L. et T. — Path. et clin. méd
MALADIES DE L’INTESTIN
On ne peut avoir que des présomptions plus ou moins fondées sur la nature de V occlusion. La constatation préalable d’une tumeur quelconque dans la cavité abdominale sera en faveur d’un étranglement par compression ; l’existence d’une ancienne péritonite fera penser à l’occlusion par une bride fibreuse. La soudaineté des accidents éloignera la supposition d’une invagination ou d’une tumeur intestinale.
L’invagination s’annoncera au contraire par un début plus lent, par des alternatives de constipation et de diarrhée, par des selles sanglantes et noirâtres, parfois fétides. L’expulsion du cylindre invaginé gangrené lèvera les doutes.
Les accidents cessant brusquement pour reprendre de même pourront faire penser à un iléus nerveux.
En tout cas l’exploration par le vagin et par le rectum ne sera jamais négligée; elle peut fournir de précieuses indications.
Dans les cas douteux, on pourra mettre les malades sous l’influence du chloroforme pour explorer plus facilement la paroi abdominale. Mais est-on autorisé à ouvrir la cavité péritonéale et à aller chercher dans son intérieur le point sténosé? Cette question, soutenue affirmativement par un grand nombre de praticiens étrangers, notamment en Angleterre, a soulevé à l’avant-dernière réunion de la British medical Association une très intéressante discussion, mais elle est loin d’être résolue (1).
Traitement. — Le plus souvent c’est aux purgatifs que l’on a recours tout d’abord pour rétablir le cours des matières. Cependant celte méthode doit être rejetée dans les cas d’invagination, où elle ne peut qu’exagérer le mal (Raige-Delorme). Aussi faut-il employer de préférence les lavements laxatifs et les douches ascendantes à haute pression dans le gros intestin, avec un appareil à eau de Seltz par exemple.
Comme moyens mécaniques, il faut citer encore le curage rectal, le cathétérisme forcé, l’insufflation, etc. On se débarrassera des pelotons d’ascarides parles vermifuges.
S’il y a un élément spasmodique, on emploiera la belladone*, l’opium et la morphine, le tabac à l’intérieur et en lavements, le camphre, les bains froids, etc.
La glace appliquée en permanence sur l’abdomen diminue la
(1) Voyez, à ce propos, de nombreux articles dans le British medicalJourmlj 1878, vol. II, passim, et 1879, numéros du 11 janvier et* du 31 mai.
OCCLUSION INTESTINALE
pneumatose, excite la contractilité des muscles intestinaux et prévient l’inflammation péritonéale. On peut employer aussi dans le même but les pulvérisations d’éther avec l’appareil de Richardson. L’ingestion continue de petits fragments de glace a également de bons e.Tels.
L’électricité a été employée depuis longtemps par Leroy d’Étiolles (1826) ; elle réussit parfois, mais doit encore être rejetée dans l’invagination.
On pourra essayer de combattre le météorisme par l’entérocentèse au moyen d’un trocart fin. Enfin, en dernière ressource, -üîi devra recourir à l’intervention chirurgicale. Suivant les circonstances, on pourra pratiquer soit la gastrotomie, soit l’entérotomie on la colotomie lombaire, suivant la méthode de Nélaton (A. Bulteau).
Conseillée par Barbette (d’Amsterdam), dès 1676, cette opération a été pratiquée pour la première fois par Nuck en 1692, Mieux réglée par Renault, 1772, qui montra la nécessité de pratiquer en môme temps l’entérotomie, elle a été exécutée souvent depuis par les chirurgiens de notre siècle et entre leurs mains elle a donné des résultats qui en justifient l’application. Maisonneuve et Nélaton surtout ont contribué à en vulgariser l’emploi.
