NEZ
mettre que, dans certains cas du moins, le nez nouvellement fabriqué ne diffère pas, aulant qu'on pourrait le penser, d'un nez naturel. L'un des malades opéré par M. Delpech et qu'on a pu voir à Paris, n'avait pas trop à se plaindre non plus tle ce raccommodage. J'ai vu le sujet dont M. Lisfranc a publié l'observation, et je dois dire que cbez lui le nouveau nez était loin d'offrir toute la régularité désirable. D'un autre côté, il ne faut pis oublier qu'à Paris surtout on fabrique avec des plaques d'argent, de cuir, île carton, ou même de cire, des nez postiches qu'il est possible de tenir appliqués sur la face au moyen de différents ressorts; ou mieux encore, en les suspenda.nl à des besicles, de manière à. cacher presque totalement la difformité, Uoyer parle d'un malade chez lequel °'i a peine à s'apercevoir, au premier coup d'oeil, de l'emploi d'un pareil nez. Toutefois, jamais un nez métallique ne permettra, comme le nez raccoûlré, même le plus difforme, de se moucher, prendre du tabac, exercer librement la fonction olfactive.
1° Méthode italienne. — a. Procédé di Tatjliacozzi. Quoique en Sicile et en Calabrc on paraisse avoir procédé de plusieurs manières, il en est une cependant qui l'emportait sur les autres, et qu'on avait généralement adoptée, c'est celle que Tagliacozzi a fait connaître, la seule dont on ait parlé en Europe jusqu'à ces derniers temps. Le chirurgien commence par simuler un nez avec du carton ou de la cire sur le bras du malade: conduit la face antérieure de ce membre au-devant des narines; le remet dans sa position naturelle, pour étaler sur le point convenable le nez de carton, dont il tourne la pointe vers l'épaule; en marque la circonférence avec de l'encre; circonscrit ensuite un lambeau triangulaire de peau , qu'il dissèque de sa pointe vers sa base qui doit rester adhérente. Une bandelette placée au-dessous est destinée à rapprocher les lèvres de la plaie. Au bout de quelque temps on rafraîchit les bords du nez déformé ainsi que ceux de la pièce tégumentaire du bras. Il ne s'agit plus que d'en mettre les bords saignants en rapport , au moyen de la suture, et en fixant le membre thoracique au-devant de la face , à l'aide d'un bandage approprie. Des bourdonnels de linge sont d'ailleurs placés dans l'ouverture antérieure des narines. Quand la réunion est opérée, on sépare la base du lambeau qui doit rester à la face, et Ton régularise du mieux qu'on peut le lobule du nez nouveau. D'autres se contentaient de pratiquer, à l'avant-bras, une incision dans laquelle on fixait les bords rafraîchis du nez mutilé jusqu'à ce qu'ils eussent contracté des adhérences intimes avec la peau. Alors il n'y avait plus qu'à tailler et à séparer un lambeau triangulaire de chaque côté, dans l'épaisseur du membre, pour les réunir sur la ligne médiane et produire une sorte de raphé sur le dos du nez.
b. Procédé da 31. Grœfe. Dans la méthode de M. Graefe , le malade commence par s'envelopper d'un gilet lace que surmonte un capuchon qui peut embrasser solidement la tète. L'une des manches de ce gilet, ouverte en avant, supporte
près du coude quatre courroies, et en présente deux autres plus courtes aux environs du poignet. L'opérateur avive les ouvertures du nez détruit; prend une mesure comme dans le procédé de Tagliacozzi; marque et taille le lambeau de la même manière ; fixe le bras ainsi préparé au moyen des courroies indiquées plus haut; se sert d'aiguille et de la suture entortillée pour maintenir en contact les côtés du nez mutilé et les bords du lambeau brachial. Au bout d'un espace qui varie de quatre à trente jours, la réunion doit être opérée. On enlève le bandage. La base du lambeau peut être détachée. Une fois abaissée vers la sous-cloison nasale , on la perce de (\ei\K ouvertures qui doivent simuler l'ouverture naturelle des narines et dans lesquelles on place des bouts de sonde de gomme élastique jusqu'à cicatrisation parfaite. M. Grœfe est le seul parmi les modernes qui ait suivi, en la modifiant , la méthode Tagliacotienne , dont il a , dit-il , obtenu quatre succès sur cinq.
