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CHAPITRE III

1SUEVI MATERNI, TUMEURS ERECTILES.

Abandonnées à elles-mêmes, les tumeurs sanguines qui ont pour origine une tache de naissance, et dont il appartenait aux modernes de mieux faire connaître la nature, acquièrent parfois un volume considérable. Lassus en a rencontré une qui était aussi grosse que la tête d'un adulte, et M. Lalta en a extirpé une autre qui ne pesait pas moins de quatorze onces, quoique ce fût chez un enfant de deux ans. Comme l'organisme est impuissant pour en triompher , la prudence ne permet pas d'en négliger le traitement , dès que leur croissance se fait avec quelque rapidité, ou qu'elles sont déjà parvenues à de certaines dimensions. Il en est de même des tumeurs ércctiles accidentelles, de toute espèce, qui ont, comme les précédentes, leur siège dans le système soit artériel, soit veineux, et qui peuvent se manifester à toutes les époques de la vie.

1° Les remèdes astringents , styptiques ou réfrigérants , fréquemment employés par les anciens, conseillés encore par Abernethy qui a fait disparaître de cette manière une tumeur érectile de l'orbite, dans l'espace de quelques mois, ne suffisent à eux seuls que très-rarement, ne doivent même être tentés que dans les cas où la tumeur est encore trop petite pour donner de l'inquiétude.

2° Compressions. Sans constituer une ressource sur laquelle il faille beaucoup compter, la compression a réussi un assez grand nombre de fois pour qu'il soit utile de l'essayer , lorsque la situation et le volume de la tumeur le permettent. Batteman la blâme, il est vrai, l'accuse d'exaspérer le mal; mais elle a procuré des succès incontestables à Burns, Abernethy, M. Ramdolph. M. Roux en a obtenu une guérison parfaite chez un de ses enfants, et M. Boyer qui ose à peine la recommander , cite l'exemple d'un nœrus de la lèvre supérieure que la tendresse d'une mère fit disparaître sans retour, en ayant la constance de tenir sept et huit heures par jour, pendant plusieurs mois , le doigt en travers au-dessous du nez et sur la lèvre de son enfant. Dans un autre cas , M. Roux , après avoir renoncé à la compression chez un enfant de quelques mois , qui portait une petite tumeur érectile au-devant de la poitrine, a vu la fongosjté s'affaisser, et la maladie finir par s'évanouir spontanément; les styptiques et les astringents peuvent d'ailleurs très-bien s'associer avec la compression.

Caustiques. Les caustiques emplastiques ou les escarotiques simples , vantés par Callisen , Wardrop, etc.; l'acide nitrique, encore usité en Angleterre; le nitrate d'argent conseillé par

M. Guthric, quand le nœrus est petit ou peu épais , les piqûres multiples de vaccine préconisées par M. Cumin et quelques autres, ne peuvent évidemment suffire que dans un petit nombre de cas. Le fer chaud , heureusement mis en usage par M. Maunoir, et tous les caustiques actifs, exposent, quand ils ne détruisent pas complètement le mal, à des accidents graves, aux hémorrhagies consécutives , à hâter les progrès de la tumeur, par exemple; la perte de substance, les souffrances qu'ils produisent et les cicatrices difformes qui suivent leur emploi dans les cas les plus heureux, disent assez, au surplus, qu'on ne doit y avoir recours que lorsque les autres méthodes n'offrent aucune chance de succès.

4° Ligature de la tumeur. Il n'en est pas de même de la ligature qu'on emploie de plusieurs manières. Dans l'une, celle de M. Whitc , pendant que d'une main on tire à soi la tumeur pour Técarter des tissus sous-jacents, on enfonce de l'autre une aiguille armée d'un double fil à travers la peau, derrière le fongus, qu'il est facile d'étrangler ensuite, en rapprochant les extrémités des ligatures pour les nouer , l'une au-dessus, l'autre au-dessous. M. Lawrence, qui s'est mal trouvé de la cautérisation, a publié trois observations assez concluantes en faveur de la pratique de M. White , aussi adoptée par MM. Lyne, Carlisle , Guthrie,et depuis longues années, dit ce dernier auteur, à l'hôpital de Westminster. Dans l'autre, on ne traverse aucun tissu, on se contente d'embrasser circulairement la base du nœvus avec une forte ligature. Cette méthode n'est pas seulement applicable aux tumeurs pédiculées. M. Gensoul de Lyon , au rapport de M. Penod, qui en donne deux observations dans sa thèse, s'en sert encore avec succès toutes les fois que leur base n'est pas d'une largeur démesurée, et que la peau qui les entoure est assez souple, assez mobile pour céder sans difficulté à l'action d'un lien. Mais il est beaucoup de circonstances où cette ligature est tout-à-fait inapplicable , soit par une méthode, soit par l'autre. Enfin M. Keate, et après lui MM. Lawrence et Brodie, en suivent une troisième qui consiste à passer une seule aiguille droite, si le nœrus est petit, ou deux aiguilles en croix au-dessous de la tumeur, si elle est plus large ou volumineuse; on étrangle ensuite les tissus en plaçant un lien circu'aire suffisamment serré entre les aiguilles et la peau saine.