Bonnet (de Lyon). Etrang-1. de l’intestin. Paris, 1830. — Montfalcon. Dicl. des sc., méd., t. XXllI, 1818. -- Rokitansky. Œster. med. Jahrb., 1836. — Gorham. Guy’s Hosp. Rep., 1838. — Saint-Laugier. Th. 1880. — Raige-Delorme. Art. Volvulus, in Dict. de méd., 1846. — Duchaussoy. Mém.dc l’Ac. de méd., t. XXIV. — Parise. Rev. méd.-chir., 1851. — Labric. Th, Paris, 1852, n“ 13. — Rilliet. Mém. sur l’invagination chez les enfants, 1852. — O. Masson, De l’occlusion intestinale, th. de Paris, 1857. — Treitz. Hernia retroperitonealis. Prague, 1857. — Bucquoy. Rec. des tr. de la Soc, méd. d’obs. de Paris, 1857. — Besnier. Th. de Paris, 1857. — Des étranglements internes. Paris, 1860. — Butaud. Invagination intestinale; mort après trente-cinq jours (Gaz. hôp., 1863). — Bamberger. Krankheiten der cliilopoetischen Systems, 1864. — Henrot. Thèse Paris, 1865. — Duguet. De la hernie diaphragmatique congénitale, th. de Paris, 1866. — Panas. Cas d’occl. int. produite par le renversement d’une anse d’intestin sur elle-même (Gaz. hôp , 1871). — Faucon. Soc. de chir., 1873, et Arch. gén.'de méd., 1873. — Luton. Nouv. Dict. de méd. et de chir. — Requin. Jaccoud. Path. int. — A. Bulteau. De l’occl. intest, au point de vue du diagn. et du trait., th. de Paris, 1878. — Rafinesque. Étude clinique sur les invaginations intestinales chroniques, th. de Paris, 1878, — Guinand- Déjerine. Soc. anat., 1878. — F. Jordan. Fatty change of the muscular wall of the gut, etc. (Brit. med. Journ., avril 1879). — Laboulbène. Nouveaux éléments d’anatomie pathologique, 1879, p. 231. — Friedlaender. Berlin, klin. Wochenschr., 1880, n° 1. — Damaschino. Loc. cit. — Barié et Ducastel. Diagnostic différentiel entre le cancer de l’intestin et le volvulus (Bullet. Soc. anat., 1879). — Peyrot. Intervention chirurgicale dans les obstructions de l’intestin, th. conc., Paris, 1880* — Lecorché et Talamon. Études médicales, 1881.
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MALADIES DE L’INTESTIN
VERS INTESTINAUX
Les vers entozoaires ou helminthes que l’on rencontre dans le tube digestif appartiennent aux deux familles des Nénicttoïdes (vers cylindriques) et des Cestoïdes (vers plats) (1).
Ils sont connus depuis fort longtemps et ont donné lieu aux idées et aux théories les plus bizarres jusqu’au commencement de ce siècle Leur histoire est aujourd’hui bien connue, grâce aux travaux de Rudolphi (1808), Von Siebold, Dujardin, Küchenmeister, Leuckart, Van Beneden, etc., quoiqu’il règne encore plus d’une obscurité sur leur reproduction et leur développement.
Nématoïdes. — Ascarides. — L’ascaride lombricoïde, lombric {Ascaris lumbricoides), se rencontre fréquemment chez l’homme; Y Ascaris mystax (var. alata) est douteux.
L’ascaride lombricoïde est un ver blanc ou rougeâtre^ cylindrique, atténué à ses deux extrémités, atteignant de 15 à 17 centimètres chez le mâle et de 20 à 25 centimètres chez la femelle. La bouche est munie de trois mamelons charnus. Le mâle porte deux spiculés à son extrémité inférieure recourbée; la femelle présente l’orifice vulvaire dans un étranglement situé à l’imion du tiers moyen et du tiers inférieur environ. Les organes génitaux sont très développés et apparaissent par transparence sous forme de longs tubes flexueux.
