ANGINES CHRONIQUES
traitemeni local consistera en insufflations d’alun et de tannin, en cautérisations légères avec le sulfate de cuivre, la teinture d’iode, le nitrate d’argent, et surtout les attouchements avec une solution diluée de chlorure de zinc (Lasègue). Les douches pharyngées et les pulvérisations (Saies-Girons) sont aussi très utiles. Les balsamiques seront administrés à l’intérieur avec avantage.
Angine catarrhale chronique. — L’angine catarrhale chronique doit être soigneusement distinguée de l’angine granuleuse avec laquelle elle a sans doute un grand nombre d’affinités étiologiques, surtout en ce qui touche les maladies générales, mais dont elle se sépare absolument au point de vue anatomique.
Dans cette forme particulière de l’angine chronique ce qui domine, en effet, c’est une inflammation simple de la muqueuse sans hypertrophie des glandules; il existe une rougeur avec gonflement parfois intense des parties, surtout lorsque le catarrhe porte de préférence sur les piliers du voile, comme cela s’observe chez les goutteux (Lasègue). Quelquefois on constate sur ces parties enflammées de véritables pustules de consistance et de volume variable et dont la présence a motivé le nom à' angine acnéique proposé par M. Lasègue. Ces pustules siègent principalement dans la fossette sous-amygdalienne.
Symptomatiquement, l’angine catarrhale chronique ne diffère pas beaucoup de l’angine glanduleuse ; parfois sans expectoration marquée(pharyngite sèche de Lewin),elle est d’autres fois accompagnée de sécrétions assez abondantes qui viennent se coller sur la face postérieure du pharynx et sont rejetées au réveil, de façon à constituer un véritable graillonnement matutinal (Damaschino).
Comme dans l’angine glanduleuse, il peut y avoir des troubles de la voix et de l’audition si la maladie s’étend aux parties voisines. Mais comme elle existe fréquemment chez les rhumatisants et les goutteux, elle est souvent accompagnée de troubles fonctionnels prononcés spécialement du côté de l’estomac ; sa marche est essentiellement lente, sa durée souvent indéfinie. Soumise à des exacerbations constantes, elle constitue une incommodité très fatigante, mais elle n’implique pas l’idée d’une affection grave.
Elle est susceptible de s’amender par un traitement rationnel qui du reste diffère peu de celui de l’angine glanduleuse.
Angine scrofuleuse. — L’angine scrofiileuse chronique est toujours ulcéreuse. Hamilton a distingué les formes bénignes et les formes graves auxquelles il convient d’ajouter le lupus. L’angine la
MALADIES DU TUBE DIGESTIF
plus légère au début peut amener la forme la plus maligne. Voici comment se développent les lésions, d’après Isambert et A. Kock.
La muqueuse pharyngée offre d’abord les lésions de l’angine glanduleuse que nous venons de décrire ; puis, sur la paroi postétérieure du pharynx, jamais sur les amygdales, apparaissent des ulcérations inégales, gaufrées, sinueuses, de couleur jaune sale. Ces ulcérations s’étendent et se creusent, elles perforent le voile du palais, coupent les piliers et la luette et peuvent même atteindre les os. Le pharynx tout entier peut alors être transformé en un cloaque sanieux, recouvert de fongosités. Il est rare que les ulcérations se propagent à la muqueuse buccale (Looten), et dans ce cas elles restent limitées à la base de la langue (Homolle). i
L’indolence est la caractéristique de ces angines. Leur marche i est chronique (de six mois à dix ans) ; cependant le lupus a une i marche plus rapide, qu’il détiule par le pharynx ou par les téguments j de 1a face. j
Le traitement sera général (hygiène, iode, huile de foie de | morue, etc.) et local (douches pharyngées, cautérisations). On évi- i tera avec soin les mercuriaux. l
Angine tuberculeuse. — L’angine tuberculeuse est également | ulcéreuse. Au début, la muqueuse est parsemée de points jaunâtres, | isolés ou réunis, qui en quelques jours font place à de petites ! ulcérations à surface inégale, mamelonnée, grisâtre, à bords taillés | à pic, durs et festonnés. Isambert a observé un cas où les amyg- i dales, le fond du pharynx, T épiglotte et le larynx étaient recouverts i par un semis de tubercules miliaires qui devinrent caséeux et donnèrent naissance à des ulcérations. L’un de nous a observé un cas analogue. Il y a toujours en même temps des tubercules dans le poumon. On emploiera les badigeonnages à la morphine et le bromure de potassium à l’intérieur pour calmer la cuisson et la dysphagie.
Angine syphilitique. — Le chancre induré, accident primaire, peut être observé sur l’amygdale. A la période secondaire on ob- j serve soit une pharyngite érythémateuse, soit des plaques mu- \ queuses. Enfin, les gommes suppurées de l’arrière-bouche repré- j sentent les accidents tertiaires, j
Ghomel. Angine granuleuse (Gaz. mécl., 1846). — Hamilton. Sur l’angine scrofuleuse (Arch. de mod,, 1845). — BuuON. Pharyngite glanduleuse. Th. de Paris, 1851. — Green. A trcatise on Diseascs of the air passages, etc. New-York, 1855. — Gué- NEAU DE Mussy. Traité de l’angine glanduleuse, etc. Paris, 1857. — Hardy et ;i
[ABCÈS RÉTRO-PHARYNGIENS.
