DE LA NOMENCLATURE
idées \iennent les mots; mais sans l'idée pourquoi faire une nomenclature nouvelle? ne \aut-il pas mieux garder ce qu'on a que de le remplacer par une langue aussi obscure que la première?
Les vices de la nomenclature médicale actuelle ont frappé tous les nosographes modernes; Sauvages, Cullen, Selle, Pinel, Salva, Alibert, Baumes, MM. Andral, Bouillaud, et surtout M. Piorry, se sont appliqués à les corriger.
Rien n'est plus curieux à connaître que les motifs sur lesquels repose la dénomination des maladies. Ainsi les unes ont été nommées :
r D'après le nom du médecin qui les a décrites ou traitées avec le plus de succès. Telles étaient chez les anciens les ulcères chironiens, téléplîiens, etc., ainsi nommés parce que Chiron et Télèphe avaient une grande réputation dans le traitement de ces maladies; mais ces noms sont aujourd'hui à peu près oubliés; la maladie de Bright, le mal dePott, etc.;
2^ D'après la couleur que présente le malade, exemples : la jaunisse, la cyanose, la rougeole, la fièvre pourpre, la peste noire, etc., et cependant ces colorations différentes peuvent se rencontrer dans des maladies de nature opposée;
5° D'après la nature d'un flux observé, exemples : le catarrhe, l'hémoptysie, l'hématémèse, la diarrhée, la suette, la vérole, si faussement rapprochée de la petite vérole à cause des pustules qu'elle offre quelquefois, la miliaire, etc. ;
4° D'après la température, exemples : l'inflammation, la fièvre, la fièvre algide, etc. ;
S"" D'après les apparences du sujet, exemple : la phthisie;
6*" D'après un symptôme prédominant, exemples : la dyspepsie, l'angine, le typhus, la fièvre typhoïde, la constipation, l'apoplexie, etc.;
7° D'après des analogies plus ou moins exactes, exemples : le cancer, le tubercule, l'ascite, la tympanite, le carreau, la coqueluclie;
8° D'après leur type, exemples : les fièvres continues, intermittentes, rémittentes, etc.;
9° D'après la gravité du mal, exemples : les fièvres pernicieuses, les lièvres malignes, etc.;
10" D'après leur origine, exemples : le typhus des camps, le typhus d'Amérique, le mal anglais, napolitain, etc.:
11'' D'après leurs causes, exemple : les fraîcheurs;
12" D'aj)rès leur siège, exemples : la pleurésie, l'hypocondrie, etc.;
15° D'après la saison où elles se développent, exemples : les fièvres vernales, automnales, etc.;
14" D'après le siège du mal; exemples : la pleurésie, l'hypocondrie.
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ir." D'après la nature et le siège réunis, exemples : la pneumonie^ la péritonite, l'amygdalite, etc., mots où Ton voit figurera côté des particules jmeumo, périto, exprimant l'organe malade, la terminaison ie ou itey généralement consacrée pour désigner l'inflammation.
Comme on le voit par ce petit nombre d'exemples, la nomenclature médicale actuelle ne repose sur aucun principe scientifique, et le hasard, l'hypothèse et l'ignorance, ont eu la grande part dans sa formation lente et successive. Elle est donc très-imparfaite, mais cela pourrait-il être autrement? Tout en reconnaissant ses défauts, on se demande s'il est possible de les corriger, et si l'on peut supprimer l'ancien langage pour le remplacer par une langue meilleure acceptée de tous. Les tentatives de Salva, de Baumes, de Pinel et d'Alibert, prouvent combien cela est diflîcile : toutes ont échoué, et quelques mots épars seuls sont restés dans la science. Ce sera le sort de toutes les nomenclatures faites d'après des idées personnelles qui ne sont pas généralement acceptées. Différents mots sont utiles et s'appHquent réellement bien à des faits pathologiques jusqu'alors indéterminés ; d'accord sur la chose, on laisse passer le mot qui la représente et qui reste au vocabulaire. Une nomenclature pourra très -difficilement être l'œuvre d'une seule personne, parce que, devant exprimer la vérité sur toutes les parties d'une science, il faudrait d'une part que tout fût connu dans cette science, ce qui n'est pas ; et, de l'autre, que cette personne possédât la vérité sur tout ce qu'on sait et n'ait pas une manière de voir différente de l'opinion générale, sans quoi c'est la nomenclature de ce qu'elle pense et non de ce que pensent les autres. C'est par la réforme des idées qu'il faut procéder à celle du langage. Il faudrait, pour qu'une œuvre de ce genre réussît complètement, qu'un congrès universel déterminât d'abord la nature et le siège de toutes les maladies; ce travail accompli, on trouverait facilement des mots formés selon les règles, et leur acceptation ne souffrirait aucune difficulté dans le monde médical. Tout le problème est là. Conriait-on la nature et le siège exact des maladies? En cas d'affirmative, une nomenclature est facile à faire, et il faut la faire à l'instant; mais si, comme on doit l'avouer, ce siège et cette nature sont le plus souvent vagues et incertains, il n'y a pas de bonne nomenclature possible, et tous les essais destinés à remplacer les termes insignifiants de la science par des mots qui préjugent ce qu'on ignore sont des efforts impuissants et stériles.
11 était réservé à notre époque de voir une nouvelle tentative de ce genre. ^1. Piorry, défenseur opiniâtre de la locaHsation des maladies, cl à qui l'on doit un grand nombre de travaux remai(juables, après