‹ Nouveaux éléments de médecine opératoire [electronic resource]Chapitre 9 sur 58 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

98 OPÉUAT»^>J1S QUI' 4E PnATIQUjîNT SUR LA TÈTE.

filée et taillée carrément à son extrémité libre» où se trouvent deux ouvertures pour recevoir les deux moitiés de la ligature , et former à elle seule un véritable serrenoeud, qui ne peut guère agir, du reste, que sur les fils métalliques. En le faisant glisser d’une main vers le palais, sur les deux moitiés du lien engagé dans ses ouyertures, il arrive bientôt à la suture, qu’il serre autant qu’on le veut, et qu’il suffit de tordre ensuite, en le tournant trois ou quatre fois sur son axe , pour le fixer solidement. Avec l’autre appareil, on passe d’abord les bouts de la ligature de dedans en dehors, à travers les ouvertures latérales du cylindre, qu’on embrasse aussitôt avec les pinces coudées. On le pousse ensuite sur les fils, que le chirurgien tire vers lui, en ayant soin , d’autre part, de les tenir engagés dans les rainures externes du bec de la pince, jusqu’à ce qu’il touche le voile palatin, et que la ligature soit suffisamment serrée. Dès lors , il n’y a plus qu’à le fermer, en y apportant, avec l’autre pince, la vis destinée à le remplir et à arrêter les fils , puis à le laisser en place. Cet attirail d’objets inutiles fait assez connaître ses inconvénients de lui-même, sans que je les indique. En proposant le nœud du chirurgien, et, à la place des instruments de M. Græfe, une sorte de béquille, fendue aux deux bouts de sa traverse, pour recevoir les deux côtés du fil, qu’on tire d’une main, pendant que, de l’autre, on fait glisser la béquille vers la suture, M. Doniges ne s^est pas souvenu, sans doute, que les doigts atteindraient infiniment mieux le même but. Je ne vois pas non plus quel avantage M. Krimer peut réellement trouver à l’emploi de vis en or plutôt qu’en fer, comme celles de M. Græfe, et de fils noirs plutôt que blancs, huilés plutôt que cirés. La méthode de 1^» Roux est incomparablement plus simple et plus naturelle. Après avoir saisi et passé l’un dans l’autre les deux bouts de chaque ligature , il fait un nœud simple , que les

ISTHME DU GOSIEÇ^. ÿg

doigts indicateurs , portés ensemble au fond de la boucbe , lui permettent de serrer aussi fortement qu’il convient. Un aide embrasse aussitôt ce nœud avec une pince à anneaux, et le tient solidement, pour qu’il .ne se relacbe pas, pendant que l’opérateur s’occupe à le fixer définitivement, au moyen d’un second nœud formé de la même manière, et en dehors duquel on coupe ensuite, d’un coup de ciseaux, chacune des parties superflues des rubans de fil.

B. Manuel opératoire. La staphyloraphie n’est pas, à proprement parler , une opération difficile ni douloureuse , mais elle est longue , délicate , fatigante , et réclame beaucoup de patience de la part du malade et même de l’opérateur. En conséquence, on ne peut la pratiquer que chez ceux qui la désirent, qui en sentent toute l’importance , et qui ont pris la ferme résolution de s’y soumettre. Il est donc rare qu’on ait à s!en occuper chez les enfants au-dessous de douze à quinze ans. Elle n’exige aucune précaution de régime ; seulement, les individus doivent être sains d’ailleurs. Les maladies des voies gastro-pulmonaires en compromettraient sur-tout le succès, par la toux, l’éternuement, le besoin de cracher, qui les accompagnent si fréquemment.

U appareil , préparé d’avance , se compose : i° de trois ligatures bien aplaties , Lien régulières et bien souples ; 2° de six aiguilles enfilées une à chaque bout des ligatures ; 3“ du porte-aiguille ordinaire ou de celui de M. Dieffenbach , si on préfère les aiguilles presque droites de M. Ebel ; 4" bonnes pinces à pansement , dont les mors , un peu concaves , ne se touehent bien exactement que par leur pointe, quand elles sont fermées; 5" d’un bistouri droit , boutonné et plus étroit que celui de la trousse commune du chirurgien ; 6° de ciseaux a excision , et de ciseaux droits pour couper les fils ; 7” de bouchons, creusés d’unç

’ÏOO OPÉRATIONS QUI SE PRATIQUENT SUR LA TÊtE.

gouttière à chaque extrémité , pour s’accommoder à la forme des arcades dentaires; 8° d’une cuillère, destinée à déprimer la langue en cas de besoin ; 9” de plusieurs serviettes, d’une alèze, d’eau froide et d’un verre, d’une cuvette, et même aussi d’un peu de vinaigre.