5° Ligature des artères. Comparant les tumeurs érectiles aux anévrysmes, il était naturel de

VARICES

chercher à les guérir par la ligature des artères qui s'y rendent. Pelletan a le premier (enté cette méthode pour une tumeur variqueuse qui occupait la partie latérale et un peu postérieure du crâne; mais il ne put découvrir l'artère occipitale, et son opération resta par conséquent, incomplète. J'ai dit plus haut que MM. Travers, Dalrymple , Arendt avaient guéri chacun une tumeur érectile de l'œil , en liant la carotide du même côté , et que M. Pattisson n'avait pas été moins heureux chez un jeune homme affecté d'une maladie semblable derrière la joue. M. Roux en a retiré aussi quelque avantage chez un sujet auquel il a lié l'une des artères faciales pour un fongus des lèvres. D'autres praticiens ont échoué cependant en se comportant de la même manière. Une tumeur de ce genre qui avait envahi le pouce, ne fut point arrêtée dans sa marche par la ligature des deux artères de l'avant-bras, que pratiqua M. Hogdson. C'est en vain aussi que M. Dupuytren a lié la carotide pour une masse érectile de la conque de l'oreille droite , chez un homme adulte. Pendant quelques jours on put espérer un succès complet, mais bientôt la tumeur revint à son étal primitif. On aurait donc tort de regarder ce moyen comme immanquable.

0° Incision circulaire à la base de la tumeur. M. Physick s'y est pris d'une autre manière et, dans quelques cas, avec une réussite entière. Au lieu de découvrir successivement toutes les branches artérielles qui alimentent une tumeur érectile, il en cerne la base ou la racine, et l'isole ainsi, en quelque sorte, des tissus vivants, des canaux qui lui fournissent des fluides. C'est en imitant cette conduite que M. Lawrence a guéri cette tumeur sanguine du pouce, qui avait résisté à la ligature des artères du poignet pratiquée par M. Hogdson. Avec ce genre de traitement, il faut que l'incision soit faite sur des tissus sains, qu'elle comprenne toute l'épaisseur de la peau, de la couche cellulaire, les artères, les veines, sans se laisser arrêter par les filets nerveux, à moins qu'ils n'aient un rôle important à remplir dans la partie. On lie chaque artériole à mesure qu'elle est divisée ; et pour prévenir la réunion immédiate, on place de la

charpie ou de petites pièces de linge entre les lèvres de la plaie.

7° Extirpation. La ressource la plus efficace, sans contredit , si elle pouvait toujours être mise en usage, l'extirpation, se pratique de trois manières : 1° En se conformant aux règles établies pour l'extirpation de tout autre genre de tumeurs; 2° en faisant l'ablation simultanée et de la tumeur morbide , et de la partie du corps qui la supporte; 5° en deux, trois, ou un plus grand nombre de temps.

Le premier procédé , celui qu'on suit le plus généralement, sur lequel J.-L. Petit a tant insisté, que MM. J. Bell, Wardrop, Boyer. Roux, Dupuytren , Maunoir, Dorsey , suivent de préférence, exige qu'on emporle un peu des parties saines , si on veut éviter la reproduction du mal. Pour prévenir, autant que possible, les hémorrhagies graves auxquelles il expose , il importe de lier soigneusement toutes les artères à mesure qu'elles sont ouvertes pendant l'opération. En tardant un peu à remplir cette indication, M. Wardrop eut la douleur de voir un enfant de dix jours périr entre ses mains; une petite fille opérée par M. Roux tomba immédiatement après, dans une syncope qui dura quatre heures. Le second mode d'extirpation n'est et ne doit être employé qu'à défaut des autres, ou lorsque le mal a son siège sur une partie peu volumineuse ou peu importante, un doigt, un orteil, par exemple. Le troisième, décrit dans l'ouvrage de M. Dorsey, appartient au professeur Gibson de Philadelphie. Dans la crainte d'une perte de sang trop considérable chez une femme âgée de vingt-cinq ans, et qui avait presque tout le côté droit du crâne envahi, ce chirurgien imagina d'exécuter l'opération en trois fois. Une première fois, il cerna exactement un tiers de la tumeur , lia promptement les vaisseaux, et maintint la plaie ouverte. Au bout de quelques jours, une seconde incision, faite avec les mêmes précautions que la première, vint circonscrire un second tiers de la masse fongueuse, que M. Gibson laissa encore une semaine avant d'en pratiquer l'ablation complète. La malade fut guérie dans l'espace de trente à quarante jours.

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