L. et T, — Patlî. et clin. méd. II
MALADIES DES BRONCHES
2° Le retentissement plus net des vibrations thoraciques et des bruits du cœur;
3° La diminution du murmure respiratoire et même son abolition complète, comme nous en avons observé un exemple.
Cependant les caractères fournis par l’auscultation peuvent être variaWes; on peut même dire que c’est le fait de l’adénopathie bronchique de donner lieu à des signes d’auscultation inconstants. C’est ainsi que le murmure respiratoire faible peut être remplacé par un véritable souffle bronchique. Dans un cas que nous avions l’occasion d’observer récemment, et où l’autopsie permit de vérifier l’exactitude du diagnostic, on entendait, parfaitement localisé sur le bord gauche du sternum, un souffle intense qui s’étendait de la troisième côte jusqu’à l’appendice xiphoïde (1).
On peut percevoir aussi de gros râles ronflanis et du bruit d’expiration prolongée (Rilliet et Barthez, Fonssagrives, Guéneau de Mussy). Lereboullet a noté des râles sous-crépitants fins et des râles de gargouillement; il les attribue avec Woillez à la congestion et à l’œdème pulmonaire qui semblent être la conséquence rationnelle des compressions ganglionnaires. En dehors de cela, il est aisé de comprendre que l’état même du parenchyme pulmonaire influera considérablement sur ces différents signes qui varieront nécessairement, suivant que le poumon sera encore indemne ou qu’il présentera des altérations ulcéreuses avancées.
Il en est de même pour V expectoration ; souvent rare, ou simplement séro-spumeuse, parfois striée de sang, elle deviendra muco-purulente si un ganglion ramolli vient à se vider dans une bronche, ou s’il existe des cavernes pulmonaires. V hémoptysie vraie est fort rare : elle s’observe dans le cas de perforation de l’artère ou des veines pulmonaires, auquel cas elle est à peu près foudroyante.
Diagnostic et pronostic. — La simple congestion avec hypertrophie légère des glandes péritrachéo-bronchiques ne peut être reconnue que par un observateur très exercé et à la suite d’une exploration de plusieurs jours, permettant de constater les modifications relatives les plus minimes de la sonorité présternale et de l’intensité du murmure respiratoire (2). Ce n’est généralement que
(1) Ce souffle a vraisemblablernent pour point de départ la compression de la racine des bronches ; cependant Bechart (de Londres) lui a assigné une autre origine : les noyaux de bronchopneumonie lobulaire qu’il a constatés au même niveau.
(2) Pour aboutir à des résultats exacts et donner des notions rigoureuses,
ADÉNOPHATIE BRONCHIQUE.
dans les cas où les symptômes ont pris chacun des proportions telles que leur existence ne saurait plus être discutée, que le diagnostic d’adénopathie bronchique peut être formulé sans hésitation, c’est-àdire lorsque la matité présternale ou interscapulaire est devenue évidente, lorsque la dyspnée est notoire, lorsque l’expansion vésiculaire est manifestement gênée, quand la toux a pris les caractères quinteux de la toux coqueluchoïde, lorsque enfin l’état général du malade, sa face pâle et légèrement bouffie, ses téguments décolorés, ses muscles amaigris révèlent l’existence d’une dyscrasie constitutionnelle indéniable.
Ainsi représentée l’adénopathie bronchique a des allures personnelles assez caractéristiques pour ne donner lieu à aucune méprise.
Il n’y a guère que la coqueluche ou la maladie de Hodking qui puisse prêter un peu à la confusion, et alors même que cette confusion existerait, il n’y aurait que demi-erreur puisque dans les deux cas il n’est pas rare, à un moment donné, de voir l’engorgement des ganglions bronchiques devenir un des symptômes importants de raffection primitive.
La coqueluche (1) cependant se distinguera par la date plus récente des accidents, par les reprises qui accompagnent les quintes de toux et qui manquent dans la toux coqueluchoïde proprement dite, par les antécédents enfin. Quant à l’adénopathie symptomatique d’une diathèse lymphogène, l’âge plus avancé du malade, la constatation d’hypertrophies ganglionnaires généralisées, l’hypertrophie de la rate, etc., mettront rapidement sur la voie du diagnostic un observateur tant soit peu attentif.
la percussion doit être pratiquée suivant certaines règles que M. Guéneau de Mussy a bien formulées. On doit appliquer verticalement les trois doigts du milieu de la main sur le sternum ou la région interscapulaire, de façon que le médius corresponde directement à la ligne médiane. On percute ensuite comparativement et en écartant au fur et à mesure les deux doigts latéraux, de façon à bien apprécier les modifications possibles de la sonorité.
(1) On sait le rôle important que Hérard et Guéneau de Mussy ont fait jouer à l’adénopathie bronchique, pour expliquer les phénomènes convulsifs qui caractérisent la toux de la coqueluche (voy. Coqueluche). Dans ces derniers temps, Deltil (de Nogent) a encore insisté davantage sur ce point de pathogénie; pour lui la coqueluche ne serait qu’une bronchite ulcéreuse (ceci basé sur l’existence des ulcérations sublinguales) qui produirait l’adénopathie bronchique, et à sa suite la compression du pneumogastrique et la toux convulsive. (Voy. Bull. Acad, de méd.,1878,et rapport de Henri Roger.)