Béhier. Traité de path. int. Paris, 1864. — Isambert. De rangiue scrofuleuse (Soc. méd. des hôp., 1871-1872). — De la tuberculose aiguë pliaryngo-laryngée, in Ann. des mal. de Toreillc et du larynx, 1875. — A. Kock. De l’angine scrofuleuse et de la granulie pharyngo-laryngée. Th. de Paris, 1875. — Samuel Gee. On tubercu- Ions angina fauciuni (Saint-Barlhol. Hosp. Reports, 1875). — Homolle. Des scrofulides graves de la muqueuse bucco-pharyngienne. Th. de Paris, 1875. — A. Laveran. De l’angine tuberculeuse (Soc. nicd. des hôp., 1876). — J. Sourris. De l’angine tuberculeuse. Th. de Paris, 1877. — Looten. Des scrofulides des muqueuses. Th. d’agrégation, 1878. — Damaschino. Loc. cit. — Spillmann. Tuberculose du tube digestif. Th. de concours, 1878. — H. Barth. De la tuberculose du pharynx et de l’angine tuberculeuse, 1880.
ABCÈS RÉTRO-PHARYNGIENS.
Nous avons déjà signalé, à propos de l’angine phlegmoiieuse, la possibilité de collections purulentes dans le tissu cellulaire du cou. L’abcès rétro-pharyngien peut reconnaître aussi pour cause l’impression du froid et la présence d’un corps étranger. Si nous en exceptons les abcès qui sont symptomatiques d’une carie vertébrale et qui dépendent de la chirurgie, les abcès secondaires ou symptomatiques sont beaucoup moins fréquents; ils se développent dans les maladies graves, la fièvre typhoïde, la septicémie, la scarlatine, la diphthérite, etc., ou à la suite de la suppuration des ganglions prévertébraux chez l’enfant. Les adultes sont plus rarement atteints que les enfants.
L’abcès rétro-pharyngien est le plus souvent situé derrière la portion du pharynx qui correspond à la bouche ; parfois cependant il remonte jusqu’à la base du crâne ou descend derrière l’œsophage. Parfois aussi il occupe les parois latérales et vient saillir sur les côtés du cou.
Le début dans les formes primitives est celui d’une angine inflammatoire de phénomènes cérébraux. Dans les formes secondaires, le début est insidieux, masqué qu’il est par la maladie primitive. Les premiers symptômes sont : une dysphagie intense qui empêche la déglutition des solides et une dyspnée très vive. Celle-ci peut, en effet, en imposer pour le croup à cause des violents accès de suffocation et du sifflement laryngo-trachéal inspiratoire qui l’accompagnent; tandis que dans le croup la voix est rauque, puis éteinte, ici elle est seulement nasonnée et peut même rester claire. Les symptômes généraux sont parfois très intenses et revêtent la forme d’une fièvre alaxo-adynamique. Quand la marche de l’abcès est chronique, les symptômes généraux sont au contraire fort peu accusés.
MALADIES DU TUBE DIGESTIF
L’inspection de la gorge permet le plus souvent d’apercevoir la saillie que forme l’abcès au fond du pharynx : le doigt introduit dans la bouche perçoit la fluctuation ou du moins sent une tumeur lisse et tendue, de la grosseur d’une noix à celle d’un œuf de poule, très douloureuse à la pression.
Abandonnés à eux-mêmes, les abcès rétro-pharyngiens emportent généralement le malade avant de se frayer une voie au dehors; la mort arrive par asphyxie ou inanition, suffocation, fusées purulentes dans le médiastin et les plèvres, etc. Lorsque les abcès s’ouvrent spontanément ou par l’intervention du praticien, l’évacuation du pus amène un soulagement immédiat et la guérison survient rapidement. L’abcès est cependant susceptible de se reproduire si l’ouverture est insuffisante. L’irruption du pus dans les voies aériennes et l’œdème de la glotte par infiltration des replis aryépiglottiques entraînent quelquefois très rapidement la mort.
C’est surtout avec le croup que l’on peut confondre l’abcès rétropharyngien, dont les caractères distinctifs sont la dysphagie, le timbre de la voix assez nettement conservé, la tuméfaction du cou, la projection en avant du cartilage thyroïde. La difficulté est plus grande si la diphthérile existe en même temps. Lorsque l’abcès est symptomatique d’une lésion des vertèbres, le cou est généralement déformé et la pression sur les apophyses épineuses est douloureuse.
Le pronostic est grave ; la statistique de Gautier prouve la nécessité de l’intervention chirurgicale. D’après ses recherches, la mort survint dans 25 cas non diagnostiqués; dans 66 cas reconnus, la mort survint 8 fois sans qu’on fût intervenu, 3 fois après des incisions tardives on mal faites, et 4 fois dans des formes gangréneuses; dans les autres cas la guérison eut lieu.
Le traitement médical par la saignée, le calomel, les vomitifs, la glace pilée, les gargarismes, etc. , a toujours échoué. L’indication formelle est de donner issue au pus. Pour cela on incisera la tumeur soit avec le bistouri, soit avec des ciseaux spécialement destinés à cet usage.
Mondière. L’Expérience, 1842. — Rilliet et Barthez. Loc. cit. — Gillette. Des
abcès rétro-pharyngiens idiopathicpues. Th. de Paris, 1868.— G.\utier. Même sujet.
Genève, 1869. — D’Espine et Picot. Maladies de l’enfance, 1880.
QESOPHAGITE.