‹ Nouveaux éléments de médecine opératoire [electronic resource]Chapitre 36 sur 58 · A. HERNIES EN GENERAL · texte numérisé non relu

A. HERNIES EN GENERAL

Art. 1®''.

Cure radicale.

Quel que soit le siège de la hernie, elle forme toujours une infirmité, si ce n’est une maladie, assez inquiétante, pour que, de tout temps, on se soit efforcé, non-seulement de la pallier, mais aussi de la guérir sans retour.

L’idée bizarre qui portait les anciens k la ranger parmi les maladies honteuses , idée encore assez répandue pour que l’habitant des campagnes résiste souvent en secret aux accidents qu’elle peut amener avant d’oser s’en plaindre au médecin , était un appât que le charlatanisme ne pouvait manquer d’exploiter. Aussi la hernie a-t-elle trouvé du temps d’Hippocrate, de Galien et de Celsc , comme elle en trouve, encore aujourdhui , de prétendus guérisseurs, des médecins herniaires , uniquement occupés de son traitement. Il serait injuste, au reste , de blâmer, sans exception, les nombreuses tentatives qui ont été faites pour en obtenir la cure permanente, même depuis cjue l’art possède d’excellents moyens de la contenir. I^es hommes de peine, les ouvriers, qui en sont le plus généralement atteints , tirent peu de profit des moyens palliatifs. Les liandages les plus parfaits sont loin de produire chez eux le succès qu’en obtiennent les hommes de la classe élevée. La pelotte abandonne presque toujours l’anneau abdominal au bout de quelques jours ou de quelques semaines, et, souvent, la totalité du lirayer n’est bientôt plus qu’une cause nouvelle de dangers.

' Topiques, compression, position’

\/ cmplastrum contra rnpturam des anciens , le cérat

SqS OPÉRA.TIONS QUI SE PRATIQUENT SUR LE TRONC..

<]c brique de J. Fabrice , les sachets au vinaigre de Verduc, le bois de Santal, la tormentille , la térébenthine, les topiques deBabynet, de M**'". Devaux; le fameux remède du prieur de Cabrière, remède qui consistait en du vin rouge appliqué sur la hernie, et de l’acide muriatique donné à l’intérieur ; le cataplasme de limaille de fer, pendant qu’on fait prendre de l’aimant à l’intérieur conseillé par A. Paré ; la décoction de chiendent et de garou usitée par Arnaud; le carbonate d’ammoniaque, dont parle M. Belrnas, et mille autres moyens du même genre, ne trouvent plus guère de défenseurs aujourd’hui que parmi les médicastres et les commères. Il n’en est pas tout-a-fait de même de la compression successivement vantée par Celse, Norsia, Blegny, Trecourt, J.-L. Petit, Juville, etc. Maintenue avec persévérance, appliquée convenablement, elle a fréquemment amené la guérison définitive sans qu’il soit besoin pour cela de l’élever au point de déteïininerla gangrène comme on l’a conseillé eu Allemagne , il y a plus d’un demi-siècle. Tout récemment encore, M. Beaumont, dans un traité particulier, et M. Duplat de Lyon , dans un mémoire adressé à l’Académie, ont essayé de la réhabiliter dans l’opinion des praticiens, en soutenant que, combinée avec les astringents, elle peut guérir presque toutes les hernies. Un chirurgien de Province, M. Ravin, donne aussi comme certain que les topiques astringents et la compression peuvent guérir radicalement les hernies à tout âge. Seulement, ces moyens ne sont pour lui que secondaires, le fond de sa méthode étant la position horizontale du malade pendant des mois entiers. Les observations de Rivière, de F. de Hilden, de Reneaume, d’Arnaud, deliey, la th èse de Rieclc, montrent tout le parti qu’on pourrait tirer du traitement proposé par M. Ravin, traitement qui était , dit-on, généralement usité en Danemarck, du temps de Winslow; mais , outre l’incertitude du succès,

CUUE RADICALE.

quel malade consentirait a rester au lit six mois ou un an , pour une tumeur qu’il est si facile de contenir h l’aide d’un simple bandage? L’examen de ces diverses ressources, au surplus, appartenant à la pathologie proprement dite, je ne puis les mentionner ici qu’en passant, sans avoir la prétention d’en fixer la valeur ou les inconvénients.

Opérations diverses.

