STOMATITE CRÉMEUSE OU MUGUET
On désigne sous le nom de muguet la production dans la cavité buccale d’une substance caséeuse blanchâtre formée de débris épithéliaux et d’un cryptogame parasite. On a confondu le muguet avec les autres stomatites (aphthes et stomatite ulcéro-membraneuse) jusqu’aux travaux de Berg, de Gruby (1842) et de Ch. Robin (1853), qui ont établi nettement la nature parasitaire de l’affection.
Le muguet est très fréquent dans les hôpitaux d’enfants. Seux (de Marseille) a trouvé 402 fois le muguet sur 547 enfants examinés, et de ce nombre 394 n’avaient pas dépassé huit jours. Seux a démontré également que le muguet était plus fréquent en été qu’en hiver, dans le midi de la France que dans le nord (23,5 pour 100 à Paris, 73,5 à Marseille), et que son apparition dépendait moins de la constitution de l’enfant que des mauvaises conditions hygiéniques dans lesquelles il était placé. L’alimentation par le biberon ou au moyen de substances féculentes, le sevrage prématuré et les maladies qui en sont la conséquence (gastro-entérites), sont des causes fréquentes du muguet. Le muguet est contagieux (Berg, Nat. Guillot); la contagion se fait souvent par l’intermédiaire d’une nourrice donnant le sein à plusieurs enfants, par les biberons, les
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cuillères. A partir de deux ans, le muguet est beaucoup moins fréfjuent; chez l’adulte ou le vieillard, il est toujours symptomatique; il se présente à la fin des maladies graves : tuberculose, pneumonies adynamiques, diabète, fièvre puerpérale, etc., auquel cas il est presque toujours un signe du plus fâcheux pronostic.
M. Ch. Robin a bien décrit les plaques blanches du muguet : ces plaques sont formées de cellules épithéliales, de filaments et de spores d’une mucédinée, VOidiuni albicans (Syrmgospora de Quinquaud). C’est dans les intervalles des cellules épithéliales que se développe le champignon, contrairement à l’opinion de Léiut qui croyait le muguet sous-épithélial ; Gubler, s’appuyant sur quatrevingt-dix-neuf observations, a démontré la nécessité d'une réaction acide des liquides buccaux pour ce développement.
Le muguet n’est pas l’apanage exclusif de l’épithélium buccal; Parrot l’a rencontré fréquemment dans l’œsophage, voire même dans l’estomac. Seuxl’a rencontré dans l’intestin et Bouchut affirme l’avoir observé dans le rectum ; mais ces dernières observations sont sujettes à conteste ; en règle générale, le muguet a besoin pour se reproduire d un terrain spécial : l’épithélium pavimenteux (Parrot). Aussi est-il exceptionnel dans les voies respiratoires où cependant Parrot l’a retrouvé quelquefois, mais seulement sur les cordes vocales inférieures et dans l’alvéole pulmonaire même.
Dès le début, la langue est d’un rouge vif, sèche, douloureuse au loucher, couverte de saillies papillaires. Cn jour ou deux après, apparaissent les concrétions du muguet sous forme soit de points blanchâtres isolés, soit de membranes étendues analogues à du lait caillé; ces plaques sont sinueuses, déchiquetées sur leurs bords, très adhérentes à la muqueuse; elles siègent de préférence sur la langue, la face interne des joues, le pharynx, se montrent plus rarement au niveau des gencives, où le frottement s’oppose à leur fructification. Si l’on racle ces dépôts, on trouve au-dessous la muqueuse sèche, luisante, tendue, non ulcérée. La coloration blanche passe rapidement au jaune sous l’influence de l’air.
La succion, la déglutition, la mastication sont souvent douloureuses : il n’y a ni ptyalisme, ni fétidité de l’haleine. Apyrétique chez l’adulte, le muguet peut occasionner, chez les jeunes enfants, un mouvement fébrile, des vomissements, de la diarrhée avec érythème des fesses, etc.
Le muguet symptomatique d’un état cachectique, d’une maladie consomptive, est le plus souvent d’un pronostic fatal : c’est pour cela
MALADIES DU TUBE DIGESTIF
sans doute que Valleix avait tracé du muguet un si sombre tableau ; dégagé de toute complication, le muguet guérit dans l’espace de trois à sept jours.
Les productions membraniformes du muguet se présentent avec un aspect caséeux, blanchâtre, lactescent, qui empêchera le plus souvent toute confusion avec les autres stomatites. Dans le doute on aura recours au microscope.
Les tubes du n)ycélium ont un aspect caractéristique, ils sont creusés d’une cavité cylindrique contenant des loges ou des chambres (Robin) pleines de granulations mobiles; chaque tube, s’abouchant avec deux autres tubes par la même extrémité, semble bifurqué à son sommet.
