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I. — Maladies DE la bouche et de l arrière-bouche

STOMATITES.

La stomatite est rinflammation de la muqueuse buccale. Les stomatites forment deux groupes distincts : 1° stomatites symptomatiques d’une maladie générale aiguë ou chronique, stomatites secondaires; 2° idiopathiques ow primitives. Les pre-

mières s’observent dans le cours des maladies éruptives, de la diphihérite, du scorbut, du diabète, de la scrofule, de la syphilis; leur histoire est intimement liée à celle des maladies dont elles ne sont qu’un symptôme; nous renverrons donc pour Jeur étude aux chapitres consacrés à ces maladies. Quant aux stomatites primitives, on se base à la fois sur le caractère de la lésion et sur la nature de la cause, pour les diviser en : l** stomatite simple ou érythémateuse ; 2° folliculeuse ou aphtheuse; 3" ulcéreuse ou ulcéro-membraneuse; 4° crémeuse ou muguet; 5° mercurielle.

STOMATITE SIMPLE OU ÉRYTHÉMATEUSE.

Elle peut s’étendre à toute la bouche ou se localiser aux joues, aux gencives {gingivite), au palais [palatite].

Elle se montre chez les enfants à l’époque de la dentition. Elle est souvent due à l’ingestion de corps trop froids ou trop chauds, d’aliments épicés, de certains crustacés, à la mastication du tabac, ou encore à l’accumulation de corps étrangers, le tartre par exemple, à la base des dents; elle accompagne quelquefois le catarrhe gastrointestinal, les règles; enfin elle peut se rencontrer dans les inflammations de voisinage (érysipèle de la face, eczéma).

Au début, la muqueuse est sèche, luisante, tendue, d’un rouge

vif, uniforme ou pointillé. Bientôt l’épithélium prolifère et les débris de cellules, mêlés à des champignons, forment un enduit blanchâtre sur les surfaces enflammées. La muqueuse, tuméfiée au niveau des parties où il y a du tissu cellulaire, garde l’empreinte des dents, devient humide et sécrète un liquide séreux ou filant : le ptyalisme est de règle. Les papilles de la langue sont proéminentes et mises à nu ; souvent enfin le derme dénudé apparaît à l’œil sous forme de petites ulcérations irrégulières et superficielles.

Le passage des aliments trop chauds ou irritants, de l’air froid, les mouvements de la langue ou de la mâchoire, causent de la douleur et souvent un degré de cuisson assez pénible, surtout si la muqueuse présente des érosions catarrhales. La fonction gustative est pervertie ; l’haleine du malade exhale une odeur désagréable, fétide, repoussante même dans la gingitive par accumulation de tartre dentaire ; dans ce cas le bord alvéolaire de la gencive est ulcéré et sanieux, ce qui peut amener le déchaussement et même la chute des dents.

Le plus souvent la stomatite simple est apyrétique. Généralement de courte durée, elle récidive fréquemment et peut être le point de départ de stomatites plus graves.

La première indication est de faire disparaître la cause productrice de la maladie. Les soins de propreté sont de la plus grande importance. On prescrira avec avantage les collutoires à l’alun, au borax ou les gargarismes au chlorate de potasse ; enfin on pourra toucher légèrement avec le nitrate d’argent les ulcérations de la gingivite.

Guersant et Blache. Art, Stomatite, in Dict. en 30 vol, — Sédastian, Rech, anat,, phys,, patholog, et sémiologique sur les glandes labiales, i8i2, — Rilliet et Barthez, Traité des maladies des enfants. — Albrecht, Klinik der Mundkrankheiten. Berlin, 1863, — Jardin, Sur les différentes espèces de stomatites, etc. (Ann. de la Soc. de méd. de Gand, 1868). — Tujague. Du phlegmon sous-muqueux de la bouche. Th. de Paris, 1874. — Chauffard. Nouv. Dict, de méd. et de chirurg. prat., art. Stomatite, 1882.

STOMATITE FOLLICULEÜSE OU APHTHEUSE.

Depuis fort longtemps, le nom d’aphthes a été employé pour désigner tout ulcère de la bouche, signification qu’on lui trouve dans Hippocrate, Galien, Arétée, Cullen, Good, etc. Willan et Bateman distinguèrent les aphthes des autres stomatites, mais les confondirent avec le muguet. Enfin les études de Guersant, Billard, Rilliet et Barthez, etc., firent de la stomatite aphtheuseu le affection delà

STOMATITE FOLLICULEUSE. m

bouche caractérisée par une éruption vésiculeuse et des ulcérations consécutives.

La stomatite est une maladie de tous les âges. Chez les enfants, elle atteint surtout les sujets faibles et lymphatiques, ceux qui se trouvent dans de mauvaises conditions hygiéniques. Il y aurait pai'füis une certaine prédisposition héréditaire (Barthez).

