RÉTRÉCISSEMENTS DE L’OESOPHAGE
obligé de se livrer à des efforts répétés, souvent même d’avaler un peu de liquide^ pour lui faire franchir l’obstacle. Ce passage provoque une douleur plus ou moins vive le long du cou, derrière le sternum ou entre les deux épaules. Bientôt le malade est obligé de mâcher pendant longtemps ses aliments, de bien les imprégner de salive pour en faire une pâte demi-liquide; plus tard encore, la déglutition des liquides, par petites gorgées, est seule possible.
Le passage au niveau du point sténosé se fait avec un gargouillement spécial que M. Laborde a signalé depuis longtemps. L’auscultation de l’œsophage a été l’objet de minutieuses recherches de la part de Hamburger; d’après cet auteur, le premier degré du rétrécissement peut être diagnostiqué par ce moyen, alors que le cathétérisme ne donne encore aucune indication; en général, cependant, c’est au cathétérisme qu’il faut avoir recours pour préciser le siège et le degré du rétrécissement.
Lorsque la sténose est arrivée à un degré avancé, et que l’œsophage s’est dilaté au-dessus du rétrécissement, les aliments, en s’accumulant dans la poche ainsi formée, déterminent chez le malade une gêne et une oppression qui ne disparaissent qu’après la régurgitation des aliments enveloppés dans une couche de mucosités grisâtres, filantes, parfois sanguinolentes. Cette régurgitation se fait à intervalles assez variables après les repas, sans secousse et sans effort, par simple expuition {vomissement œsophagien): Généralement ce vomissement soulage le malade, si ce n’est dans le cancer, où les mucosités se reproduisent incessamment et ne sont expulsées qu’au prix d’efforts très pénibles.
Le hoquet a été fréquemment signalé (Bayle et Cayol, Mondière) dans les rétrécissements cicatriciels ; il est rare dans le cancer, le néoplasme détruisant les filets du pneumogastrique et empêchant ainsi toute action réflexe sur le diaphragme.
La compression d’un des récurrents peut amener une aphonie complète (Barrett, Taylor, R. Lépine).
La marche est chronique et la guérison possible dans les rétrécissements cicatriciels. Si la mort survient, c’est par le fait de l’inanition à laquelle s’ajoute la cachexie générale chez les cancéreux. Chez ceux-ci, d’après Lebert, la durée maxima de la maladie serait de treize mois. Différentes complications peuvent hâter le dénouement : tels sont les hémorrhagies foudroyantes (Vigla, Renaut), la suffocation par irruption du contenu des poches dans les voies respiratoires, la gangrène du poumon (Grisolle), la pleurésie
MALADIES DE L’OESOPHAGE
suraiguë avec pyopneumothorax, les abcès gangréneux du cou et du médiastin, etc.
Un bon nombre de malades atteints de rétrécissement de l’œsophage succombent, comme l’a fait remarquer Verneuil, à la tuberculose pulmonaire.
Diagnostic. — Grâce au cathétérisme œsophagien, le diagnostic n’offre pas, d’ordinaire, de bien grandes difficultés; mais il est souvent moins aisé de déterminer la nature du rétrécissement. L’absence de cause connue, telle que l’ingestion de caustiques à une époque antérieure, l’âge avancé du malade, l’hérédité, le dépérissement rapide, la teinte jaune paille, l’engorgement ganÿionaire, l’œdème périmalléolaire, seront de fortes présomptions en faveur du cancer. La déviation de la sonde avec déplacement du bruit de glouglou feront penser à un rétrécissement par compression de nature extrinsèque. La soudaineté des accidents, leur intermittence, la-possibilité du cathétérisme avec les plus grosses olives, différencient nettement le spasme œsophagien des rétrécissements organiques. Cette règle pourtant ne doit pas être considérée comme absolue : car il y a des rétrécissements spasmodiques infranchissables (fait de Raynaud et Dave).
Quant au siège il sera déterminé par la longueur de sonde qui aura pu pénétrer avant de rencontrer l’obstacle. On se rappellera, toutefois, qu’avant d’arriver au siège précis du rétrécissement on est presque toujours arrêté une première fois par une coarctation spasmodique du conduit, qu’il ne faut pas confondre avec le vrai rétrécissement.
Le plus souvent on aura recours au traitement chirurgical : dilatations méthodiques, incision du rétrécissement, etc. Goinnu' dernière ressource dans le rétrécissement cicatriciel, on pourra pratiquer la gastrotomie qui a donné, il y a peu de temps, un succès à M. Verneuil (1870). Lorsqu’il y aura lieu de soupçonner la nature syphilitique du rétrécissement, on prescrira le traitement spécifique.
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