2" Méthodes indiennes. M paraît, d'après M. Dutrochet et les auteurs cités plus haut, qu'il existe dans l'Inde trois sortes de rhinoplasties.
a. A l'aide d'un lambeau cutané d; la fesse. Dans quelques contrées, dès qu'un personnage puissant a perdu le nez , il se procure un esclave dont on frappe la fesse à coups redoublés avec une pantoufle jusqu'à ce que les téguments en soient bien boursoufflés. Un nasif'ex taille un lambeau de forme et de largeur suffisantes pour remplacer le nez perdu , aux dépens de cette partie si singulièrement préparée, l'applique et le fixe solidement au-devant des narines, dont il maintient l'ouverture à l'aide d'un petit cylindre de bois. Tout porte à croire qu'on a plus d'une fois mis en usage ce procédé, qui n'est eu définitive qu'une nuance de la méthode italienne, en se servant de la peau de quelque autre parlie du corps. Van Helmont en parle déjà en disant qu'un nez ainsi formé se mortifia tout-à coup au bout d'une année, parce que le malheureux qui avait prêté son bras était mort dans le même moment.
b. Par transplantation de nez. Dans le pays des Parias, les nobles ne se gênent en aucune façon pour faire abattre le nez d'un de leurs sujets', et le mettre à la place de celui qu'ils ont perdu. On réussit même si bien de celte manière , disent les voyageurs, que , pour empêcher les criminels qu'on vient de punir, défaire disparaître ainsi leur difformité, on prend la précaution de jeter leur nez dans le feu aussitôt après l'avoir coupe. C'est une méthode qui n'était point ignorée non plus en Dalie, ainsi que le prouve le passage de Fioraventi indiqué plus haut. Molinelii affirme que son père ayant reçu , dans un pain chaud , peu de temps après l'exécution , le nez d'un Italien, put le rajuster avec succès, et Leyster en dit autant d'un jeune homme de haute famille. Dionis raconte qu'un voleur ayant eu le nez coupé, courut dès lors chez un chirurgien qui lui demanda le bout de l'organe pour le lui remettre. Ses camarades sortirent aussitôt, attrapèrent le nez du premier venu, et le portèrent tout chaucl au chirurgien qui l'appliqua et le
OPÉRATIOxNS QUI SE PRATIQUENT SUR LA TETE.
recousut très-heureusement. Dans une rixe, un soldat coupa le nez de son adversaire avec les dents, et le jeta dans la boue. Le blessé le ramasse et, tout en courant après le coupable, le jette dans la boutique d'un barbier, qui le nettoya avec du vin chaud. Le soldat revient, dit Garengeot , on réapplique son nez , on le fixe, et la cicatrisation a lieu. Loubet rapporte un fait en tout semblable. En sorte que ces observations qui ont attiré , pendant un siècle , d'injurieux sarcasmes à leurs auteurs, pourraient bien ne pas être complètement apocryphes. En 1742, Dubois, appelé par un homme dont le bout du nez ne tenait plus qu'au moyen d'un mince pédicule, crut devoir remettre les parties en place et en obtint, à sa grande surprise, la réunion immédiate. M. Boyer a traité un jeune homme dont la partie cartilagineuse du nez avait été presque entièrement coupée. Le pédicule qui la soutenait avait à peine une ligne de largeur. Ce chirurgien tenta la réunion. Elle eut un plein et prompt succès. On invoque d'ailleurs à l'appui de ces transplantations, le témoignage d'Aulaùs qui a vu la chair d'une volaille vivante employée avec succès pour guérir un bec-de-lièvre; de T. Bartholin qui prétend qu'un matelot fut promplemcnt guéri d'une plaie avec perte de substance qu'il portait aux hypochondres, en faisant appliquer dessus , par un chirurgien , de la viande de mouton , qui adhéra bientôt et s'y nourrit; les expériences de Baronio de Milan, contredites, il est vrai, par celles de MM. Huzard et Gohier, mais fortifiées par celles de Duhamel et de Hunier, d'où il résulte que la peau des flancs d'un animal , transplantée de droite à gauche, ou appliquée sur les mêmes points d'un autre animal, s'y greffe et continue de vivre; le fait de ces jeunes gens du nord de l'Allemagne qui, pour prix d'une liaison intime, échangèrent chacun un lambeau de la face antérieure de leur avant-bras; enfin ces observations de doigts complètement séparés de la main que rapportent Heister, Pouleau , Thomson, Baylay, M. Lespagnol , M. Wigorn, Balfour, et plusieurs autres encore qui ont été citées par Percy, etc. S'il est évident que bon nombre de ces observations doivent être rangées parmi les contes de bonnes femmes, il est difficile de révoquer en doute les faits nombreux et bien observés qui ont été publiés récemment par M. Hoffacker en Allemagne, MM. Piedagnel, Bérard jeune et Barthélémy, en France, faits dans lesquels on voit que des portions de nez, d'oreilles, de lèvres, de doigts, etc., complètement ou presque complètement séparées des tissus vivants, réappliquées sur la plaie, y ont contracté des adhérences, et retrouvé la vie. Les seize exemples de M. Hoffacker surtout ne laissent pas le moindre doute à cet égard , et AI. Layraud m'a fait voir un homme dont les deux doigts du milieu, tranchés d'un même coup au point de pendre sur leur face palmaire où ils ne tenaient plus que par une étroite lamelle d'épiderme, se sont parfaitement rétablis après avoir été réunis et maintenus par de petites attelles.