Les ascarides habitent l’intestin grêle où leur nombre peut s’élever à plus d’un mille. Ils sont fréquents chez les enfants, surtout pendant la seconde enfance : on les rencontre plus souvent chez la femme que chez l’homme, chez le nègre que chez le blanc. On les observe surtout chez les individus lymphatiques ou scrofuleux, chez ceux qui sont soumis à une mauvaise alimentation. Moins communs à Paris depuis l’emploi de l’eau filtrée, ils sont de tous les pays, de toutes les latitudes. Enfin on a observé de véritables épidémies de
lombrics. . i, . r •
La présence des ascarides passe souvent inaperçue; d autres fois
elle donne lieu à des symptômes spéciaux dont aucun n’est constant et dont l’ensemble seul peut présenter quelque valeur. Ce sont des
(1) On peut rencontrer aussi dans l’intestin des vers de la famille des T,AatoL; tels les faits de Andrew Wilson et de Prunac relatifs a la présence de la douve hépatique; mais ces faits sont encore trop rares et leurs symptômes trop mal définis pour prendre actuellement place dans une des cription dogmatique,,
VERS INTESTINAUX
coliques, des douleurs pongilives et du ballonnement du ventre, du ptyalisme, des vomissements, des selles diarrhéiques et sanguinolentes, des urines sédimenteuses ; en même temps le pouls est petit et irrégulier, la face est bouffie, les paupières bleuâtres, les pupilles dilatées et inégales ; les narines sont le siège de picotements et de démangeaisons. Le signe unique qui permet d’affirmer leur existence est la présence des vers ou des œufs dans les évacuations alvines : on reconnaît les œufs au microscope à leur forme allongée, ovoïde, h leur apparence mûriforme.
Les accidents nerveux réflexes que l’on peut encore observer sont l’insomnie, les convulsions, la chorée, les troubles intellectuels, le délire, l’amaurose, les paralysies, etc.
Nous avons signalé la possibilité de l’occlusion intestinale par des masses d’ascarides enroulés (Requin, Trousseau, Campenon). Les accidents les plus graves qu’ils provoquent sont ceux qui dépendent de leurs migrations après la rupture des tuniques intestinales. D’après Davaine, cette rupture ne pourrait avoir lieu qu’autant que la muqueuse est primitivement ulcérée; les ascarides peuvent cependant perforer la muqueuse saine (Leuckart, Mondière). Les ascarides font alors irruption dans le péritoine ou, s’il y a des adhérences, donnent naissance à un abcès vermineux qui s’ouvrira dans le poumon, la plèvre, ou plutôt à l’extérieur dans les points d’élection des hernies (Davaine). Les ascarides peuvent également pénétrer dans l’estomac, l’œsophage, les fosses nasales, la trompe d’Eustache et perforer le tympan (Reynolds), les voies aériennes, où ils provoquent la suffocation; on les a rencontrés dans les voies biliaires, le tissu du foie, les canaux pancréatiques. Il ne faut pas oublier d’ailleurs que les ascarides, vivant souvent plus longtemps que leur hôte, peuvent pénétrer post mortem dans les points où on les trouve.
Comment les ascarides arrivent-ils dans l’intestin? Ils sont introduits à l’état jeune (Von Siebold) ou plutôt à l’état d’œufs renfermés dans les eaux potables non filtrées (Davaine) : le fait qu’on ne les rencontre jamais à l’état jeune dans l’intestin est un argument sérieux en faveur de l’opinion qui les regarde comme la forme adulte de différentes espèces trouvées sur des poissons ou des animaux aquatiques.
Tous les anlhelminthiques peuvent expulser les lombrics : on emploiera de préférence la mousse de Corse, le semen-contra et la santonine, le calomel, le camphre, Eessence de térébenthine, l’hydrofluosilicate de potasse (Luton), etc.
MALADIES DE L’INTESTIN
Oxyures vermiculaires. — L'oxyure est un ver ascaride de très petite taille : le mâle n’atteint que 2 ou 3 millimètres et a son extrémité inférieure contournée en spirale ; la femelle est plus grande (de 8 à 10 millimètres) et rectiligne. La tête présente trois mamelons et une expansion alilorme de chaque côté.
Ces vers sont très communs chez les enfants : leur siège habituel est le rectum et l’anus, d’où ils peuvent se répandre sur les cuisses, gagner la vulve et pénétrer dans les organes génitaux. Le prurit qu’ils
déterminent etquiaug- ^ mente par la chaleur du lit, est souvent la cause première d’habitudes d’onanisme chez les enfants, de pertes séminales chez l’homme (Lallemand). Comme traitement, outre les vermifuges ordinaires, on emploiera les lavements d’eau froide, salée, vinaigrée, sulfureuse, savonneuse, au nitrate d’argent, etc.