Les principales operations qui ont été mises en pratique dans le but d’.obtenir la cure radicale des descentes, sont la cautérisation, la ligature, la suture, l’incision, l’excision , les scarifications , la dilatation, la fermeture de l’anneau.

i” Cautérisation. S’il suffisait, pour faire proscrire une opération , d’en signaler les dangers , la cruauté , d’en démontrer l’inutilité, la cautérisation, si fréquemment employée du temps d’ Albucasis , de Roger et de G. de Chauliac, n’eût pas été préconisée par tant de praticiens, à diverses époques. Mais, en niant les succès qu’elle a réellement procurés , en ne tenant aucun compte de ce qu’elle peut offrir d’avantageux, ses antagonistes ont plus d’une fois donné gain de cause à ceux qui tentaient d’en répandre la pratique. Avicenne parle de chirurgiens qui découvraient la hernie, en soulevaient l’enveloppe interne sans l’ouvrir, et cautérisaient profondément l’anneau avec un fer rouge. D’autres, Franco, par exemple, ouvraient le sac , et se bornaient à en toucher le collet avec un bouton de feu. Nombre de caustiques chimiques ont été employés au même usage. L’huile escharotique, que mentionne G. Fabrice, l’acide sulfurique du charlatan Littleton, et qu’un autre charlatan trouva moyen de réjiandre à Paris du temps d’Arnaud, le muriate d’antimoine , la potasse, l’essence d’euphorbe, de renoncules, etc., ont été tour

3oo oi>i!:nATiONs qui se pratiquent sur le tronc.

à tour essayés. C’est avec riiiiile de vitriol que Maget,. soutenu par Gauthier, puis bientôt démasqué par Bordenave, au sein de l’Académie, obtint, en 1773, les prétendues guérisons qui le portèrent à solliciter les faveurs du gouvernement, et qu’il causa la mort du célèbre La Condamine. Le cautère potentiel était appliqué sur la peau, en forme de traînée ou sur un point circonscrit vers le collet de la hernie , dans le but d’y produire une eschare et de faire suppurer le sac , après l’avoir perforé. 11 paraît cependant que Monro, et le chirurgien de marine dont parle Sabatier, appliquaient aussi leur escharotique à l'intérieur du sac. Ainsi considérée , la cautérisation renferme deux méthodes assez distinctes , l’une, qui ne s’adresse qu’aux tuniques herniaires, l’autre, qui attaque, au contraire, l’orifice par lequel les organes se sont déplacés. La première a pour inconvénient d’exposer à ne pas pénétrer d’abo ’d assez profondément, ou, dans le cas opposé, à léser l’intestin luimême ; l’inflammation qu’elle détermine peut ne pas se borner au sac, gagner le péritoine, et amener ainsi la mort du malade. La seconde , qui ne met pas non plus entièrement à l’abri de ce dernier danger, offre au moins la ressource déménager plus sûrement les viscères, puisque l’opérateur commence par les découvrir et les repousser dans l’abdomen. 11 faut ajouter que celle-ci seule promet réellement quelque chance de succès. Voici comment : que l’cschare formée à l’ouverture d’une hernie ait été causée par le cautère actuel ou par une substance chimique quelconque, elle n’en laisse pas moins h sa suite lino ulcération, qui 11e peut se cicatriser que par seconde intention. Or, comme toute cicatrice qui n’est pas l’effet d’un adossement immédiat des tissus, se convertit bientôt en une couche élastique, très résistante, on comprend à l’instant l’cspécc île digue que, dans certains cas, clic peut opposer a la reproduction de la hernie j au.

CURE RAmCAtE. 3oi

lieu que la mctliodc qu’on pourrait appeler médiate, en admettant même la réussite la plus com]dète , n’aura d’autre effet que le resserrement ou l’oblilcration du sac.

2° Ligature. I^a manière de placer une lif^ature autour des hernies qu’on voudrait (juérir radicalement, est loin d’avoir été la même pour tous le? auteurs. Les uns l’appliquent sur le sac immédiatement, d’autres sur la peau, sans incision préalable. Paré en a vu qui se bornaient h une incision circulaire , au fond de laquelle on serrait le fil. Dès le temps de Paul, plusieurs praticiens avaient aussi recours au sillon; mais plusieurs d’entie eux ouvraient ensuite toute la poche, pour s’assurer qu’aucun organe n’était pris dans la ligature. Guy de Cbauliac dit qu’il faut d’abord mettre le sac à nu , afin de le saisir et de l’étrangler plus sûrement vers sa racine. Parmi ceux qui se contentent d’une ligature médiate, il en est qui, comme Tbevenin, traversent toute la poche avec un double fil , et en étranglent après les deux moitiés séparément. J.-L. Petit, qui a légèrement modifié ce procédé, prétend en avoir retiré de grands avantages. D’autres, mentionnés par Celse, plaçaient les téguments entre deux plaques de bois , et les comprimaient, comme avec des morailles, jusqu’à ce qu’ils fussent gangrénés. Enfin, le procédé le plus ancien, celui qu’ont adopté Saviard etDesault, consiste à lier circulaircmeut le collet de toutes les enveloppes herniaires, de manière k en produire plus ou moins promptement la mortification. Celte méthode, moins barbare et moins redoutable que la cautérisation, compte évidemment un certain nombre de succès. Si Lassus en avait mieux compris le mécanisme, il n’eût pas révoqué en doute ceux que Bichat rapporte à la pratique de Desault. Tout porte h croire que les Sociétés médicales de Lyon et de Paris ne l’eussent pas non plus aussi formellement proscrite en 1812, quand M. Martin