MALADIES DES BRONCHES
La compression de l’aorte donne lieu à un souffle systolique rude à la base dont la présence peut en imposer pour un rétrécissement aortique (cas de Guiraud), d’autant que la gêne qui en résulte pour la progression de l’onde circulatoire entraîne de la dilatation ventriculaire et des symptômes fonctionnels spéciaux aux cardiopathies. Aussi faudra -t-il insister avec grand soin sur l’auscultation du poumon qui seule, en pareil cas, pourra conduire à un diagnostic exact.
L’adénopathie bronchique est une maladie à lente évolution et à échéance lointaine; sa durée peut atteindre plus d’une année, mais sa fin est presque toujours fatale. La mort arrive le plus souvent par phthisie. Le malade, épuisé par les suppurations ganglionnaires ou par laphihisie pulmonaire proprement dite, succombe dans l’hecticilé. I! est assez commun de voir les jeunes sujets emportés par l’explosicn d’une tuberculose miliaire. D’autres fois la mort est le fait d’une hémorrhagie foudroyante résultant de la perforation d’un vaisseau important.
L’adénopathie trachéo-bronchique symptomatique est au contraire susceptible de s’amender. Nous avons observé dernièrement un cas de guérison complète. L’adénopathie de la coqueluche ou de la fièvre typhoïde disparaît souvent avec les causes qui lui ont donné naissance. L’adénopathie, qui accompagne presque constamment l’évolution delà tuberculose pulmonaire, tend à s’atténuer à mesure que la maladie fait des progrès.
Tkaitement. — Il doit remplir trois grandes indications : 1° calmer les quintes de toux fort pénibles qui épuisent le malade;
agir sur les ganglions hypertrophiés et chercher à provoquer leur résolution; 3’’ soutenir les forces et essayer de prévenir le développement de la tuberculose qui est sans cesse menaçante.
Les antispasmodiques, et en particulier le bromure, la belladone, l’éther, la morphine, pareraient aux premiers inconvénients. Les substances résolutives, l’iode, l’iodure de potassium ou de fer, l’huile de foie de morue, s’adresseront à la seconde indication. L’emploi du fer pourtant doit être des plus discrets, car on sait depuis Trousseau qu’il n’est pas l’ami du tubercule.
Les arsenicaux, le quinquina, les sels de chaux, la coca, l’alcool, seront utilisés largement pour soutenir l’état des forces et augmenter la résistance de l’organisme.
FiiiCKEn. De glandulis thoracis lymphaticis atqiie Thyrao speciinen pathologicum, Berolini, 1820. — Leblo.nd. Sur une espèce de phthisie particulière aux enfants. Th. 1824.
MALADIES DU POUMON
— Clark. A treatise of pulmonary consuniption and scrofulous diseases, 1835. — Andral. Clin, méd., t. IV. Paris, 1840. — Louis. Recherches anatom. sur la phthir.ic pulmonaire, 2® édition. Paris, 1840. — Marchal (de Calvi). De la tuberculisation ganglio-lironchiquechez l’adulte, in Recueil des Mcm. de me'decine militaire. 2® se'rie, t. V. — Rilliet et Barthez. Maladies des enfants, 2® édition, t. III, p. 600. — Dittrich in Greiner. Die Krankeiteii der Bronchialduscn. Thèse, Erlangen, 1851. — Tiedemann. Deutsch. Arch. fur klin. Medic., t. XVI. — Fonssagrives. Arch. gén. de méd., 1861. — Daga. Recueil des Mém. de méd. militaire, 1866. -• Barth et Roger. Traité pratique d’auscultation, 6® édition, 1865, p. 64. — Guéneau de Mussy. Clinique médicale, 1874. — Lereboullet. Recherches cliniques sur l’adénopathie bronchique. Paris, 1874. — A. Baréty. De l’adénopathie bronchique. Tli., Paris, 1875. — Zenka. Divertikel und Ruptnren der Speiserohre Handb. d. sp. Path. von Ziemssen, 1877. — Zahn. in Virch., Arch., t. XII, 1878. — Eternod. Recherches sur les affections chroniques des ganglions trachéo-bronchiques. Genève, 1879.
— Landouzy etDuGUET. Rétrécissement acquis de l’artère pulmonaire et tubercules généralisés (Société méd. des hôpitaux, 1878). — N. Guéneau de Mussy. Enlargement of bronchial glands with relation so hooping-cough (Brit. med. Journ., t. II, 1879). — Guiraud. Sémiotique de l’adénopathie bronchique (Gaz. hebd., 1880, n® 12).
— Baréty. Pathogénie de la laryngite striduleuse, 1880.
Nous décrirons successivement sous ce titre les affections suivantes dont l’étude s’impose à nous selon un ordre en quelque sorte physiologique :
1° Les hyperhémies : congestion et œdème;
2° Les hémorrhagies : hémoptysie et apoplexie pulmonaire;
3° Les oblitérations de Vartère pulmonaire et la gangrène du poumon^ qui ont certains liens communs avec les altérations précédentes ;
4® Les phlegmasies du poumon (pneumonie aiguë ou chronique) ;
5® Les modifications de texture qui comprendront :
a. La phthisie chronique ;
h. Le cancer;
c. Les kystes hydatiques.
Nous croyons toutefois devoir renvoyer après les maladies de la plèvre l’étude du cancer et des kystes hydatiques qu’il est fort difficile d’envisager en dehors des altérations analogues de la cavité pleurale. Quant à l’emphysème que certains auteurs rangent ajuste titre parmi ces modifications de texture, nous en avons déjà fait la description, pour des raisons que nous avons exposées à leur place.
MALADIES DU POUMON