L’ingestion de substances irritantes telles que le tabac et la malpropreté sont des causes occasionnelles. Parfois l’éruption aphtheuse est consécutive à un état saburral des voies digestives, à l’entérite chronique, à la puerpéralité.

L’éruption aphtheuse est discrète ou confluente: elle se présente sous forme de petites vésicules transparentes ou d’un gris de perle, se troublant en quelques heures et s’ulcérant dès le second jour. Chaque vésicule, qui peut atteindre la grosseur d’un grain de chènevis, est entourée d’un auréole rouge. L’ulcération qui succède à chaque vésicule est superficielle, circulaire, à bords taillés à pic, grisâtres, saignants ; elle persiste quelquefois pendant un ou plusieurs septénaires, puis se cicatrise très rapidement en laissant une petite tache rouge qui disparaît bientôt (Guersant). Dans la forme discrète, les vésicules siègent derrière les lèvres, les joues, sur les bords de la langue, sur le sommet des gencives chez les enfants (Billard). Dans la forme confluente, les vésicules se confondent et forment des plaques assez larges : dans ce cas on rencontre généralement une éruption semblable sur le pharynx, l’œsophage ; peutêtre aussi l’estomac et l’intestin sont-ils atteints.

La nature et le siège anatomique de l’aphthe ont donné lieu à de nombreuses suppositions. Pour Billard, l’aphthe est une inflammation des follicules mucipares (d’où le nom impropre de stomatite folliculeuse) ; pour Worms, c’est l’acné de la muqueuse, etc. Aujourd’hui on admet généralement que l’exsudât peut siéger dans toutes les parties de la muqueuse.

La stomatite aphtheuse discrète donne lieu aux symptômes que nous avons déjà observés dans la stomatite catarrhale : sécheresse, puis humidité de la bouche, fétidité de l’haleine, douleur ou simplement difficulté dans la mastication, la succion, etc. Parfois, chex les enfants, il y a de l’inappétence, de la diarrhée et un mouvement fébrile de courte durée. La guérison est constante et survient du premier au troisième ou quatrième septénaire.

La forme confluente, très rare en France, s’observe plus souvent, paraît-il, en Hollande, à Haïti et Porto-Rico (Schonenberg), chez

MALADIES DU TUBE DIGESTIF

les femmes en couches pins particulièrement ; elle s’accompagne généralement de frissons, de vomissements, de fièvre, parfois de symptômes typhoïdes, et peut amener la mort.

Le diagnostic avec le muguet est facile; en effet le muguet est caractérisé par des concrétions blanchâtres peu adhérentes, très distinctes de l’ulcération aphtheuse. L’herpès buccal, qui, du reste, paraît très voisin par sa nature de la stomatite aphtheuse, accompagne généralement une éruption cutanée ; on ne confondra pas l’aphthe avec la stomatite ulcéreuse dont la marche est différente et qui donne lieu à des ulcérations plus profondes et plus étendues.

Le pronostic est favorable.

Le plus souvent il est inutile d’intervenir. Chez les enfants on peut employer les collutoires boratés. On prescrira quelques laxatifs s’il y a des symptômes d’embarras gastrique.

Guersant. Dict. en 30 vol. — Billard. Maladies des enfants. Paris, 1837. — Berg. Ueber Aphten bei Kinder (ans dem Schwedischen übersetzt von Van der Busch). Bremcn, 1848. — Bednar. Die Krankheiten der Neugebornen und Siiuglinge. Wien, 1850. — Barthez et Rilliet. Traité des maladies des enfants. — Worms. De quelques caractères distinctifs de l’aphthe (Gaz.liebd., 1864, et Art. .\phthes in Dict. encyc. des sc. méd.) — Cornil et Ranvier. Loc. cit.

STOMATITE ULCÉRO-MEMBRANEUSE.

On a pendant longtemps confondu la stomatite ulcéreuse avec les autres maladies de la bouche ou bien avec la diphthérite (Bretonneau). Taupin, Ililliet et Barthez ont bien étudié cette maladie chez les enfants ; ils lui ont donné son nom. Desgenettes, Caffort, Payenet Gourdon, Malapert, Bergeron ont fait la même étude chez l’adulte et ont montré l’identité de la stomatite ulcéreuse des soldats (stomatite gangréneuse de Larrey) avec la stomatite des enfants. L’histoire de la stomatite ulcéro-membraneuseest une histoire toute française. En Allemagne elle est encore généralement confondue avec la stomatite mercurielle.