Dans le traitement, on devra d’abord écarter les causes occasionnelles, surveiller l’hygiène^ etc. Comme traitement local, il faut combattre l’acidité buccale par le borax, le bicarbonate de soude, l’eau de Vichy, etc. Le chlorate dépotasse n’adonné aucun résultat (Legroux).
Guersant et Blache. Art, Muguet in Dict.,cn 30 vol. — Valleix. Maladies des nouveau-né >. — Gruby. Comptes rendus de l’Acad. des sciences, 1842. — Berg, Loc. cit. — Ch. Robin. Histoire naturelle des végétaux parasites. Paris, 1853. — Seux. Recherches sur les maladies des nouveau-nés. Paris, 1855. — Gubler. Mém. de l’Acad. de méd., 1858, t. XXII, et Art. Bouche, in Dict. encyc. des sc. méd. — Parrot. Arch. de physiologie, 1869 et 1870. — Du MÊME. De l’athrepsie des nouveaunés. — Archambault. Art. Muguet, in Dict. encyc. des sc. méd,, 1876. — J. Simon. Art. Muguet in Nouv. Dict. de méd, et de chir. prat., 1877. — Damasciuno. Contribution à l’étude du muguet (Un. médic., 1881).
STOMATITE MERCURIELLE.
La stomatite mercurielle ou ptyalisme mercuriel succède à l’absorption du mercure ou de ses composés, du calomel en particulier.
On l’observe principalement chez les individus qui emploient le mercure dans un but thérapeutique; les professions où l’on se sert de préparations hydrargyriques (préparation des chapeaux, Rétamage des glaces, etc.) donnent plutôt lieu aux autres symptômes du mercurialisme qu’à la stomatite. Le ptyalisme mercuriel apparaît pour la moindre cause chez certains individus prédisposés, sous l’influence, par exemple, d’une simple cautérisation au nitrate acide de mercure, tandis que chez d’autres l’emploi journalier et continu des mercuriaux n’amène aucun accident. Le séjour dans les lieux
STOMATITE MERCURIELLE.
humides, la diminution des sécrétions, de la sueur, sont des causes prédisposantes bien connues.
II existe sur les lèvres, le voile du palais, les joues, principalement autour des conduits glandulaires, de petites plaques blanchâtres et superficielles, produites par la tuméfaction et la dégénérescence granuleuse des cellules épithéliales. Au-dessous, les globules de pus infiltrent le derme, la base des papilles, et produisent des ulcérations larges et peu profondes, recouvertes d’un enduit blanc grisâtre, facile à enlever.
Le premier symptôme éprouvé par le malade est un goût métallique très prononcé qui s’accompagne bientôt d’une salivation intense. La gencive, bordée d’un liséré rouge, puis blanchâtre, se tuméfie, devient rouge et saignante; les dents, déchaussées et ébranlées, donnent au malade la sensation d’un allongement; f haleine prend une fétidité repoussante, vraiment pathognomonique (1). Bientôt le gonflement s’étend aux lèvres, aux joues, à la langue, sur lesquelles les dents marquent leur empreinte. Si l’inflammation augmente, la langue horriblement tuméfiée fait saillie entre les arcades dentaires; son extrémité toujours exposée à l’air devient sèche et brune, tandis que sa base, obstruant en partie les voies aériennes, provoque une dyspnée assez intense. L’inflammation de la trompe d’Eustache est alors fréquente. Le gonflement s’étend aux ganglions lymphatiques, aux glandes salivaires et, la sialorrhée s’accentuant encore, il s’écoule de la bouche plusieurs litres d’une salive fade ou fétide. La salive ainsi répandue a perdu son pouvoir diastasique, ne contient presque plus de ferro-cyanure de potassium, mais renferme du mercure d’une façon fort appréciable. A ce moment la fièvre s’allume ou devient plus intense, l’insomnie est continuelle, l’amaigrissement très rapide. A un dernier degré, fort rare aujourd’hui qu’on ne pousse plus à salivation le traitement mercuriel, les dents noircissent et tombent, les joues se gangrènent, les maxillaires se nécrosent et la mort peut survenir; si la guérison est encore possible, elle ne se fait qu’au prix de cicatrices vicieuses et de difformités incurables.
A l’aide d’un traitement approprié, il est facile d’arrêter la maladie dans sa marche. Sa durée varie de quatre jours à quatre
(I) Les symptômes de la stomatite mercurielle ont été exposés depuis longtemps, et avec infiniment d’esprit, par Voltaire dans son roman do Candide.