Situation. Garni d’une alèze, enveloppé d’une serviette , assis, la tête soutenue par un aide, le malade doit être placé au grand jour, comme pour l’excision des tonsilles. Un second aide se tient prêt à donner, quand il en sera temps, la cuvette et de l’eau, ainsi que les instruments. Situé en face, sur une chaise convenablement élevée, l’opérateur introduit d’abord les bouchons de liège entre les arcades molaires de l’un et de l’autre coté; puis, il saisit de la main gauche avec les pinces, le bord droit de la division; conduit de la main droite, le porte-aiguille armé dans le pharynx ; le ramè/ie en avant, et tache que la pointe de l’aiguille tombe à trois ou quatre lignes en 'dehors et près de la partie inférieure de la fente, pour traverser le' voile; la saisit avec la pince transversalement quand elle a pénétré autant que possible dans la bouche; en lâche le talon au moment où l’aide ouvre le porteaiguille, sans lui imprimer la moindre secousse; enlève ce dernier instrument; prend la pince de la main droite; attire complètement l’aiguille à lui, et la sort de la bouche, en entraînant la ligature après elle. Le malade fatigué, a besoin de cracher et de se reposer un instant. On débarrasse donc les mâchoires de ce qui les tient écartées, avant de faire à gauche, avec la seconde aiguille et le second bout du fil, en changeant de main , ce qu’on a fait à droite. Afin qu’elles ne se confondent pas avec celles qui vont suivre, il est bon de nouer les extrémités libres de cette première ligature, et d’en abaisser un peu l’anse dans le fond du gosier, pour qu’elle ne gêne pas l’application des autres. Les deux chefs en sont retirés vers les commissures, et relevés par l’aide sur les cotés de la tête.

MTHME DU GOSIER.

lOI

Le chirurgien place ensuite la secondi; , puis la troisième, s’il l’a jugée nécessaire , avec les memes précautions et delà même manière, en laissant entre elles à peu près le même intervalle. Après en avoir abaissé l’anse d’un pouce ou deux, en la poussant en arrière, afin de n’ôtrc pas exposé à les couper avec le bistouri ou les ciseaux coudés , il pince la lèvre gauche de la fente par le bout de la luette ; commence avec les ciseaux l’excision de la mince bandelette qu’il veut enlever, et que la pince ne doit point abandonner pendant qu’il en continue la séparation avec le bistouri jusqu’à la voûte osseuse.; exécute la même manœuvre sur la lèvre droite avec la main gauche, et revient a l’emploi des ciseaux pour régulariser cet avivement, si l’action du bistouri n’a pas porté d’une manière égalcsur tous les points de la division anormale.. Le sang s’écoule, obstrue le pharynx, et s’arrête assez souvent en caillots autour des fils. Le malade a besoin de s’en débarrasser, de se gargariser ,. et de rester- quelques moments tranquille. Du reste, |le plus difficile de l’opération est iùTjmwé. Onreconnaîtles ligatures , on les-, met en ordre afin de les retrouver facilement et de les nouer l’une après l’autre, en commençant par celle d’en bas. Lorsque l’écartement est considérable, et que la coaptation parait en être difficile, M. Pvoux en sépare chacune des lèvres du bord postérieur de l’os palatin par une incision transversale, profonde de quatre à six lignes. Les deux moitiés du voile n’étant plus retenues par les parties dures, cèdent alors, et se rapprochent avec une étonnante facilité. C’est le moyen d’éviter tout tiraillement dangereux de la part des fils, et la plaie nouvelle qu’on a faite se referme ensuite spontanément sans qu’il soit besoin de s’en inquiéter. Pour remédier au même: inconvénient. Al. Dieffenbach suit une autre méthode. Il trouve qu’une incision longitudinale, à quatre lignes en dehors et de chaque coté de la fente anormale, vaut..

infiniment mieux que celle de M. Roux , dont elle offre tous les avantages sans en avoir les inconvénients; qu’elle se ferme également d’elle-mêrae, et que, sans nuire aux rapports de la voûte palatine , elle permet un alongement très marqué, et dans toute leur longueur, des lambeaux qu’on veut affronter. Ces deux modifications ne sont pas sans importance, et doivent être admises; la première, lorsque l’écartement des os complique la fente des parties molles; la seconde, qui est plus naturelle, quand il s’agit de vaincre l’unique résistance de ces dernières , de s’opposer à la rétraction des muscles du palais. L’une et l’autre prouvent, au surplus, qu’en proposant d’inciser la face postérieure des lèvres dans le bec-de-lièvre , les anciens n’avaient pas si tort que les modernes ont bien voulu le dire.

Suites. Quoi qu’il en soit, les l^atures une fois nouées, tout est fini, aucun pansement n’est utile; il suffit que le malade reste sans parler , se donne bien de garde de rien faire qui puisse rengager à tousser , à vomir, à cracher, à éternuer, qu’il ne prenne que des bouillons, ou des potages très liquides , jusqu'à ce que la suture ait acquis quelque solidité. C’est le quatrième jour que le premier fil , c’est-à-dire celui du milieu , peut être enlevé. On ôte le second ou le plus élevé, le lendemain, pour ne supprimer le troisième que le sixième jour. Bien entendu qu'on les laisserait un ou deux jours de plus si l’agglutination semblait encore incomplète à l’époque ordinaire. Il va sans dire aussi que pour en débarrasser les tissus , on se borne à les couper sur le côté du noeud qu’on maintient et qu’on retire avec la pince. Si la réunion ne s’était opérée que du côté de la luette, comme il arrive fréquemment lorsque la ^ente se prolonge sur la ligne médiane de la mâcboire, il ne faudrait pas s’en effrayer. Assez souvent l’ouverture qui en résulte disparaît sans secours étrangers , ' au bout d’un temps plus ou moins

Page 1