Dujardin-Eeaumetz emploie de préférence les lavements d’eau et de glycérine, partie égale de chaque.
Tricha céphale. — Le Trichocephalus dispar est caractérisé par la forme en long flabellum de ses deux tiers antérieurs, la portion postérieure étant au contraire renflée. Les œufs sont elliptiques avec des masses sphériques à leurs deux extrémités. Il vit dans le cæcum, où il peut se trouver en nombre abondant; sa présence passe ordinairement inaperçue.
Ancylostome duodénal (fig. 42). — C’est un ver cylindrique de 5 millimètres chez le mâle et de 13 chez la femelle. Il se fixe
Fig. 42. — Ancylostome duodénal mâle. — A, grandeur naturelle ; B, le même grossi ; a, extrémité antérieure; h, extrémité postérieure; C, détails très grossis de cette extrémité postérieure et copulatrice, disposée en forme de capsule, avec les rayons qui la soutiennent.
Ancylostome duodénal femelle. — A, grandeur naturelle; B, la même grossie ; a, extrémité antérieure ; ô, extrémité postérieure ; c, orifice vulvaire ; G, tête très grossie, montrant la disposition de l'armature dentée buccale.
VERS INTESTINAUX
dans le duodénum et le jéjunum, produit des hémorrhagies répétées et, diaprés Griesinger, est la cause directe de la chlorose d’Égypte. Nous avons vu plus haut que, grâce aux recherches de Peroncito, vulgarisées en France par Niepce, l’ancylostome duodénal pouvait être considéré comme la cause non équivoque de l’anémie des ouvriers du Goihard; des investigations plus récentes de Peroncito et Arloing ont montré depuis que ce parasite pourrait bien aussi jouer un rôle dans la production de l’anémie des mineurs.
AnguiUiila stercoralis. — M. le docteur Normand a découvert dans les selles des malades atteints de diarrhée de Cochinchine de petits vers nématoïdes auxquels il a donné le nom cVAnguillula >stercoralis 43). D’après cet observateur, toutes les déjections qui contiennent même abondamment de ces vers ne sont pas propices à leur culture; certaines formes de déjections, qui doivent leur coloration brune, avec une consistance sirupeuse, à la présence de matières alimentaires féculentes, semblent être plus propres à ce genre d’éducation. La matière n’y disparaît que lentement et par évaporation, mais conserve ses propriétés liquides jusqu’au moment où elle ne consiste plus qu’en une sorte de vernis sur le fond du vase. Les déjections fournies par des hommes au régime lacté pur ne conservent pas bien le parasite, fait important à un autre point de vue. Toutes les matières sterco raies enfermées dans des flacons, tubes, etc., éprouvent une fermentation après laquelle on ne retrouve plus bientôt que des cadavres qui eux-mêmes disraissent assez vite. Sur des plaques de verre toute matière se dessèche rapidement, et après vingt-quatre heures il ne reste plus que des cadavres; celle faculté de l’animal de vivre cinq à six jours dans les matières sorties de l’intestin, pourvu qu’il ne soit pas tué par la fermentation ou la dessiccation, celte propriété peut être la cause de son introduction dans le canal digestif de l’homme. Le nombre de ces vers que certains malades expulsent chaque jour ne peut se représenter qu’avec six ou sept chiffres, plus de cent mille et parfois plus d’un million. Ce nombre est d’ailleurs assez variable suivant les malades et même suivant les jours chez chaque malade en particulier. {Arch, de méd. nav.)
A côté de l’anguillule stcrcorale il existe souvent une autre variété de plus grande taille : Vanguillule intestinale (fig. 44). Le professeur Bavay a rencontré ce ver six fois, et cinq des malades qui Font présenté sont morts. Faut-il tirer de là une conséquence
MALADIES DE L’INTESTIN
grave? Cette conclusion serait prématurée. Il est, du reste, infiniment moins abondant que l’anguillule stercorale.
Fig 43. — Anguillule stercorale, d’après les dessins du D'^ Bavay. — l, premier âge ; 2, âge moyen; 3, âge adulte (femelle); âge adulte (mâle); 5, œuf; 6, embryon; 7, spiculés. {Arch. de méd. nav., 1877, t. XXVII, p. 39.)