c. Avec la peau du front , ou méthode des
Koomas. Dans le procédé qui a surlout été suivi en Angleterre et en France, on commence, comme dans les méthodes précédentes, par simuler un nez avec du carton ou de la cire; puis on renverse ce patron en l'étalant sur le front, de manière à ce que sa pointe soit tournée en bas. La circonférence en est aussitôt marquée avec une matière colorante. Un lambeau se trouve ainsi tracé. L'opérateur le dissèque, en ayant soin de laisser à sa base un petit prolongement destiné à remplacer la sous-cloison nasale ; le renverse de haut en bas , en le détachant jusque sur les os carrés; en lord le pédicule, pour que sa face cutanée reste en dehors; rafraîchit et régularise le contour des narines; unit avec leurs bords saignants les bords du lambeau frontal ; les maintient en contact à l'aide d'une composition de terre japonaise ou de la suture ; rabat le pédicule médian sur le devant de la lèvre supérieure, et remplit l'ouverture de ce nouveau nez de petites compresses roulées en cylindre, de tuyaux de plumes ou de gomme élastique.
Remarques. Les Indiens n'emploient presque jamais la suture; mais M. Carpue a cru devoir la mettre en usage, et M. Delpech qui dit avoir pratiqué douze fois la rhinoplastie , insiste pour qu'on ne la néglige pas, pour qu'on se décide en faveur de la suture entortillée. Tagliacozzi fait déjà très-bien remarquer que la peau une fois séparée des tissus qui la tenaient épanouie, se resserre, revient sur elle-même, et qu'il importe de donner au lambeau une largeur beaucoup plus considérable qu'il ne semble nécessaire pour le nouvel organe qu'on veut former. La plaie du front, d'abord extrêmement large, se rétrécit rapidement par le rapprochement de ses lèvres, et finit par ne laisser qu'une cicatrice infiniment plus étroite qu'on ne pourrait se l'imaginer immédiatement après l'opération. C'est aussi cette méthode que M. Blandin a suivie chez les deux malades qu'il vient d'opérer. Celui que j'ai vu est complètement guéri. Son nez, un peu gros et arrondi, n'est pas trop difforme, a de la fermeté, et se continue d'une manière assez régulière avec le front, dont la cicatrice n'a rien de repoussant, ainsi qu'avec la joue, par deux rainures, dont la droite plus profonde que la gauche tend évidemment à l'incliner dans ce sens. Au lieu d'en couper et d'en exciser le pédicule après l'agglutination, M. Blandin a imaginé de dédoubler la racine du lambeau , et de la réunir par ses bords avec la plaie du nez, prolongée exprès avec perle de substance jusqu'en haut. De cette manière, la circulation n'y a jamais été suspendue, et sa forme devra se maintenir plus régulière entre les deux orbites. Son deuxième malade, pris d'un érysipèle avec délire, a fini par se rétablir et porle un nez encore plus régulier que le premier. Chez Ëval , son premier malade, M. Lisfranc a cru pouvoir se contenter de bandelettes agglutiuativesà la place de la suture. Afin d'amortir, autant que possible, l'effet de la torsion du lambeau, il en a prolongé le sommet trois lignes plus bas d'un côté que de l'autre, et pour éviter