CHAPITRE PREMIER
CRANE
1° Tumeurs fongueuses. La ligature, la cautérisation, l'excision des tumeurs fongueuses ou sarcomateuses de la dure-mère ne seraient évidemment propres qu'à hâter la mort des malades. L'extirpation elle-même, seul remède que la raison permette de leur appliquer, ne parait devoir être que très-rarement suivie de succès. En effet, la tumeur externe n'est souvent que la moindre partie du mal. Après l'avoir enlevée, on la voit bientôt se reproduire, si même il ne s'en manifeste de nouvelles. Du reste, elles ont cela de commun avec les tumeurs cancéreuses de toutes les autres parties du corps. Mais, ne pouvant se montrer au-dehors qu'à travers une ouverture osseuse, il n'est pas possible, comme pour ces dernières, d'en préciser les limites à l'avance. Je ne vois pas néanmoins pourquoi on ne tenterait pas de les extraire , lorsque tout porte à croire qu'elles sont exactement circonscrites, et que la maladie est tout-à-fait locale. Chez une femme, guérie d'un cancer au sein, et qui mourut d'une pleurésie à l'hospice de l'École, en 1824, un squirrhe du volume d'un petit œuf de poule, partant de la dure -mère, avait traversé le fond de la fosse occipitale droite inférieure, faisait une légère saillie sous le muscle splénius, et se trouvait si régulièrement circonscrit, qu'il eût certainement été possible de l'enlever en entier, si on avait soupçonné son existence pendant la vie de la malade. L'opération pourrait être tentée du moins pour les tumeurs fongueuses des nouveau-nés, sur lesquelles M. IS';i?gelé a , l'un des premiers , essayé de fixer l'attention des praticiens , ainsi que pour celles qu'Abernethy fait naître de quelques concrétions sanguines ou lymphatiques dégénérées.
Manuel opératoire. L'opération par elle-même,
au surplus, n'a rien de bien remarquable. Après avoir fait raser la tète, le chirurgien inciserait crucialement le cuir chevelu ; disséquerait et renverserait les quatre lambeaux, pour mettre la tumeur à découvert jusqu'à une certaine distance au-delà de sa base , se contenterait du couteau lenticulaire pour agrandir l'ouverture osseuse, s'il en trouvait les bords amincis; aurait recours au trépan, dans le cas contraire, et placerait tout autour une série de couronnes, qui le mettraient à même d'aller au-delà des limites du mal; reviendrait au couteau lenticulaire, ou se servirait de la gouge et du maillet, pour détruire les angles ménagés par le trépan; puis, avec la pointe d'un bistouri porté sur un cercle non affecté de la méninge, il cernerait, enlèverait toute la masse morbide, et suivrait, pour le pansement, les règles établies à l'occasion de la trépanation simple.
2° Tumeurs osseuses. Les exostoses bornées aux tables externes du crâne font rarement naître des accidents assez graves, pour que les malades en réclament l'ablation. II n'en serait pas de même, sans doute, si elles comprenaient toute l'épaisseur des os, proéminaient à l'intérieur et comprimaient le cerveau. Dans le premier cas, après avoir mis à nu la tumeur, une petite scie, le ciseau, la gouge et le maillet, puis une rugine, suffiraient pour l'exciser ; dans le second , le trépan serait indispensable pour en isoler la circonférence, et en permettre l'extirpation totale.
5° Enccphalocèle. On ne peut remédier aux hernies du cerveau ou du cervelet, qu'en faisant porter au malade un bandage garni d'une pelote élastique convenablement disposée. Toute espèce d'opération sanglante serait dangereuse, amènerait probablement la mort, comme dans le
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cas que M. Lallement de la Salpêtrièrc a fait connaître.
4° Loupes. Beaucoup de personnes portent toule leur vie, sous le cuir chevelu, des tumeurs stéatomatcuses ou raélicériques , sans en être sensiblement incommodées, sans vouloir rien tenter pour les faire disparaître. D'autres en souffrent plus ou moins, et pour une raison ou pour une autre, veulent, à tout prix, qu'on les en débarrasse. La nature et la formation de ces loupes, encore assez mal connues, me semblent exiger de nouvelles recherches. Au début, il en est qui se présentent sous l'aspect d'une petite masse, dure, jaunâtre, friable, non organisée, semblable à des amas de fibrines ou de sang privé de sa matière colorante et de sa partie séreuse. En grossissant, elles se ramollissent, à commencer par le centre , et se transforment ainsi en un kyste, d'autant plus épais que la tumeur est moins ancienne ou moins grosse; kyste rempli de substances grumeleuses plus ou moins fluides, qui ne ressemblent ni au pus, ni à la graisse. INe serait-ce pas à quelques éléments du sang épanché qu'il faut en rapporter l'origine ? Il est, du moins, certain que ce ne sont pas des follicules cutanés distendus, comme le prétendent Béclard et M. A. Cooper. A la rigueur, la ligature pourrait en déterminer la chute, ainsi que Boyer en relate un exemple , quoiqu'elles soient rarement étranglées à leur base. Bertrand dit en avoir guéri, en passant au travers une longue aiguille, qu'il y maintenait à la manière d'un séton. Mais l'instrument tranchant est infiniment meilleur , et doit être préféré dans tous les cas.