Cestoïdes. — Tœnias (1). — Les taenias que l’on rencontre
(1) Consultez les traités d’histoire naturelle médicale : Moquin-Tandon, Cauvet, 2® édit., 1877, t. I, p. 358.
VERS INTESTINAUX
habituellement chez l’homme sont le Tœnia solium et le T. mediocanellata on inermis; les autres espèces, beaucoup plus rares,
Fig. 44. Anguillule intestinale. — 1, adulte; 2, queue, vue de profil ; 3, id. par-dessous ; 4, tronçon du corps contenant des œufs; 5, œuf contenant un embryon en voie de formation ; 6, l’embryon plus développé ; larve. {Arch. de méd. nav.)
MALADIES DE L’INTESTIN
sont le T. nana, le T, elliptica, le T.madagascarensis^ (Davaine et Grenct), le T. nigra (Lnboulbène).
Le Tœnia solium (fig. 45 et 46) est caractérisé par la présence de quatre ventouses arrondies et pigmentées et d’une double couronne de crochets, à la base du proboscide, sur le sommet du scolex. Les cucurbitains sont peu vivaces et présentent une assez grande régularité dans l’alternance des pores génitaux. Le T. mediocanellata (fig. 47 et 47 bis) se distingue du précédent par l’absence du crochet (T. inerme), la largeur plus grande des cucurbitains et l’irrégularité dans l’alternance des pores génitaux.
On sait que l’embryon exacanthe, tel qu’il sort des proglottis et de rœuf, se fixe sur certains animaux à l’état de cysticerque, et que c’est ce cysticerque qui, après son introduction dans le tube digestif, donnera un nouveau taenia parfait et sexué. Le Tœnia solium, est produit par le cysticerque du porc {C. cellulosœ) : il devient de plus en plus rare, la ladrerie chez le porc étant recherchée avec soin. Le tœnia inerme a pour ver cystique le C. tenuicolliSj qui vit chez le bœuf et le veau (Leuckart); il est devenu beaucoup plus commun depuis que l’usage de la viande crue s’est généralisé.
Tout récemment, Mégnin a publié quelques recherches qui sembleraient infirmer les idées généralement reçues. D’après lui, l’embryon exacanthe du taenia pourrait se fixer dans une glandule de l’intestin, y passer à l’état de cysticerque, puis rentrer dans l’intestin, où il deviendrait taenia ordinaire muni d’organes génitaux. Dans ce cas, on aurait le taenia inerme; si, au contraire, le cysticerque s’était développé chez un autre animal, on aurait le taenia armé. Celui-ci se rapprochant davantage du ver cystique par sa double couronne de crochets, serait morphologiquement inférieur au taenia inerme. Ces assertions, qui ont d’ailleurs besoin de vérification, pourraient peut-être rendre compte des cas de ladrerie (Broca, Henrot, Vallin, Féréol) observés chez des personnes atteintes de taenia.
Bothriocéphale. — Le bothriocéphale {Bothriocephalus la-
Fig. 45. -■ Taenia armé ou
Tcvnia soliU7nàcV\iomme^ — a, tête ou scolex avec les premiers anneaux; d, anneaux transversaux de la région antérieure du corps ; e, anneaux montrant le pore génital alterne. (Davaine, Traité des ento%oaires.)
VERS INTESTINAUX
tus)’ est caractérisé par la présence de deux fossettes (/3ôopeov, fossette) sur les parties latérales de la lête qui est allongée, privée de ventouses et de crochets, par leurs anneaux qui sont larges et portent le pore génital à leur partie moyenne. Les frag-
F[G. 4fi. Fig 47.
Fig. 4G. — Tcle du tæiiia armé de l’homme vue sous deux aspects. — h, la lête vue de face montrant les quatre ventouses et la double rana^éc de crochets; i, tête vue de trois quarts (grossissement: 12 diamètres). (Davaine.)
Fig. 47. — Tænia inerrne de l’homme. — a, tête ou scolcx et cou avec les premiers anneaux; b, anneaux n’étant pas sexués; c., d, anneaux transversaux commençant à montrer les pores génitaux latéraux ; c, f, anneaux carrés et sexués de la partie moyenne du corps; g, anneaux allongés delà partie postérieure. Grandeur naturelle. (Davaine, Traité des entozoaires, fig. 20.)