Fréquente chez les enfants de cinq à dix ans, atteignant plutôt les garçons que les fdles, revêtant un caractère épidémique dans les hôpitaux et asiles d’enfants, la stomatite ulcéro-membraneuse se développe sur les sujets faibles, strumeux, rachitiques ou débilités par une maladie antérieure. Chez l’adulte, les mauvaises conditions hygiéniques de toutes sortes : alimentation insuffisante, encombre-

STOMATITE ULCÉRO-MEMBRANEÜSE.

ment, humidité, sont favorables à l’a(3parition de l’affection. C’est ainsi qu’elle se montre dans les pensionnats, les casernes, surtout chez les nouvelles recrues. L’évolution de la dent de sagesse joue aussi un certain rôle, mais ce rôle a été notablement exagéré par quelques observateurs. La contagion, admise par quelques auteurs, ii’est point encore préremptoirement démontrée (1).

La stomatite ulcéreuse est caractérisée par des ulcérations recouvertes d’une matière pultacée grisâtre ou noirâtre, s’il y a un peu de sang épanché. Une infiltration de pus et de fibrine se fait dans le derme, comprime les vaisseaux et détermine la mortification des tissus superficiels. Si l’on enlève l’enduit pultacé, le fond de l’ulcère paraît ‘-fiifractueux avec des débris de fibres conjonctives et élastiques; les bords sont violacés, taillés à pic, saignants.

Au début, on peut observer un peu de malaise et d’inappétence : parfois la stomatite commence par une vésico-pustule qui crève en laissant une ulcération ; le plus souvent la gencive devient douloureuse, tuméfiée, violacée, saignante, et l’ulcération est le symptôme initial. Bientôt apparaît un enduit pultacé gris jaunâtre, les dents se déchaussent et l’ulcération se propage à la partie correspondante des lèvres ou des joues : sur les lèvres, ces ulcérations sont arrondies, mais sur les joues elles se réunissent en formant, dans le sens antéropostérieur, une solution de continuité de 5 à 6 centimètres, avec des parties plus larges et plus profondes au niveau des dents. Les ulcérations se montrent encore, mais plus rarement, sur les côtés de la langue et sur les amygdales ; généralement elles sont limitées à un seul côté delà bouche.

Il existe une sensation de cuisson dans la bouche, du ptyalisme, de la difficulté dans la mastication, un engorgement des ganglions sous-maxillaires. L’haleine a une fétidité insupportable. .

Sous l’influence d’un traitement approprié, l’ ulcération se déterge et se cicatrise très rapidement ; abandonnée à elle-même, elle peut passer à l’état chronique et persister pendant trois ou quatre semaines. La durée moyenne est d’une semaine à un mois.

(1) Tous les auteurs qui ont soutenu la contagiosité de la stomatite ulcéro-membraneuse se sont appuyés sur les résultats positifs des inoculations tentées par J, Bergeron. On se rappelle en effet que J. Bergeron s’étant inoculé lui-même sur la joue, vit, le lendemain de l’inoculation, une pustule se développer puis se flétrir ; huit jours après il avait une stomatite ulcéro-membraneuse. Ces expériences méritent d’être reprises, car il est bien probable que les conditions individuelles de réceptivité jouent dans l’espèce le principal rôle

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Le diagnostic est sans difficulté, le pronostic bénin, abstraction faite des cas exceptionnels qui ont été suivis de gangrène de la bouche et de cicatrices vicieuses.

Employé à la dose de 4 à 8 grammes par jour chez l’adulte dans un jiilep, le chlorate de potasse est véritablement spécifique contre la stomatite ulcéro*membraneuse. Le malade ne doit pas seulement se gargariser avec la solution de chlorate de potasse, il peut même en absorber une partie. Si les ulcérations restent stationnaires, on les touchera soit avec le nitrate d’argent, soit avec le chlorure de chaux sec. Enfin on mettra les malades dans de bonnes conditions d’alimentation et d’aération et on leur administrera des toniques.

Payen et Gourdon. Rec. mém. méd. milit., 1830. — Caffort. Arch. gén. de me'd., 1832, t. XXVIII, p. 56. — Malapert. Rec. me'm. me'd. milit., 1838, t. XLV. — J. Ber- GERON. Rec. mém. méd. milit., 1858. — L. Colin. Études clin, de méd. milit., 1864, p. 158. — Valleix. Guide du médecin praticien. 5® édit., 1866, t. III. — Feuvrier. Rec. mém. méd. milit., 1873. — West. Lectures on the Diseuses of infancy, p. 167. — Rilliet et Barthez. Op. cit. — A. Laveran. Traité des maladies des armées, 1875, p. 560. — Catelan. De la stomatite ulcéreuse épid. (Arch. de méd. nav., 1877). — L. Colin. Traité des maladies épidémiques, 1879. — LaboulbÉNE. Traité d'anat. path., 1880.

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