NEZ
Art. 1er.
Jîhinoplastic.
Historique et appréciation. En Italie , et dans l'inde , on avait autrefois l'habitude de faire ebuper le nez aux criminels. C'est ainsi que Sixte-Quint le faisait abattre aux voleurs et aux bélitres; que le roi de Ghoorka en usa envers les habitants de Kistipoor, même les enfants à la mamelle; afin, disait-il, de les reconnaître partout et de pouvoir appliquer à leur ville le nom de Nasicatopoor. Dans tous les pays on a vu des personnes se le couper elles-mêmes, pour se soustraire à quelques poursuites; ou Paracher à d'autres par vengeance. Charles II ne crut pas pouvoir infliger une punition plus cruelle au chevalier de Coventry, qui avait osé parler lestement de deux actrices entretenues par son roi. Frédéric II traita de la même manière un certain noble qui se plaignait en termes irrévérenticux d'avoir été enrôlé par dol. A l'approche des Danois , une foule de femmes et de jeunes filles se l'amputèrent dans le but de sauver leur honneur. Une abbesse avec ses quarante religieuses en firent autant, lorsque les Sarrazins se présentèrent à Marseille. Qui ne connaît l'histoire de cette épouse d'un notaire de Paris qui, pour se venger, coupa le nez de la femme d'un homme dont elle était jalouse? Qu'on ajoute à ces mutilations bizarres, celles qui dépendent d'accidents imprévus, que produisent la variole, la syphilis, le cancer, la congélation, les scrofules, les brûlures, etc., et Ton verra que l'occasion de restaurer le nez a dû s'offrir fréquemment aux chirurgiens. L'aspect hideux •des sujets qui ont eu le malheur de perdre cet organe, dut faire naître promptcinent le désir de corriger, autant que possible, une difformité si repoussante. Aussi Galien , Aélius et Celse parlent-ils déjà de l'art de raccoûtrer les nez. Cependant, ce n'est guère qu'à dater du quinzième siècle que la rhinoplastic a pris rang parmi les opérations régulières. P. Ranzano dit que les Branca , père et fils, chirurgiens de Sicile, qui vivaient en 1442, la pratiquaient trèshabilement. Boïani, Celestius, Bcneditti , Bernard, en traitent comme d'une ressource usuelle. G. Tagliacozzi , qui mourut en 1599, avait acquis une telle célébrité en ce genre, qu'on lui fit élever une statue dans l'amphithéâtre anatomique
de Bologne. Mercurialis, Fyens , Fallope , Vesale , Read , Gourmelin , ont parlé de l'art de refaire le nez. Selon F. de Hilden, Griffon de Lausanne était un habile nasifer , et A. Paré dit qu'on fut émerveillé à la eour de Henri III, lorsqu'on y vit reparaître le chevalier de Thoan qui était allé se le faire restaurer en Italie. Néanmoins . malgré tant de témoignages auxquels on aurait pu joindre celui de Corlesius, de Molinelli, de Dubois, de Garengeot, de Rosentern, de Moïnichien , de Leyser, de Fioraventi qui répondait aux incrédules de son temps : « Allez visiter le seigneur Andréas, qui demeure à Naples, où chacun connait son histoire , il vous dira que, me trouvant sur les lieux lors de son accident, je ramassai son nez tombé sur le sable, que je le nettoyai avec de l'eau tiède, et le replaçai le mieux que je pus; examinez bien ce nez et la cicatrice; écoutez toutes les déclarations qui vous seront faites, et nous verrons si vous douterez encore d'un fait si bien démontré; » malgré tant et de si nombreux témoignages, dis-je , c'est à peine si , parmi nous, on osait admettre la possibilité de refaire les nez , lorsque l'ouvrage du docteur Carpeu, publié en 1816, est venu la mettre hors de toute contestation. Un Maratte, qui servait dans l'armée anglaise, fut fait prisonnier par Tipo-Saïb. Ce prince lui fil couper le nez. De retour au milieu de ses camarades , Cowajec (c'est le nom du prisonnier) excita la pitié d'un Indou, qui lui refit un nez, en présence de T. Cruso et de Finley, médecins à Bombay. Pennant a fait connaître une autre observation du même genre en 1798, et. C. Sir Maket affirme que celte opération est généralement répandue aux Indes Orientales, où M. Lucas dit l'avoir tentée du temps d'IIyder-Ali. Ces données transmises à Londres, éveillèrent l'attention de MM. Lynn , Carpue et Kutchison, qui se mirent aussitôt à rechercher l'origine des procédés indiens, ainsi que les avantages que la chirurgie peut en retirer. Le docteur Carpeu a pratiqué lui-même deux fois la rhinoplastie avec succès. M. Grrefe s'en était également occupé, et a fait connaître le résultat de ses tentatives en 1818. Bientôt des essais du même genre ont été faits en France par MM. Delpech, Dupuytren , Moulaud, Thomassin, Lisfranc et Blandin. Enfin, M. Travers, Lyston , Green, en Angleterre, M. Dieffenbach et M. Beck, en Allemagne, ont aussi cherché à répandre l'art de raccoûtrer les nez.
En consul tant les écrit s deTagliacozzi.deM. Carpeu et du professeur Grœfe, on est forcé d'ad-