Fig. 47 bis. — Tête du tænia inerrne. — i, h, vue sous deux aspects, grossie cinq fois. — k, œuf mûr du même tænia, grossi trois cent quarante fois.
ments des bolhriocéphales sont toujours plus longs que ceux des îænins et perdent leur vitalité dès qu’ils sont détachés du scolex.
MALADIES DE L’INTESTIN
L’origine du bothriocéphale est encore peu connue. On le trouve surtout dans la Suisse occidentale (Lebert), le littoral de la Baltique, la Suède, la Russie, la Pologne. Sa larve ciliée a été vue nageant librement dans l’eau par Knoch, qui croit que l’homme est infecté lorsqu’il boit les eaux des rivières qui contiennent de ces embryons. Beaucoup d’auteurs sont plus disposés à incriminer certains poissons (Jaccoud), plus spécialement la ferra du lac de Genève, et Beriholus croit même avoir trouvé dans la Ligula nodosa du saumon le ver vésiculaire du bothriocéphale.
La symptomatologie des tæniadés est la même que celle des ascarides, à cela près pourtant que le taenia se développant surtout chez les adultes, c’est-à-dire à un âge où l’excitabilité réflexe est moindre, les phénomènes convulsifs s’observent plus rarement : les accidents nerveux d’ordre sympathique sont loin cependant d’être exceptionnels : on a observé plusieurs fois de véritables accès de morbus comitialis, et B. Teissier a publié un cas de sciatique rebelle qui a guéri après le rejet du taenia; là encore l’expulsion d’un fragment du cestoïde est un signe pathognomonique.
Pour amener l’expulsion du taenia on administrera d’abord le tænifuge, puis, deux ou trois heures après, un purgatif Fig. 48. — Botimocéph.aie (buile de Hciu, calouiel). Beaucoup de large. — a, tête et cou ; préparations jadis très employées sont au- ÎDavai'ne-t^^^^^ et sexues. tombées en désuétude; celles
dont l’emploi a le plus de chances de succès sont : les fleurs de kousso {Brayera anthelminthica) , le tænifuge par excellence, à la dose de 20 grammes, infusées dans 250 grammes d’eau; la macération d’écorce de racine de grenadier à la dose de 60 grammes, ou son alcaloïde le sulfate de pelletiérine (Beaumetz, Bucquoy, Féréol) = (4 à 8 gram., selon les cas); l’émulsion de graines de citrouille (de 30 à 60 grammes) ; la poudre et l’huile éthérée de fougère mâle. On emploie aussi la térébenthine, l’écorce de musenna, le kamala, le saoria, etc. Précaution pratique qui a bien son importance, on recommandera au malade de rendre son ver dans son vase plein d’eau, afin d’en éviter la déchirure et d’en faciliter l’expulsion complète.
VERS INTESTINAUX
Trichinose. — La trichine [Trichina spiralis) est nn nématoïde parasite des muscles, qui n’atteint son état parfait que dans le tube digestif. La trichine siège dans le tissu musculaire strié, tout près des tendons : dans cet état elle est enroulée sur elle-même, enkystée dans une capsule ovoïde, et n’a pas d’organes génitaux. C’est dans la viande de porc, chez les rats et les souris, qu’on renconire les trichines. Lorsque l’homme a ingéré de la viande de porc trichinée,*le suc gastrique dissout la capsule du kyste; la trichine, mise en liberté, acquiert rapidement des organes génitaux et donne naissance à une quantité innombrable de petites trichines rectilignes qui perforent le tube digestif et vont se loger dans les muscles, à commencer par le diaphragme et les intercostaux, où elles s’en • kystent à leur tour.
Les symptômes de la trichinose sont d’abord ceux d’une fièvre gastro-intestinale; puis on observe de la dyspnée, des douleurs musculaires, de l’anasarque, et enfin des troubles adynamiques au milieu desquels la mort peut survenir dès le cinquième jour (Zenker).
La guérison n’est pas rare; elle a lieu par l’enkystement des trichines et leur dégénérescence calcaire ou graisseuse.