Manuel opératoire. Quand la tumeur est trèsvolumineuse et la peau fortement amincie, un lambeau elliptique des téguments doit être enlevé avec le kyste. Deux incisions en demi-lune sont donc d'abord pratiquées. Une incision transversale est ensuite tirée de chaque lèvre de la plaie et prolongée en dehors, de manière à circonscrire quatre lambeaux, qui, étant renversés avec soin , permettent d'enlever la loupe entière , et sans difficulté. Le plus souvent, il est possible de négliger cesdeux dernières incisions. Pendant qu'avec une érigne ou une bonne pince, le chirurgien tire sur le kiste d'une main, il en dissèque, de l'autre, la face externe avec la pointe du bistouri, et parvient aisément à le séparer des tissus environnants. Dans le procédé ordinaire, et lorsqu'il est inutile de sacrifier aucune partie de la peau, on recommande de faire une simple incision cruciale ou en T , de prendre toutes les précautions possibles pour ne pas ouvrir le kyste
en disséquant les lambeaux de la plaie qu'on réunit immédiatement après avoir extirpé la tumeur.
M. A. Cooper s'y prend d'une autre façon. Il ouvre d'abord largement la loupe; la vide en la comprimant avec le pouce et l'indicateur, saisit ensuite le kyste avec un crochet ou une pince par l'un de ses cotés, le dissèque et l'enlève. L'incision étant faite, de manière à laisser intacte la paroi postérieure de la poche mélicérique, M. J. Cloquct en embrasse aussitôt la paroi antérieure sous la lèvre droite de la plaie, avec une pince, la tire à lui à mesure qu'il en divise les adhérences, généralement très-faibles, et opère ainsi, en quelque sorte d'un seul coup, l'énucléalion de tout le kyste. Je me suis contenté plus d'une fois de ne diviser que les téguments, puis de porter au fond de la plaie une forte érigne pour accrocher la loupe qu'il est facile ensuite de disséquer et d'enlever. Par ces trois nuances du procédé de l'incision simple, l'opération est beaucoup plus prompte et moins méticuleuse que parle procédé ordinaire. Après la sortie du kyste . les bords de la division se remettent pour ainsi dire d'eux-mêmes en contact, et la réunion s'en effectue généralement dans l'espace de peu de jours.
5° Hydrocéphalie, La seule opération qu'on ait proposée contre l'hydrocéphalie et la ponction du crâne, Holbrock et Vose prétendent l'avoir pratiquée ou vu pratiquer avec succès. Rossi a tiré, de celte manière, en plusieurs fois, six livres de sérosité, du crâne d'un enfant de onze à douze ans, qui a guéri. M. Symeya eu recours, en 1 820, cinq fois sur le même enfant, dans l'espace de quelques mois, et chaque fois avec quelque apparence d'utilité, quoique le petit malade ait fini par succomber. The Lancet affirme qu'elle a réussi deux fois à M. Conques et une fois à M. Gealwood. M. A. Cooper semble en avoir obtenu un demi-succès. M. Bédor qui l'a aussi tentée, croit également qu'elle peut réussir. Mais l'atteinte portée au cerveau par l'hydrocéphalie est ordinairement trop profonde, pour qu'eu pareil cas une simple ponction puisse ramener la santé. Néanmoins si on s'y décidait, rien ne serait facile comme de l'effectuer, soit avec la lancette , soit avec le bistouri , soit avec un petit trois-quarts. Il n'y aurait d'autre précaution à prendre que d'éviter avec soin le trajet des sinus veineux. En supposant qu'on ne voulût pas vider toul-à-coup la totalité du liquide, j'aimerais mieux répéter de temps en temps l'opération que de laisser une canule h demeure dans la plaie , comme l'a proposé Lecat.
OPÉRATIONS QUI SE PRATIQUENT SUR LA TETE