CONGESTION. — OEDÈME
Dans la plupart des pyrexies on est exposé à constater l’état congestif du poumon ; c’est presque une règle dans la fièvre typhoïde, c’est un fait des plus communs dans la rougeole. Enfin il est rare qu’elle n’accompagne pas la pleurésie (Trousseau, Potain). Nous verrons plus loin le rôle important qu’elle joue dans l’opération de la thoracocentèse et les accidents qu’elle peut entraîner à sa suite.
Comme rentrant encore dans la catégorie des congestions actives, citons les congestions consécutives à la suppression d’un flux sanguin habituel (menstruation, hémorrhoïdes, etc.), les congestions de la grossesse (accidents gravido-cardiaques), les congestions qu’on observe à la suite de l’ascension des hautes montagnes (sortes de congestions a vacuo)^ celles qui se montrent parfois chez les malades présentant de larges brûlures, ces congestions brusques et étendues, enfin, qui semblent être le résultat de l’impression vive du froid ou d’une insolation, ainsi que Devergie et Lebert l’avaient remarqué depuis longtemps (24 faits de Devergie, in Traité de méd. légale^ 1836) (1).
Quant aux causes de la congestion passive, tout en étant fort nombreuses, elles se réduisent presque toutes à une seule et même condition anatomique, le mauvais fonctionnement du cœur^ que celui-ci soit la conséquence d’une lésion d’orifice qui gêne la circulation de retour (rétrécissement, insuffisance mitrale), d’une myocardite ou d’une affection adynamique prédisposant à l’hypostase.
Anatomie pathologique. — Le poumon qui est congestionné se présente sur la table d’amphithéâtre sous un aspect caractéristique. Contenant plus de sang, il est plus rouge, plus volumineux, plus dense qu’à l’état normal ; on trouve parfois à sa surface l’empreinte des côtes; des fragments du parenchyme détachés sur les points congestionnés et jetés dans un vase plein d’eau ne vont pas au fond du vase, mais ils ne surnagent pas complètement; la coupe du poumon, lisse et sans granulations, laisse échapper une certaine quantité de sang. Il existe parfois de véritables infarctus hémoptoïques. La muqueuse bronchique est le plus souvent rougeâtre,
(1) Peter a noté encore la congestion active du poumon dans le cancer de l’estomac et les crises de coliques hépatiques sévères. 11 explique le phénomène par un trouble (de nature réflexe) dans l’innervation du pneumogastrique.
MALADIES DU POUMON
injectée, recouverte de mucus spumeux, blanchâtre ou sanguinolent.
La plèvre peut être le siège d’ecchymoses plus ou moins étendues.
Si l’on examine au microscope les portions congestionnées, on constate que les vaisseaux capillaires, turgides et remplis de globules sanguins, viennent faire saillie dans les cavités alvéolaires. Les cellules de l’épithélium se gonflent, deviennent granuleuses, puis vésiculeuses; elles tombent dans la cavité des alvéoles et présentent une coloration jaunâtre due à leur pénétration par le plasma sanguin contenant de l’hémoglobine dissoute (Gornil etRanvier). L’exsudât contient souvent de la fibrine.
Quand la congestion se répète ou persiste longtemps dans le même point, comme il arrive dans les maladies du cœur, la pigmentation s’étend aux parois alvéolaires et le tissu connectif interstitiel s’épaissit; d’où l’aspect violacé et la plus grande résistance de l’organe dans les fails de congestion passive [i); en pareil cas la congestion occupe presque constamment les bords postérieurs et les lobes inférieurs des poumons.
Lorsque, à la congestion passive, est venu se joindre un certain degré d’infiltration ou d’œdème, le parenchyme est grisâtre, décoloré ; il se laisse déchirer plus facilement, grâce à l’espèce de macération dont il est le siège. Il suffit d’une faible pression pour faire sourdre d’une surface de section une grande quantité de la sérosité qui le baigne.
Description. — La congestion pulmonaire se montrant le plus souvent comme conséquence ou comme complication d’un état morbide plus général et plus grave, on lui a refusé pendant longtemps une place à part dans le cadre nosologique. C’est seulement depuis les travaux de Fournet (1839), de Woillez et de Bourgeois, que l’existence de la congestion pulmonaire aiguë et idiopathique a définitivement été reconnue et qu’on lui a fait la place qui lui appartient.