Quand la trichine est encore dans le tube digestif, on doit chercher à l’expulser par les purgatifs et les vermifuges ; malheureusement il n’en est aucun dont l’action soit efficace. La thérapeutique est impuissante lorsque les trichines ont atteint les muscles, et ne doit viser qu’à soutenir les forces du malade jusqu’à renkystement.
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MALADIES DE L’INTESTIN
GASTRORRHAGIE. — ENTÉRORRHAGIE.
La gastrorrhagie s’accompagne de vomissement de sang on hématémèse ; V entérorrhagie s’accompagne du rejet du sang dans les selles ou mélœna. Il n’est pas rare d’observer le mélæna en meme temps que l’hématémèse.
L’hémorrhagie gastro-intestinale est idiopathique ou symptomatique. Dans le premier cas, on l’observe à la suite d’un iraiimatisnie extérieur, de l’ingestion d’un corps anguleux ou d’un liquide corrosif. Elle peut reconnaître pour cause la suppression d’un flux habituel, comme, par exemple, les règles ou les écoulements hémorrhoïdaires : elle est alors supplémentaire. Elle est beaucoup plus souvent symptomatique ; elle s’observe dans les maladies ulcéreuses du tube digestif : ulcère simple de Cruveilbier, cancer, entérite aiguë, dysenterie, fièvre typhoïde. L’entérorrhagie est un symptôme commun des polypes et des tumeurs érectiles de l’intestin (Laboulbène). Des anévrysmes se sont ouverts dans le tube digestif en donnant lieu à des hémorrhagies foudroyantes. Les vers intestinaux provoquent assez rarement à l’hémorrhagie; cependant nous avons vu que la chlorose des pays chauds est peut-être due aux hémorrhagies répétées que cause l’ancylostome duodénal.
Les hémorrhagies gastro-intestinales se rencontrent fréquemment dans les maladies du cœiir, des poumons et du foie, qui apportent des entraves à la circulation veineuse, et en particulier dans la cirrhose du foie. Les perturbations dans la circulation porte, la ligature prématurée du cordon ou sa compression, produisent le mélæna des nouveau-nés (Kiwisch, Bouchut). On observe encore des hémorrhagies intestinales dans les pyrexies exanthématiques à forme hémorrhagique; enfin, ces hémorrhagies sont un symptôme fréquent dans les maladies dyscrasiques, telles que l’ictère grave, la fièvre jaune, le scorbut, Thémophilie.
L’hématémèse se compose d’un sang rouge et pur, ou simplement coagulé en caillots violacés, dans les ruptures anévrysmales (anévrysmes de l’aorte, de l’aorte thoracique, du tronc cœliaque), l’ulcère simple de l’estomac, les varices de l’œsophage d’origine hépatique (Fauvel, Audibert, Dussaussay), les hémorrhagies supplémentaires. L’hématémèse noire, d’une couleur rappelant la suie ou le marc de café, est presque spéciale au cancer de l’estomac ; on l’observe cependant dans l’ulcère simple lorsque les vaisseaux rompus
GASTRORRHAGIE. — ENTÉRORRHAGIE.
sont peu volumineux, et qu’ils donnent lieu à un écoulemeni lent du sang dans restomac.
Le mélæiia, conséquence directe de l’enlérorrhagie, s’observe aussi parfois dans la gaslron hagie, lorsque tout le sang épanché n’est pas expulsé par le vomissement. Il se compose généralement d’un sang noir, très altéré par les sucs digestifs et donnant aux selles l’apparence du goudron ; mais lorsque la lésion est peu éloignée de l’anus (colite, dysenterie, etc.), le sang peut être rouge ou seulement coagulé en partie.
Description. — La gastrorrhagie se produit quelquefois brusquement (ulcère simple de l’estomac, rupture d’un anévrysme) : elle est alors abondante et peut amener la syncope ou même une mort immédiate. Le plus souvent l’hématémèse est précédée de quelques troubles gastriques ; à une sensation de chaleur ou de tension au niveau de l’épigastre s’ajoute un état de lassitude et de malaise général, le refroidissement de toute la surface cutanée, la pâleur de la face ; puis surviennent des nausées, une sensation de brûlure sur tout le trajet de l’œsophage et le vomissement sanglant se produit; immédiatement avant, la percussion permet de constater une matité ou une submatité d’étendue variable au niveau de l’épigastre. Le sang est noir ou rouge suivant les cas, et, pour peu que le vomissement soit abondant, on assiste à des lipothymies et à des syncopes. Souvent aussi plusieurs hématémèses se succèdent à des intervalles plus ou moins éloignés.