3o2 OPÉllATIONS QUI SE PRATIQUENT SUR I.E TRONC.

leur adressa son travail, pour la faire prévaloir de nou-* veau, si elles avaient fixé leur attention sur la nature du tissu inodulaire que Tulcération produite par le fil laisse a sa suite. Nul doute, en effet, qu’après la chute des téguments, il ne se forme au-devant de l’anneau une cicatrice assez ferme, pour rendre la sortie des viscères fort difficile, et donner ainsi quelque chance de guérison complète. Toutefois, comme elle ne laisse pas d’être parfois fort douloureuse, d’exposer a la péritonite, à pincer même quelques portions de viscères , si on n’y fait bien attention*, comme, d’un autre côté, les hernies ombilicales de l’enfance, auxquelles elle est sur-tout applicable, guérissent souvent sans secours ou sous l’influence d’un simple bandage , cette opération ne mérite guère d’être rappelée de l’oubli où elle est tombée , et le succès récemment obtenu, a son aide, par M. Bal, n’en rehausse pas plus la valeur, que la réussite constante qu’elle a , diton , chez les poulains.

3° Suture. La suture dans laquelle on se bornait à coudre le sac préalablement incisé, ou simplement vidé , est d’abord infiniment plus dangereuse que la ligature telle que Desaultla pratiquait, puisqu’elle exige une dissection parfois fort longue avant de pouvoir être effectuée; ensuite, n’amenant pas nécessairement la formation d’une cicatrice élastique , puisqu’elle n’est point accompagnée de perte de substance et quelle n’a d’autre but que d’oblitérer le sac, il est évident qu’elle doit avoir encore moins d’efficacité que la première contre le retour de la maladie. D’ailleurs, ce n’est point une méthode générale; elle appartient spécialement à la hernie inguinale chez l’homme, ainsi que la castration. En conséquence il est inutile que je m’y arrête en ce moment.

4“ Incision. LTneision a long -temps été regardée comme un excellent moyen de guérir radicalement les descentes. Ce n’est guère qu’à partir du dernier siècle.

mUE ÜADïrAT.E.

que les chirurgiens l’ont abandonnée. Toutes les tuniques et le sac lui-même étaient successivement divisés , d’après les mêmes règles que pour la hernie étranglée. Les viscères une fois réduits, on procédait au pansement, et la plaie était conduite à cicatrisation comme dans ce dernier cas. L’oblitération du sac devait être le résidtat d’une pareille manoeuvre, et l’opérateur espérait, par là, mettre le malade à l’abri de toute nouvelle chute des intestins hors de l’abdomen. 'Les praticiens reconnurent bientôt que la question n’avait pas été présentée sous son véritable point de vue. • J.-L. Petit, cédant aux conseils d’Arnaud, luttant contre sa propre conviction , s’en repentit vivement. Un de ses malades mourut le cinquième jour. Il fut témoin d’un autre fait semblable, et ce ne fut qu’après avoir couru les plus grands risques qu’un troisième opéré revint à la santé. Acrel, Sharp, P»ichter, Abernetty, etc., en signalant les mêmes dangers, ont aussi fait voir que l’incision des hernies est , par elle-même, beaucoup plus redoutable que Lieutaud et le Blanc ne semblent le penser. Heuermann et une infinité d’autres praticiens après lui, ayant fait remarquer, d’un autre côté, qu’elle ne réussit pas même à prévenir le retour de la maladie, que les personnes opérées de la hernie étranglée, n’en sont pas moins obligées de porter un bandage, il n’est point étonnant qu’on ait repoussé de la pratique cette ressource chirurgicale.