La congestion pulmonaire idiopathique existe et elle s’accompagne de phénomènes généraux et de signes locaux qui lui sont propres. L’appareil fébrile a parfois une grande violence : frisson
(1) Cet épaississement du tissu connectif interstitiel, fait de congestions passives répétées, peut aller jusqu’à constituer de véritables pneumonies chroniques, ainsi que E. Raimond en a rapporté plusieurs exemples avec autopsie
CONGESTION. — (ÆDÈME.
intense, céphalalgie, nausées, vomissements (surtout chez les enfants), température très élevée, enfin point de côté; en résumé, c’est à peu de chose près le tableau de la pneumonie franche; la ressemblance est telle que certains auteurs ont donné à ce complexus symptomatique le nom de pneumonie abortive. Ce en quoi cette affection diffère essentiellement de la pneumonie, c’est qu’au lieu de persister jusqu’au sixième ou au huitième jour, la fièvre tombe rapidement; le deuxième, le troisième, le quatrième jour au plus tard, la défervescence est complète (fig. 30).
Fig. 30.
Il y a de la toux, de la dyspnée, de la chaleur intrathoracique; le malade rejette par l’expectoration des crachats souvent rosés, parfois sanguinolents, mais qui ne présentent pas la viscosité des crachats pneumoniques.
A l’examen de la poitrine, la percussion fait reconnaître une zone de matité au niveau de laquelle le murmure respiratoire parvient affaibli h l’oreille; on trouve au même niveau des râles fins et du souffle, souffle qui est parfois aussi intense que dans la tuberculose, les grandes apoplexies pulmonaires ou la dilatation des bronches. Le volume du thorax est augmenté ; c’est là un fait essentiel sur lequel Woillez a insisté, et qu’il a démontré à l’aide du cyrtomètre.
Le plus souvent, les vibrations thoraciques et les vibrations vocales ne sont pas modifiées. Jamais il n’y a d’égophonie; les deux cas
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rapportés par Woillez dans lesquels la congestion pulmonaire s’accompagnait d’égophonie sont tout à fait exceptionnels.
A côté de ces formes si tranchées, on observe des cas moins bien dessinés : tantôt c’est le point de côté qui manque ou qui est remplacé par des névralgies à distance (plusieurs obs. de Woillez); tantôt ce sont les râles qui font défaut ; ailleurs c’est le souffle. Nous avons eu l’occasion de voir, dans le service du professeur Polain, deux faits de congestion pulmonaire qui n’avaient donné lieu qu’à de la matité avec diminution des bruits respiratoires, irradiations névralgiques et fièvre. Chez les vieillards, la fièvre fait souvent défaut. Quelquefois la percussion, au lieu de matité, fait reconnaître une sonorité exagérée, tympanique.
Les signes physiques sont parfois très fugaces et très mobiles, ils paraissent et disparaissent facilement pour aller se fixer successivement dans différents points du poumon. D’autre part, fait essentiel à bien connaître, les signes physiques peuvent persister longtemps après la chute de la température et la disparition des phénomènes fonctionnels.
Diagnostic. — Dans les cas où la maladie est le moins bien caractérisée, les différentes affections avec lesquelles on pourrait la confondre sont les suivantes : la pleurodynie, la bronchite aiguë, la pneumonie lobaire, quelquefois enfin la pleurésie. Avec un peu d’attention la confusion sera aisément évitée. Woillez a parfaitement résumé dans son important article (Arch. de méd., 1867) les points les plus essentiels du diagnostic.
1° Dans la pleurodynie : pas de fièvre ni de phénomènes généraux; jamais de toux ni d’expectoration ; la douleur thoracique constitue le symptôme unique de la maladie; la percussion, l’auscultation et la mensuration de la poitrine ne fournissent aucun signe morbide.
2° Dans la bronchite aiguë franche : fièvre plus persistante, douleur nulle ou légère, habituellement localisée aux inserlicns du diaphragme sous le sternum, toux fréquente, préoccupant souvent le malade; crachats muco-puruleiits, opaques; râles sibilants et ronflants disséminés; marche moins rapide que dans la congestion pulmonaire, quel que soit du reste le traitement.
3" Dans la pneumonie : fièvre persistante; toux fréquente, crachats visqueux, adhérents, colorés par le sang; matité, souffle tubaire et râles crépitants, bronchophonie manifeste avec exagération des vibrations thoraciques. Guérison graduelle.