Les signes de l’entérorrhagie ne diffèrent pas sensiblement de ceux de la gastrorrhagie, le mélæna étant mis à part. Là encore on voit survenir un malaise général, des éblouissements, des syncopes,.etc., le ventre se ballonne et se tend, et les évacuations sanglantes se produisent après un temps variable avec une sensation de ténesme et de brûlure dans le rectum et l’anus.
Quelquefois cependant les hémorrhagies gastro -intestinales restent à l’état latent, notamment dans la fièvre typhoïde, sans donner lieu à aucune expulsion sanglante. Dans ces cas, qu’il importe de reconnaître immédiatement, on voit la peau se décolorer et se refroidir, le ballonnement du ventre devenir considérable, le pouls faiblir et les syncopes se succéder plus ou moins rapidement, suivant la quantité du sang épanché.
Diagnostic. — L’hématémèse doit être différenciée de l’hémoptysie. Dans celle-ci il y a des douleurs dans la poitrine et dans le dos, des râles dans les poumons, des accès de toux, de la dyspnée;
MALADIES DE L’INTESTIN
le sang est rouge, rutilant, spumeux, en général peu abondant. Le diagnostic devient très difficile lorsque l’hématéinèse provoque des accès de toux par action réflexe, ou lorsque le sang de l’hémoptysie pénètre dans l’estomac et est rejeté plus tard sous forme d’un liquide noirâtre analogue au marc de café.
L’épistaxis peut donner lieu à un écoulement de sang qui pénètre dans les voies digestives et est ensuite rejeté par hématémèse. Le diagnostic est impossible lorsqu’on ne retrouve pas quelques caillots dans les fosses nasales ou quelques stries sanglantes sur la muqueuse du pharynx.
L'entérorrhagie doit être distinguée de la gastrorrhagie qui se traduit seulement par du mélæna. Lorsque le sang sera rouge et liquide et qu’on pourra écarter les causes ordinaires d’entérorrhagie : dysenterie, fièvre typhoïde, on recherchera, par le toucher rectal, s’il existe des hémorrhoïdes internes, un polype, etc.
Enfin, chez les enfants, on devra toujours examiner le sein de la nourrice, les hématémèses et le mélæna provenant souvent de la glande même ou des gerçures du mamelon.
Pronostic. — Le pronostic est favorable dans les hémorrhagies supplémentaires et dans quelques cas de traumatisme. Mais en général l’hémorrhagie gastro-intestinale ajoute beaucoup à la gravité de la maladie dont elle est un symptôme. Nous nous sommes expliqué déjà sur la valeur pronostique des hémorrhagies intestinales dans la fièvre typhoïde. Il faut tenir compte surtout de la spoliation qu’elles déterminent et de l’état de faiblesse qu’elles laissent après elles.
Traitement. — On cherchera d’abord à provoquer une révulsion vers les parties périphériques, après avoir recommandé au malade de rester étendu dans son lit sans faire de mouvements. On appliquera de la glace sur l’abdomen et l’on en fera absorber par petits fragments. On aura recours en même temps à l’eau acidulée, aux astringents : ratanhia, cachou, perchlorure de fer, ergotine, etc.
Si l’hémorrhagie est supplémentaire, on se contentera de chercher à ramener le flux supprimé.
Bouchard. Pathogénie des hémorrhagies, th. de concours, 1869. — Laboulbène.
Tumeur érectile de l’intestin (Bull, de l’Ac. de méd., 1872), et Nouveaux éléments
d’anatomie pathologique, 1879, p. 198. — Kling. Ueber Mélæna Neonatorum, 1875.
— Audibert. Des varices œsophagiennes dans la cirrhose, th. de Paris, 1874. —
Dussauss.ay. Même sujet, th. de Paris, 1877.