5“ Excision. Si l’incision n’a pu rester dans la pratique, à plus forte raison a-t-on dû proscrire l’excision. On ne peut, en effet, disséquer, isoler, enlever le sac, après l’avoir ouvert, comme le recommande Bcrtrandi, sans augmenter encore les difficultés de la herniotomie. En se bornant à exciser, vis-à-vis de l’anneau, un disque comprenant toute l’épaisseur des enveloppes de la tumeur préalablement ^’éduite, ainsi que le veut Lanfranc, ou

3o4 OPÉr.ATIOKS QUI SF, PUATIQUENT SUT. UE Tl'.OKC.

peut également faire naître la péritonite, et, de plus, blesser les viscères, pour peu qu’ils adhèrent a l’intérieur du sae. L’excision de toute la poche herniaire exposerait, on le sent, a de bien plus grands risques encore. Il est vraiment pénible de retrouver le détail d’opérations de ce genre dans les oeuvres d’Arnaud, de Schmucker et de quelques autres chirurgiens plus modernes.

6° Dilatation. — Scarifications. Au lieu d’exciser le sac, après l’avoir largement incisé, Leblanc imagina d’appliquer h la cure radicale des hernies, la dilatation de l’anneau, déjà vantée par les anciens, mais sur-tout par Arnaud , pour lever l’étranglement. Un pareil conseil se réfuterait de lui-même s’il avait jamais été donné sérieusement. L’idée de scarifier l’anneau, idée qu’on rapporte à Léonidas, est moins étrange, et Richter n’a peut-être pas senti toute la valeur de son assertion , quand il a dit que ces petites incisions augmentent alors beaucoup les adhérences qui doivent suivre l’opération. L’épanchement de lymphe qui en résulte presque nécessairement, procure effectivement la chance de voir tous les tissus se confondre h l’ouverture du sac, et l’anneau se fermer définitivement. Si J.-L. Petit et Heister avaient été à même de faire celte remarque, ils n’eussent sans doute pas soutenu que les scarifications sont plus propres à relâc’ner qu’à fortifier le canal ou l’ouverture herniaire. C’est évidemment à la môme omission qu’il faut attribuer le dédain de Lassus pour ce procédé et le silence que gardent sur lui la plupart des auteurs modernes. Le principal reproche qu’on puisse lui adresser est d’offrir les mêmes dangers que l’incision, dont il n’est, après tout, qu’une simple modification. Quant aux chances de succès, il est assurément un de ceux qui en présentent le plus. Sous ce rapport, il est donc aussi digne, plus digne môme de fixer l’attention que tout autre.

"J 3iethode de 3/. Jaiiitson. La guérison radicale des

CUUE KAblCAl.E.

hernies a toujours été si avidemcfnt rechercliée par les malades, que le besoin de l’obtenir n’a jamais céssé de tourmenter les chirurffiens, et que, de nos jours, plusieurs moyens ont encore été proposés dans ce but. L’un, celui de M. Jameson de Baltimore, mérite une mention particulière, h cause de son originalité autant que de son importance réelle. Une dame, opérée d’une hernie étranglée avec succès par ce chirurgien , très attristée de voir sa maladie reparaître au bout de quelques mois, vint s’en plaindre a lui et voulut en être débarrassée à tout prix. C’était une hernie crurale. Après avoir mis l’anneau à découvert, M. Jameson tailla, aux dépens des téguments xoisins , un lambeau en forme de lancette, long de deux pouces, large de dix lignes, et ayant sa racine du côté de la première plaie, le disséqua soigneusement pour le renverser et en introduire la portion flottante dans l’ouverture herniaire, le fixa dans ce lieu en réunissant la solution de continuité qu’il venait d’opérer par le moyen de quelques points de suture et maintint le tout à l’aide d’un bandage approprié. La malade guérit complètement, et tout porte h croire que le bouchon, engagé dans le canal crural, s’y est greffé, comme on l’observe dans la rhinoplastique, la génoplaslique, etc. Au premier abord , on ne voit rien que d’ingénieux dans cette méthode, et la raison en comprend fous les éléments. Si, d’une part, elle est plus compliquée, plus douloureuse et pour le moins aussi dangereuse que l’incision et les scarifications; de l’autre, elle semble de nature a donner des résultats beaucoup plus certains , puisqu’à son aide on est sur de fermer en entier le ])assage des viscères. Toutefois, pour en apprécier la valeur en connaissance de cause, il faudrait des faits, et la science n’en possède encore qu’un seul. J’ajouterai même que ce fait n’a pas toute l’authenticité désirable, qu’on a peine h comprendre que, par respect pour les désirs de sa malade, M. Jameson ait pu consentir à n’avoir qu’une

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