidemment,engouée ou rétrécie , et que le sujet perçoive mieux les sons immédiatement après qu’avant le cathétérisme, la surdité tient à l’état de la trompe, et tout porte à croire qu’on la guérira. Lorsqu’il ii’en résulte aucun
OBEILLE IPTTEBNE.
changement , le mal est très probablement ailleurs, et on peut être à peu près certain que cette opération ne sera d’aucun avantage pour la suite. La douleur vive produite ])ar l’injection, annonce une phlegmasie aiguë ou une irritabilité nerveuse trop grande, qu’il faut combattre au moyen des médications connues. Dans le simple engouement ou les pblegmasies purement chroniques, la souffrance est h peu près nulle pendant comme après l’opération. M. Deleau explique l’action de l’air d’une manière toute mécanique. Il balaie, vaporise, nettoie par degrés la ‘caisse et les cellules mastoïdiennes. En revenant entre la sonde et la trompe, il fait nécessairement effort, devient corps dilatant, résolutif, par la compression qu’il exerce sur les tissus engorgés. L’eau , les liquides, exposent beaucoup plus à blesser , a déchirer la membrane tympanique , etc. , et ne produisent pas d’autres effets médicamenteux que les gaz. Tout homme instruit doit comprendre, après tout, que chaque cas doit exiger des modifications spéciales, et qu’il en est, sous le rapport du manuel opératoire, des rétrécissements de la trompe d’Eustaclie , comme des coarctations de l’urèthre; que, sur ce point, de l’adresse et des essais souvent répétés , joints h beaucoup de prudence, pourront seuls donner assez d’habileté h l’homme qui voudrait se livrer avec quelque fruit au cathétérisme du conduit guttural de l’audition. Ce serait en vain , par conséquent, qu’on voudrait approcher du savoir et du tact que possède M. Deleau , avant de s’y être long-temps exercé. Aussi est-il tout simple que ce praticien parvienne à soulager ou à guérir une foule de sourds-muets , qui eussent inutilement cherché ailleurs l’amélioration qu’il leur procure dans son établissement.
Il me reste un doute à émettre : l’engorgement, l’épaississement, l’état phlegraasique de la tunique tnuqueuse de la trompe , étant admis comme cause
l’]1 GPÉKATIONS QUI SE PRATIQUENT SUR LE TRONC.
île surdité, ne serait-il pas permis de tenter contre ces affections ce qu^on emploie avec tant d’avantage pour les guérir radicalement dans l’urèthre, la cautérisation avec le nitrate d’argent? N’ayant aucun essai à l’appui de ce soupçon, je ne fais que le rappeler en passant, et n’oublie point la crainte que doit naturellement inspirer l’introduction des caustiques dans l’oreille par le pharynx.